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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 19:49

 

 

 

 

Aujourd’hui, force est malheureusement de relever que deux alternatives implacables s’offrent à la RCA : ou bien elle poursuit la voie empruntée ou elle est capable de sursaut national et dans ce cas, disposée à réaliser le progrès social.

 

Dans la première hypothèse - solution que je souhaite bannie pour l’avenir- la RCA va continuer sa lente descente aux enfers. L’insécurité va continuer à s’opérer de façon grandissante, l’économie nationale restera toujours au plongeon, le tissu social définitivement déchiré.

 

Bangui la Coquette est devenue à notre corps défendant « Bangui la Roquette ». Des coups de feu sporadiques sont entendus partout.

 

Aucune portion du territoire national n’en est malheureusement épargnée. Le moindre tir de kalachnikov suffit à vider les territoires de la République de leurs habitants. Nos concitoyens vivent la peur au ventre. Situation inimaginable il y a encore près de deux décennies.

 

Je revois mon pays, jadis, ce véritable havre de paix dont j’étais si fier et dont nous jalousaient, à tort ou raison, nos voisins.

 

La RCA demeure une destination plus que déconseillée non seulement aux candidats au tourisme ou aux potentiels investisseurs mais même à ses propres fils ou filles.

 

J’en suis, pour ma part, profondément peinée et meurtrie. Le sort que vit mon pays m’insupporte au plus haut point.

 

L’économie qui ne se portait déjà pas très bien est aujourd’hui complètement laminée. Les quelques entreprises existantes ont été pillées voire détruite, mettant de nombreux employés au chômage. Lorsque l’on sait qu’une personne qui travaille fait généralement vivre une smala sans oublier la famille au sens africain du terme.

 

Cette situation est d’autant plus dommageable qu’elle a mis à mal les finances publiques du pays. Les impôts, taxes et droits de douane ne rentrent plus normalement. Du coup, l’Etat a du mal à faire face à ses dépenses de souveraineté.

 

L’Etat ne peut plus assumer ses fonctions régaliennes dans un Etat de droit. L’aide étrangère est versée au compte goutte.

 

Les fonctionnaires, retraités, stagiaires et étudiants boursiers et cumulent des mois d’arriérés de paiements. Aucun investissement d’envergure ne peut se faire en l’état actuel des choses.

La RCA doit encore et toujours solliciter la mansuétude et magnanimité de la communauté internationale pour espérer assurer son train de vie.

 

Et Dieu merci, cette communauté internationale a toujours été au chevet de notre pays. Je pense tout particulièrement à nos frères et sœurs de la CEMAC, de la CEEAC et de l’UA.

 

Je salue, au passage, les efforts faits par les peuples congolais et tchadiens pour nous venir en aide et à travers eux la clairvoyance  des Présidents Denis SASSOU N’GUESSO du Congo-Brazzaville et d’Idriss DEBY ITNO du Tchad.

 

Les récoltes ont été perturbées, asséchant les maigres ressources non seulement des paysans, valeureuses forces vives de la nation mais également celles de l’Etat.

 

Les conséquences sociales de cette situation décrite plus haut ne sont pas moins incalculables.

 

Les populations injustement spoliées ont été davantage appauvries. La paupérisation et le lumpenprolétariat battent des records.

 

Les structures de santé publique sans moyen sont incapables de faire face au flot continu des malades, des blessés. Comme si cela ne suffisait pas, les ONGs humanitaires sont mises dans l’incapacité de porter secours aux plus démunis.

 

La scolarité des élèves et étudiants a été gravement perturbée, hypothéquant par là même l’avenir du pays. Je considère que la jeunesse représente l’avenir du pays et on ne peut indéfiniment et impunément tourner le dos à l’avenir sauf à se considérer en Hors-la-loi et en antipatriote.

 

N’empêche : malgré, ce tableau sombre, je crois encore au génie du peuple centrafricain. La RCA est entrain de traverser les pires moments de son histoire. Mais elle est aussi capable de sursaut patriotique. Pourvu qu’elle en a la volonté et surtout que ses fils et ses filles- du moins ceux et celles qui prétendent exercer les plus haute charges de l’Etat- mettent de côté leurs intérêts partisans, ethnocentristes et bassement matériels pour privilégier l’intérêt général national que j’appelle instamment de mes vœux ; intérêt général sans lequel rien de viable ne peut se faire.

 

Sur le plan militaire et sécuritaire, les autorités de transition doivent poursuivre et intensifier les efforts de désarmement et de cantonnement des ex-combattants. Le volet réinsertion du dispositif DDR ne saurait être négligé grâce à l’appui financier de nos partenaires.

 

Je n’ignore pas que cette dimension de la problématique sécuritaire en RCA demande de moyens financiers colossaux auxquels l’Etat- en l’Etat actuel- ne peut y faire face sans le concours financier extérieur substantiel. J’en veux pour preuve le nombre important des ex-combattants à démobiliser.

 

Dans cet ordre d’idées, je me réjouis des actions vigoureuses engagées par la CEMAC, la CEEAC, l’UA et la France pour pacifier durablement le pays. Même si beaucoup reste à faire.

 

A cet  égard, j’invite instamment les futurs candidats à la magistrature suprême de notre pays à accorder une place toute particulière au secteur de la sécurité dans leur projet de société- que je souhaite- vraiment collé aux réalités du pays, prenant en compte les souffrances du peuple centrafricain.

 

Ce dossier est très sérieux pour être pris en charge, le moment venu, par une commission pluraliste comprenant toutes les formations politiques et les forces vives de la nation et chargée de faire des propositions sérieuses sur notre politique de défense et sécurité pour les années à venir. Les défis sécuritaires à relever ne sauraient être renvoyés aux calendes grecques.

 

C’est parce-que les préoccupations sécuritaires ont été insuffisamment prises en compte que notre pays vit depuis bientôt 20 ans des soubresauts politico-militaires à répétition devenus un enfer pour nos populations et subsidiairement faisant de la RCA le ventre mou de l’Afrique Centrale et un pays incapable d’assurer son destin.

 

Je retiens que sans paix, sans sécurité, rien de durable ne peut être entrepris.

 

Sur le plan économique, la RCA doit reconquérir la souveraineté de ses richesses. Dieu seul sait qu’elle a des atouts dans ce domaine. Son sous-sol est richement doté, son sol arable, sa pluviométrie abondante.

 

Avec de la bonne volonté et l’amour du pays chevillé au corps, la RCA peut surmonter toutes ses difficultés et devenir une des locomotives crédibles du Continent et pourquoi pas surprendre tous ceux qui sont habitués à nous voir tirer le diable par la queue.

 

Il est inadmissible que malgré toutes nos potentialités, nous continuons à être la cinquième roue du carrosse pour user d’un euphémisme.

 

Nous ne pouvons plus continuer à raser les murs. Il faut décréter solennellement la fin de la récréation.

 

Le peuple centrafricain en a plus qu’assez d’être la risée du monde.

 

Sur le plan social, les clignotants doivent être remis au vert. L’école de la République doit retrouver ses lettres de noblesse. La méritocratie républicaine insufflée à nos enfants. Le culte de l’école érigé en priorité nationale doit être substitué aux actes d’antivaleurs que sont le gain de l’argent facile, la corruption sous toutes ses formes, la concussion, les détournements de deniers publics, la prise illégale d’intérêts et la luxure.

 

Nos hôpitaux ne peuvent continuer à être des mouroirs où pour un simple palu, on peut perdre bêtement la vie.

 

Une véritable politique de santé publique de grande ampleur doit être élaborée et appliquée sur l’ensemble du territoire national. Un peuple laissé sans soins primaires ne peut relever les nombreux défis d’un développement autocentré.

 

C’est à bon droit que le Père de l’indépendance feu BARTHEMY BOGANDA avait imaginé la conjonction des 5 verbes propres à sortir l’Oubangui Chari du sous-développement endémique et de l’obscurantisme.

 

Je pense aux fameux verbes- loger, nourrir, vêtir, soigner et instruire.

 

Je suis aujourd’hui au regret de constater qu’aucun leader centrafricain digne ce nom n’a fait cas de cette conjugaison d’actions qui tenait lieu, en son temps, de programme politique et continue à ce jour encore -c’est-à-dire 53 ans après notre accession à la souveraineté nationale et internationale- de tenir lieu de programme de gouvernement. Feu notre distingué père doit se retourner dans sa tombe. Je parie que si, par extraordinaire, il revenait à la vie, il dirait au peuple centrafricain et singulièrement à ses dirigeants « qu’avez-vous fait de notre patrimoine commun ?».

C’est vrai que le passif est lourd, en conséquence de quoi, le bilan est globalement négatif  car la fracture sociale n’a fait que s’élargir -c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Avant de terminer mon exorde, j’inviterais nos futurs candidats à la présidence de la République (candidats déclarés et potentiels candidats) à réfléchir et poser un regard sans complaisance et sans concession sur les véritables enjeux de notre pays et de notre société. Car l’heure est grave. Et sans quoi, ce sera toujours l’éternel recommencement.

 

Que vive et prospère la RCA et que Dieu veille sur le peuple centrafricain.

 

 

                                                                                     Wilfried Willy ROOSALEM

La RCA est à la croisée des chemins par Wilfried ROOSALEM

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