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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 23:12

 

 

 

 

 

RFI  mercredi 18 septembre 2013 à 15:05

 

Par Christophe Boisbouvier

 

Combien de personnes ont été tuées ces deux dernières semaines dans la région de Bossangoa, au nord-ouest de la Centrafrique ? « Près d'une centaine », dit le nouveau régime centrafricain. « Au moins une quarantaine dans la seule ville de Bossangoa, et sans doute beaucoup plus dans la brousse », confie au micro de Christophe Boisbouvier monseigneur Dieudonné Nzapalainga, l'archevêque de Bangui, qui rentre tout juste d'une mission dans la ville martyre, théâtre, juste après son départ, de nouveaux affrontements.

 

RFI : Vous rentrez de Bossangoa, quelle est la situation sur place ?

 

Mgr Dieudonné Nzapalainga : Je rentre de Bossangoa où j’ai vu plus de 10 000 personnes dans l’évêché, des gens qui dorment à même le sol. Avec les fortes pluies que nous avons eues ça m’a fait mal au cœur, parce que toutes ces personnes ont fui les exactions, ont fui aussi des viols. Vous avez aussi une communauté musulmane venant de localités environnantes qui a fui les exactions pour se retrouver à Bossangoa dans les bâtiments d’une école, et on trouve aussi une importante communauté peule. En écoutant les uns et les autres, j’ai perçu une grande peur. Les gens ont fui les exactions parce que beaucoup pensent que les éléments de la Seleka venaient pour les attaquer. Il y a eu effectivement des affrontements avec les éléments de la Seleka, mais en dehors de Bossangoa. Voilà pourquoi les gens étaient en débandade pour se réfugier au niveau de l’église.

 

De l’autre coté, les gens qui étaient attaqués par les membres de milices d’auto-défense, ces Peuls, ces communautés musulmanes, ont fui aussi pour se retrouver au niveau de Bossangoa. Ce que j’ai vu, c'est une exaspération venant des villages environnants. Les gens nous l’ont dit, nous avons fait le déplacement pour aller dans le village où tout a commencé pour Bossangoa, c’est-à-dire le village Zere. Ils nous ont raconté : « A chaque fois, on vient piller nos bêtes, on vient nous arrêter, nous brutaliser. Trop, c’est trop. Et nous avons voulu nous constituer en groupes d’auto-défense ». En fait, ils défendent leurs biens, ils défendent leur famille.

 

Peut-on parler d’attaque de milices d'auto-défense pro-Bozizé contre des éléments de la Seleka ?

 

Les gens que nous avons rencontrés ne nous ont pas dit qu’ils étaient pro-Bozizé. J’ai vu des gens avec les fusils traditionnels, des villageois, des gens qui ont déjà perdu leurs maisons, leurs femmes et enfants. Ils sont déterminés à en découdre. Ceux-là ont attaqué les communautés musulmanes et les représailles sont venues de la Seleka. Nous voici dans une spirale où l'on va parler de conflit interreligieux alors que ce conflit n’est pas interreligieux. Il faut éviter l’amalgame.

 

A l’origine, c’est un conflit politique parce que des milices d’auto-défense s’organisent contre les éléments de la Seleka.

..

Pour défendre leurs villages, pour défendre leurs bœufs, pour défendre leurs matériels. L’Etat n’existe pas dans l’arrière-pays et quand vous avez seulement les militaires qui jouent le rôle de juges, qui jouent le rôle de tout, on appelle cela un seigneur de guerre et c’est dangereux.

 

Les chrétiens sont rassemblés entre eux, les musulmans entre eux, est-ce que vous ne craignez pas demain un grave conflit entre ces communautés ?

 

Voilà pourquoi j’ai pris mon bâton de pèlerin pour rencontrer les gens. Dieu merci, je suis parti avec un imam de Bangui pour dire aux gens : « Nous avons eu un passé de cohabitation, de fraternité et nous devons nous souvenir de tous ces bons moments ». Il est hors de question, parce qu’il y a eu une rébellion, de nous laisser entraîner par le politique. Et avec l’imam, même dans le quartier où il y a les membres des groupes d'auto-défense, je leur ai dit : « Hors de question pour un chrétien de tuer, d’agresser. Un chrétien c’est celui qui est habité par l’amour et qui doit plutôt aimer son frère et vivre en harmonie avec lui. Et ça passera par la parole et non par les armes. »

 

Est-ce que sur place, l’imam et le vicaire de Bossangoa se parlent ?

 

Oui. Lundi, nous avons eu une grande réunion où sont venus l’imam de Bossangoa, les pasteurs, le vicaire général, l’évêque, ainsi que le colonel Saleh, qui est un chef de l’ex-Seleka, aujourd’hui dans l’armée, envoyé par l’Etat, et moi-même.

 

Est-ce que vous parlez avec le colonel Saleh? A-t-il des responsabilités dans la répression qui est pratiquée depuis quelques jours à Bossangoa ?

 

Il a expliqué qu’il a des hommes qu’il envoie sur le terrain. Il a déjà perdu plus de 437 hommes qui partent pour des missions de sécurisation et qui ne reviennent pas. Lui aussi, il est affecté. Nous lui avons dit qu’il allait falloir donner des consignes. On ne part pas pour racketter, on ne part pas pour piller, pour détruire, pour tuer ou pour incendier. Lui-même nous a dit qu’il va maintenant encourager le travail que les pasteurs, le vicaire général et les imams vont faire pour que les uns et les autres déposent les armes.

 

Est-ce qu’il parle français ?

 

Le colonel parle français, il était déjà à Bangui au temps de Bozizé.

 

Est-ce que ses troupes ont choisi un camp ?

 

Les gens avaient l’impression que les troupes avaient choisi un camp et nous sommes en train de les dissuader en disant que l'Etat est pour tout le monde. Il y a la question de la proximité de la langue. Ces membres de l’armée parlant arabe, et les musulmans parlant aussi arabe, quand on les voit ensemble, on pense qu’il y a une complicité. Donc il va falloir aussi faire attention à ce raccourci. Evidemment les deux langues reconnues ici au pays, c’est le français et le sango. Il est temps aussi qu’on essaie de mettre en place des officiers qui parlent ces deux langues-là, pas seulement les gens qui parlent arabe et qui ont besoin d’interprètes.

 

La seule autorité que vous avez vue en fait, c’est un militaire, le colonel Saleh ? Vous n’avez vu aucune autorité civile ?

 

Je suis désolé de vous le dire : il n’y a plus d’autorité dans l’arrière-pays. Et s’il n’y a pas la sécurité, les gens ne reviendront pas.

 

Mgr Dieudonné Nzapalainga: en Centrafrique, «le conflit n’est pas inter-religieux»

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