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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 16:33
Mali :  Wagner comme "un moyen de pression pour prolonger la transition"

Lu pour vous

 

Mali : les discussions avec le groupe russe Wagner sont "un moyen de pression pour prolonger la transition"

https://afrique.tv5monde.com/ Matthieu Vendrely  Mise à jour 16.09.2021 à 15:40

Analyse - La France prête à claquer la porte. Depuis que les discussions entre le Mali et le groupe de sécurité russe Wagner ont été révélées, Paris ne décolère pas et tenterait tout pour faire capoter une éventuelle signature. Quel intérêt aurait Bamako dans un tel contrat avec Wagner ? Quels enseignements du précédent centrafricain ? Entretien avec Roland Marchal, chercheur au CERI de Sciences-Po Paris et au CNRS.

TV5MONDE : Le Mali a confirmé que des discussions étaient en cours avec le groupe de sécurité russe Wagner. Dans quel contexte se déroulent ces négociations ?

Roland Marchal : Tout d'abord, et pas aussi naturellement que certains le croient, le sentiment anti-français va croissant. Il s'exprime sur les réseaux sociaux grâce, sans doute aux compétences de certains experts russes. Nous sommes aussi dans moment de relative perplexité, du côté français, sur le devenir de l'opération Barkhane, sur cet engagement européen que l'on n'arrête pas de célébrer, mais qui se manifeste finalement très peu. Perplexité aussi sur l'incapacité à trouver une solution militaire ou politique à la crise dans le Sahel. Voilà pour le contexte, mais je crois que ce qui est essentiel du côté malien, même si ce n'est pas affirmé publiquement, c'est le refus de clôturer la transition en début d'année prochaine, comme cela avait été annoncé.
Le pouvoir malien cherche une extension et je crois qu'il utilise Wagner et les négociations avec le gouvernement russe dans ce cadre-là.
Côté russe, je pense qu'il y a cette idée -comme le disait récemment un diplomate français- de faire de la coopération en Centrafrique une espèce d'appartement- témoin, un modèle de nouvelle coopération entre la Russie et l'Afrique du 21e siècle où on protège des dirigeants, on fournit la garde personnelle des hauts-cadres du régime, où l'on entraîne un peu l'armée et éventuellement, on va sur le front se bagarrer puisque l'armée nationale a quelques faiblesses.

Les premiers chiffres évoqués font état d'un coût moyen de 9 ou 9,5 millions d'euros par mois. Donc, nos amis maliens vont devoir se serrer la ceinture !

Roland Marchal, chercheur.

La Centrafrique comme "appartement-témoin". Est-ce à dire que, pour la Russie, cette expérience centrafricaine est 100% concluante ?

Oui, et c'est là où l'analyste que je suis est un peu désarçonné. En Centrafrique, les troupes alliées, comme on les appelle, c'est à dire essentiellement russes, ont mené l'offensive contre les groupes armés. Ils ont, en effet, repris le contrôle de certaines villes ou plutôt centres-villes dans le nord du pays et de certaines zones minières qui étaient tenus par les rebelles.
Le problème est 'pour combien de temps ?' Et c'est là où la réussite russe apparaît dans toute sa fragilité. D'une certaine façon, les Russes sont comme les Français, ils contrôlent un territoire, à condition d'y être. Dès qu'ils partent, les groupes armés reviennent. Et on peut d'ailleurs, en plus, penser qu'avec la fin de la saison des pluies, d'ici six semaines, les combats vont reprendre et les combattants de Wagner vont être confrontés à des opérations militaires qui vont les viser spécifiquement. Cela signifie que le coût de l'opération va être extrêmement lourd pour eux sans doute, mais aussi pour l'État centrafricain.

En effet, en Centrafrique comme potentiellement au Mali, le gouvernement russe ne donne rien ! Il prête les éléments d'une société privée illégale, à condition que les salaires, les coûts des opérations militaires soient payés par le gouvernement local. Donc, c'est une énorme pression financière. On va voir ce que ça va donner pour le Mali, mais les premiers chiffres évoqués font état d'un coût moyen de 9 ou 9,5 millions d'euros par mois. Donc, nos amis maliens vont devoir se serrer la ceinture !

Une grande différence entre la République centrafricaine et le Mali, c'est aussi le contexte : nous ne sommes ni face au même terrain, ni face au même ennemi...

Oui, et mille hommes sans véritable accompagnement aérien, cela risque de pas vraiment faire la différence, surtout si Barkhane, les Européens et la Minusma s'en vont ou restent cantonnés dans leurs baraquements.
Et c'est là où on voit que, disons-le, le calcul malien est un calcul politique qui vise moins à défaire les groupes djihadistes qu'à gagner du temps et avoir un moyen de pression pour augmenter la durée de la transition et rester au pouvoir plus longtemps.

Penser que des mercenaires employés par une entreprise russe feront mieux que les soldats français et européens, cela risque d'être une douche froide pour certains !

Roland Marchal, chercheur.

Autre différence, le Mali s'inscrit dans une crise régionale. Je pense à des voisins comme le Niger et le Burkina Faso, très concernés à travers -notamment- la fameuse zone des trois frontières. Est ce que le Niger et le Burkina sont prêts à accueillir également les mercenaires de Wagner ?

Ce sont des États souverains, donc c'est à eux de décider, pas à un chercheur étranger ! Mais, selon moi, un élément qui, au Mali, joue en faveur de la Russie, c'est le fait que les dirigeants de l'armée et de la transition sont des gens qui ont fait des études en Russie. Même si c'était du temps de leur belle jeunesse, il y a malgré tout une accroche possible et j'imagine sans aucun problème que ça a été un élément de facilitation. Tel ne sera pas le cas, je pense, au Niger.

Ensuite, si la question qui est posée est celle de la renégocation par un certain nombre d'Etats africains de leur relation avec la France, ils vont vite réaliser que, certes avec les Russes, on peut tout renégocier, mais que le résultat sur le long terme n'est pas forcément positif.
Sur le court terme, comme on le voit en Centrafrique, ça a créé une situation assez différente de celle de 2017. Mais la crise politico-militaire est toujours là et l'on n'avance pas du tout vers une réconciliation nationale et une reconstruction.
Au Mali, l'équation militaire est très compliquée et penser que des mercenaires employés par une entreprise russe feront mieux que les soldats français et européens, cela risque d'être une douche froide pour certains !

La Minusma va se retrouver dans une situation très délicate qui est celle de la Minusca aujourd'hui, c'est à dire devoir enquêter sur des allégations de violations massives des droits de l'homme par Wagner.

Roland Marchal, chercheur.

On oublie également la présence, au Mali, de la Minusma. Elle semble très spectatrice d'une nouvelle situation...

Tout d'abord, la Russie est un grand pays, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et donc, la Minusma n'est pas censée s'exprimer sur la politique d'un Etat membre.
Je crois que le problème de la Minusma, et là aussi on peut se référer à ce qui s'est passé en Centrafrique, c'est que dans un premier temps, la Minusca y était extrêmement proche du président et a donc voulu travailler avec les Russes. Dès lors, la Minusca s'est considérablement brûlée puisque les règles d'engagement et le comportement des mercenaires de Wagner n'ont pas été conformes aux règles qui régissent la force des Nations unies et plus généralement les Nations unies elles-mêmes.
Les forces des Nations unies sont souvent critiquées pour ne pas être très actives, mais elle ne brûlent pas des villages et elles ne se rendent pas coupables de massacres de masse, ce à quoi on a assisté dans quelques localités centrafricaines.

Ceci pour dire que l'idée d'une coordination militaire telle qu'elle peut exister aujourd'hui entre Barkhane et la Minusma au Mali, est absolument impossible entre Wagner et la Minusma.
Très rapidement, la Minusma va se retrouver dans une situation très délicate qui est celle de la Minusca aujourd'hui, c'est à dire à devoir enquêter sur des allégations de violations massives des droits de l'homme par Wagner. Ce qui est hélas vrai.
Même si la rumeur publique a multiplié les chiffres et multiplié les exactions, on se rend compte qu'il y a un énorme problème et que la Russie, et à terme, le président Poutine lui-même, aura besoin, pour éviter d'en subir le contrecoup, de renvoyer un certain nombre d'éléments de Wagner et peut être Wagner entièrement, dans les poubelles de l'histoire.

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 15:09
A Luanda, un nouveau sommet régional sur la crise en Centrafrique

 

A Luanda, un nouveau sommet régional sur la crise en Centrafrique

https://www.rfi.fr/ 16/09/2021 - 03:25

L'Angola accueille ce jeudi un nouveau sommet de la Conférence internationale pour la région des grands lacs, CIRGL. Les autorités centrafricaines vont présenter une feuille de route de sortie de crise qui doit être validée par les chefs d'Etat de la région. Si le contenu précis de cette feuille de route n'a pas encore été dévoilé, parmi les enjeux des discussions figure la tenue du dialogue national encouragé par les Etats de la CIRGL.

Le président Touadéra prône la tenue d'un dialogue républicain sans les groupes armés ayant participé à la tentative de coup d'Etat en janvier. Si deux d'entre eux ont publié des communiqués la semaine dernière tentant de convaincre de leur bonne foi, un proche de la présidence rappelle que ces groupes ont signé l'accord de paix de Khartoum en 2019, et pourtant ils ont repris les armes.

« Notre message concerne la sécurité, les groupes armés ne nous laissent pas travailler », renchérit une source gouvernementale. Cependant à Bangui, certains acteurs estiment que leur éviction du dialogue viderait le sens de la démarche. Une prise de positionnement de la CIRGL est donc espérée sur ce sujet.

La question de François Bozizé pourrait aussi être évoquée. Dans la balance un possible exil de l'ancien président qui est recherché par la justice centrafricaine.

D'autre part, Bangui aimerait l'envoi de troupes angolaises pour venir appuyer les forces russes et rwandaises dans la lutte contre la CPC. Mais aucun accord n'a encore été trouvé. Enfin, les autorités souhaitent poursuivre leur plaidoyer pour la levée totale de l'embargo sur les armes, avec l'appui de l'Angola, à l'approche de l'Assemblée générale des Nations unies.

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 14:51
Départ des troupes gabonaises du Centrafrique

 

Départ des troupes gabonaises du Centrafrique : « La faute de quelques-uns ne doit pas masquer les sacrifices de tous » (Alain-Claude Bilie-By-Nze)

https://lalibreville.com/ Par Marceau Ndong Ossa 16 septembre 2021

Hier, le ministère de la Défense a annoncé le retrait du contingent gabonais en RCA après 25 ans de présence ininterrompue. En cause, des accusations d’exploitation et d’abus sexuels pesant sur certains éléments. 

« Soutien total aux forces de défense de notre pays qui méritent autre chose que l’opprobre, après deux décennies passées à défendre la sécurité des populations et des institutions de la RCA. La faute de quelques-uns ne doit pas masquer les sacrifices de tous », a réagi tôt ce matin sur son compte Twitter le ministre des Transports, Alain-Claude Bilie-By-Nze.

 

Après 25 ans de présence ininterrompue sur le terrain, le Gabon se retire du « bourbier » centrafricain

https://lalibreville.com/ Par Marceau Ndong Ossa 15 septembre 2021

C’est ce qu’indique le ministère gabonais de la Défense à travers un communiqué diffusé ce mercredi 15 septembre. Une décision prise par l’ONU en raison d’allégations d’exploitation et d’abus sexuels causés dans en Centrafrique par le contingent gabonais. 

Communiqué du ministère de la Défense de la République du Gabon. « Ces dernières semaines, des faits d’une particulière gravité, contraires au Code militaire et à l’honneur des armées, commis par certains éléments des bataillons gabonais  n° 6 et n° 7 de la Mission internationale de soutien à la République centrafricaine sous conduite africaine (MINUSCA), ont été rapportés au ministère de la Défense de la République gabonaise », indique le communiqué du ministère diffusé ce mercredi.

« Suite aux nombreux cas d’allégations d’exploitation et d’abus sexuels en cours de traitement, les Nations Unis ont décidé ce jour (mercredi 15 septembre 2021, NDLR) du retrait du contingent gabonais de la MINUSCA », poursuit le communiqué.

Celui-ci ajoute qu’ « en parallèle, une enquête a été ouverte au Gabon au sujet des faits allégués. Si ces faits sont avérés, leurs auteurs seront traduits devant les tribunaux militaires et jugés avec une extrême rigueur. »

« Le Gabon exige de son armée, sur comme en dehors de son territoire, un comportement irréprochable et exemplaire. Ceux qui contreviennent à cette exigence en subissent les conséquences », relève en outre le ministère gabonais de la Défense, qui rappelle que « depuis 25 ans et sans interruption, le Gabon a marqué son attachement à accompagner la République sœur de Centrafrique dans sa quête de paix, de sécurité et de stabilité ». 

Conséquence, conclut le ministère dans son communiqué : « en attendant les conclusions de l’enquête, le bataillon gabonais est rappelé ». 

Toutefois, on ne sait si le retrait des troupes gabonaises du Centrafrique est motivé par cette unique raison. On peut en effet observer qu’après 25 ans de présence de l’ONU sur le terrain, la situation en RCA ne fait qu’empirer. « C’est un véritable bourbier », a jugé encore récemment un responsable onusien.

Par ailleurs, des missions du type de celle de la MINUSCA coûtent chères aux pays qui y participent. De l’ordre de plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an. En faire l’économie alors que la crise de la Covid-19 n’est pas encore tout à fait passée n’est probablement pas vu d’un mauvais œil du côté de Libreville. Ce qu’avoue à demi-mot un haut-gradé gabonais en lâchant cette formule « à toute chose, malheur est bon ». 

Pour rappel, des faits similaires d’exploitation et d’abus sexuels à l’encontre de civils avaient pesé il y a quelques années sur les contingents français et rwandais présents en Centrafrique.

 

Centrafrique: pourquoi l'ONU renvoie les casques bleus gabonais de la Minusca

 

https://www.rfi.fr/ 15/09/2021 - 22:44

Les Nations unies renvoient les casques bleus gabonais évoluant au sein de la Minusca chez eux, insatisfaite de la réaction de Libreville aux allégations d'exploitation sexuelle et d'actes sexuels sur mineurs en RCA. Depuis 2017, le Gabon était sous surveillance. L’ONU estime que les enquêtes n’ont pas avancé comme elles auraient dû, et son secrétaire général peut demander le retrait des contingents dont l'inconduite sexuelle est avérée.

Avec notre correspondante à New York, Carrie Nooten

Après la découverte des allégations d’abus sexuels, notamment sur mineurs, commis par des casques bleus gabonais de la Minusca depuis 2015, le contingent gabonais tout entier était sous évaluation depuis quatre ans. Le comité chargé de la bonne mise en œuvre de la résolution 2272 attendait de Libreville la mise en place d’enquêtes pour clarifier les choses, et éventuellement de cours martiales si les faits avaient été confirmés.

Seulement voilà, à New York, on se plaint du faible nombre d’enquêtes ouvertes, du manque de communication sur les nominations d’enquêteurs, et surtout donc, de l’absence de résultat. Après avoir eu vent de cinq nouveaux cas dans une zone décentralisée de Centrafrique récemment — 32 cas en tout en quatre ans —, la Minusca a dépêché une mission sur les lieux, et l’ONU a informé Libreville la semaine dernière qu’un enquêteur devait être nommé dans les cinq jours ouvrables, et que l’enquête soit conclue sous 90 jours.

En attendant, les Nations unies ont aussi pris la décision de renvoyer les 450 soldats Gabonais chez eux immédiatement, comme le prévoit la résolution 2272. Des casques bleus de la zone devraient être redéployés pour les remplacer aux cinq points où ils étaient basés.

 

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 19:50
A L’AFFICHE  : «SÌRÌRÌ, LE CARDINAL ET L’IMAM»

 

A L’AFFICHE

 « On les appelait  les trois lions»

PAR  RAPHAËL CHEVALLEY  «SÌRÌRÌ, LE CARDINAL ET L’IMAM» ★★★

Le réalisateur  d’«Hiver nomade», Manuel von Stürler,  revient avec un film dédié  à ceux qui défendent le dialogue interreligieux dans les pays en guerre.

Réalisateur d’«Hiver nomade», magnifique tableau de la transhumance à l’heure de l’urbanisation, et de «La fureur de voir», fascinante introspection de la cécité qu’on lui avait prédite enfant, le Lausannois Manuel von Stürler est parti en Centrafrique tourner son troisième long-métrage. Rencontre.

 Manuel von Stürler, comment s’est imposé ce film? Dans les années 2000, j’ai rencontré un père italien qui effectuait un impressionnant travail de dialogue interreligieux en Syrie. Dans le contexte de la fermeture des frontières et de la montée de l’extrême droite, son ouverture et son charisme m’ont interpellé. Le sujet méritait un film, mais le père s’est fait enlever et a sans doute été exécuté. Plus tard, j’ai découvert que ce genre de personne existe partout autour de la planète et j’ai trouvé un cardinal et un imam en Centrafrique. J’ai vite saisi l’authenticité de leur message et leur amitié, qui dérange ceux qui font les affaires.

Est-ce que leur travail porte ses fruits?

Je pense que oui. En tout cas il n’y a pas eu de génocide contre les musulmans alors que toutes les conditions d’un massacre étaient réunies. Dès le début de la crise, l’imam a dénoncé l’instrumentalisation de la religion et s’est allié avec le cardinal et un pasteur. On les appelait les trois lions. Ils ont fait prendre conscience aux gens qu’ils se faisaient avoir par les groupes armés brandissant le coran ou la bible. Malheureusement, il y a une sorte d’épuisement du peuple, parce que, si certaines têtes des grands groupes armés sont maintenant tombées, les groupuscules se sont multipliés et le dialogue est devenu très compliqué. 

Pourquoi avoir choisi la Centrafrique?

La Centrafrique est un pays en guerre civile où s’imbriquent l’histoire de la colonisation, les rapports nord-sud, les divisions des communautés, claniques, ethniques… Bref un panier de crabes avec un Etat complètement anéanti, où la population est livrée à elle -même. L’instrumentalisation de la religion y est très forte pour faire main basse sur les ressources du pays. Sans compter les implications plus ou moins discrètes des pays riches. Mais c’est surtout parce que j’y ai retrouvé ce thème du dialogue et de l’ouverture à l’autre qui m’intéressait.

 Comment avez-vous préparé le tournage? 

J’y suis allé en mode repérage et j’ai compris qu’il serait difficile de venir avec une équipe, pour des raisons de sécurité. Ça aurait été possible avec une escorte, mais je voulais avoir accès au peuple, pour obtenir une sorte de vérité. Si on arrive dans un village avec des militaires, c’est trop compliqué… J’ai donc suivi le cardinal, qui arpente le territoire pour apaiser les tensions, et je me suis dit qu’il fallait tourner le film ainsi, tout seul, avec un dispositif très léger, pour avoir cette proximité avec les gens: comme j’étais avec le cardinal, j’étais un peu un prêtre en visite. 

D’où vient votre besoin de défricher des univers mal connus ? 

Au quotidien, on se fait tellement happer par les préjugés que ça me fait froid dans le dos. Ouvrir une lucarne et bousculer les convictions, voilà ce qui m’intéresse. Avec le recul, je constate que c’est ce qui relie tous mes films.

de Manuel von Stürler Durée: 1h16

Age légal/conseillé: 16/16

En présence du réalisateur, du cardinal Dieudonné  Nzapalainga et de l’imam  Abdoulaye Ouasselegue,  dimanche 12 septembre, 16h,  au cinéma Rex,  à Neuchâtel,  et 18h,  au cinéma Scala,  à La Chaux-de-Fonds.

MIROIR DE TOUTES LES GUERRES

 Intitulé «Sìrìrì» («paix» en langue sango), le nouveau documentaire de Manuel von Stürler décrit le conflit meurtrier qui s’enlise en Centrafrique entre groupes armés se revendiquant chrétiens ou musulmans. Mais, tandis que les diamants et l’or s’échangent contre des fusils et que les civils se réfugient où ils le peuvent, deux figures religieuses s’unissent pour mettre fin aux tueries… Depuis Bangui, le cardinal Dieudonné Nzapalainga gagne les villages perdus dans la brousse et tente d’empêcher l’instrumentalisation de la religion. D’une même voix, l’imam Kobine Lamaya implore le peuple de ne pas céder à la violence. Au plus près de ses protagonistes, le cinéaste livre par le prisme de leurs discours et de son regard affûté le portrait sensible de tout un pays gangrené par des intérêts politiques et financiers qui le dépassent. En résulte un film poignant, qui se fait le miroir de toutes les guerres autour du monde.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 18:26
Pourquoi les négociations entre Bamako et Wagner suscitent-elles tant de crispations?
Pourquoi les négociations entre Bamako et Wagner suscitent-elles tant de crispations?

 

Mali: pourquoi les négociations entre Bamako et Wagner suscitent-elles tant de crispations?

https://www.rfi.fr/ 15/09/2021 - 14:29

La tension monte autour des négociations en cours entre les autorités maliennes de transition et le groupe privé de sécurité Wagner. Ce mardi 14 septembre 2021, la ministre française des Armées Florence Parly a jugé qu’un tel accord serait « extrêmement préoccupant et contradictoire » avec l’action menée par les militaires français au Sahel. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian juge même que l’arrivée du groupe russe serait « absolument inconciliable » avec la présence des soldats français.

À Paris, l'inquiétude est réelle de voir les Russes de la sulfureuse société Wagner prendre pied au Mali, pays clé de l'opération Barkhane. Les autorités françaises préviennent : il s'agit d'une nouvelle ligne rouge. Pas de Wagner au Mali. De même qu'il y a quelques mois, Paris avait indiqué au pouvoir malien qu'il n'était pas envisageable de négocier avec les groupes armés terroristes qui combattent les soldats de Barkhane.

Selon des informations de presse, le groupe Wagner pourrait envoyer plusieurs centaines, voire un millier de mercenaires russes au Mali. Cet accord entre Bamako et le groupe Wagner n’est même pas signé qu’il suscite déjà des réactions très vives. Il faut dire que beaucoup de choses se jouent autour de cet accord.

Le premier enjeu, c’est celui de la souveraineté nationale. Aux propos de Jean-Yves le Drian, qui menace de retirer les soldats français du pays, le ministère malien de la Défense répond : « Le Mali entend diversifier ses relations, nous parlons avec tout le monde. » Rien de plus légitime pour un État. Cet enjeu de souveraineté rejoint un enjeu de politique intérieure : les autorités de transition veulent montrer à l’opinion malienne leur indépendance et leur force. Et face à l’ancien colonisateur, le gain politique, au moment où se pose la question de l’allongement de la période de transition, est évident. D’ailleurs, le spectre de cet accord peut aussi être perçu comme un atout pour valider, cette fois auprès des partenaires internationaux actuels du Mali, cet allongement de la transition. Comme s’il s’agissait d’un coup de bluff au cours d’une partie de poker, c’est ce que certains observateurs avertis n’excluent pas.

Ensuite, il y a l’enjeu diplomatique, celui de l’influence. La Russie n’est pas considérée comme une ennemie, ni par la France ni par l’Union européenne ou les Nations unies. Mais ailleurs dans le monde - en Syrie, en Libye, en Ukraine -, on voit bien que les intérêts et les stratégies mises en œuvre sont souvent très opposées. Donc l’arrivée de Moscou sur le théâtre sahélien effraie la France, mais également les autres partenaires occidentaux du Mali. 

Accès aux sites miniers en bonus

Il y a aussi l’enjeu des droits de l’homme. Quels que soient les intérêts de chacun, il n’est pas illégitime de rappeler les nombreuses accusations d’exactions, particulièrement violentes, dont les agents de Wagner font l’objet en Centrafrique ou en Syrie. Des accusations documentées par des journalistes et des organisations de défense des droits de l’homme. Enfin, il y a l’enjeu économique : on parle de plus de neuf millions d’euros par mois avec en bonus un accès à plusieurs sites miniers. Si rien n'est encore signé, cela reste quand même une question à prendre en compte puisque le budget malien est ce qu’il est, et que la coopération militaire américaine, française ou onusienne, elle, n’est pas payante.  

Après la mise en garde des responsables français, et peut-être pour faire baisser la pression, le porte-parole du Kremlin, ce mercredi matin, a tenu à préciser que la Russie ne négocie aucune présence militaire au Mali, et qu'il n'y a sur place aucun représentant des forces armées russes. Bien sûr, sans jamais évoquer la présence de la société privé Wagner. Wagner qui aux yeux des Occidentaux n'est ni plus ni moins qu'un faux nez de Moscou.

Le ministère malien de la Défense l'a admis : il y a bien négociation pour déployer des paramilitaires russes chargés de former les forces armées maliennes et d'assurer la protection des dirigeants. Pour l'heure, on n'en sait pas plus. Mais si ce contrat venait à prendre corps, il provoquerait un véritable séisme dans la bande sahélo-saharienne.

En effet, l'opération Barkhane s'étend très largement au-delà des frontières maliennes, l’état-major de la force est à N'Djamena. Sa principale base aérienne est à Niamey. Quant aux forces spéciales, elles sont à Ouagadougou. Barkhane, d'un point de vue opérationnel, peut poursuivre sa mission. Néanmoins, l'essentiel des opérations se déroulent au Mali, dans la zone des trois frontières entre Liptako et Gourma. Si rupture il y a avec Bamako, plane une double interrogation : que décidera l'allié américain ? Que feront les européens qui actuellement montent en puissance au sein de la force Takouba ? Enfin, cela obligerait Barkhane à quitter Gao, sa base la plus importante au Mali. Et sur le plan logistique, ce ne serait pas une mince affaire.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 18:02
Le président turc Erdogan prêt à accueillir Alpha Condé 
Le président turc Erdogan prêt à accueillir Alpha Condé 

 

Lu pour vous

 

https://mondafrique.com/ By Francis Sahel 15 septembre 2021

Les tractations pour laisser partir de Guinée le président Alpha Condé renversé le 5 septembre n’ont pas encore abouti. Mais la Turquie où l’ex président guinéen se fait déja soigner ces dernières années lui a déjà offert l’hospitalité. Sans parler des bons offices du président congolais Sassou

« C’est dans les moments les plus difficiles que l’on reconnaît ses vrais amis » : S’il devait les juger à l’aune de cette sagesse populaire, le président guinéen Alpha Condé renversé le 5 septembre par un coup d’Etat militaire dira du Turc Racep Tayyip Erdogan et du Congolais Denis Sassou Nguesso qu’ils sont restés ses vrais amis. Les deux chefs d’Etat se sont dit prêts à accueillir le président renversé dès que le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, nouvel homme fort de Conakry et ses camarades du Comité national de rassemblement et du développement (CNRD), le laisseront prendre le chemin de l’exil. 

Diatribes anti-occidentales 

Brazzaville, la capitale congolaise, offre à Alpha Condé l’avantage de rester en Afrique et donc de ne pas trop souffrir de l’éloignement géographique et du sevrage de la « bonne cuisine africaine » qu’il aime tant. Alpha Condé, 83 ans, a toujours entretenu une relation d’estime et d’amitié avec Sassou Nguesso, son cadet de 6 ans, qu’il appelle affectueusement « l’Empereur ». Entre ces deux dinosaures de la vie politique africaine, l’estime et la considération semblent réciproques : Sassou Nguesso était présent en décembre 2020 à l’investiture d’Alpha Condé élu dans pour un troisième mandat controversé ; le Guinéen était venu en avril dernier à Brazzaville pour l’investiture de Sassou réélu dans des conditions calamiteuses pour un quatrième mandat avec 88% des voix. Sassou Nguesso, qui a connu et aidé Alpha Condé opposant historique avant Alpha Condé président de Guinée, a publiquement condamné le putsch des militaires des forces spéciales guinéennes. A défaut de le voir rétabli dans ses fonctions, le président congolais offre gîte et couvert à Alpha Condé. 

 Avec le Turc Erdogan, l’amitié est beaucoup plus récente. Trois années seulement après son élection, Alpha Condé a obtenu en 2013 des Turcs l’ouverture d’une ambassade à Conakry ainsi qu’une desserte aérienne de la Guinée par Turkish Airlines.  En 2016, pour sa toute première grande visite en Afrique, Erdogan avait choisi Conakry comme dernière étape. Il y était venu avec environ 150 opérateurs économiques pour promouvoir les intérêts de son pays dans les BTP, l’hôtellerie, les mines et la cimenterie. Mais surtout pour soigner ses relations avec son homologue guinéen qui force son estime et son admiration avec ses diatribes anti-occidentales, particulièrement ses sorties outrées contre l’arrogance de l’ancienne puissance coloniale. Bien qu’il soit un pur produit de l’école française, Alpha Condé, qui a eu Bernard Kouchner comme condisciple au lycée Turgot à Paris, n’hésite pas parfois à faire quelques sorties enflammées contre la France, appelant même en avril 2017 à Meknès, au Maroc, « les Africains à couper le cordon ombilical avec l’ancienne puissance coloniale ».  

En choisissant Ankara, l’ex-président guinéen sera plus près de ses médecins turcs. Depuis plusieurs années, Alpha Condé a choisi la Turquie comme destination pour ses soins et ses contrôles médicaux. 

Fâché avec toute la sous-région 

Le départ en exil d’Alpha Condé vers le Congo ou la Turquie arrange tout le monde. Ces deux destinations conviennent d’abord aux militaires putschistes qui ne veulent pas de la présence d’Alpha Condé, qui n’a pas renoncé à son pouvoir, dans le voisinage immédiat de la Guinée. L’exil d’Alpha Condé à Brazzaville ou Ankara arrange également ses homologues de la sous-région, à commencer par le Sénégalais Macky Sall et le Bissau-guinéen Umaru Cissoko Embalo, avec lesquels il était en très mauvais termes. Emporté par son élan du troisième mandat, Alpha Condé avait fini par se fâcher avec l’ex-président nigérien Mahamadou Issoufou avait qui il avait, pourtant, milité dans les années 1960 les rangs de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), aux côtés Malien Ibrahim Boubacar Keita. Seul l’Ivoirien Alassane Ouattara peut revendiquer en Afrique de l’Ouest des relations cordiales et chaleureuses avec Alpha Condé. Ce n’est donc pas surprenant qu’Alassane Ouattara soit le chef d’Etat qui négocie au nom de la CEDEAO avec la junte guinéenne pour obtenir le départ d’Alpha Condé de Conakry. Après les premiers rounds des discussions, tout porte à croire que le lieutenant-colonel Doumbouya, qui doit son ascension fulgurante à Alpha Condé, n’est finalement pas opposé à son départ en exil. L’ex-caporal de la légion étrangère français attend seulement de consolider son pouvoir avant de laisser filer son ancien mentor. Ankara ou Brazzaville, le choix n’est donc plus qu’une question de jours.   

 

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 17:20
République centrafricaine : Une étape importante pour la justice (HRW)
République centrafricaine : Une étape importante pour la justice (HRW)
République centrafricaine : Une étape importante pour la justice (HRW)

 

Lu pour vous 

 

La Cour pénale spéciale inculpe l’ex-capitaine Eugène Ngaïkosset

 (Bangui) – La Cour pénale spéciale (CPS) en République centrafricaine a mis en examen l’ex-capitaine Eugène Ngaïkosset, surnommé le « Boucher de Paoua », marquant une étape essentielle pour la justice, a déclaré Human Rights Watch.

Son arrestation a été confirmée le 4 septembre 2021. Le 10 septembre, la CPS a annoncé qu’elle avait inculpé Eugène Ngaïkosset pour crimes contre l’humanité, sans préciser toutefois le détail des chefs d’accusation. Eugène Ngaïkosset est un ancien capitaine de la garde présidentielle qui a commandé une unité impliquée dans de nombreux crimes, y compris le massacre d’au moins plusieurs dizaines de civils et l’incendie de milliers de maisons dans le nord-ouest et le nord-est du pays entre 2005 et 2007. Il aurait aussi commis des crimes en tant que leader au sein du mouvement anti-balaka, notamment à Bangui, la capitale, en 2015. On ignore si les chefs d’accusation à son encontre concernent un seul ou l’ensemble de ces événements.

« Le peu de justice pour les types de crimes dont est accusé Eugène Ngaïkosset illustre à quel point l’impunité favorise depuis longtemps la violence en République centrafricaine », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « De nombreuses personnes dans le pays, notamment les victimes des crimes et les membres de leurs familles, suivront de près l’affaire Ngaïkosset. Des procédures judiciaires équitables et efficaces pourraient marquer un tournant pour la justice. »

L’arrestation d’Eugène Ngaïkosset intervient dans un contexte de recrudescence de la violence en République centrafricaine alors qu’une nouvelle rébellion a débuté en décembre 2020, mettant en péril un accord de paix fragile signé entre le gouvernement et plusieurs groupes armés en février 2019.

La CPS est un tribunal novateur instauré afin de réduire l’impunité généralisée pour les crimes graves en République centrafricaine. Le personnel de la Cour est composé de juges et de procureurs internationaux et nationaux et la Cour bénéficie d’une assistance internationale. Elle a compétence pour juger les crimes graves commis pendant les conflits armés dans le pays depuis 2003. La loi établissant la Cour a été adoptée en 2015, mais le tribunal n’a officiellement commencé ses activités qu’en 2018.

La CPS a indiqué qu’Eugène Ngaïkosset a été informé de ses droits et que son avocat était présent lors de sa mise en examen. La CPS a aussi précisé que les juges d’instruction du tribunal décideront s’il restera en détention en attendant de nouvelles avancées dans l’affaire, mais aucun délai n’a été annoncé pour cette décision.

En 2005, Eugène Ngaïkosset, alors lieutenant, était le chef d’une unité de la garde présidentielle basée dans la ville de Bossangoa au début d’une période de rébellions contre le gouvernement de l’ancien président François Bozizé. Il figurait parmi les commandants intouchables, fidèles à François Bozizé, dirigeant des unités impliquées dans des violations du droit international, notamment des atteintes graves aux droits humains. Les abus présumés commis par Eugène Ngaïkosset incluent des attaques contre des civils suspectés de soutenir l’Armée populaire pour la restauration de la République et la démocratie (APRD), un mouvement rebelle conduit par d’anciens membres de la garde présidentielle de l’ex-président Ange-Félix Patassé dans les provinces du nord-ouest, d’où Ange-Félix Patassé était originaire. Bozizé a renversé Patassé en 2003.

En 2007, Human Rights Watch a documenté au moins 51 meurtres commis par des membres de la garde présidentielle sous le commandement d’Eugène Ngaïkosset. Dans certains cas, les meurtres étaient particulièrement violents et ont été considérés comme des avertissements aux communautés locales. Par exemple, Human Rights Watch a établi que, le 22 mars 2006, les troupes de la garde présidentielle menées par Eugène Ngaïkosset ont décapité un enseignant dans le village de Bemal. Un mois plus tôt, Human Rights Watch a mis en évidence que cette même unité avait tué au moins 30 villageois dans la même région, essentiellement en tirant de manière indiscriminée sur des personnes qui tentaient de s’enfuir.

En 2018, un habitant de Paoua âgé de 79 ans a raconté à Human Rights Watch qu’en 2006, Eugène Ngaïkosset et ses hommes sont entrés dans son magasin et l’ont pillé. Ils l’ont ensuite conduit lui ainsi qu’un autre homme âgé hors de la ville à bord d’un pick-up. « Ils nous ont dit : “Bozizé nous a ordonné de tuer tous ceux qui ont voté contre lui.” Mais ils m’ont épargné parce que j’avais été soldat. L’autre homme avait environ 70 ans et nous l’appelions “le Tailleur”. Ils lui ont dit de partir et lui ont tiré dans le dos. Les gens continuent à parler de Ngaïkosset ici. Les proches de ses victimes vivent toujours ici. Il faut qu’il passe devant un juge. »

Lors d’une réunion avec Human Rights Watch en 2008, François Bozizé a nié qu’Eugène Ngaïkosset ait commis des crimes de 2005 à 2007.

En avril 2014, un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre d’Eugène Ngaïkosset pour son rôle dans des abus perpétrés dans le nord sous la présidence de François Bozizéd’après un groupe d’experts désignés par le Secrétaire général de l’ONU. En mai 2015, Eugène Ngaïkosset a été transféré du Congo-Brazzaville à Bangui. Il a été arrêté et conduit à la Section de recherche et d’investigation (SRI) de la gendarmerie nationale. Cinq jours plus tard, il s’est échappé dans des circonstances qui n’ont pas été éclaircies. Les circonstances entourant son évasion et les complicités dont il a pu bénéficier devraient faire l’objet d’une enquête, a déclaré Human Rights Watch.

Après son évasion de la SRI, Eugène Ngaïkosset a été actif aux côtés des milices anti-balaka – un ensemble de groupes armés locaux apparus au milieu de l’année 2013 pour lutter contre la Séléka, un groupe rebelle essentiellement musulman qui a pris le pouvoir en 2013 – jusqu’à la fin de l’année 2015 au minimum.

En décembre 2015, Eugène Ngaïkosset a été inscrit sur la liste des sanctions de l’ONU pour avoir commis des violences visant à déstabiliser le gouvernement de transition en septembre 2015 et pour « avoir préparé, donné l’ordre de commettre ou avoir commis [...] des actes contraires au droit international des droits de l’homme ou au droit international humanitaire [...] (violences sexuelles, attaques dirigées contre des civils, attentats à motivation ethnique ou religieuse, attentats commis contre des écoles et des hôpitaux, enlèvements, déplacements forcés) ». Ce même mois, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) (Bureau de contrôle des avoirs étrangers) du Trésor américain a également sanctionné Eugène Ngaïkosset pour son « implication dans des actes portant atteinte à [...] la paix, la sécurité ou la stabilité ».

Déjà en 2009, des diplomates à Bangui avaient demandé instamment une action judiciaire contre Eugène Ngaïkosset. En 2009 et 2010, Philip Alston, alors Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, a exhorté à la suspension, l’ouverture d’enquêtes et la poursuite en justice des forces de sécurité impliquées dans les exactions, à commencer par une enquête sur Eugène Ngaïkosset. Malgré le mandat d’arrêt et les sanctions de l’ONU et des États-Unis, le ministère de la Défense, dirigé à l’époque par Joseph Bindoumi, a continué à verser à Eugène Ngaïkosset son salaire de l’armée nationale en 2015. Son salaire a été payé jusqu’à la fin de l’année 2018 au moins, d’après l’ONU.

Le 8 septembre 2021, le substitut du procureur de la CPS, Alain Tolmoa annoncé que le tribunal ouvrira ses premiers procès avant la fin de l’année et qu’il examine actuellement plusieurs affaires. La Cour est basée à Bangui, ce qui permettra aux Centrafricains concernés par les crimes de suivre les affaires et interagir plus facilement pour faire en sorte que les suspects soient placés devant leur responsabilité pénale, a déclaré Human Rights Watch. Les activités judiciaires de la CPS sont menées parallèlement aux enquêtes et poursuites de la Cour pénale internationale sur les crimes graves commis dans le pays, ainsi qu’à certaines affaires traitant de crimes moins graves liés au conflit devant les tribunaux pénaux ordinaires du pays.

« Beaucoup en République centrafricaine associent Eugène Ngaïkosset aux meurtres, destructions et abus généralisés présumés mais une part de son héritage est aussi liée au manque de volonté de certaines autorités centrafricaines à traduire en justice les responsables de crimes graves », a conclu Lewis Mudge. « Son arrestation et son inculpation ainsi que l’ouverture prochaine de procès à la Cour pénale spéciale montrent que la justice tant attendue peut progresser. Cela devrait servir d’avertissement à ceux qui commettraient de tels crimes. »

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 14:55
L’ONU retire les Casques bleus gabonais de Centrafrique
L’ONU retire les Casques bleus gabonais de Centrafrique

 

L’ONU retire les Casques bleus gabonais de Centrafrique après des accusations d’abus sexuels

 

Par Le Figaro avec AFP 15 sept 2021

Les accusations de crimes et délits sexuels contre les Casques bleus sont récurrentes en Centrafrique. Mike Segar / REUTERS

L’ONU a décidé le retrait des quelque 450 Casques bleus gabonais de sa force de maintien de la paix en Centrafrique après des accusations d’exploitation et d’abus sexuels sur lesquels le gouvernement à Libreville ouvre une enquête, a annoncé mercredi 15 septembre le ministère gabonais de la Défense.

« Ces dernières semaines, des faits d’une particulière gravité, contraire à l’éthique militaire et à l’honneur des armées, commis par certains éléments des bataillons gabonais (…) ont été rapportés», écrit le ministère. « Suite aux nombreux cas d’allégations d’exploitation et d’abus sexuels en cours de traitement, les Nations unies ont décidé ce jour du retrait du contingent gabonais de la Minusca», la mission de l’ONU en Centrafrique, et «une enquête a été ouverte par le Gabon», précise le texte.

La Minusca a été déployée par l’ONU en avril 2014 pour tenter de mettre fin à la sanglante guerre civile qui a suivi un coup d’État l’année précédente contre le président François Bozizé. Les combats qui ont suivi entre la coalition de groupes armés qui l’avait renversé, la Séléka, à majorité musulmane, et des milices soutenues par le chef de l’État déchu, les anti-balakas, dominées par les chrétiens et les animistes, ont culminé de 2014 à 2015.

La guerre civile a, depuis, considérablement baissé d’intensité, mais la Minusca dispose toujours de quelque 15.000 personnels dans ce pays pauvre d’Afrique centrale, dont 14.000 en uniforme, avec pour mission prioritaire la protection des civils. Les accusations de crimes et délits sexuels contre les Casques bleus sont récurrentes en Centrafrique, certains contingents ont été retirés par le passé mais aucune enquête n’a abouti à des condamnations à ce jour, du moins publiquement.

 

 

COMMUNIQUÉ DE PRESSE  

 

Bangui, le 15 septembre 2021La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a été alertée sur des allégations d’abus sexuels sur, selon les informations reçues à date, cinq filles, impliquant des membres non-identifiés du contingent militaire gabonais déployés dans une localité du centre du pays.   

Conformément à la politique globale des Nations Unies d’aide et de soutien aux victimes d’actes d’exploitation et d’abus sexuels commis par des membres du personnel des Nations Unies ou du personnel apparenté, les victimes identifiées ont été aussitôt prises en charge par les partenaires selon leurs besoins médicaux, psychosociaux et en matière de protection.   

Compte tenu de la gravité de ces allégations et de la politique de tolérance zéro des Nations Unies, et sous réserve des conclusions de l’enquête, la MINUSCA a dépêché une mission pluridisciplinaire sur les lieux qui a fait une évaluation de la situation et pris des mesures de prévention des risques 

Par ailleurs, le Secrétariat des Nations Unies a informé, le 7 septembre 2021, les autorités gabonaises pour que soit notamment désigné un enquêteur national dans les cinq jours ouvrables et que l'enquête soit conclue dans moins de 90 jours.   

Le Bureau des services de contrôle interne (BSCI) a ouvert une enquête et se tient prêt à assister l’enquêteur national sous réserve de sa désignation.    

En raison de la gravité de ces dernières allégations rapportées, le Secrétariat des Nations Unies a pris la décision de rapatrier tout le contingent gabonais de la MINUSCA. 

Cette décision a été communiquée par le Secrétariat aux autorités gabonaises le mardi 14 septembre 2021. Elle se fonde sur la résolution du Conseil de Sécurité 2272 (2016), dont le Comité permanent d'examen de mise en œuvre évalue le contingent Gabonais depuis 2017, qui envisage, lorsqu’il existe des preuves crédibles de cas répandus ou systémiques d’exploitation et d’abus sexuels commis par des unités d’un pays contributeur, ou lorsqu’un pays contributeur n’a pas pris les mesures voulues pour enquêter sur ces allégations, ou lorsqu’un pays contributeur n’a pas amené les auteurs de ces actes à en répondre ou informé le Secrétaire général des progrès des enquêtes ou des mesures prises, de remplacer toutes les unités du pays concerné.   

La MINUSCA reste résolument engagée à lutter contre l'exploitation et les abus sexuels par son personnel, et à mettre pleinement en œuvre la politique de tolérance zéro des Nations Unies en ce qui concerne l’exploitation et les abus sexuels. 

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 14:35
LES VILLES DE ZONGO ET BANGUI SERONT RELIÉES PAR UN BATEAU
LES VILLES DE ZONGO ET BANGUI SERONT RELIÉES PAR UN BATEAU

 

LES VILLES DE ZONGO ET BANGUI SERONT RELIÉES PAR UN BATEAU DE 50 TONNES, DON DU CHEF DE L'ETAT FELIX TSHISEKEDI

 

Kinshasa, mercredi 15 septembre ( Cellcom présidentielle) - Un bac moderne d'une capacité  de 50 tonnes est dans la dernière  phase de construction au chantier naval de l'ONATRA à Kinshasa.

Don du Chef de l'Etat, ce bateau va faciliter la traversée  de la rivière  Ubangui pour relier les villes de Zongo ( RDC) et   Bangui ( RCA).

La mise en service de ce bateau est la matérialisation de la promesse du Chef de l'Etat Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo faite à  la population de Zongo, province du Sud-Ubangui lors de son dernier séjour dans cette ville en décembre 2019. 

Ce mardi 14 septembre, le Président de la République Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo est allé se rendre compte de l'évolution des travaux de construction de cette mega infrastructure au chantier naval de L'ONATRA à Kinshasa.

Le Chef de l'Etat s'est montré satisfait du niveau de réalisation.

Le Directeur général de l'entreprise Oriental Road and construction a réitéré son engagement de remettre l'ouvrage en décembre de cette année.

Selon M. Victor Rutalinga Cizungu, le bac de Zongo est un projet intégrateur car il va faciliter le commerce transfrontalier entre la RDC, la RCA ainsi que ses voisins directs notamment le Cameroun et le Tchad.

Avec ses deux groupes propulseurs et son tonnage, le bac de Zongo devrait aussi faciliter la traversée des véhicules remorques avec des produits agricoles ou manufacturés à l'importation ou exportation.

Présents au chantier naval de l'ONATRA, le gouverneur du Sud-Ubangui Claude Mabenze , le ministre du commerce extérieur Jean Lucien Busa et le Directeur de cabinet adjoint du Chef de l'Etat Olivier Mondonge n'ont pas caché  leur satisfaction  de voir cette réalisation du Chef de l'Etat au profit de la population de leur terroir.

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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 13:12
Le Rwanda sur tous les fronts, une puissance diplomatique obtenue au bout du fusil

Lu pour vous

 

Intervention.

Le Rwanda sur tous les fronts, une puissance diplomatique obtenue au bout du fusil

LE SOIR - BRUXELLES  Publié le 15/09/2021 - 06:04

Au Mozambique, le Rwanda ne craint pas d’affronter les djihadistes. Et en Centrafrique, il se veut pourvoyeur de sécurité.

Loin des projecteurs tournés vers l’Afghanistan, de nouveaux fronts se sont ouverts en Afrique. Des groupes armés, se réclamant de l’idéologie islamiste, font face à des régimes minés par la corruption et à des forces de défense inefficaces, qui finissent par lasser leurs alliés occidentaux sollicités par d’autres urgences. Sur deux de ces “scènes secondaires”, la Centrafrique et le Mozambique, le Rwanda, petit pays de dix millions d’habitants, a choisi de donner la preuve de son savoir-faire et de se présenter comme un “pourvoyeur de sécurité”, effaçant ainsi les critiques qui avaient accompagné ses interventions répétées au Congo.

Le succès remporté au Mozambique par le contingent rwandais, un mois après son arrivée, n’a pas fini de faire couler de l’encre : c’est le 12 août en effet que la cité portuaire de Mocimboa da Praïa a été reprise aux djihadistes par des éléments des Rwanda Defense Forces (RDF) aux côtés de militaires mozambicains qui renouaient soudain avec la victoire.

Jusqu’à présent, la petite ville de la province de Cabo Delgado, longtemps négligée par la capitale, Maputo, éloignée de 2 700 kilomètres, était surtout connue pour son port qui accueillait des trafics d’héroïne, de bois précieux, d’ivoire et de rubis. Ces tractations bénéficiaient à l’élite locale, tandis que la population demeurait l’une des plus pauvres du pays et ressassait sa rancœur à l’encontre du parti au pouvoir, le Frelimo, et de l’ethnie des Makonde, qui avait dominé la lutte de libération contre la colonisation portugaise puis contre la Renamo.

L’engagement de Total

Depuis plusieurs années, des rumeurs faisaient état de l’implantation, au nord du Mozambique, de groupes islamiques qui avaient traversé la Tanzanie voisine et auraient été entraînés dans le lointain Kivu et plus particulièrement dans le parc des Virunga, mais ces informations ne suscitaient que dédain et scepticisme.

C’est en 2019 que l’engagement de la société française Total changea la donne. En 2010 en effet, les sociétés italienne Eni et américaine Anadarko avaient découvert au large de Cabo Delgado un immense gisement gazier. Total décida plus tard d’investir 20 milliards de dollars dans un immense projet de production et de liquéfaction de gaz naturel, prévoyant de déplacer des milliers d’habitants et de remodeler le visage d’un littoral longuement négligé.

Comme par hasard, c’est à ce moment que les attaques des “Shebaabs” (les jeunes) s’intensifièrent dans la province et que Mocimboa da Praïa devint le quartier général de la rébellion, obligeant Total à reporter, sinon annuler le début de ses activités. Alors que durant des siècles la côte swahilie avait été dominée par le soufisme, des jeunes ayant mené des études en Égypte, en Libye, au Soudan, en Arabie Saoudite avaient ramené au pays une idéologie plus radicale, s’inspirant du salafisme.

Assistance militaire

Craignant d’être débordé par ses voisins plus puissants, et en particulier l’Afrique du Sud, le président mozambicain, Filipe Nyusi, déploya sans succès les forces mozambicaines face aux combattants islamistes, refusant longtemps de faire appel aux forces armées de la SADC (Communauté des États d’Afrique australe). C’est avec reconnaissance qu’il accepta l’assistance militaire proposée par le président Kagame, qui invoquait la solidarité africaine.

Le premier succès engrangé par les RDF a marqué les esprits et, par la suite, les autres pays de la SADC ont eux aussi décidé d’engager leurs propres forces au Mozambique, les militaires rwandais se retrouvant ainsi aux côtés de troupes qu’ils avaient combattues durant les guerres du Congo.

Outre la solidarité africaniste, quel peut être l’intérêt de cet engagement pour le Rwanda ? Si le Mozambique se transforme en nouvel eldorado, les retombées économiques seront évidentes et, au lendemain de la réconciliation avec la France, il ne doit pas déplaire à Kigali d’obliger Paris et la multinationale Total. En outre, une présence en Afrique australe permet à Kigali de veiller sur ses propres intérêts sécuritaires : de nombreux opposants au régime évoluent au sud du continent, qu’ils soient héritiers des “génocidaires” de 1994 ou dissidents du Front patriotique, comme le très redouté général Kayumba, dont les troupes opèrent entre l’Afrique du Sud et la frontière entre le Rwanda et le Kivu, jusqu‘à l’Ouganda.

Poids diplomatique renforcé

Sur un autre front, la Centrafrique, l’intervention rwandaise relève de ce même cocktail de motivations : au départ, un contingent militaire rwandais fut incorporé à la Minusca (mission de l’ONU en Centrafrique), mais, bientôt, les Rwandais gagnèrent la confiance du président Touadéra jusqu’à devenir ses gardes du corps, ses hommes et femmes de confiance. Dans la foulée, des hommes d’affaires rwandais prirent pied à Bangui, intéressés par l’or et les diamants, tandis que les services de renseignements de Kigali surveillaient de près les rives du fleuve Oubangui voisines de la RD Congo, par où étaient passés en 1994 les réfugiés hutus en fuite dans la sous-région.

Professionnelle et disciplinée, l’armée rwandaise ne peut que bénéficier de ces interventions extérieures en termes d’entraînement, de familiarisation avec de nouveaux types d’armements, de relations commerciales, de sécurité. Présentées comme des manifestations de solidarité africaine, ces opérations qui bloquent la progression des djihadistes renforcent aussi le poids diplomatique d’un pays devenu le cinquième contributeur aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et, après l’Éthiopie, le deuxième au niveau africain. Le succès de ces opérations permet aussi d’occulter les critiques qui portent sur les menées rwandaises au Congo, la surveillance et la répression des opposants, dans le pays et au-delà des frontières.

Colette Braeckman

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