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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:40

 

 


 

 

RFI  vendredi 21 juin 2013 à 13:53

 

En Centrafrique, les habitants continuent de craindre les attaques à main armée, trois mois après l'arrivée des rebelles de la Seleka au pouvoir. Le pasteur Josué Binoua est ministre conseiller chargé des Affaires religieuses. Au micro de RFI, il revient sur le braquage à Notre-Dame d’Afrique, et rappelle l’attachement au principe de la laïcité de l’Etat.

 

RFI : « La paix revient progressivement chez nous », dit Michel Djotodia. Mais il y a trois semaines, plusieurs centaines de fidèles de la cathédrale Notre-Dame d’Afrique de Bangui ont été braqués au milieu de la messe dominicale par quelques éléments armés. Est-ce que ce n’est pas inquiétant ?

 

C’est inquiétant. Mais vous savez qu’il y a trois mois, nous avons eu un coup de force dans notre pays, et les combattants dits de la Seleka n’ont pas été maîtrisés, pour la principale raison qu’il y a eu beaucoup d’auto-incorporations des jeunes désœuvrés, et leur entrée dans la capitale a aggravé la situation. Aujourd’hui, il est estimé à plus de 10 000 jeunes, ce que l’on appelle donc des faux Seleka. Progressivement, la sécurité revient. Mais nous regrettons ces faits qui continuent, notamment celui qui s’est produit à la cathédrale dont vous faites mention.

 

Le jour de ce braquage à Notre-Dame d’Afrique, quand le ministre d’Etat à la Sécurité publique, le général Noureddine Adam, est arrivé à la cathédrale pour rétablir l’ordre, il s’est fait braquer à son tour, et les sept agresseurs n’ont pris la fuite qu’à l’arrivée des éléments tchadiens de la Fomac. N’est-ce pas le signe qu’il n’y a aucune autorité aujourd’hui à Bangui ?

 

Vous savez que le nombre écrasant des membres de la Seleka fait que tous ces combattants ne connaissent pas, ni le ministre de la Sécurité ni les principaux responsables. Ils connaissent leur chef, leur recruteur.

 

Et lors de ce braquage, les agresseurs ne parlaient ni sango ni français. Ils ne comprenaient que l’arabe. Etaient-ce vraiment des Centrafricains ?

 

Le fait qu’ils ne parlent pas français ou sango ne détermine pas forcément qu’ils ne soient pas centrafricains. On peut être Centrafricain et puis être né à l’étranger. Mais pour ce qui les concerne, ces gens qui étaient là, leur nationalité est à déterminer.

 

Ils venaient en fait de la zone des Trois frontières. C’est ça, des confins de la Centrafrique, du Tchad et du Soudan ?

Très certainement.

Et toujours lors de ce braquage, le ministre Noureddine Adam a interpellé les agresseurs en leur disant : « Mais pourquoi est-ce que vous vous attaquez à une église ? Est-ce que vous feriez la même chose dans une mosquée ? » Est-ce que ce n’est pas une bonne question ?

 

C’est une bonne question. Et le ministre d’Etat à la Sécurité va dans le même sens que le président Djotodia, quand il a réaffirmé lors de sa rencontre avec les confessions religieuses, protestantes, musulmanes, catholiques, qu’il est pour la laïcité, et qu’il était hors de question de toucher à ce principe intangible !

 

Vous-même, Josué Binoua, êtes pasteur. Vous avez été nommé par Michel Djotodia conseiller aux Affaires religieuses auprès de la présidence centrafricaine. Mais franchement, est-ce que ce n’est pas juste une nomination gadget pour essayer de rassurer ?

 

Vous savez que dans les jours écoulés le président de la République a rencontré les trois grandes confessions. Et c’était justement l’occasion qu’il puisse réaffirmer le fait qu’il n’a pas écrit un courrier à l’OCI pour l’islamisation du pays.

 

Ça, c’est une fausse rumeur ?

 

C’est une fausse rumeur. Et nous avons besoin de dialogue avec les confessions religieuses.

 

Vous parlez d’islamisation de la Centrafrique. Est-ce qu’il y a aujourd’hui parmi les maîtres de la Seleka certains islamistes qui rêvent de cela, ou pas ?

 

Tout le monde s’en défend. Il n’y a aujourd’hui dans mon pays aucun responsable de la Seleka qui ne dit autre chose que la laïcité de l’Etat. Et nous nous en félicitons.

 

Oui, mais quand vous étiez, il y a encore quelques mois, l’un des hommes forts du régime Bozizé – c’était au début de cette année – vous dénonciez le péril islamiste que portait la Seleka !

 

J’étais ministre de l’Administration du territoire ! Et l’interrogation était légitime ! Dès lors que ce sont les Eglises et les infrastructures des églises qui étaient attaquées, le doute était permis, les interrogations étaient légitimes. Mais aujourd’hui, il appartient au responsable de la Seleka devenu gouvernant d’affirmer le principe de laïcité de l’Etat. C’est ce qui a été fait.

 

Vous dites qu’à l’époque, les églises étaient attaquées. Mais est-ce qu’il n’y a pas trois semaines, Notre-Dame d’Afrique n’a pas encore été attaquée ?

 

Il y a encore de ces faits qui continuent et qui mettent de l’huile sur le feu ! Mais je le dis : le principe de laïcité de l’Etat n’a pas été remis en cause, ni par le président de la République ni par aucun responsable de la Seleka.

 

Oui, mais si l’homme fort du pays, Michel Djotodia, n’a pas autorité sur les éléments armés, est-ce que tout ça n’est pas que du verbe?

Le président de la République a instruit clairement le gouvernement d’enquêter, d’arrêter et de sanctionner tous ceux qui se seront rendus responsables de ces faits.

 

Parmi les partisans de l’ancien président Bozizé, beaucoup agitent le chiffon islamiste. Si vous ne réglez pas ce problème entre musulmans et chrétiens, est-ce que le camp Bozizé ne risque pas de se renforcer ?

 

On ne bâtit pas le pays avec de la revanche. Il n’y a pas de chasse aux sorcières, et donc tous les fils du pays doivent pouvoir apporter leur pierre à la construction du pays.

 

Passer du camp Bozizé au camp Djotodia, comme vous l’avez fait en quelques semaines, est-ce que ce n’est pas le signe que l’intérêt passe avant les convictions ?

 

La question est mal posée. Nous travaillons pour le pays. J’ai été contre la rébellion de Bozizé en 2003 pendant que d’autres étaient pour. J’ai été encore contre la rébellion de la Seleka. Aujourd’hui, le président Djotodia a lui-même dit qu’il prie pour être le dernier rebelle ! La seule manière d’accéder au pouvoir c’est le suffrage universel. Personne dans mon pays aujourd’hui ne peut dire que la rébellion est une bonne chose !

 

Donc en fait, vous êtes toujours loyal au camp du vainqueur ? C’est ça ?

 

Je ne suis pas loyal au camp du vainqueur, je suis loyal au camp du pays ! Les hommes passent et le pays reste ! Bozizé a travaillé pour le pays, Djotodia travaille pour le pays. Il passera et d’autres viendront également à la tête du pays.

 

Djotodia passera, dites-vous. Selon les derniers accords, la transition doit durer dix-huit mois et s’achever par une élection présidentielle. Que fera Michel Djotodia à ce moment-là ?

 

Il l’a dit, au terme de la transition, il recouvre toute sa liberté de citoyen !

 

Donc, il ne se présentera pas ?

 

Il l’a dit. 

 

Josué Binoua sur RFI: «On ne bâtit pas le pays avec de la revanche»

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