Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 01:36

 

 

 

 

PYGMEE-centro.jpg

pygmees-RCA.jpg

 

 

Envoyé spécial: Sur France 2 à 20h35.

Partir en vacances dans le plus grand inconfort, chez des Pygmées, au coeur d’une forêt de Centrafrique, est une de cette nouvelle forme de voyage nommée ethno-tourisme. Un choix fait par Marie-Hélène, commerciale, Patrice, postier, son épouse, Agnès, aide-soignante, et Christophe et Marie-Claude, dont on saura juste qu’ils vivent à l’orée d’une forêt en Alsace. Ces cinq touristes ont chacun déboursé 2 800 euros pour manger des chenilles, se faire mordre par des fourmis géantes et dormir sous une tente minuscule. Agnès reconnaît qu’il faut être un peu fou pour payer autant si peu de prestations. Mais, lance-t-elle : « C’est une aventure tellement humaine ! »

En échappée belle pour deux semaines, le groupe est guidé par Olivier Courtemanche, un Français qui, depuis vingt ans, entraîne de petits groupes de touristes, au sud de la République centrafricaine, sur les traces des Pygmées akas. Dans le bateau qui les mène, via le fleuve Oubangui, à destination, Olivier explique comment distinguer les Pygmées des Bantous, l’ethnie majoritaire. Il ne dit pas que les premiers sont bien plus petits que les seconds. Il parle de leurs yeux : « Ils ont un regard très tendre, très doux. » Et les décrit comme étant « farouches, craintifs, apeurés parfois ».

L’arrivée des Français dans un village, où les attendent quelques Pygmées chargés de transporter leurs bagages jusqu’à un campement aka, jette un froid parmi les touristes. Jaloux que des hommes de la population qu’il juge inférieure fassent l’objet de tant d’attentions de la part d’étrangers, un Bantou s’en prend à un Aka qu’il aurait frappé si Marie-Hélène, la commerciale, ne s’était pas interposée. Des jeunes raillent les petits hommes. « Les parents se moquent des Pygmées, donc les enfants font pareil », commente Olivier. « On sent de la haine », remarque, glacée, Agnès, l’aide-soignante.

Puis, c’est l’entrée dans la forêt équatoriale, ses arbres gigantesques, sa végétation omniprésente, la mère nourricière d’un peuple de cueilleurs-chasseurs qui trouvent encore en elle tout ce dont ils ont besoin, ou presque. En trois coups de machette, des feuilles servent, une fois tressées en sac à dos, à porter les valises. Quelqu’un a soif ? Il suffit de couper une liane et de boire l’eau qu’elle contient. Quelqu’un a envie de miel ? Un porteur grimpe dans un arbre pour récupérer le nectar d’une ruche sauvage. « On a tout ce qu’il nous faut autour de nous, dans notre forêt, affirme un Pygmée. Ce qui nous manque, ce sont surtout les vêtements et le tabac. C’est pour cela que nous sommes obligés d’aller travailler en ville pour gagner de l’argent. »

Agnès avait prévenu qu’elle ne voulait pas « paraître comme une personne qui vient voir des bêtes curieuses ». Mais c’est elle et ses compagnons qui sont regardés comme telles à leur arrivée au campement. Le dernier passage d’un Blanc, un missionnaire, remonte à plus de dix ans. Une jeune fille a l’air totalement affolée. Par superstition, elle est persuadée que les Blancs sont des fantômes. Mais après une soirée de chants et de danses, deux univers, l’un contemporain, l’autre millénaire, se rapprochent. Les touristes deviennent complices des Pygmées au point, ensuite, de se faire leurs porte-parole. Marie -Hélène aborde, par exemple, le sujet de l’esclavagisme ancestral des Bantous à l’égard des Pygmées avec un de ceux qui les exploitent. L’homme lui répond que les Pygmées considèrent les Bantous comme leurs chefs : « Ca ne peut pas changer parce que le Pygmée est trop obéissant. C’est dans le sang. » Interrogé à son tour, Django, un des rares Akas à avoir fréquenté l’école primaire, répond : « On a peur d’eux. Ils sont plus grands et plus forts que nous. » Olivier, le guide, a prévu la visite d’une scierie. Et, là encore, Marie-Hélène pose des questions qui dérangent au directeur français de cette usine qui exporte pour 3 millions d’euros de bois exotique prélevé dans la forêt. Elle veut savoir s’il replante et respecte le territoire des Pygmées. Silence embarrassé du directeur qui botte en touche en indiquant qu’il paie une taxe de reboisement.

Durant tout le séjour, la petite troupe n’a cessé de se demander si sa présence chez les Pygmées ne leur était pas plus préjudiciable que bénéfique, notamment dans leurs rapports avec les Bantous. Le jour du départ, Agnès ne peut retenir ses larmes. Elle sait que 6 % du prix de son voyage sera reversé à des projets d’aide aux Pygmées. Mais elle sait aussi que ces derniers n’ont que deux choix. Rester dans une forêt menacée ou la quitter pour mieux la défendre. Comme le promettent des jeunes rencontrés à Bangui, la capitale de la République centrafricaine, dans une ONG qui leur permet de poursuivre des études de professorat, de médecine ou de droit.

Sylvie Véran

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Annonces et divers