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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 16:09

 

 

DÉCRYPTAGE  Libération 26 Septembre 2013

 

Le pays est sous la menace d'une crise humanitaire, des actions des mouvements rebelles et des risques d'un conflit religieux.

«Nous avons poussé un cri d’alarme, un coup de gueule», a résumé jeudi depuis New York le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Dès l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi, la France était en effet en pointe pour exiger une mobilisation urgente de la communauté internationale face à la dérive de ce pays, grand comme la France et la Belgique réunies, enclavé au cœur du continent africain.

Après ce «cri d’alarme» de François Hollande mardi, une réunion consacrée à ce pays souvent jugé «oublié» ou «invisible» a été organisée mercredi au siège de l’ONU. Coprésidée par la France et l’Union européenne, elle a surtout permis de définir les besoins logistiques (notamment le renforcement d’une force régionale qui comprend 1 400 hommes déjà sur place) et de donner quelques petits coups de pouce. Paris s’est ainsi engagé a apporté une aide supplémentaire de 10 millions d’euros à cet «Etat néant» comme l’a défini Laurent Fabius.

Les représentants de «l’Etat néant» en question auraient pu se vexer, mais l’actuel Premier ministre, Nicolas Tiengaye, a tenu à remercier «les pays venus au chevet» de la Centrafrique. Il est vrai que les nouveaux maîtres du pays sont les premiers à réclamer de l’aide pour empêcher le pays de sombrer dans le chaos. Depuis qu’une rébellion a chassé du pouvoir le président François Bozizé en mars, le pays est en effet confronté à une double crise auquelle s’ajoute une menace inédite bien qu’encore diffuse.

Une crise humanitaire

Selon les dernières estimations, 1,6 millions de Centrafricains ont besoin d’une aide d’urgence. En cause : la désorganisation totale du pays, suite à la conquête du pays par les rebelles de la Seleka («l’Alliance»), une coalition hétéroclite créée en décembre au nord du pays, qui a conquis la moitié de la Centrafrique en quelques semaines puis a foncé sur Bangui en mars. Depuis tout est en stand-by, surtout en province, dans ce vaste «arrière-pays» qui s’étend dès la sortie de Bangui et qui vit désormais privé d’approvisionnement, de soins et souvent d’administration.

«Le problème n’est toutefois pas nouveau, tempère Amy Martin, une Américaine qui coordonne l’action humanitaire de l’ONU à Bangui. Même sans les changements politiques récents, nous aurions fait face à une crise humanitaire, certes de moindre ampleur. C’est un pays déstructuré depuis de nombreuses années, qui dérivait déjà lentement avant l’apparition des rebelles.»

«C’est un pays en crise chronique, qui d’habitude n’attire pas l’attention de la communauté internationale, renchérit un humanitaire à Bangui. La Centrafrique ne compte que 4,5 millions d’habitants. Avant la dernière crise, on avait du mal à mobiliser les bailleurs de fonds pour 20 000 déplacés ou 10 000 cas de malnutrition, alors que le moindre mouvement de population dans l’est du Congo prend des proportions bibliques.» Cette fois-ci cependant le nombre des déplacés est estimé à 270 000 Centrafricains, qui ont fui le plus souvent par peur pour leur sécurité.

Une crise sécuritaire

La victoire de la Seleka n’a entraîné que peu de combats contre les forces régulières censées obéir à Bozizé. Arrivé lui-même au pouvoir, en 2003, par un coup de force, l’ex-président s’était rendu impopulaire même au sein de ses propres troupes, mal payées et souvent humiliées par le chef de l’Etat. Pas étonnant dans ces conditions que les forces du Président aient préféré fuir plutôt que de le défendre jusqu’au bout.

Reste que cette victoire facile s’est quand même déroulée dans un chaos total. En route vers Bangui, les troupes de la Seleka, lesquelles ont accueilli tous ceux qui souhaitaient en découdre et se sont livrées à une orgie de pillages et d’exactions sur leur passage. Peu disciplinées, n’obeissant qu’à leur chef local, ces troupes ont semé la terreur. Dans les campagnes, les villageois se sont cachés plusieurs jours en brousse pour éviter de les croiser.

Le nouveau président autoproclamé, Michel Djotodia est cependant un civil, bien qu’issu des rangs de la rébellion. Le 13 septembre, il a annoncé la dissolution de la Seleka, appelée à se fondre dans la nouvelle armée centrafricaine. Mais sur le terrain, difficile de reprendre le pouvoir aux hommes en armes. D’autant que début septembre, des groupes se revendiquant de Bozizé ont mené plusieurs attaques à l’ouest du pays. Là encore, rien de nouveau sous le soleil centrafricain : depuis une décennie, l’arrière-pays est un vaste no man’s land livré à des mouvements rebelles. Tous locaux si l’on excepte l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), féroce rébellion née en Ouganda, qui,ces dernières années avait trouvé un nouveau sanctuaire dans l’est de la Centrafrique.

Finalement la crise actuelle a surtout permis d’attirer l’attention sur des maux récurrents qui ont connu une brutale amplification lors du récent changement de pouvoir. Mais il y a aussi une menace inédite qui plane sur la Centrafrique.

Un risque de conflit religieux

Avec l’arrivée de la Seleka au pouvoir, c’est, pour la première fois, le nord musulman qui prend le pouvoir en Centrafrique, pays majoritairement catholique. Des rumeurs d’exactions contre les chrétiens ont alimenté l’avancée de la Seleka vers le sud. Mais les groupes se revendiquant de Bozizé, qui ont attaqué l’ouest début septembre, ont «en représailles» ciblé des victimes musulmanes. Depuis, de nombreux experts agitent le chiffon rouge d’un conflit religieux et même d’une sanctuarisation de la Centrafrique par des islamistes purs et durs, psychose renforcée depuis l’attaque du centre commercial de Nairobi. L’arrière-pays offre le cadre idéal pour propager ce genre de rumeurs : les informations sont rares, les chefs militaires locaux tout puissants. Mais jusqu’à présent, les différentes communautés ont toujours vécu en bonne entente dans «un pays, avant tout 100% animiste» comme le rappelle un connaisseur du pays.

 

Maria MALAGARDIS Envoyée spéciale en Centrafrique

 

 

 

La survie de la Centrafrique se joue à New York

 

http://www.humanite.fr  26 Septembre 2013

 

François Hollande alerte sur la situation chaotique dans laquelle se trouve le pays à 
la tribune de l’ONU. Les exactions se multiplient contre les populations civiles.

À New York, devant la 68e Assemblée générale de l’ONU, François Hollande a alerté la communauté internationale sur la situation dramatique de la République centrafricaine (RCA). Cette ancienne colonie française a sombré, dans l’indifférence générale, dans un violent chaos depuis le coup d’État perpétré en mars dernier par la rébellion de la Séléka contre l’ancien président François Bozizé. Autoproclamé président, leur leader, Michel Djotodia, est aujourd’hui totalement débordé par les bandes armées qui l’ont porté au pouvoir.

Dans son discours d’ouverture, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a également lancé un SOS. « L’ordre public s’est effondré. Des millions de personnes sont coupées de toute assistance et risquent d’être victimes d’exactions », a-t-il déclaré. Il a également regretté que le sort de la Centrafrique « ne suscite que des contributions désespérément insuffisantes ». À peine un plus d’un tiers de l’appel de fonds pour la RCA (195 millions de dollars) a été couvert.

Selon l’ONU, un tiers de la population (1,6 million de Centrafricains) a besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Plus de 270 000 habitants ont été déplacés ou se sont réfugiés dans les pays voisins.«Notre priorité aujourd’hui, c’est d’aider la population dans le nord-ouest (...) où les affrontements continuent », a expliqué Vincent Pouget, de la Croix-Rouge à Bangui. « En fuyant, beaucoup de gens ont tout perdu, et on essaye de leur fournir des vivres, du maïs, des haricots ou du sel, mais aussi des biens essentiels comme des couvertures », a-t-il ajouté. Quelque 3 500 enfants-soldats sont actuellement enrôlés.

Médecins sans frontières a récemment fait état d’atrocités contre des civils. « Cette nouvelle vague de violence (...) est une source supplémentaire de souffrances pour les civils qui avaient déjà subi des mois de conflits et des déplacements répétés », indique MSF. De son côté Human Rights Watch parle de « crise oubliée » des droits de l’homme.

Pour mettre fin à cette spirale de violences, la France devait proposer, dans le cadre d’une résolution à l’ONU, d’augmenter les effectifs de la force panafricaine présente à Bangui (1 300 hommes). Paris pourrait aussi renforcer son contingent (450 soldats) présent autour de l’aéroport. Ces questions devaient être au centre de la réunion sur la Centrafrique, coorganisée hier par la France en marge de l’Assemblée de l’ONU. Une rencontre présentée par Paris comme « une opération de la dernière chance de sauver ce pays du chaos ».

 

Damien Roustel

Lu pour vous : Centrafrique : Pourquoi la France pousse un "cri d'alarme"

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