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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 13:30

 

 

 

 

Jeune Afrique Vendredi 5 Avril 2013 à 21:33

 

Déterminés à en finir avec le président François Bozizé, les rebelles de la Séléka ont fondu sur la capitale à la vitesse de l'éclair, le contraignant à une fuite éperdue. Récit exclusif d'un nouveau coup d'État en Centrafrique. 


En Centrafrique, l'Histoire ne se contente pas d'être répétitive jusqu'à la lie, elle vous revient à la figure tel un boomerang. Dix ans après, c'est dans la suite 930 de l'hôtel Hilton de Yaoundé, là où les autorités camerounaises avaient hébergé Ange-Félix Patassé après sa chute, que logeait depuis le 25 mars celui qui fut son tombeur.

 

Joint au téléphone trois jours plus tard par Jeune Afrique, François Bozizé ne décolère pas contre le président tchadien, Idriss Déby Itno, qu'il accuse, exactement comme son prédécesseur, d'avoir instrumentalisé la rébellion qui l'a chassé du pouvoir. Et jure lui aussi qu'il ne compte pas en rester là : « La légalité constitutionnelle a été violée, on ne les laissera pas faire. » En attendant un hypothétique entretien avec Paul Biya et de se trouver un autre pays d'accueil, l'ancien maître de Bangui se veut prudent - réserve oblige - et surtout patient : l'exil, il le sait pour l'avoir déjà vécu, est une course de fond... 

  

Le dernier acte de cette tragédie oubanguienne a eu pour décor initial la bourgade de Sibut, au nord de la capitale, le dimanche 17 mars. C'est là que depuis les accords de Libreville du 11 janvier les rebelles de la Séléka campent l'arme au pied, remâchant leur rancoeur d'avoir été stoppés dans leur élan et furieux de voir leurs cinq représentants au sein du gouvernement - dont leur chef, Michel Djotodia - jouer le rôle de figurants. Aussi, lorsque le général congolais Essongo, représentant du médiateur dans la crise centrafricaine, vient les voir ce jour-là pour tenter de les apaiser, en compagnie des cinq ministres « sélékistes » et du général Noureddine Adam, numéro deux de la Séléka, les insurgés de Sibut décident de retenir tout ce monde, à l'exception d'Essongo à qui ils donnent trois jours pour convaincre le président Bozizé d'accéder à leurs revendications. Faute de quoi ils reprendront les armes. Prise d'otages ? Mise en scène plutôt. Car Djotodia - rentré trois jours plus tôt et en pleine forme de Libreville, où il avait été hospitalisé d'urgence pour une pseudo-« maladie neurologique », à bord d'un Falcon de la présidence gabonaise - et ses amis avaient pris soin d'emporter avec eux à Sibut leurs effets personnels, preuve que le « coup » n'avait rien d'improvisé. 
  

Trahi

 

De retour à Bangui, Noël Léonard Essongo se rend aussitôt au palais de la Renaissance en compagnie de la représentante de l'Union africaine (UA), la Djiboutienne Hawa Ahmed Youssouf. Ce qu'ils demandent au président est simple : tendre la main aux rebelles et, pour cela, prononcer quelques phrases du genre « je vous ai compris ». Mais Bozizé refuse. « Il nous a même engueulés », confie Essongo. Tout ce qu'il consent à faire, c'est de préparer un décret élevant Noureddine Adam et Mohamed Dhaffane, autre figure de proue de la Séléka, au rang de ministres d'État. S'estimant lâché et trahi par ses pairs d'Afrique centrale, le chef de l'État va plus loin : il fait remettre à la représentante de l'UA une lettre officielle à destination de la présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, dans laquelle il lui demande de désigner un nouveau médiateur, récusant du même coup Essongo et son patron, Denis Sassou Nguesso. Un coup de fil de ce dernier, peu après, n'y changera rien : Bozizé n'en démord pas. Le 19 mars, à 4 heures du matin, celui qui est encore président de la Centrafrique s'envole pour Pretoria afin de s'assurer auprès de Jacob Zuma des intentions du contingent sud-africain présent en RCA et qui lui sert d'ultime rempart. Sur le chemin du retour, François Bozizé a prévu de s'arrêter à Luanda pour demander au président angolais dos Santos d'envoyer lui aussi des troupes. Mais il doit annuler l'escale. Sentant le danger, les rebelles se sont remis en marche. 

  

Vendredi 22 mars, deux colonnes de la Séléka, fortes chacune d'environ deux mille hommes, fondent sur Bangui. La première, qui part de Sibut et atteint rapidement Damara, est dirigée par Aubin Issa Issaka, 42 ans, chef d'état-major de la rébellion, originaire de la Vakaga. La seconde, avec à sa tête Arda Akoma, 32 ans, « Nordiste » lui aussi et chef des opérations, progresse sur l'axe Bossangoa-Bossembélé-Boali. L'objectif est clair : prendre la capitale en tenaille. Si la « colonne Akoma » rencontre peu de résistance, y compris à Bossembélé où les détenus de la maison d'arrêt et de la poudrière se joignent à elle, il n'en va pas de même pour la « colonne Issaka ». 

  

François Bozizé, qui a revêtu son treillis de général, fait décoller l'un de ses deux hélicoptères russes de combat Mi-24 (le second est en panne) piloté par un équipage ukrainien et l'envoie mitrailler Damara, où un détachement des Faca (troupes loyalistes) s'accroche de façon inespérée au terrain, sous l'oeil impassible des militaires tchadiens et camerounais de la Force multinationale de l'Afrique centrale (Fomac), lesquels se contentent d'observer la scène. Le samedi 23 à l'aube, lorsque Bozizé survole lui-même le front à bord du Mi-24, les rebelles, qui ont subi de lourdes pertes, ne bougent plus. Rien n'est encore perdu, pense-t-il. 



Jeuneafrique 

Lu pour vous : CENTRAFRIQUE : RÉCIT EXCLUSIF DE LA CHUTE DE BOZIZÉ

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