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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:22

 

 

 

Archidiocèse de Bangui
BP 798 BANGUI
République Centrafricaine
Tél. +236 75042029

Son Excellence Michel Djotodia Am Nondroko
Président de la République et Chef de l’Etat
Présidence de la République centrafricaine
BANGUI


PLUS JAMAIS ÇA… NON À L’IMPUNITE !

Excellence Monsieur le Président,


Nous, Evêques, dans la proximité avec le peuple en souffrance et portés par le souci pastoral, sommes préoccupés par les événements de ces derniers temps qui ont meurtri notre pays. Après avoir relevé certaines exactions à l’endroit de la population, dans l’humilité, nous vous faisons quelques propositions quant à la sortie de la crise et à la reconstruction de notre pays.


Dans la Sainte Bible, l’Apôtre Pierre, s’avançant, dit à Jésus : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois ». (Mt 18, 21-22)


Il n’y a pas d’ambiguïté dans la réponse que Jésus donne à Pierre. Au-delà de la loi du talion qui consistait à rendre coup pour coup, Jésus exhorte non seulement Pierre, mais tout homme, au pardon inconditionnel, sans limite, à la mesure de la bonté que Dieu manifeste aux pécheurs que nous sommes (Mt 5, 38-42). Le pardon se manifeste ainsi dans la disposition de l’homme à rendre le bien pour le mal. Toutefois la résistance de l’homme est immense. Comment pardonner à ceux qui nous ont offensés ? L’homme veut imposer à ce pardon une limite. C’est ainsi qu’en faisant le commentaire du passage biblique dans lequel Jésus exhorte ses disciples au pardon, un catéchiste fit observer à son curé avec qui il était en froid : « Je n’ai que deux joues. Après avoir tendu la gauche et la droite, je me réserve le droit de me défendre ».


L’anecdote comporte néanmoins un fond de vérité. Il ne faut pas profiter du principe du pardon pour abuser impunément des autres. D’ailleurs Jésus n’est pas resté bouche bée devant le garde du grand-prêtre qui lui donna une gifle : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18, 23). Il ne demande rien d’autre que de faire la vérité sur les faits. C’est au nom de ce principe que nous vous interpellons ainsi que le Premier Ministre au sujet du drame dans lequel le paisible peuple centrafricain est plongé depuis le 10 décembre 2012.

 

L’avancée fulgurante de la coalition SELEKA a abouti le 24 mars 2013 à la conquête rapide de la ville de Bangui, à la fuite du Président déchu et au changement de régime. La légitimation du coup de force s’appuie sur les sentiments de libération du peuple des jougs de l’oppression imposée par BOZIZE et son régime et la volonté de rétablir la justice en faveur de tout le peuple. Ces intentions sont donc louables. Toutefois les arguments avancés par certains ténors de la coalition en justification de leur projet de libération que nous citons de mémoire posent question :


C’est la pauvreté qui nous a poussés à prendre les armes.


Je n’ai pas réussi à me faire entendre du Président. J’étais las de faire le pied de grue. C’est pourquoi j’ai pris les armes.

 

Ce n’est pas de gaieté de cœur. Nous sommes tous des responsables. La prise d’armes était plutôt une nécessité.

 

Nous voulons rectifier une injustice. Dans notre région, nous manquons d’eau, de routes, d’électricité.


Si chaque région de la RCA tenait un tel langage, le pays serait tout le temps en feu et en sang. Néanmoins ne nous trompons pas de débat. Ce n’est pas par les armes que nous répondrons aux besoins de nos concitoyennes et concitoyens. Malheureusement la logique de la guerre a été privilégiée aux dépens du dialogue. Le constat est sans appel. Partout où les éléments de SELEKA sont passés, la population est en pleurs et en deuil :


1. Menaces, terreur et tortures psychologiques ;


2. Viols de jeunes filles et femmes, dont certaines se sont suicidées ;


3. Enrôlement d’enfants soldats ;


4. Humiliation publique de quelques militaires des FACA, gendarmes et policiers, s’ils ne sont pas froidement abattus comme des chiens galeux ;


5. Déplacement de personnes pour se réfugier en brousse ou en forêt ;


6. Elévation du taux de mortalité infantile et néo-natale à cause du non fonctionnement des services hospitaliers ;


7. Rupture d’approvisionnement de beaucoup de villes en médicaments et produits médicaux de première nécessité, surtout pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA ;


8. Evacuation du personnel des Médecins Sans Frontière de Bantagafo et de Kabo à cause des exactions commises par les éléments de SELEKA ;


9. Pénurie et inflation ;


10. Rupture de réseaux de communication avec certaines villes en dehors de Bangui ;


11. Pillage et saccage des édifices publics, des hôpitaux, des écoles ;


12. Vols et confiscation de véhicules d’Etat et de particuliers.


13. Anéantissement de l’administration ;


14. Foulage au sol de l’autorité de l’Etat ;


15. Saccage des unités de production économique.


La République centrafricaine est ainsi devenue un pays fantôme dont les valeurs éthiques ont été remplacées par le gain du pouvoir, l’injustice, la loi du plus fort, les règlements de compte et la chasse aux sorcières. La Centrafricaine et le Centrafricain sont désormais considérés comme des bêtes de somme qu’il faut traquer et abattre impunément. Que faisons-nous donc de la dignité qui constitue pourtant un des mots clés de notre devise nationale (‘Unité – Dignité- Travail’)?


Monsieur le Président,


L’heure est grave. Les populations des villes de Centrafrique sont soumises aux viols, pillages, extorsions, braquages, vandalismes et autres méfaits orchestrés par les éléments de SELEKA. Pourquoi ne les condamnez-vous pas ? Jusqu’à quand garderez-vous le silence ? Les cris et les larmes de ces populations nous percent le cœur. Les défis à relever sont énormes ; les vrais combats sont ailleurs :


1. Sécurisation du pays ;


2. Protection de l’intégrité territoriale contre les attaques de la LRA, des braconniers, des “mbarara”, ces éleveurs fougueux venus du Tchad qui font paître leur bétail dans les champs des paysans, détruisant ainsi le fruit de toute une année de travail, des coupeurs de route et d’autres petits malfrats. Les frontières de Centrafrique sont poreuses et laissent passer tout bandit qui s’y sent en sécurité au détriment de la population locale.


3. Bon fonctionnement des organes de transition ;
4. Etablissement d’une administration forte et garante de la justice ;
5. Désarmement et cantonnement des combattants ;
6. Rapatriement sans délai des mercenaires tchadiens et soudanais ;
7. Rapatriement de tous les biens volés et convoyés au Tchad et au Soudan;
8. Reprise effective du travail et des activités scolaires ;
9. Formation des enseignants, construction des écoles et leur dotation en matériels didactiques.
10. Renforcement des structures de santé et leur dotation en médicaments essentiels.
11. Redéploiement des agents de l’Etat, en l’occurrence les fonctionnaires, les gendarmes et les policiers sur toute l’étendue du territoire ;
12. Paiement de salaires des agents de l’Etat.


Telles sont les tâches auxquelles il faut s’atteler de toute urgence. Par ailleurs, cette crise a mis en évidence un malaise social dont personne ne veut parler et dont les conséquences à long terme risquent d’être explosives pour la cohésion nationale en ce qui concerne notamment la cohabitation entre les Centrafricains de confession chrétienne et leurs pairs de confession musulmane. C'est un mal dont il faut parler avant que les frustrations et les rancœurs ne deviennent ingérables. Un peu partout dans les zones occupées c’est presque le même témoignage. Les éléments de SELEKA sur le terrain sont constitués en grande partie de musulmans étrangers et de quelques nationaux. La population musulmane a été grandement épargnée des pillages. Quelles sont les intentions réelles de ce mouvement contre nos institutions chrétiennes ? Seriez-vous effectivement l’auteur de la Lettre à L’organisation de la Conférence Islamique d’Arabie Saoudite du 17 avril 2012 (cf. Pièce jointe) ? Comment expliquer l’acharnement avec lequel les éléments de SELEKA se sont pris à nos institutions ? Les résultats sont effarants :


1. Vol systématique de nos moyens roulants : plus d’une centaine de véhicules et de motos volés ;


2. Profanation des édifices et des objets religieux. On peut citer l’exemple de la paroisse Saint Joseph de Mobaye, Notre Dame de l’Immaculée Conception de Batangafo l’oratoire des sœurs de Markounda ;


3. Pillage et saccage des Radios catholiques à Bambari et à Bossangoa ;


4. Perturbation des célébrations liturgiques ;


5. Coups de feu tirés dans la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Bangui à la fin de la célébration du dimanche des Rameaux;


6. Agression physique des prêtres, religieux et religieuses. Citons en exemple les cas des sœurs de Mbrés, des prêtres d’Alindao, de Bangui, Bossangoa et même de l’évêque de Bambari ;


7. Entrave aux déplacements des agents pastoraux (3 évêques, des prêtres et des religieuses) bloqués à Bangui depuis la Semaine Sainte.


Nous exigeons de votre part réparation pour tous les biens de l’Eglise volés, pillés, saccagés ou vandalisés. A cet effet, nous vous annonçons d’ores et déjà que la Commission Episcopale Justice et Paix vous remettra en temps opportun un dossier complet. Tout en reconnaissant les défis auxquels est confronté notre pays, nous vous exhortons à tout mettre en œuvre pour :


1. Garantir la sécurité et la protection de tout citoyen centrafricain,


2. Obtenir le déploiement des forces onusiennes ;


3. Assurer le bon fonctionnement des organes de transition ;


4. Veiller au respect des accords de Libreville (la non-représentativité du Président et des membres du gouvernement aux prochaines élections) ;


5. Apaiser la situation dans le pays en favorisant une cohabitation pacifique et fraternelle entre tous les Centrafricains, quelles que soient leurs convictions politiques et religieuses,
6. Asseoir l’autorité de l’Etat et faire prévaloir le respect des institutions étatiques sur toute l’étendue du territoire,


7. Garantir la justice à toutes les victimes de cette crise ;


8. Faire cesser immédiatement la chasse aux sorcières,


9. Créer une Commission Justice, Vérité et Réconciliation ;


10. Rapatrier sans délai les mercenaires tchadiens et soudanais


11. Procéder à la Démobilisation, au Désarmement et à la Réinsertion (DDR) des combattants centrafricains.

Veuillez agréer, Excellence, l’expression de nos salutations distinguées.


Fait à Bangui, le 23 avril 2013



S. E. Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, Archevêque de Bangui



S. E. Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA, Evêque de Bossangoa



S. E. Mgr Cyr Nestor YAPAUPA, Evêque coadjuteur d’Alindao



Ampliation:


1. Premier Ministre
2. Président du Conseil National de Transition
3. Nonce Apostolique en Centrafrique et au Tchad
4. Ambassadeur de France et Haut Représentant de la France en Centrafrique
5. Représentante du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique
6. Représentante de la Commission de l’Union Africaine en Centrafrique
7. Médiateur de la CEEAC pour la crise centrafricaine
8. FOMAC

Les évêques écrivent au président Michel Djotodia

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