Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 14:55

 

 

 

Par Christophe Boisbouvier  RFI   mardi 09 avril 2013

 

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF), réunie lundi 8 avril à Paris, a suspendu temporairement de ses instances la Centrafrique. Louis Michel, envoyé spécial de l’OIF pour le suivi de la situation politique en République centrafricaine, était présent lors de cette réunion. Au micro de RFI, il juge le comportement de François Bozizé qu'il qualifie de « dictateur ». Il confirme que Michel Djotodia, le président autoproclamé, lui a réaffirmé qu’il partirait « dès que les élections seront terminées ».

 

RFI : Après le coup d’Etat du 24 mars, vous suspendez la Centrafrique de façon temporaire. Pourquoi temporaire ?

 

Temporaire, parce qu’on se rend bien compte que la décision de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale), c'est-à-dire des pays de la région, remet quand même ce pays sur des voies qui pourraient en tout cas recréer les conditions d’un nouvel ordre constitutionnel. Deuxième élément : il y a quand même eu, suite à cette décision, une réponse très favorable, puisque le putschiste a dit : « OK, je m’incline ». Il a réaffirmé de manière très forte qu’il ne serait pas candidat aux prochaines élections. Donc je pense qu’on retourne vers ce que j’appellerais une dynamique vertueuse.

 

Depuis la déclaration de Bamako, la Francophonie condamne tous les coups d’Etat, toutes les ruptures de régime démocratique. En ne demandant pas le rétablissement de François Bozizé au pouvoir, est-ce que la Francophonie n’est pas en contradiction avec elle-même ?

 

Non, je ne le crois pas ! Je pense qu’au contraire, la Francophonie est plutôt en pointe sur le respect de ses valeurs. Un coup d’Etat est, d’office, condamné par une suspension. Dans ce cas-ci, on peut considérer que la suspension est plutôt une suspension douce, et en tout cas une suspension qui pourrait être revue au moins de juin, en fonction des avancées constatées, c'est-à-dire (savoir si) le Conseil supérieur de la transition est déjà en place.

 

Si vous ne demandez pas le retour au pouvoir de François Bozizé, n’est-ce pas aussi parce que vous estimez que peut-être l’ancien président centrafricain a commis quelques erreurs ?

 

Bien sûr ! Je pense en fait qu’il y a maintenant une unanimité pour considérer que François Bozizé a usé et abusé de la patience de la communauté internationale. On sent très bien ce ras-le-bol de la part de ses propres amis ! Les pays du voisinage ont pris beaucoup de patience avec lui.

Les accords de Libreville auraient dû lui permettre de se conscientiser à l’obligation, de faire l’ouverture, de faire des progrès de bonne foi. Qu’a-t-on constaté au lendemain de Libreville ? Il a dit qu’il serait candidat en 2016, et il a pris des mesures pour doubler tous les ministres des autres partis ! Il s’est comporté véritablement comme un dictateur ! Il n’y a pas d’autre terme. Et donc, honnêtement, le retour de François Bozizé, je pense que la population ne le supporterait pas.

 

Vous dites que si Michel Djotodia, le nouvel homme fort, est élu président de la transition, il ne pourra pas se présenter à la prochaine présidentielle dans dix-huit ou vingt-quatre mois. Mais vous l’avez vu trois fois la semaine dernière. Est-ce qu’il vous l’a confirmé ?

 

Il l’a confirmé publiquement ! Il l’a dit et redit. Il a eu cette expression qui m’a d’ailleurs fort séduit : « Ecoutez, je partirai dès que les élections seront terminées. Je veux partir sous les applaudissements. Je ne veux pas qu’on me chasse ». Et le Premier ministre, je suis sûr qu’il le fera. Les ministres s’y sont aussi engagés.

 

Nicolas Tiangaye ?

 

Oui. Je pense que c’est un homme d’une classe supérieure, providentielle. Je sens chez Djotodia une vraie estime pour son Premier ministre.

 

Ces derniers temps, François Bozizé s’était rapproché de l’Afrique du Sud. Est-ce que cette nouvelle alliance militaire, politique, a pu agacer les voisins du président centrafricain et précipiter sa chute ?

 

Je n’oserais pas dire ça. Mais je pense que cette alliance avec l’Afrique du Sud a renforcé son arrogance naturelle. En faisant cette alliance, il s’est dit qu’il a une assurance tous risques pour continuer à jouer au dictateur peu éclairé. Et donc, cette alliance avec l’Afrique du Sud a nourri chez lui une certitude qu’il pouvait désormais tout se permettre, encore plus qu’avant !

 

Si Nicolas Sarkozy était encore président, est-ce que la France aurait sauvé le soldat Bozizé, comme Jacques Chirac l’a fait en 2006 ?

 

Non, je ne le pense pas. Je pense qu’en 2006, Monsieur Bozizé avait encore le bénéfice du doute.

 

Au regard de sa politique africaine, est-ce que François Hollande est un bon ou un mauvais président ?

 

Vous savez que je ne suis pas socialiste ! Mais j’apprécie la manière dont François Hollande appréhende la politique africaine jusqu’ici - par exemple son intervention au Mali - se montre, me semble-t-il, soucieux de l’Afrique. Mais il a une certaine retenue. C'est-à-dire qu’on n’a pas le sentiment d’une sorte d’ingérence permanente. Il ne donne en tout cas pas le sentiment d’avoir des agendas cachés.

 

Dans son discours au dernier sommet de la Francophonie à Kinshasa, François Hollande a salué Abdou Diouf, mais a ignoré l’hôte du sommet, Joseph Kabila. Ça vous a choqué ?

 

Cela ne m’a pas choqué. Je pense qu’il y avait à l’époque, évidemment, un contentieux sur le terrain. Il y avait l’affaire Chebeya, ce qui était évidemment assez gênant. A cette époque-là, moi en tout cas, j’ai considéré qu’il aurait peut-être pu ne pas y aller, si c’était pour créer cet incident-là. Mais je me suis dit : « Bon, voilà ». Il faut aussi que nos partenaires puissent accepter le débat, comme nous devons accepter d’ailleurs leurs critiques.

 

Certains prêtent au président Kabila l’intention de modifier la Constitution pour pouvoir se représenter en 2016. C’est une bonne ou une mauvaise idée ?

 

Je pense que changer les règles du jeu en cours de partie, c’est toujours une mauvaise idée. Vous savez que l’élection a été mise à un tour plutôt qu’à deux tours. Je pense que cela a été d’abord mal compris, à juste titre, par une certaine opinion publique. Cela a fait un grand tort à la crédibilité de Monsieur Kabila. J'ai vu cela au Parlement européen, dans les sphères internationales. De toute façon, il pouvait gagner en faisant deux tours ! Sans doute cela aurait été plus serré. Mais on aurait eu un vrai débat.

Cela a entaché, d’une certaine manière, la légitimité de son élection. Et là, on constate que les présidents qui ont été capables de jouer l’alternance, de ne pas s’accrocher, sont devenus des références en termes de sagesse, en termes d’éthique, et qu’on fait souvent appel à eux dans des missions extrêmement prestigieuses.

Je vois, par exemple, ce que Pierre Buyoya (ancien président burundais, ndlr) a été capable de faire. Il a accepté de partir après dix-huit mois et de ne pas être candidat.  Et que fait-il aujourd’hui ? Plein d’organisations internationales l’appellent. Et il sert le monde entier !

 

Louis Michel : «la suspension de la Centrafrique de l'OIF est plutôt une suspension douce» (RFI)

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com