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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 13:19

 

 

 

 

 

http://www.la-croix.com  2/9/13

 

La maladie, provoquée par un parasite, reste la première cause de mortalité infantile dans ce pays enclavé d’Afrique centrale. Reportage.

 

Ils sont venus en masse. Des femmes, des grappes d’enfants et de bébés, des anciens, une poignée de jeunes hommes. À l’ombre des manguiers, les villageois attendent, impassibles, un œil tourné vers les soldats désœuvrés de la Séléka, la rébellion qui a pris le pouvoir en Centrafrique en mars dernier. Sur une table de camping, des volontaires de la Croix-Rouge les reçoivent un par un, prenant la température, notant les noms. 

 

C’est un bon jour à Ouendago. Après six mois passés sans voir un docteur, la commune reçoit la visite d’un clinique mobile du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’emblème rouge et blanc sur le tee-shirt, le médecin et ses adjoints ont redonné vie à un dispensaire dévasté par les pillards. Les consultations s’enchaînent. Des jeunes enfants souffrent de diarrhées, d’autres d’infections respiratoires. Mais la plupart des patients sont frappés par le paludisme. Ici, tout le monde connaît un enfant, un vieillard, une femme enceinte qui est décédé de la maladie. Première cause de mortalité infantile, le paludisme est un tueur de masse dans les campagnes centrafricaines.

 

L’infection est provoquée par un parasite, le plasmodium, transmis d’homme à homme par la piqûre de moustiques anophèles femelles qui prospèrent dans les mares ou les points d’eau, à proximité des habitations. Il se fixe aussi à l’intérieur du placenta, fragilisant dangereusement les femmes enceintes et leur embryon. Chez l’être humain infecté, ce parasite se multiplie dans le foie, puis s’attaque aux globules rouges. Il rend malade, entraîne des rechutes. Mais seul le plasmodium falciparum est responsable des cas mortels.

 

Il y a une dizaine d’années, la maladie parasitaire faisait plus d’un million de morts par an en Afrique subsaharienne, où se concentrent 90 % des victimes. À travers une résolution votée en 2001, les Nations unies se sont engagées à lutter contre ce fléau. Une déclaration suivie de faits : les sommes dépensées pour prévenir et soigner la maladie sont passées de 100 millions de dollars en 2000 à 1,84 milliard en 2012 (1,3 milliard d’euros). Des millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées, assurant une meilleure protection nocturne.

 

Aujourd’hui, les résultats sont là : le nombre de décès a été réduit de près de 40 % en 2010 (660 000 personnes). En Afrique du Sud ou en Namibie, l’infection a pratiquement disparu. Des succès encourageants ont été obtenus au Sénégal, en Éthiopie, au Rwanda, en Zambie. La bataille contre le redoutable parasite plasmodium est engagée, mais la guerre est loin d’être gagnée. Les victimes se comptent par dizaines, voire centaines de milliers chaque année au Nigeria, en République démocratique du Congo, au Mali, au Niger, au Tchad.

 

Dans les campagnes de Centrafrique, personne ne compte les morts du paludisme. Le pays est à genoux, son administration à l’agonie. La nation de l’ancien empereur Bokassa enchaîne les coups d’État et les dictatures depuis son indépendance en 1960. Le dernier putsch remonte au 24 mars, date du renversement du président François Bozizé par la coalition Séléka. En ville comme à la campagne, les rebelles indisciplinés ont dévasté les bureaux, n’épargnant ni les locaux des ONG, ni les dispensaires, ni les hôpitaux.

 

Les rares médecins de brousse ont fui vers la capitale devant l’avancée des troupes. Le système de santé s’est effondré, entraînant dans sa chute les fragiles programmes de prévention et de soin contre le paludisme. Selon des statistiques établies avant la crise, un Centrafricain sur deux dispose d’une moustiquaire. Dans 80 % des cas, les malades victimes du parasite échappent à toute détection. Pour les autres, il manque des traitements adéquats dans deux cas sur trois. « Ces statistiques se sont probablement dégradées au cours des derniers mois », note le docteur Chrysostome Gody, directeur de l’hôpital pédiatrique de Bangui.

 

En ces temps d’incertitude, l’insécurité entraîne des ruptures d’approvisionnement en médicaments. Seuls les camions humanitaires forcent encore les barrages afin d’acheminer les traitements vers les centres de santé de province qui n’ont pas été pillés. Ils alimentent notamment l’hôpital de Batangafo, au nord de Bangui. Malgré ses bâtiments rustiques et son confort spartiate, cet établissement de 140 lits est l’un des meilleurs du pays. Les villageois marchent parfois une journée pour recevoir des soins dispensés par le personnel de Médecins sans frontières.

 

La file d’enfants et de mamans s’allonge devant le bureau de « triage ». Sa fille Ashtamamat dans les bras, Fane Amin attend son tour. « Elle fait de la chaleur », explique la paysanne à l’infirmier. L’homme en blouse blanche pique le doigt de l’enfant. Il prélève une goutte de sang, puis la dépose dans un petit appareil de mesure. Après quelques minutes d’attente, le test est positif. Il s’agit bien d’un « palu »« En ce moment, l’infection représente 87 % de nos consultations », observe le docteur Alain-Modeste Gbene.

 

La jeune malade est venue ce matin de Bouca, une petite ville à trois heures de moto-taxi. Son cas est inquiétant. Cela fait une semaine que la fièvre la taraude. « Au début, nous nous sommes tournés vers un praticien traditionnel, confie sa mère. Il nous a vendu de la quinine. » Le traitement a été un échec. En Afrique, les médicaments classiques ont perdu de leur efficacité, quand ils n’ont pas été abandonnés à cause de leur toxicité. Ils ont été supplantés par les ACT, combinant un antipaludéen classique et un produit dérivé de l’artémisinine, issu d’une plante chinoise, l’armoise.

 

Quand le traitement démarre vingt-quatre heures après les premiers symptômes, le paludisme peut se soigner en trois jours à l’aide d’une tablette d’ACT. Pour Ashmamat, l’hospitalisation sera obligatoire. La petite fille a été prise de convulsions avant d’arriver à l’hôpital, signe probable d’un paludisme grave. « Si rien n’est fait, les organes vitaux comme le cœur et le cerveau sont en danger », précise le docteur Alain-Modeste Gbene. Ashtamamat subira finalement une transfusion sanguine. Au bout de cinq jours d’hospitalisation, la maladie ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

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LA QUÊTE DU VACCIN 

Des décennies d’efforts


Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le paludisme ni contre aucun autre parasite de l’homme. Par le passé, plusieurs projets de vaccin, en particulier celui du Colombien Manuel Patarroyo au milieu des années 1990, ont fait naître d’immenses espoirs. Tous finalement déçus à l’issue des essais cliniques.

Les incertitudes du RTS-S
 

Un vaccin expérimental développé par le laboratoire GlaxoSmithKline suscite un certain intérêt. En 2011, un essai de large ampleur mené en Afrique avait montré que ce produit, le RTS-S, réduisait de 47 % les risques de formes graves chez des enfants de 5 à 17 mois. Mais, en novembre 2012, l’espoir a été un peu douché avec des nouveaux essais montrant une protection de seulement 30 % des nourrissons.

Une autre piste

Lors d’un essai préliminaire mené sur 45 jeunes enfants au Burkina Faso, le vaccin de l’Institut Pasteur appelé MSP3 a démontré une protection de l’ordre de 70 %. Mais son efficacité doit être encore confirmée au cours d’études plus vastes.

 

OLIVIER TALLÈS, à Batangafo, Ouendago

Lu pour vous : En Centrafrique, le fléau du paludisme

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