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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 01:20

 

 

AIMF-Abidjan.JPG

 

Villes, dialogue interculturel et paix - Abidjan, 26-28 novembre 2012


 

La XXXIIème Assemblée générale de l’AIMF s'est tenue à Abidjan du 26 au 28 novembre. Elle a été l’occasion pour les plus de 300 maires et représentants des autorités territoriales d’échanger sur la problématique « Villes, dialogue interculturel et paix ».

 

  M. Josué BINOUA, Ministre de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation de la République centrafricaine y a apporter une contribution que la rédaction publie ci-dessous. 

 

 A noter que six villes ivoiriennes ont reçu leur adhésion à l’AIMF.

La ville de Bossangoa a été admise comme adhérent à l’AIMF après le plaidoyer de la délégation centrafricaine composée du Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation Josué Binoua, du Maire de Bangui Nazaire Guénéféi Yalanga et du Maire de Bossangoa. 


La contribution des autorités locales à la prévention, gestion, résolution des conflits et la reconstruction en République Centrafricaine


Par Josué BINOUA, Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation

novembre 2012

 

Cette communication vise à ressortir le rôle joué par les autorités locales dans la prévention, la gestion, la résolution des conflits en Centrafrique et la reconstruction post-conflit.

Depuis son Indépendance en 1960 jusqu’au vent de la démocratie qui a soufflé sur le pays à partir du Sommet de la Baule,  la République Centrafricaine a été confrontée à plus d’une quarantaine de crise ou conflits allant des coups d’Etat aux mouvements de revendications sociales en passant par les mutineries d’une partie de l’armée. Ces crises ont eu  des conséquences relativement graves à tous les niveaux : destruction des maisons et des champs, les déplacements de la population tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, l’exacerbation de la discrimination ethnique,  réduction des actions et de la présence humanitaires pour ne citer que celles-là. Par ailleurs, des attaques fréquentes sur les communautés rurales (jusqu’à la mi-2008), au cours desquelles des villages étaient souvent brûlés et des personnes prises en otage, ont rendu impossible la production des cultures vivrières dans certaines zones, en particulier dans l’extrême Nord-Ouest. Presque un quart de la population – soit environ un million de personnes – a été touchée par la violence durant ce cycle.

Ces conflits ont souvent leurs sources dans la ville de Bangui, lieu de concentration du pouvoir et des activités politiques et économiques mais naissent parfois et s’étendent souvent aussi aux villes secondaires, aux communes rurales et aux villes frontières où ils sont parfois attisés par des forces extérieures. C’est le cas des rebellions dans les régions du nord-ouest, du centre-nord et du nord-est de la République Centrafricaine qui partagent plus de 1500 km de frontière avec le Tchad et le Soudan du sud, pays en proie à des conflits internes.

La communauté internationale  a accompagné la transition vers la démocratie, la tenue d’élections et la consolidation de la paix et de la démocratie par le renforcement des institutions gouvernementales et de la société civile. Le pays Page 2 sur 5est en ce moment dans une dynamique de reconstruction et de relèvement à travers les programmes de démobilisation et réintégration des ex-combattants, de la réforme du secteur de la sécurité, de renforcement de la gouvernance et de l’Etat de droit. Les autorités locales ont souvent été associées à ce processus. En effet, peut-être plus que tout autre pays post-conflit, la RCA se distingue comme un cas d’école sur la nécessité du DDR et des liens obligatoires entre la Sécurité Communautaire (SC) et la Cohésion Sociale (CS), les Armes Légères et de Petit Calibre (ALPC), ainsi que la Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS).

La démocratie se présente comme un système de  gestion des conflits et favorise l’expression d’opinions divergentes qui renforcent la gouvernance et la démocratisation. Comment les autorités locales peuvent-elles contribuer efficacement  à la prévention,  à la  gestion et  à la résolution des conflits dans une situation où la décentralisation n’est encore qu’un projet (qui vient d’être introduit auprès de l’Assemblée Nationale), où le système traditionnel de gouvernance et de résolution de conflit a presque disparu ?

Au niveau de la prévention des conflits, les collectivités locales contribuent à la sensibilisation et à la collecte d’informations relatives à la sécurité à travers les chefs de quartier. Ces derniers mobilisent les populations autour des problèmes de braquage et d’insécurité due aux armes légères par exemple, les populations quant à elles ont le devoir d’informer leurs chefs de quartier sur la présence et les activités de nouveaux arrivés qui paraissent « anormales ».

Cette méthode, même si elle frise parfois la stigmatisation, a permis d’identifier et de barrer la route aux exactions de certains braqueurs qui changent souvent  de quartier après plusieurs forfaits. Elles ont été associées au séminaire et à l’élaboration d’un plan d’action pour la réforme du secteur de la sécurité dont la mise en œuvre repose sur une approche participative.

Dans toutes les préfectures, il existe des Conseils préfectoraux composés de toutes les entités sociales au sein desquels, les autorités locales, civiles et militaires prennent une part active. Ces Conseils traitent des questions tant économiques que sociales, culturelles et sécuritaires. Cependant ils manquent drastiquement de moyens pour fonctionner efficacement et régulièrement. Les crises récurrentes que le pays a connues ont également provoqué une crise de confiance entre les membres.

En effet dans les zones du nord-ouest, du Centre-nord et du nord-est du pays, on assiste à une récurrence de l’insécurité due  aux « coupeurs de route » et autres bandits armés. Ce regain de violence à l’égard des populations notamment des éleveurs Peulhs et leur famille montre au grand jour non seulement les inconvénients d’une absence de concertation au niveau local, d’une mobilisation face à l’insécurité mais aussi et surtout l’urgence et la nécessité d’une structure participative de partage d’informations et d’interventions d’urgence en vue de la sécurisation des biens et des personnes.

Aussi, entre 2006 et 2008, le Gouvernement avec l’appui technique et financier du PNUD a-t-il initié une expérience pilote en matière de prévention des conflits dans la ville de Bangui et dans trois préfectures (Ouham, Ouham-Pendé et Haut-Mbomou).

L’objectif principal de cette expérience pilote était de créer et/ou renforcer les capacités des cadres locaux de concertation, de coordination d’initiatives locales et de prévention des crises afin de rétablir la confiance entre les autorités locales et la population et promouvoir des interventions concertées en réponse aux crises. Ces comités locaux de prévention, gestion, résolution des conflits et de reconstruction post-conflit composés des autorités locales, civiles, politiques et militaires, officielles et traditionnelles et des représentants de toutes les couches de la population, ont pour objectifs d’observer, analyser, comprendre, suivre l’évolution, susciter et appuyer les dynamiques locales en matières de concertation, de coordination d’initiatives locales de développement, de relèvement et de prévention des crises. En termes simples,il s’agit pour ces comités de prévention et résolution des conflits, de collecter et analyser de manière participative, les informations sur les indicateurs de vulnérabilité face aux conflits, les valider dans une réunion élargie, les partager au niveau local et les utiliser pour des plaidoyers auprès des pouvoirs politiques au niveau central et susciter la participation active, coordonnée et efficace  des acteurs locaux dans la prévention des conflits d’une part et la coordination des actions de réponses ainsi que leur pérennisation d’autre part. Cette initiative a suscité la mise en place d’un mécanisme de prévention des exactions des « coupeurs-de-route » composé d’autorités militaires et civiles, des chefs communautaires et religieux, les archers peuhls pointés souvent du doigt comme faisant partie de coupeurs-de-route, les agriculteurs et les chasseurs qui connaissent assez bien leurs parcours.

En effet, dans le Nord-ouest du pays, les populations autochtones stigmatisent et craignent les Bororo Ouda, Alagamba ou Akou (qui sont des nomades originaires du Tchad, du Soudan ou du Niger). Depuis les évènements de 2003, une grande confusion s’est installée entre (Bororos centrafricains et Bororos des pays riverains), au détriment des Bororos centrafricains. Ces derniers sont souvent confondus, par l’armée, aux bandits ou sont accusés d’intelligence avec les coupeurs de route, et sont combattus. Les mêmes éleveurs bororos, sont également braqués, tués par les nomades transhumants des sous-groupes  des Ouda,  Alagamba et Akou, qui emportent argent et troupeaux. Certains s’enfuient vers des pays voisins pour sauver leur vie et épargner le  reste du troupeau. Ceux qui choisissent de rester, sont confinés dans les recoins de la brousse, privés de liberté d’aller et venir. Seules les autorités locales qui ont l’avantage de la proximité sociale et spatiale avec ces populations peuventaider à comprendre une telle différenciation, même si c’est parfois encore elles qui à travers les mosquées, les places publiques, les « arbres à palabre » montent certaines communautés contre d’autres. En dépit de cela, les autorités locales se sont positionnées comme les promoteurs d’un dialogue interculturel et interreligieux au niveau local.

Les Présidents des Délégations Spéciales (Maires nommés), les maires d’arrondissement et des communes ont joué le rôle de point focal non seulement pour la mobilisation, la sensibilisation des populations et la collecte des informations à travers les chefs de quartiers et de villages, mais aussi dans la mobilisation et le plaidoyer auprès des organisations humanitaires au niveau local. Ils contribuent à la prévention de l’insécurité au niveau des frontières à travers l’appui à la lutte contre la circulation transfrontalière des armes légères et de petit calibre.

Les rebellions au nord-ouest, au centre-nord et au nord-est se présentent comme des rebellions communautaires dont le but est le rétablissement par des actions armées, de l’égalité  entre les communautés qui se considèrent comme marginalisées de la gestion socioéconomique et politique du pays et celles qui sont vues par les premières comme les mieux nanties à cause de la proximité socioculturelle qu’elles ont avec le pouvoir en place. Aussi, dans les zones sous influence de ces rebellions, les chefs rebelles ont-ils placé les leurs à la tête des collectivités territoriales et exigent dans leurs revendications  politiques, la nomination/confirmation de leurs représentants à ces postes.

Cela pose pour la République Centrafricaine, la nécessité de la décentralisation, Page 5 sur 5 de la démocratie pour permettre aux communautés de se choisir des  représentants acceptés et écoutés et qui peuvent se faire écouter.

En effet,  si  la démocratie se présente comme un système de  prévention,  gestion, résolution des conflits et de reconstruction post-conflit et la  décentralisation, le transfert de certaines compétences aux collectivités locales,  ces deux processus doivent donner l’opportunité à ces collectivités de mettre  en place un mécanisme de prévention des conflits qui prend en compte  l’importance du consensus, le respect des anciens, le système des croyances  éléments essentiels du système traditionnel de gouvernance et de gestion des  conflits que ne peut le faire la démocratie  moderne dans laquelle c’est la  majorité qui décide.

Je vous remercie

 

 

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