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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:28

 

 

 

 

lundi 2 septembre 2013

 

La situation en Syrie et la volonté de quelques « occidentaux » d’imprimer leur marque au Proche-Orient au nom de l’Histoire, d’Israël, du pétrole et du gaz, a occulté les déclarations de François Hollande sur la situation qui prévaut en République centrafricaine. Un pays « au bord de la somalisation » où 60.000 enfants seraient en péril de mort et qui compterait 1,5 million de déplacés. A Paris, le mardi 28 août 2013, devant la conférence des ambassadeurs, il a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU et l’UA « à se saisir de la situation ».

 

Très en pointe sur le dossier syrien, Hollande repique malgré tout au truc en Afrique. Il sait, quoi qu’il se passe du côté de Damas, que Paris n’y fera que de la figuration tandis que l’Afrique centrale est aujourd’hui (comme hier et avant-hier) un « ventre mou ». Quand Hollande évoque la « somalisation » de la RCA, il ne pense pas tant à la situation humanitaire du pays qu’à sa situation sécuritaire. Il peut bien évoquer les populations déplacées et les enfants affamés, ce ne sont là que les effets collatéraux des événements qui, le 24 mars 2013, un an après le coup d’Etat à Bamako (22 mars 2012), ont mis fin au règne de Bozizé (cf. LDD Centrafrique 017/Mardi 2 avril 2013).

 

Il y a, entre le Mali et la RCA, des équivalences : pauvres et enclavés, ils ont des frontières avec des pays aux zones grises nombreuses (Tchad, Soudan et Soudan du Sud, RDC, Congo, Cameroun pour la RCA). Ce sont surtout des pays où les activités mafieuses ne cessent de se développer. Ce que Ivan Simonovic, secrétaire général adjoint des Nations unies aux droits de l’homme, écrivait dans Libération le vendredi 23 août 2013 au sujet de la RCA, on l’a écrit du Mali de Amadou Toumani Touré : « La mauvaise gouvernance, la corruption, le manque d’attention accordé au Nord et les pratiques discriminatoires à l’encontre de ses populations majoritairement musulmanes ont caractérisé l’ancien régime de Bozizé ».

 

C’est dire que la chute de Bozizé n’a pas chagriné grand monde. Sauf ceux de son « clan ». Mais l’accession au pouvoir d’un homme, Michel Djotodia, dont nul ne sait vraiment d’où il vient et, surtout, qui sont ses sponsors, ne réjouissait pas plus de monde. Sauf ceux de son « clan ». Le nouvel homme fort de Bangui avait promis, le samedi 30 mars 2013, à Bangui, « d’ériger la tolérance, le pardon et le dialogue en méthode de gestion des affaires de l’Etat » (cf. LDD Centrafrique 017/Mardi 2 avril 2013). On est loin du compte. « Le gouvernement est très faible et a peu d’influence en dehors de la capitale » souligne Simonovic (cf. supra). Qui note que la population vit sous la coupe de la Séléka de Djotodia et des groupes armés de Bozizé.

 

Autrement dit un régime de terreur : vols, viols, assassinats… Hélas, la routine en RCA quel que soit le régime. Djotodia, qui a prêté serment le dimanche 18 août 2013 à Bangui, ouvre une transition de dix-huit mois à laquelle personne ne croit. Bozizé, quant à lui, est à Paris. Où il a annoncé la création d’un Front pour le retour de l’ordre constitutionnel en Centrafrique (Froc-CA) dont la mission est « de suivre de près et dénoncer tout ce qui se passe au pays, afin d’informer l’ensemble de la communauté internationale qui semble n’être pas encore pénétrée de la grave crise, du drame qui se construit en RCA ». Dans le même temps, le président déchu se dit prêt à reprendre le pouvoir à Bangui « si l’occasion se présente » et appelle Paris à contribuer à la résolution de la crise « avec la contribution de l’Union africaine ».

 

C’est dire que la « transition » ne sera pas de tout repos. Surtout pas pour la population prise en tenaille entre les « Djotodia » et les « Bozizé ». C’est pourquoi aussi Paris hausse le ton et appelle l’ONU et l’UA à prendre leurs responsabilités. Hollande souhaite qu’en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, fin septembre, une réunion internationale puisse se tenir à New York tandis qu’un projet de résolution est en cours de rédaction. On pourrait s’étonner que l’Elysée se préoccupe de ce qui se passe du côté de Bangui alors que les tensions géopolitiques sont fortes au Proche-Orient : de l’Egypte à la Syrie. C’est que la géographie impose sa loi. Pour en prendre conscience, il faut ouvrir un atlas : Bangui est à l’exacte équidistance de Bamako, Tripoli, Le Caire, Mogadiscio. Quatre pôles de tension « islamistes ». Simonovic le dit dans Libération (cf. supra) : « Dans cet Etat de non-droit au cœur de l’Afrique, dont la superficie est plus grande que celles de la France et de la Belgique réunies, l’Armée de résistance du seigneur [LRA] a déjà trouvé un sanctuaire d’où ils agissent et recrutent. Les rebelles du Darfour et du Tchad ainsi que les groupes islamistes extrémistes du Mali, du Nigeria ou de la Somalie, pourraient, eux aussi, bientôt en faire autant ».

 

Se désintéresser de ce qui se passe en RCA, ce serait annihiler les efforts consentis dans le cadre de l’opération « Serval » au Mali. Impensable. D’où la question posée par Simonovic : « Mais qui peut assurer la sécurité ? ». C’est lui, d’ailleurs, qui donne la réponse : « Les troupes régionales africaines envoyées sous l’égide de la mission de la CEEAC – Micopax (mission de consolidation de la paix en Centrafrique), forte de 1.300 hommes -, sont trop peu nombreuses pour stabiliser la situation. De plus, les populations locales n’ont pas confiance dans les troupes de certains pays voisins ». Il préconise donc que « les troupes régionales [soient] renforcées au plus vite par une force plus large et plus diversifiée sous les auspices des Nations unies ». Ce qui est notable dans la « crise centrafricaine » c’est qu’elle a été, d’emblée, « internationalisée ».

 

Ce pays enclavé a toujours été un pôle d’incursions : Tchadiens, Congolais de RDC, Soudanais du Sud et d’ailleurs… et même les Ougandais de la LRA, les Libyens de Kadhafi. Idriss Déby Itno, qui avait permis l’accession au pouvoir de Bozizé en 2003, a eu l’occasion, quand il le voulait, de sauver la mise de Bozizé, dans la capitale comme au Nord. Mais la chute de Kadhafi, le grand voisin du Nord du Tchad, et la situation qui prévalait alors au Mali, ont été l’occasion pour lui de changer son fusil d’épaule : Djotodia en lieu et place de Bozizé. Rappelons-nous qu’à cette occasion, les forces spéciales des Forces armées tchadiennes ont rudement bousculé les Sud-Africains (13 morts) qui assuraient la « sécurité » de Bozizé sous prétexte de former des troupes.

 

Tout le monde est donc aujourd’hui, à Bangui. Y compris la France qui n’avait pas voulu mettre le doigt dans l’engrenage centrafricain quand, le dimanche 24 mars 2013, Djotodia a conquis Bangui. « La France, qui a fraîchement en mémoire l’exemple malien où le coup d’Etat militaire de la bande à Sanogo avait donné le coup de fouet à l’occupation du territoire par les extrémistes, craint certainement une prolifération des islamistes dans un terreau aussi fertile que cette RCA de non-droit, où l’autorité de l’Etat est absente ou complice des extrémistes ». Ce matin (jeudi 29 août 2013), l’édito du quotidien privé burkinabè Le Pays est explicite.

 

C’est dire que « Serval » a changé la donne. Non seulement sur le terrain ; mais aussi dans les esprits. « C’est face à l’incurie de l’Afrique que la France a encore mis les pieds dans le plat », commente Le Pays qui ajoute : « Après tout, ce n’est pas la faute aux autres si nous aimons à briller par notre incapacité à prendre nos responsabilités ». L’Observateur Paalga, ce matin également (jeudi 29 août 2013), autre quotidien privé burkinabè, dit la même chose : « On est heureux de constater que la France, puissance tutélaire, a perçu le gouffre vers lequel se glisse subrepticement le pays et a décidé de tirer la sonnette d’alarme » écrit Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana. Qui ajoute : « La France ayant fait du ni-ni (ni ingérence, ni indifférence) la trame de sa diplomatie africaine, on ne peut que saluer [la] proposition élyséenne, laquelle met en exergue ce fil historique qui lie encore l’ex-métropole aux Africains et une concrétisation de la volonté de l’Hexagone d’être toujours à côté d’eux en cas de besoin ». Explicite… !

 

Jean-Pierre BEJOT   La Dépêche Diplomatique

 

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article55715&rubrique7

Lu pour vous : Pourquoi Paris veut « mettre les pieds dans le plat » à Bangui. Et pourquoi cela arrangerait bien du monde (1/2)

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