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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 20:07

 

 

 

 

http://www.la-croix.com   12/7/13

 

Mgr Juan José Aguirre, évêque espagnol en Centrafrique depuis 1980, partage les souffrances et les joies de « son peuple ». 

 

Quand il pense à ses trente-quatre ans d’expérience en Centrafrique, Mgr Aguirre courbe la tête sous le poids des souvenirs. « Ma mémoire est un livre plein de larmes, les larmes de mon peuple », commence le missionnaire combonien. Sous les yeux de cet Espagnol de 59 ans, la Centrafrique enchaîne les rébellions, les coups d’États, les dictatures, dans un lent processus alternant destructions et rebonds. « J’ai connu des moments de joie intense, de joie ecclésiale, précise-t-il. Et j’ai été témoin d’un volume de souffrance qu’on ne peut expliquer par des mots. » 

 

 « C’EST LA LOI DES ARMES » 

 

En cet été 2013, Mgr Aguirre n’a pas terminé de « compter les larmes » de son peuple. Isolé à l’est de Bangui, l’évêché de Bangassou dont il a la charge est sous la coupe des ex-rebelles de la Séléka, désormais au pouvoir« C’est la loi des armes », résume-t-il. Durant leur marche vers la capitale, les rebelles se sont emparés de la région le 11 mars, réquisitionnant aussitôt 30 véhicules appartenant à l’Église. Les pillages systématiques ont commencé les jours suivant. « Ils ont cassé tous les bureaux, la mairie, le cadastre, le tribunal, comme s’ils avaient voulu anéantir la mémoire historique », observe l’évêque.

 

Les hommes en treillis n’ont rien respecté, ni l’administration, ni les bâtiments essentiels. Bâtisseur dans l’âme, Mgr Aguirre avait développé une maternité, un service pédiatrique, une pharmacie, un centre Internet, un collège, un garage : tout a été dévalisé minutieusement au fil des semaines par des soldats livrés à eux-mêmes. La paroisse a perdu ses batteries, son frigo, les panneaux solaires si utiles en brousse. L’insécurité perdurant, le commerce s’est effondré. Le gazole se monnaie au prix fort. Les patients atteints du sida n’ont plus de médicaments pour suivre leur traitement.

 

 « RESTE LA FOI ET L’ESPÉRANCE » 

 

 « Reste la foi et l’espérance », résume l’évêque, qui n’en a jamais manqué. Il avait 27 ans lorsque son ordre l’a envoyé à Obo, la ville la plus à l’est de la Centrafrique, aux frontières du Soudan du Sud. Une mission sans radio, sans électricité. La capitale était à une semaine de voiture. Mais ses supérieurs l’avaient bien préparé, en le dotant d’une solide formation en langue, philosophie et anthropologie, de Madrid à Paris en passant par Rome. « Je suis arrivé avec ma sacoche de théologie, se rappelle-t-il. Les habitants d’Obo l’ont rempli de philosophie de vie. Ils m’ont appris à être missionnaire. » 

 

Loin du monde, l’Andalou se nourrit des sourires des Centrafricains. Il se confronte à leur « réalisme » forgé par la brièveté de leur existence. Il développe une « capacité à distinguer l’important du superflu ». L’épiscopat finit par remarquer ce missionnaire au fin fond de la brousse. Après un détour par Madrid, il est nommé évêque. Cela ne l’empêche pas de « s’asseoir à côté de son peuple » avec une préférence pour les vieillards, les malades, les femmes rejetées pour sorcellerie.

 

UN MISSIONNAIRE RÉVOLTÉ QUE RIEN N’ARRÊTE

 

Aux heures les plus sombres, Mgr Aguirre quitte ses pauvres pour prendre la parole, d’une voix chaude et claire. Il dénonce les exactions des soldats contre les civils durant les grandes mutineries de 1998 à 2001. Il alerte les journalistes sur les massacres et les enlèvements des soudards de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) qui écume l’est du pays depuis une décennie. Désormais, il se révolte contre les pillages, les viols, les meurtres commis par les soldats de la Séléka. Rien ne l’arrête, ni les menaces, ni les armes, ni le désintérêt de la communauté internationale.« Aux yeux du monde, reconnaît-il, la Centrafrique est un pays fantôme. » 

 

Quand le découragement le guette, il repense à cet incident survenu à Bangui, au pire des mutineries. L’évêque venait d’échapper aux tirs d’un militaire. Alors qu’il était encore effrayé par l’incident, une grand-mère lui a caressé la barbe comme on prend un fils par l’épaule. « N’ai pas peur, a-t-elle lancé. Que mille tombent à ton côté et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint » (Psaume 91,7).

 

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SON INSPIRATION : L’APPEL DU CHRIST

 

Juan José Aguirre avait 17 ans la première fois qu’il a lu l’évangile de Marc (10, 30) avec « un peu d’attention ». « Jésus me promettait père, mère, sœurs et frères dans cette vie et aussi la vie éternelle », se souvient-il. « Je me suis dit : ça, c’est pour moi. Je ne pouvais pas passer toute ma vie à me regarder mon propre nombril. » Quelques années plus tard, il s’apercevra que le texte parlait aussi de « persécutions » sur cette terre. « La solitude, la guerre, les mutineries, les attaques personnelles, les calomnies… Des persécutions, en trente-quatre ans d’Afrique, j’en ai eu de tous côtés, précise l’évêque… Mais j’ai aussi eu beaucoup de joies, de visages que je garde dans mon cœur, les personnes qui m’ont aimé et que j’ai aimées. » 

 

OLIVIER TALLÈS (à Bangui, envoyé spécial)

 

 

Centrafrique : le cri d'alarme de Caritas

 

http://www.fait-religieux.com  La rédaction  le 12.07.2013 à 14:36

 

Les représentants africains de Caritas - l'équivalent du Secours catholique en France - ont exprimé leur « indignation face aux souffrances infligées à la population civile innocente » en République centrafricaine, pays qui subit une catastrophe humanitaire, dans une déclaration envoyée à l'agence Fides. En plus d'un geste de solidarité envers le peuple centrafricain, les Caritas africaines, organisations caritatives catholiques, appellent les institutions internationales - ONU, Union africaine, Union européenne - à accueillir « les demandes d'aide lancées par l'Église centrafricaine afin qu'il soit mis fin immédiatement à cette situation ».

 

À l'issue de leur rencontre qui s'est tenue à Nairobi, au Kenya, du 1er au 5 juillet, les responsables des Caritas africaines ont également demandé aux évêques du continent « d'affronter cette question avec les évêques de ce pays et de nous autoriser à lancer des collectes de dons au sein de nos Églises afin d'aider le peuple centrafricain ».

 

Le communiqué salue par ailleurs et soutient « les efforts courageux et prophétiques entrepris par l'Eglise en République centrafricaine afin de redonner espoir aux populations se trouvant dans la souffrance et de prévenir l'extension de cette crise afin d'empêcher sa transformation insidieuse en un conflit à caractère religieux ».

Lu pour vous : En Centrafrique, un évêque en résistance

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