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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 23:55

 

 

 

 

Excellence Monsieur le Président de la Transition, Chef de l’Etat

 

En janvier et juin de chaque année, la Conférence des Evêques de Centrafrique (CECA) se réunit en session ordinaire. Cette instance est un espace d’échange autour des questions relatives à la vie de l’Eglise, portion du peuple de Dieu en Centrafrique. Elle fournit, par ailleurs, aux Evêques l’occasion de partager sur le cours des événements qui font l’actualité politique, économique et socio-culturelle au niveau de la Nation.

 

A la plénière de janvier, une coutume consacrée par plusieurs années d’usage, a toujours voulu que nous venions à la rencontre du Chef de l’Etat lui présenter nos voeux à l’occasion du nouvel an. La énième escalade de violence qui avait alors remis en question la sécurité et la paix sur une importante partie du territoire nous a empêchés d’honorer cette tradition.

 

Excellence Monsieur le Président de la Transition, Chef de l’Etat, la Conférence des Evêques de Centrafrique est une famille de neuf diocèses étendus sur l’ensemble du territoire national. Ainsi l’archidiocèse de Bangui couvre la capitale et la préfecture de l’Ombella Mpoko. Le diocèse de Mbaïki correspond à toute la Lobaye. Le diocèse de Berbérati comprend la Mambéré_Kadei et la Sangha-Mbaéré. Le diocèse de Bouar englobe toute la Nana Mambéré et une bonne partie de l’Ouham Pendé. L’autre partie de l’Ouham Pendé, notamment la sous-préfecture de Paoua, constitue la juridiction du diocèse de Bossangoa qui s’étend par ailleurs à toute l’Ouham. Le diocèse de Kaga-Bandoro équivaut à la Kémo, la Nana-Gribizi et le Bamingu- Bangoran. Le diocèse de Bambari regroupe les préfectures de la Ouaka, la Haute Kotto et la Vakaga. Le diocèse d’Alindao ceinture la Basse Kotto et enfin celui de Bangassou comprend les préfectures du Mbomou et du Haut-Mbomou.

 

Par notre diverse provenance, nous constituons autant de fenêtres sur les horizons de notre cher pays. Témoins privilégiés de la vie de nos populations à travers les villes et les villages, nous sommes porteurs des souffrances, des attentes et de l’espoir qui les animent.

 

Tels sont notre devoir et notre vocation : non seulement annoncer le Christ, mais aussi faire écho à la voix des sans voix, remonter en toute fidélité les sentiments et les légitimes aspirations à la paix et au bien-être de ce peuple qui est le nôtre. Le Pape Benoît XVI, dans l’Encyclique Deus Caritas est n° 28 §4 explique en effet :

 

L’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les

forces spirituelles, sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se développer. La société juste ne peut être l’oeuvre de l’Église, mais elle doit être réalisée par le politique. Toutefois, l’engagement pour la justice, travaillant à l’ouverture de l’intelligence et de la volonté aux exigences du bien, intéresse profondément l’Église.

 

Nous ne venons donc pas en présomptueux donneurs de leçons. Nous ne faisons que relayer les interrogations de nos frères et soeurs en butte à des problèmes humanitaires de toute sorte ainsi qu’à des inquiétudes, quant à notre avenir en tant que nation. Telle est la mission pastorale qui nous incombe.

 

Fidèle à sa vocation de « sel de la terre et de lumière du monde » (Mt 5, 13a.14a), l’Eglise de Dieu en Centrafrique, par la voix de ses Pasteurs que nous sommes, n’a cessé d’attirer l’attention des dirigeants politiques, notamment à travers les différentes lettres pastorales, sur la dégradation des conditions de vie de nos concitoyennes et concitoyens. Nous avions stigmatisé les maux qui freinent notre développement, affectent notre vivre-ensemble et font le lit des rebellions, à savoir le népotisme, le régionalisme, la corruption, le clientélisme, l’affairisme au niveau des hommes d’Etat, l’impunité, le détournement, l’accaparement ou la destruction des biens publics… Il s’agit donc de l’institutionnalisation de la mauvaise gouvernance. Ces maux d’hier demeurent encore aujourd’hui d’actualité d’autant plus que les effets sont amplifiés par les hostilités initiées par la coalition SELEKA.

 

« Du jamais vu ! » Voilà les mots qui disent le sentiment général du peuple face au déferlement des éléments de la SELEKA. Jamais l’on n’a connu sur notre terre un conflit aussi grave dans son ampleur et dans sa durée. Jamais aucun trouble militaro-politique ne s’était disséminé avec autant de violences et d’impacts sur l’ensemble de notre territoire.

 

Jamais une rébellion ne nous a drainé une aussi forte présence de combattants étrangers.

 

Jamais une crise ne nous a fait courir un aussi grave risque de conflit religieux et d’implosion du tissu social. Un spectacle « du jamais vu » sur tous les plans.

 

Sur le plan social, on n’a pas fini de dresser le bilan en terme de perte de vies humaines, de viols, de pillages, de villages incendiés, de destruction de champs, de violation et spoliation de domiciles privés, des familles illégalement expropriées de leurs maisons qui sont occupées de manière indue par un homme fort ou une bande armée. Le tissu social a été complètement déchiré. Les valeurs et repères sociaux ont été travestis. Le peuple a été soumis à un énorme traumatisme dont les conséquences sont manifestes dans les cas de suicides et de dépressions.

 

Sur le plan économique, jamais une crise n’avait engendré une destruction aussi systématique et programmée de ce qui restait du faible tissu industriel et économique du pays :

 

1. destruction de la Sucaf de Ngakobo,

 

2. Actes de vandalisme des agences bancaires,

 

3. saccage des stations à essence,

 

4. mise en sac et pillage des usines d’égrainage de coton de Bambari et de Gifa,

 

5. liquidation et bradage de nos ressources minières aux chefs de guerre et mercenaires, tel est le cas du chantier aurifère de Ndassima et tous les autres sites d’exploitation de diamant.

 

6. exploitation désordonnée et abattage anarchique du bois

 

7. mise en faillite des sociétés forestières (SEFCA, TANRY BAMBA, VICA, SCAD,

IFB…)

 

8. réseau organisé et autorisé de braconnage : les éléphants et les espèces protégés sont purement et simplement sacrifiés aux bandits de grand chemin.

 

9. destruction des sites touristiques (NZANGA SANGHA, BUFFLE ROUGE…)

 

10. appauvrissement systématique de la population centrafricaine par des pillages

organisés de toutes leurs ressources : activités artisanales, petit élevage, boeufs… et

incendie criminelle et volontaires de leurs greniers et réserves (grains et semences…).

 

11. mise en place par les éléments de SELEKA d’une régie parallèle qui échappe complètement au contrôle de l’Etat. Les recettes profitent uniquement à ceux qui l’ont établie. On comprend dès lors que les caisses de l’Etat soient vides. En effet les recettes ne profitent qu’aux initiateurs d’un tel système.

 

Quel héritage allons-nous légué à la génération montante ? L’envie d’assouvir des intérêts égoïstes et mesquins ne saurait justifier l’irresponsabilité dont nous faisons aujourd’hui montre dans la gestion irrationnelle de nos ressources.

 

Sur le plan politico-administratif, jamais le peuple n’a compris l’obstination avec laquelle les combattants de la coalition SELEKA ont détruit les archives de l’administration publique et des collectivités locales. Que se cache-t-il derrière cette volonté de destruction et d’annihilation de la mémoire nationale ? Jamais le peuple n’a compris leur acharnement sur les représentants du gouvernement ainsi que sur les agents de l’Etat en mission dans les écoles, les hôpitaux et les divers services administratifs sur toute l’étendue du territoire. Ces actes ont porté atteinte à l’existence même de notre Nation. L’autorité de l’Etat est mise en question par des groupes armés qui ont établi une administration parallèle dans différentes localités de l’arrière-pays.

 

Sur le plan éducatif et scolaire, le risque d’une année blanche est réel. En dépit des montages faits par les techniciens du Ministère de l’Enseignement et des appels répétés, lancés par les autorités compétentes, la reprise des activités scolaires s’est faite très timidement dans certains établissements de l’Enseignement Catholique Associé de Centrafrique (ECAC) à Bangui, Bangassou, Kaga-Bandoro, Bouar, Berbérati et dans quelques autres établissements publics. Un programme d’examens (concours d’entrée en sixième, BC, BAC) vient d’être communiqué par les services d’Examens et Concours. Que fait-on de la majorité des écoles saccagées, et celles qui demeurent encore fermées ?

 

Sur le plan sécuritaire et militaire, l’armée nationale et républicaine a cédé le pas à

un agrégat de factions en mal de cohésion, manquant d’éthique et de déontologie professionnelles. Ces éléments continuent à se comporter en rebelles. Ils défient toute hiérarchie et donnent uniquement allégeance à « leur chef militaire ». Ils prennent avantage des armes en leur possession pour imposer leurs lois. En dépit des pillages et des nombreuses exactions qu’ils ont commises sur la population, ils refusent de se faire désarmer. Par ailleurs les mercenaires exigent encore d’être payés. Tel est le cas des Soudanais qui occupent à ce jour la Caserne des Sapeurs Pompiers. Même si un début de sécurisation est perceptible à Bangui, il n’en est pas le cas dans l’arrière-pays où le cantonnement des éléments de SELEKA devient un souffre-douleur pour la population livrée à leur merci. Ces hommes supposés assurer la sécurité des personnes, se transforment en leurs bourreaux. Ils s’arrogent le droit de commettre toutes les exactions. La vie du Centrafricain n’a désormais aucun prix.

 

Ces éléments de SELEKA, pour la plupart des étrangers, peuvent impunément tuer, violer, piller, saccager, incendier des maisons, des greniers, des villages entiers, en rep légitime défense opposée par les populations locales. Nous déplorons la dissémination, à travers le pays, des armes de tout calibre, qui augmente le sentiment et le fait d’insécurité.

 

Alors que nous venons de célébrer, le dimanche 19 juin 2013, la Journée de ‘l’Enfant

Africain’, nous condamnons la pratique des enfants soldats qui ne crée aucun climat propice à l’épanouissement de l’enfant et de la jeunesse en Centrafrique.

 

Sur le plan religieux et cultuel, l’ardeur et la détermination avec lesquelles les éléments de SELEKA ont profané des lieux de culte chrétien et se sont pris de manière ciblée aux biens des chrétiens, ont ébranlé les fondements de notre cohésion sociale. L’unité du peuple centrafricain est ainsi mise à rude épreuve surtout à la vue des comportements de complicité que nous déplorons chez certains de nos frères musulmans. Ces attitudes répondent-elles à un agenda caché comme certains éléments le laissent présager ? Toutefois nous exhortons les autorités politiques à tout mettre en oeuvre pour ne pas exacerber ces tensions dont l’implosion causera beaucoup de mal à notre pays. Nous réitérons notre attachement au principe de laïcité qui a façonné notre pays. Par ailleurs nous compatissons avec certaines communautés musulmanes qui ont été prises en otage et doivent la sécurisation de leurs biens grâce à un système d’omerta qui consiste à verser, par anticipation, une rançon aux éléments de SELEKA avant l’entrée de ces derniers dans une ville.

 

Au regard de tant de drames, d’humiliations et de mépris, le peuple a besoin d’être rassuré. A cet effet, nous devons nous mettre au service de la vérité. Nous constatons malheureusement que les leaders politiques s’illustrent par le mensonge, la fuite en avant, le déni de la vérité. Tout est mis en oeuvre pour préserver les intérêts égoïstes des intéressés.

 

Nous sommes en droit de nous demander : à qui profite cette crise ? La violence est-elle un moyen nécessaire de résolutions de crises qui affectent notre pays ? Nous exhortons les femmes et les hommes qui animent la vie politique de notre Nation à prendre désormais leurs responsabilités. Combien de temps allons-nous nous laisser manipuler par des puissances étrangères qui nous utilisent, nous infantilisent et font de nous des prédateurs pour notre peuple ? Que faisons-nous de notre indépendance ?

 

Se mettre au service de la vérité exige aussi que toute la lumière soit faite sur les responsabilités des uns et des autres dans les pillages, les viols, les tueries, les exactions que le peuple a subis. A cet effet, nous saluons et encourageons la mise en place de la Commission Mixte d’Enquête, chargée d’investiguer sur les crimes commis depuis 2004 à nos jours. Nous osons espérer que ce n’est pas uniquement une stratégie de blanchiment d’un régime en abois, accablé par les exactions qui sont décriées par toute la société civile et la communauté internationale. Puissent les conclusions auxquelles aboutiront les travaux de cette Commission créer les conditions adéquates de la RECONCILIATION et du PARDON dans la VERITE et la JUSTICE. Il faut donc rompre avec la logique de l’impunité et envisager la réparation des torts. La reconstruction d’une paix durable est à ce prix.

 

La rébellion menée par la coalition SELEKA a ébranlé les fondements de l’unité nationale. Les Centrafricaines et Centrafricains sont sclérosés par le doute. Ils vivent désormais dans la peur et la méfiance, qui affectent les bonnes relations, naguère entretenues au-delà des clivages politiques, ethniques et religieux. Nous avons le devoir et la responsabilité de faciliter la cohésion nationale et le vivre-ensemble par le respect de la dignité humaine et des principes inhérents à la laïcité. En ce qui nous concerne, le respect des convictions religieuses n’est pas seulement une vue d’esprit. Nous l’avons manifesté de manière concrète par la mise en place de la ‘Plate-forme religieuse’. Cette initiative a permis, au niveau religieux, d’atténuer les effets de la crise et de désamorcer les tensions dont les conséquences sont préjudiciables pour tout le pays. C’est à ce prix que nous pouvons garantir l’unité et le développement de notre pays.

 

Excellence Monsieur le Président de la Transition, Chef de l’Etat, dans l’intérêt suprême de la République centrafricaine, pour un retour à l’état de droit, pour la reconstruction et le développement de notre pays, nous attirons votre attention sur les questions relatives :

 

1. à la sécurisation du territoire national

2. au désarmement des combattants

3. au rapatriement des mercenaires : Tchadiens et Soudanais

4. à la protection des droits de l’homme et de la dignité de la personne humaine

5. à la lutte contre l’impunité

6. à l’application de la justice à l’égard des victimes des exactions de toute sorte

7. à la réparation des préjudices causés à l’Eglise et à la population

8. à la sécurisation de nos ressources minières, forestières et agricoles

9. à la relance de l’économie nationale

10. à la bonne gouvernance

11. à la reconstruction du tissu social

12. au respect des convictions individuelles, politiques et religieuses

13. au vivre-ensemble et à la cohésion sociale à travers la réconciliation et le pardon

dans la vérité et la justice.

 

Nous voulons vous assurer de notre disponibilité, en tant qu’Eglise, à poursuivre notre collaboration dans la promotion de l’éducation, de la santé, du développement, de la recherche de l’unité, de la paix, de la réconciliation. Comme le rappelle le Pape Benoît XVI, dans son Exhortation post-synodale Africae Munus au n° 81, « l’Eglise en Afrique doit contribuer à édifier la société en collaboration avec les autorités gouvernementales et les institutions publiques et privées engagées dans l’édification du bien commun ».

 

Que Dieu bénisse la République centrafricaine !

 

Fait à la CECA, le 20 juin 2013.

 

S. E. Mgr Edouard MATHOS, Président de la CECA

S. E. Mgr Albert VANBUEL, Vice-Président de la CECA

S. E. Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, Archevêque de Bangui

S. E. Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA, Evêque de BOSSANGOA

S. E. Mgr Juan José AGUIRRE MUNOZ, Evêque de Bangassou

S. E. Mgr Peter MARZINKOWSKI, Evêque d’Alindao

S. E. Mgr Guerrino PERIN, Evêque de M’Baïki

S. E. Mgr Dennis Kofi AGBENYADZI, Evêque de Berbérati

S. E. Mgr Armando GIANNI, Evêque de Bouar

S. E. Mgr Cyr Nestor YAPAUPA, Evêque coadjuteur d’Alindao

MESSAGE DES EVEQUES DE CENTRAFRIQUE AU CHEF DE L’ETAT

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