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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 00:28

 

 

 

 

            Au merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs, on reconnaissait certes la pertinence de l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne », mais c’était pour ajouter aussitôt qu’en vertu de l’adage « on n’arrête pas le progrès », on pouvait et devait changer une équipe qui pulvérise les paradoxes et les records négatifs, afin de se rapprocher toujours plus de la perfection en la matière et d’éviter d’être dépassé par d’autres pays.

 

            Aussi, après le renversement armé du Grand Pote par Le Grand Libérateur, celui-ci avait – il été à son tour renversé par Le Grand Rebelle, afin de renforcer les paradoxes et les records négatifs et de les étendre, non seulement dans la capitale, mais aussi dans tout le territoire et ce, dans les nombreux domaines qui en avaient injustement été privés, comme on peut en juger par ce qui suit.

 

  1. « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles »

 

            En cette année de grâce, le merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs se prélassait douillettement sur son lit moelleux de misère, de cadavres et de prisonniers privés que moissonnaient allègrement Le Grand Libérateur, ses fils et ses sbires, prisonniers qu’on entassait et massacrait dans des camps militaires, pour bien prouver, s’il en était encore besoin, qu’on n’avait que faire du code de procédure pénale qui prétendait que seules les prisons devaient accueillir des prisonniers.

 

            Il en résultait que même lorsqu’un Tribunal, bravant le bon sens et la philosophie triomphante des paradoxes et des records négatifs, se permettait de relaxer un prévenu, et que son Avocat présentait l’ordre de mise en liberté aux geôliers pour obtenir la libération de son client, les geôliers lui répondaient le plus tranquillement du monde qu’ils ne pouvaient s’exécuter que sur ordre du Grand Libérateur dont le prévenu était le prisonnier personnel ; en général celui-ci ne répondait jamais, ou ne répondait qu’après plusieurs mois.

 

            Certes, Le Grand Libérateur avait limogé son bras droit qu’on appelait le Vice – Roi, lequel contribuait pourtant puissamment sur les plans politique et financier au triomphe de la philosophie des paradoxes et des records négatifs, en débarrassant le Pouvoir de tous les individus malfaisants qui se permettaient d’œuvrer pour le développement du pays et en entassant des milliards dans des paradis fiscaux, mais le Grand Libérateur n’avait pas poussé le bouchon jusqu’à procéder à son arrestation, car il s’agissait seulement de faire diversion.

 

            Bien au contraire, Le Grand Libérateur lui avait généreusement octroyé la rondelette somme de 25 millions de francs, pour lui permettre d’aller se soigner à l’Etranger, puisque les hôpitaux du pays n’étaient plus que de sinistres mouroirs. Par contre ses plus proches collaborateurs, y compris son chauffeur, avaient été pourchassés, capturés et enlevés en pleine ville devant de nombreux témoins ébahis et avaient été déportés au Camp militaire de province que les mauvaises langues appelaient GUANTANAMO.

 

            Certes aussi, avaient été limogés le Ministre de l’Injustice chargé de la promotion de l’immoralité, ainsi que le Ministre farfelu des Postes et Télécommunications, puis du sous - développement rural, lequel avait créé une société sangsue qui avait bu tout le sang de la société nationale de télécommunications, avait détourné à bon droit les milliards d’aide déversés par les bailleurs de fonds internationaux qui ne se préoccupaient jamais de contrôler l’utilisation des fonds, mais c’était uniquement pour calmer les murmures qui commençaient à sourdre des milieux de quelques égarés, et surtout pour faire échec aux bruits de bottes venant de l’extrême Nord du pays.

 

            Certes de même, des irresponsables agglutinés au sein d’un Front pour l’Annulation et la Reprise des Elections, élections que le Grand Libérateur et ses chauds partisans  avaient gagnées haut la main à force de bourrages d’urnes et d’inversions des résultats, s’agitaient comme un diable dans l’eau bénite pour restaurer l’inacceptable philosophie de la Démocratie, du progrès social et du développement économique, mais Le Grand Libérateur ne leur répondait, si l’on ose dire, que par un silence méprisant, tant il est vrai que lorsqu’on n’a rien de mieux que le silence, il vaut mieux se taire.

 

Tout semblait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et l’application des résolutions du Dialogue Politique Inacceptable (DPI) qu’on lui avait imposé, résolutions inspirées de la philosophie malsaine et heureusement caduque des records prétendument positifs, semblait définitivement enterrée.

 

  1. Chronique d’une débandade générale

 

            Or, voici qu’alors que le bon Peuple s’apprêtait à célébrer l’anniversaire de la République, la fin d’année et le nouvel an dans la misère conquise de haute lutte, en application de la glorieuse philosophie des paradoxes et des records négatifs, on apprit qu’une coalition de rebelles dirigée essentiellement par des ressortissants d’une Préfecture très peu peuplée et laissée à l’abandon, avait pris la décision de marcher sur la capitale et de prendre le Pouvoir par les armes.

 

            Goguenard, Le Grand Libérateur avait éructé un grand discours à la radio dite nationale qu’il avait privatisée à son seul service et au service de son Parti de fait unique que les quelques mauvaises langues appelaient Parti inique, que son bon Peuple devait garder son calme légendaire car lui, Le Grand Libérateur, venait d’acheter des avions de combat, avait fait venir un gros contingent de redoutables militaires d’un pays ami du sud du continent, et qu’en conséquence il ne ferait qu’une bouchée des rebelles s’ils osaient sortir de leur désertique Préfecture sous peuplée dont le pays eût pu se passer, n’eût été que son sous-sol recelât des diamants dont il était très friand (il fut arrêté en Allemagne avec des diamants pleins les poches) et du pétrole, que ses eaux fussent très poissonneuses, et que sa forêt et sa brousse fussent un paradis faunique qu’enviassent le Kenya et d’autres pays de grand tourisme du continent.

 

            Le Grand Libérateur était encore entrain d’éructer, de postillonner furieusement et de pérorer lorsqu’on apprit que les rebelles avaient déjà conquis sans coup férir les villes minières du Nord et du Centre, notamment le Chef lieu du Centre du pays. On devait cependant à la vérité de dire qu’en ce qui concerne le chef lieu du Centre du pays, Le Grand Libérateur y avait dépêché un contingent de jeunes qui venaient juste de terminer hâtivement leur formation militaire bâclée, sous la direction des mercenaires du pays voisin qui lui avaient permis de renverser son prédécesseur, Le Grand Pote, ainsi que de jeunes officiers libérateurs qui lui avaient prouvé leur bravoure en sévissant dans la capitale contre les civils sans armes.

 

            Le contingent avait franchi sans encombre le grand pont de l’entrée de la ville et fêtait ce qu’il croyait être une victoire en tirant en l’air à tue – tête lorsqu’une nuée de rebelles enturbannés, dirigée elle aussi par des mercenaires du même pays voisin, avait fondu sur lui comme des corbeaux sur des poussins et avait décimé les pauvres chairs à canons que leurs chefs avaient abandonnées sur le champ de bataille, en fuyant avec le seul véhicule qui avait franchi le pont, non sans avoir réussi à y hisser en catastrophe le corps d’un gradé qui avait été tué.

 

            Apprenant ce désastre, les militaires des autres villes, qui n’étaient pas nombreux et qui avaient toujours été méprisés par le Grand Libérateur au profit de sa garde rapprochée, qu’il n’avait dotées que d’un armement dérisoire, avaient tôt fait de se débarrasser de leurs tenues, bérets, brodequins et armes et s’étaient fondus dans la population civile.

 

  1. « La fin du séjour à Doumbélane »

 

            Dès lors, les enturbannés n’avaient rencontré comme obstacle pour atteindre les autres villes que le temps nécessaire pour les atteindre, lesquelles étaient tombées les unes après les autres comme des fruits mûrs, si ce n’est comme des fruits verts arrachés de leurs arbres par un vent violent. C’était pour ainsi dire la chronique d’une débandade généralisée. Pour autant, Le Grand Libérateur, transi de peur et mu par l’énergie du désespoir, mais tenant à cacher ses profonds sentiments et à rassurer son bon Peuple, publiait des communiqués de victoires. Ne l’eût – il pas fait qu’il fût apparu comme un Général d’Armée sans armée et se fût couvert de honte. Il était donc condamné à pratiquer le déni de réalité et la politique de l’autruche, qui enfonce sa tête dans le sable pour conjurer le danger.

 

            De même que l’autruche ne conjure pas le danger en enfonçant sa tête dans le sable, ainsi Le Grand Libérateur n’avait pas arrêté l’avancée des enturbannés en publiant des communiqués de victoires imaginaires. Tant et si bien que les enturbannés étaient arrivés à environ 200 kms de la capitale, dont nombre d’habitants, courageux mais nullement téméraires, s’étaient précipités pour traverser le fleuve et s’exiler en masse dans le Grand Pays voisin, de l’autre côté. Peu à peu, Le Grand Libérateur n’était plus que le Président de « la République de la capitale ». On eût dit que c’était « la fin du séjour à Doumbélane », du fameux conte « Leuk le lièvre » du célèbre feu le poète – Président Léopold Sédar SENGHOR et d’Abdoulaye SADJI, que les gens de la vieille génération ont dégusté à l’école primaire.

 

            On se demandait quand même si les rebelles enturbannés oseraient s’attaquer aux troupes alliées positionnées à 75 kms de la capitale et fondre sur celle-ci. Oseraient – ils ?

 

  1. Conserver le Pouvoir à tout prix : un impératif sous-régional

 

Le Grand Libérateur avait renversé son prédécesseur Le Grand Pote et pris le Pouvoir grâce à une rébellion, mais avait réussi à se faire élire puis réélire pour deux mandats de 5 ans chacun. Très imprudent, il avait préalablement fait adopter par référendum une Constitution aux termes de laquelle son mandat n’était renouvelable qu’une seule fois. Or, étant donné qu’il avait constamment et gravement violé cette Constitution, fait exécuter des opposants sans autre forme de procès, embastillé de nombreux opposants dans des conditions inhumaines et dégradantes, pratiqué toutes sortes d’exactions, permis à ses fils d’en faire de même sur la base de leur seule qualité de « fils de son père », il savait pertinemment que le seul parapluie atomique dont il disposait pour ne pas en payer le prix était la conservation du Pouvoir.

 

            En effet, il ne s’était jamais fait d’illusions sur la sincérité de l’adhésion massive de son bon Peuple à la philosophie des paradoxes et des records négatifs et se disait « in petto » que tout comme ses hauts dirigeants qui gravitaient autour de lui ainsi que la terre autour du soleil, le Peuple faisait l’âne pour avoir du son, et qu’il qualifierait de MOÏSE toute personne qui le renverserait, comme il a qualifié de MOÏSE son prédécesseur et lui-même. Il ne se faisait pas plus d’illusions sur les prêches enflammés de nombreux pasteurs protestants qui appelaient le Peuple à le suivre aveuglément, étant donné que tout pouvoir, dont le sien, vient de Dieu. Etant Pasteur lui-même, il savait pertinemment que s’il est vrai que Dieu donne le pouvoir, il est aussi prompt à le retirer quand on ne gouverne pas selon sa parole, comme il retira le pouvoir à SAÜL pour le donner à DAVID.

 

            Le Grand Libérateur se disait aussi que si d’autres Présidents avaient réussi à modifier leurs constitutions et brisé le verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels, à s’éterniser au pouvoir et à échapper à toute poursuite pénale, il ne voyait pas pourquoi lui ne pouvait pas le faire.

 

            Il se trouvait que nombre d’autres Présidents du continent étaient au bout de leur deuxième mandat, étaient confrontés eux aussi à une opposition tumultueuse, voire à des rébellions, et étaient donc préoccupés par la situation du merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs comme s’il s’agissait de leurs propres pays. Ils avaient donc déversé sur leur collègue des conseils de récupération des opposants et des rebelles ainsi que des milliards, mais comme il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, Le Grand Libérateur n’en faisait qu’à sa tête.

 

            Conscients que la chute de leur collègue sous les coups de boutoir d’une rébellion galvaniserait leurs opposants et leurs rébellions et les encouragerait à faire de même contre eux, ils se faisaient des cheveux blancs et se les arrachaient pour soutenir à bout de bras leur collègue devenu indésirable, afin de lui trouver une solution miracle pour terminer son deuxième mandat, quitte à le dépouiller de l’essentiel de ses pouvoirs afin de calmer ses opposants et ses rebelles.

 

  1. « Deviens ce que tu es »

 

            Aussi, lorsque les rebelles enturbannés arrivèrent à 200 kms de la capitale du pays des paradoxes et des records négatifs, les Présidents des Pays de la Sous - Région organisèrent – ils un sommet dans le pays pourvoyeur de mercenaires dont le Président excellait dans le rôle de pompier – pyromane, et ordonnèrent – ils un cessez – le – feu immédiat, en attendant les décisions d’un autre sommet à tenir dans un autre pays de la sous-région. Les remuants opposants du merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs furent cordialement invités à ce premier sommet dont ils revinrent requinqués et plus exigeants que jamais, au grand dam du Grand Libérateur.

 

            Au deuxième sommet, tenu dans la capitale du pays dont feu l’ex-Président était expert en matière de bourrage de la bouche des opposants avec des billets de banque, les rebelles, les « politico-militaires non combattants » et la société civile furent aussi invités. On y décida de considérer carrément Le Grand Libérateur comme un « incapable majeur », ainsi que le disent les juristes, de le dépouiller de l’essentiel de ses pouvoirs, notamment en lui imposant un Premier Ministre issu de l’opposition qu’il n’aurait pas le droit de révoquer comme prescrit par la Constitution, d’ouvrir le Gouvernement aux rebelles, de bâillonner son Assemblée monocolore de « godillots » qui ne savait ouvrir la bouche que pour flagorner, de libérer tous les prisonniers politiques dont il avait toujours nié l’existence, et d’appliquer les résolutions du Dialogue Politique inacceptable qu’il avait enfermées à clefs dans ses tiroirs depuis plus de 4 ans.

 

            En contre - partie, on lui avait assuré la poursuite de son deuxième mandat jusqu’à son terme, mais avec interdiction à jamais de se présenter non seulement à la prochaine élection présidentielle mais aussi à toute autre élection présidentielle, et l’on avait intimé l’ordre aux rebelles de repartir d’où ils étaient venus.

 

             De la conférence, Le Grand Libérateur avait fait dire au Peuple par ses griots qu’il avait gagné sur toute la ligne, avait fait preuve d’humilité en tendant volontairement et magnanimement la main à ses opposants et à ses rebelles, ajoutant, cerise sur le gâteau, qu’il ramènerait lui-même ses opposants dans « son » avion. Galvanisé par la « victoire » si éclatante du Grand Libérateur, le peuple s’était rendu en marée humaine à l’aéroport pour accueillir son sauveur et conspuer le porte-parole de l’opposition qui n’avait échappé au lynchage que grâce à un prélat qui l’avait pris sous ses ailes.

 

            Chassez le naturel et il revient au galop, dit l’adage. Revigoré par cet accueil massif et triomphal, Le Grand Libérateur était redevenu ce qu’il avait toujours été. Comme disait NIETZSCHE, « deviens ce que tu es ». Il avait louvoyé pour nommer le Premier Ministre, qu’il avait  d’abord copieusement et haineusement fait conspuer par ses chauds partisans et tous ceux qui croyaient qu’il s’était sauvé la mise, et s’était bien gardé de libérer les prisonniers politiques.

 

  1. Une ligne prétendument rouge

 

            Naturellement, ce qui devait arriver était arrivé. Les rebelles avaient repris leur marche en direction de la capitale, tout en conquérant les quelques rares villes qu’ils n’avaient pas encore conquises ou celles dont ils s’étaient retirés. Les décisions politiques ayant démontré leur inefficacité et se fondant sur l’adage « aux grands maux les grands remèdes », les pays de la sous région avaient  déployé des troupes dans la dernière ville sur la route des rebelles vers la capitale, avec l’appui du contingent du pays du Sud du continent, réputées invincibles.

 

            De son côté, Le Grand Libérateur avait fait intervenir son unique et vieil hélicoptère, piloté par des mercenaires Blancs mais, prudent, n’avait déployé ses maigres troupes mal et peu armées que derrière celles de ses alliés, lesquels avaient déclaré présomptueusement que leur position constituait une ligne rouge que les rebelles ne devaient tenter en aucun cas de  franchir sous peine d’être écrabouillés ; mais si Le Grand Libérateur avait prudemment positionné ses troupes derrière celles de ses alliés, c’est parcequ’il savait pertinemment qu’aucun militaire allié ne sacrifierait sa vie pour lui, et qu’il suffisait que les rebelles osent pour trouver devant eux un grand boulevard vers la capitale.

 

            Les militaires alliés étaient en réalité dans la situation du serpent boa qui a avalé une très grosse proie ; lorsqu’il voit approcher un chasseur, il écarquille les yeux pour lui faire peur et l’éloigner, mais si le chasseur est courageux et s’approche, le serpent boa ne peut rien lui faire et se laisse tuer. C’est ainsi que les rebelles avaient défoncé la porte ouverte que constituait la prétendue ligne rouge et avaient continué leur marche triomphale vers la capitale, après avoir massacré de nombreux militaires prétendument invincibles du pays du Sud du continent.

 

            Lorsque Le Grand Libérateur avait appris que les rebelles étaient arrivés à 26 kms de la capitale, par un sursaut d’orgueil mal placé, il avait revêtu son uniforme de Général d’armée et avait entrepris de s’y rendre pour prendre lui-même le commandement de ses troupes. Mal lui en avait pris car il avait failli être capturé et n’avait dû son salut qu’en s’engouffrant précipitamment dans un blindé. Arrivé au PK 12, il avait exécuté son neveu qui lui suggérait de déposer les armes, avant de s’enfuir honteusement pour aller récupérer ses enfants, ses innombrables concubines qu’il se plaisait à exhiber sans égard pour son épouse légitime et s’exiler.

 

            Les rebelles enturbannés prendraient – ils la capitale, comme Jules César prit Rome ?

 

  1. « Le sort en est jeté » et « je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu et - - - j’ai tout détruit »

 

            De même qu’avant de transgresser l’interdiction faite à tout Général romain de franchir avec son armée le fleuve Rubicon en direction de Rome sans ordre du Sénat et de marcher sur Rome, donnant ainsi le signal de la guerre civile qui l’opposa à Pompée, Jules César avait prononcé la fameuse phrase « alea jacta est » (le sort en est jeté), ainsi le chef des rebelles avait dû lui aussi prononcer cette fameuse phrase avant de défoncer les lignes ouvertes des soldats alliés de l’anti-coalition.

 

            Entré triomphalement dans la capitale, comme César décrivant au Sénat la rapidité et la facilité de la victoire qu’il venait de remporter, Le Grand Rebelle avait dû déclarer « veni vidi vinci » (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), non sans ajouter avec une légitime fierté : - - - « et j’ai tout détruit ». Il ne pouvait en effet qu’être légitimement fier des destructions massives et généralisées accompagnées de pillages et de viols puisque, selon son raisonnement mystique, Dieu détruit toujours avant de reconstruire, ce que les Ecritures Saintes traduiraient par le grain ne peut pousser s’il ne meurt d’abord. Sachant que le Peuple était profondément pieu mais encore très arriéré et qu’il ne pouvait donc pas comprendre cette analyse rigoureuse qu’il risquait de considérer comme un sophisme blasphématoire, il s’était bien gardé de relever qu’en réalité la « mort » et la renaissance du grain biblique sont simultanées et non successives. De toute façon, il ne lui paraissait pas judicieux de rompre brutalement avec la philosophie des paradoxes et des records négatifs qui avait fait ses preuves.

 

            C’est donc avec délectation que Le Grand Rebelle admirait l’étendue des destructions, des pillages (pour ne pas dire tout simplement des vols) et qu’il écoutait à la radio nationale tout comme à la radio des bailleurs de fond et à la radio internationale locale les surprenantes lamentations des femmes et des filles violées. Les chefs rebelles arriérés qui l’entouraient se demandaient pourquoi ces femmes et ces filles ne comprenaient pas qu’avant d’être purifiées, il leur fallait d’abord nécessairement être souillées ? D’ailleurs, n’était ce pas plutôt un honneur que d’avoir des rapports sexuels avec d’aussi intrépides soldats, que ces rapports fussent ou non consentis ? Ils en arrivaient même à penser que c’étaient ces femmes et filles qui avaient activement racolé leurs naïfs et chastes petits soldats.

 

            A part sa curieuse et mystique théorie de la destruction – reconstruction, Le Grand Rebelle prononçait pourtant des discours emprunts de sagesse, où il prônait la fraternité, la tolérance et l’amour du prochain, tout en assurant le Peuple que plus jamais nul ne serait embastillé pour délit d’opinion. Il parcourait donc les Eglises catholiques comme protestantes et les mosquées pour distiller la bonne parole et demander au Peuple d’accepter avec joie d’emprunter le chemin pavé de destructions, de pillages, de meurtres et de viols qui seul conduisait à ce qu’il appelait par euphémisme la nouvelle renaissance.

 

  1. Squatters du Grand Hôtel et caméléons

 

            Compte tenu de ce que ses intrépides soldats avaient également totalement pillé le Palais présidentiel et de ce qu’il se disait que son prédécesseur avait piégé ledit Palais, il avait squatté le seul Hôtel de grand luxe et de classe internationale de la capitale et y avait emmené ses innombrables généraux, colonels et autres commandants, dont certains n’avaient jamais mis pied ni en un tel lieu, ni même dans une école militaire et ce, avec femmes et enfants, transformant le prestigieux lieu en une indescriptible poubelle où l’on crachait sur le marbre sans avoir le sentiment de s’être mal conduit.

 

            Quoiqu’il n’y eût plus d’armée à proprement parler, les hordes de pillards et de violeurs du Grand Rebelle ne pouvant décemment être qualifiées d’armée, et sans procéder préalablement à la refondation et à l’unicité de l’armée régulière avec intégration de ses rebelles, Le Grand Rebelle avait entrepris de recruter des militaires, qui sillonnaient la ville au pas de charge en vociférant des chansons obscènes. Sachant que depuis la fuite ignominieuse du Grand Libérateur, aucun autre militaire n’avait le grade de général d’armée, certains rebelles s’étaient auto - proclamés général d’armée, aux fins de commander et de se faire saluer par les généraux de l’armée régulière, qui avaient acquis leurs grades après des dizaines d’années de service, en dehors de la fournée de généraux d’opérette nommés par Le Grand Libérateur peu avant sa chute.

 

            S’ajoutaient tous les thuriféraires des deux précédents régimes qui, toute honte bue et toute couleur changée comme des caméléons, arpentaient les couloirs et faisaient le pied de grue devant la suite du Grand Rebelle, ne serait-ce que pour être vus, pour quémander un sourire, et en fin de compte pour présenter silencieusement une demande d’emploi, par leur seule minable et piteuse présence.

 

            Tout ce beau monde squattait et s’empiffrait à l’œil, avec d’autant plus de voracité qu’on s’empiffrait en self-service. Le malheureux directeur qu’avec son personnel les squatters traitaient comme des domestiques, si ce n’est comme des esclaves, et qui avait déjà envisagé, avant l’invasion, de fermer l’hôtel faute de clients solvables, en dehors de l’ancien Ministre milliardaire des Postes et Télécommunications, puis du développement rural qui y avait élu domicile, n’avait plus que ses pauvres yeux pour pleurer.

 

  1. Luttes intestines

 

            Sur le plan politique, Le Grand Rebelle avait dissous le Gouvernement formé par son prédécesseur, au sein duquel il occupait la fonction de Premier Vice – Premier Ministre chargé de la Défense Nationale, dissout l’Assemblée Nationale, démis son prédécesseur de ses fonctions et suspendu la Constitution. Il avait alors publié deux Actes tenant lieu de Constitution, où il s’était auto - proclamé Président de la République, nommé à nouveau le même Premier Ministre et formé un nouveau Gouvernement pléthorique de 34 Ministres sans mention de proposition de ses membres par la Premier Ministre, avec 11 Ministres ressortissants de sa Préfecture sous-peuplée, dont 4 Ministres d’Etat. Les dirigeants politiques qui avaient lutté pacifiquement, opiniâtrement et courageusement contre l’ancien régime furent relégués dans les profondeurs du classement protocolaire, certains n’étant que Ministres Délégués. Les femmes furent pratiquement ignorées, à l’exception de 3 d’entre elles.

 

            Une fois son Gouvernement formé, le Grand Rebelle ne s’était pas préoccupé de présider son premier Conseil des Ministres solennel, comme le voulait la tradition ; il avait laissé au Premier Ministre le soin de tenir un simple Conseil de Cabinet. Le Palais présidentiel ayant été saccagé en application de la théorie de la destruction – reconstruction, c’est à l’hôtel squatté que s’était tenu le premier Conseil de Cabinet. Avant la tenue de ce conseil, certains partis politiques de l’opposition avaient publié un communiqué par lequel ils avaient annoncé la suspension de la participation de leurs Ministres au Gouvernement.

 

            Ces partis politiques ne digéraient pas qu’on ne les eussent pas consultés avant la formation du nouveau Gouvernement, alors que, selon eux, la donne avait changé du fait que les Ministres du Parti de l’ancien Président avaient tous été limogés et qu’il y avait donc un vide en amont qu’ils pouvaient avantageusement combler, alors que 4 Ministres de la rébellion avaient été promus Ministres d’Etat, et alors que, pour nommer un Ministre d’Etat membre de l’opposition politique comme c’était le cas, il eût fallu les consulter pour savoir lequel d’entre eux occuperait cette fonction. Le Premier Ministre leur avait répondu implicitement qu’il limogerait purement et simplement ceux des Ministres qui persisteraient à suspendre leur participation au Gouvernement.

 

            Le vase avait débordé lorsque, toujours sans consulter les partis politiques de l’opposition, le Grand Rebelle avait publié une ordonnance portant création d’un organe constituant et législatif dépourvu du droit de censure du Gouvernement et dont la composition comportait des membres considérés comme étant les taupes du Président de la République, tels les militaires, les gendarmes, les policiers, les délégués de certains Ministères dirigés par des rebelles.

 

            Le rôle de cet organe était de la plus haute importance, puisque c’est cet organe qui, comme l’avaient décidé les chefs d’Etat de la sous-région, devait élire le Président de la République. Ces Chefs d’Etat, bienque 3 d’entre eux eussent accédé au Pouvoir par un Coup d’Etat, avaient déclaré sans ambages qu’il leur était impossible de reconnaître un Président de la République auto – proclamé. L’organe constituant et législatif devait donc être composé de telle sorte que le même Grand Rebelle fût élu Président de la République. Il avait déclaré espérer être le dernier Président rebelle du merveilleux pays des paradoxes et des records négatifs. Ses prédécesseurs qui avaient accédé au Pouvoir par un Coup d’Etat avaient été eux aussi prompts à condamner toute tentative de les déchoir par un Coup d’Etat, et ils voyaient partout des tentatives de Coup d’Etat.

 

            Ainsi, dès le début du Pouvoir du Grand Rebelle, les luttes intestines avaient pris de l’ampleur et, avec les destructions massives, il était à craindre que le Grand Rebelle ne se retrouvât dans la situation du fameux Général Hannibal, après s’être retrouvé dans la situation de Pyrrhus, roi d’Epire, qui remporta sur les Romains les victoires d’Héraclée (280) et d’Ausculum (279) sur les légionnaires effrayés par ses éléphants, victoires si sanglantes qu’il légua à la postérité l’expression « victoire à la Pyrrhus ».

 

  1. Intégrisme, djihadisme rampants et répression sanglante

 

            Dès que Le Grand Rebelle eût prit le pouvoir, un dirigeant politique à qui le Président déchu avait volé la victoire aux élections législatives se précipita, flanqué d’une dirigeante politique, d’organiser une marche de soutien, sans attendre que « le nouvel homme fort du pays », comme on l’appelait, n’eût posé un quelconque acte. A sa grande surprise, la marche se révéla être une démonstration de force des coreligionnaires du Grand Rebelle, en particulier des femmes, qui criaient des youyous et déclaraient qu’après avoir trop souffert, leur tour était venu.

 

            Cette démonstration de force avait inquiété beaucoup de chrétiens, d’autant que la plupart des rebelles étaient enturbannés, ne parlaient que l’arabe, ou étaient carrément étrangers, que toutes les Eglises chrétiennes avaient été profanées et pillées alors qu’aucune mosquée ne l’avait été, que seuls les magasins et les domiciles des chrétiens avaient été vandalisés et pillés, alors que les magasins et domiciles des coreligionnaires du Grand Rebelle ne l’avaient pas été. A cela s’ajoutait le fait que tous les chefs rebelles qui venaient de se rendre maîtres du pays étaient des ressortissants des 2 Préfectures de l’extrême Nord du pays, préfectures très peu peuplées et à forte proportion de pratiquants de la religion du Grand Rebelle. Nombre de chrétiens se demandaient si l’on n’était pas entrain de se diriger vers une situation comme celle d’un pays arabe où une minorité de sunnites a mis sous sa férule la majorité des chiites, et surtout si l’on ne se dirigeait pas vers l’intégrisme et le djihadisme.

 

            A cela s’ajoutait également le fait qu’à la Présidence de la République, parmi les innombrables Ministres d’Etat Conseillers et Ministres Conseillers qui avaient été nommés et dont on se demandait comment ils seraient payés, étant donné que le Trésor Public pillé ne disposait plus du moindre kopek, peu avaient des prénoms chrétiens.

 

            La population ne regrettait certes pas la chute du Grand Libérateur, dans le domicile de qui des cadavres avaient été exhumés, tout comme dans son camp militaire appelé GUANTANAMO, mais elle se demandait, compte tenu de ce qui précède ainsi que de l’ampleur et de la généralisation des pillages et des viols, si le remède n’allait pas être plus nocif que le mal. Son inquiétude s’était amplifiée lorsqu’elle avait appris que, dans une grande ville diamantifère de l’Ouest du pays, les rebelles avaient tiré à balles réelles sur une marche pacifique de protestation contre les exactions, faisant de nombreux morts et blessés. Peu de temps après, ils avaient également tiré à balles réelles sur une marche pacifique de protestation contre l’assassinat d’un conducteur de moto – taxi qui avait refusé de laisser ravir son engin, dans la capitale.

 

  1. Un avenir sombre

 

           La population s’inquiétait aussi du fait que les salaires des fonctionnaires n’étaient pas payés, alors que l’ancien régime les payait régulièrement. Non seulement Le Grand Rebelle et son Premier Ministre n’avaient pas pu payer les salaires des fonctionnaires dont dépendait toute une nuée de parents et obligés, mais encore, face au retrait massif d’argent liquide dans les banques. Le Grand Rebelle et le Premier Ministre avaient fait délivrer par le Procureur de la République aux banques une réquisition leur faisant interdiction de payer la somme hebdomadaire de plus de 1.000.000F pour certaines et de seulement 200.000F pour d’autres.

 

            Quant au Trésor Public, qui ne payait plus que parcimonieusement et irrégulièrement ses dettes envers les particuliers depuis des lustres et qui avait aussi été pillé, c’était une véritable catastrophe Nationale, et chacun se disait que les salaires ne seraient pas payés avant plusieurs mois.

 

            S’agissant de l’éducation nationale, elle était sinistrée depuis de longues années. Dans le secondaire et le primaire, la plupart des lycées, collèges et écoles comptaient en général plus de 100 lycéens, collégiens et écoliers par classe ; les cours dans le primaire étaient dispensés par rotation, à raison de deux maigres heures par séance, les enfants s’asseyant par terre, faute de tables-bancs, sans livres ni cahiers. Heureusement, si l’on ose dire, la prise du Pouvoir par les rebelles était intervenue peu avant les vacances de Pâques.

 

            Les parents, qui avaient accouru dans les lycées, collèges et écoles pour sauver leurs enfants, à l’annonce de l’arrivée imminente des rebelles, se demandaient si les cours reprendraient après les vacances de Pâques. D’ores et déjà, ils avaient appris avec la plus grande consternation que tous les dossiers de leurs enfants pour le bac, le brevet et le certificat d’études primaires avaient été pillés. Ils se demandaient à quoi ces dossiers pouvaient servir aux rebelles, si ce n’est à instaurer l’obscurantisme, l’illettrisme, surtout pour les filles, comme en Afghanistan.

 

            S’agissant de l’agriculture, la prise du Pouvoir avait eu lieu au moment des désherbages et des semis. Il fallait donc s’attendre à une crise alimentaire aigue, dans la mesure où il n’y aurait pratiquement pas de récoltes dans les mois à venir. En ce qui concernait les planteurs de café, la prise du Pouvoir était intervenue juste au moment de la campagne de vente. Non seulement ils n’avaient pas pu vendre leur café, mais encore ils se l’étaient vu ravir par les rebelles. Il s’ensuivait que les planteurs et cultivateurs s’enfonceraient encore un peu plus dans la misère, que les citadins seraient privés des produits agricoles dans les mois à venir, que l’Etat n’engrangerait pas les taxes à l’exportation, tout comme les transporteurs routiers n’auraient rien à transporter.

 

  1. Gouverner un « non-pays » et le chaos

 

            Le Grand Rebelle, qui pensait qu’il lui suffisait de renverser son prédécesseur pour se mettre à gouverner, avait été littéralement sonné, ce qui expliquait sans doute pourquoi il n’avait pas tenu le premier Conseil des Ministres solennel après la formation du Gouvernement. Il s’était rendu compte qu’en fait il lui était radicalement impossible de gouverner. Il avait certes nommé un Premier Ministre et des Ministres, mais les Ministres n’avaient pas de Ministères, ceux-ci ayant été pillés jusqu’aux bureaux, tables et chaises, de sorte que les rares fonctionnaires qui n’avaient pas fui venaient juste pour faire acte de présence debout dans la cour pendant une heure ou deux, puis repartaient chez eux, quand ils avaient encore un chez soi.

 

            Le Grand Rebelle avait diffusé de nombreuses décisions aux termes desquelles ses éléments prétendument égarés qui pillaient, ainsi que tous autres pillards seraient appréhendés, détenus et traduits en justice, mais il avait dû constater qu’il n’y avait plus ni gendarmerie, ni police, ni tribunaux, ni prisons, leurs locaux et leurs domiciles ayant été pillés et nombre de fonctionnaires et de magistrats ayant fui en exil. D’ailleurs nombre de stations d’essence ayant été pillés ou carrément détruits, les queues de taxis et de bus s’allongeaient à perte de vue devant les deux seules stations ouvertes, de sorte qu’avec la meilleure volonté du monde, les quelques rares fonctionnaires et travailleurs du privé qui n’avaient pas fui ne pouvaient que difficilement se rendre au travail. Pendant un certain temps, le carburant avait été  réservé aux seuls rebelles et l’on se demandait ce qui adviendrait lorsque les stocks seraient épuisés.

 

            Du reste, les nuits et les jours étaient « agrémentés » de tirs à tue – tête, sans aucune raison ou sous les prétextes les plus ébouriffants : arrivée de la nourriture, mariage d’un Général rebelle avec une rebelle, l’on en passe, et des plus cocasses. De toutes les manières, les ordres du Grand Rebelle ne parvenaient pas à ses troupes qui sévissaient dans l’arrière pays, étant donné que la radio de la capitale, qui était fort malheureusement devenue la radio de tout le pays sous ses prédécesseurs, était fort heureusement redevenue la radio de la seule capitale, car ses équipements d’émission en ondes courtes à destination de l’arrière pays avaient totalement été pillés, de sorte que les ordres radiodiffusés du Grand rebelle à ses troupes de cesser les pillages ne franchissaient pas les limites de la capitale ; les rebelles n’en faisaient qu’à leur tête et continuaient à piller comme si de rien n’était, et l’on racontait que, même au sommet, les chefs rebelles ne s’entendaient plus, entre autres du fait qu’ils reprochaient au Grand Rebelle d’avoir nommé 4 de ses parents au Gouvernement, poursuivant ainsi la politique de clanisme de son prédécesseur.

 

            Quant aux affaires, nombre de magasins et d’entreprises, à l’exception de ceux des Libanais et des coreligionnaires du Grand Rebelle demeuraient hermétiquement fermés, ce qui entraînait une grande augmentation du chômage comme effet collatéral, pour employer une expression chère aux Américains en Irak et en Afghanistan. Pour couronner le tout, le pays voisin par lequel le merveilleux pays accédait à la mer avait fermé ses frontières, de sorte que le merveilleux pays ne pouvait plus ni importer, ni exporter.

 

            Dans les provinces, où il n’y avait pas de journalistes ou d’organisations de défense des droits de l’homme pour dénoncer les dérives des nouveaux maîtres du pays, la situation était pire. Outre le fait qu’il n’y avait plus ni administrations, ni gendarmeries, ni police, ni magistrats, et que les recettes douanières sur les véhicules ayant franchi la frontière avant sa fermeture étaient perçues par les rebelles pour leurs propres comptes, il n’y avait pour ainsi dire même plus de populations, car tout le monde s’était réfugié en brousse, à la merci des serpents, des scorpions, des moustiques et d’autres bêtes malfaisantes. Après avoir tout pillé en ville, les rebelles pourchassaient la population jusqu’au fin fond de la brousse.

 

            Les rebelles ayant courageusement pillé également les hôpitaux, les centres de santé, les pharmacies et les dépôts pharmaceutiques, Le Grand Rebelle ne savait que faire pour soigner ses propres blessés. Quant au Premier Ministre, contesté par une partie de ceux-là mêmes qui l’avaient choisi, lesquels demandaient à présent implicitement sa démission, l’on se demandait comment il allait arriver à sortir de ce qui apparaissait comme un bourbier.

 

            En somme, il n’y avait même plus de pays à gouverner, de sorte que, de même que Le Grand Libérateur était devenu le Président d’une « République » réduite à sa seule capitale, il était à craindre que Le Grand Rebelle ne devînt le « Président » d’une sorte de « République du chaos » savamment planifié, pour reprendre les mots du Président de la Ligue des droits de l’homme. L’on se demandait si Le Grand Rebelle n’en était pas arrivé à regretter amèrement d’avoir pris le Pouvoir, et à souhaiter que l’organe constituant et législatif qui était chargé de n’« élire » que lui pour le rendre internationalement fréquentable portât son choix sur une autre personne.

 

  1. Et s’il n’était pas candidat ou n’était pas élu ?

 

            Tout comme le fameux Général Carthaginois Hannibal qui sut vaincre, mais ne sut pas exploiter sa victoire, en serait – il de même pour Le Grand Rebelle ? Encore fallait – il qu’il fût élu par l’organe constituant et législatif. Bizarrement, avant même que les membres de cet organe ne fussent élus par leurs entités et que les éventuels candidats ne s’eussent fait connaître, tout le monde ou presque, y compris les tireurs internationaux des ficelles des marionnettes locales, s’accordait à enfoncer comme un clou dans la tête du peuple que c’est Le grand Rebelle qui serait « élu », bienque ledit Grand Rebelle n’eût pas déclaré qu’il serait candidat.

 

On se demandait ce qu’il en serait si cet organe ne faisait pas « le bon choix », comme l’avait dit un candidat à la présidence du pays « ami historique ». on se demandait aussi quelle serait en pareil cas la réaction des autres grands chefs rebelles, dont certains étaient notoirement étrangers ressortissants du pays voisin du Nord que leur Président, se considérant comme le Suzerain du merveilleux pays, avait spécialement envoyés pour maintenir la vassalisation dudit merveilleux pays, vassalisation qu’il avait entreprise dix ans auparavant,  en installant Le Grand Libérateur au Pouvoir avec ses mercenaires.

 

On attendait donc de voir ce qui adviendrait, la peur au ventre, comme on y était si heureusement habitué.

 

Maître ZARAMBAUD Assingambi

 

Bangui, le 8 Avril 2013

AU MERVEILLEUX PAYS DES PARADOXES ET DES RECORDS NEGATIFS (Suite) par Me ZARAMBAUD Assingambi

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