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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 02:20

 

 

 université de Bangui rectorat

 

Le sort des étudiants de l’Université de Bangui et leurs enseignants est actuellement des plus préoccupant. Sur le campus, tout le monde est en grève et plusieurs incidents ont eu lieu suite à des manifestations dans la rue d’étudiants, réprimées à coup de tirs à balles réelles par les forces du maintien de l’ordre qui ont fait un blessé grave. L’étudiant blessé a dû être castré puisque grièvement atteint aux testicules.

 

Depuis déjà une quinzaine de jours, un bras de fer oppose au gouvernement les étudiants qui réclament la tête du directeur des bourses au ministère dont les pratiques tribalistes sont devenues tellement insupportables. Apparemment, seul son départ pourrait calmer la tension mais les autorités ne veulent pas céder car ce serait un gros aveu de culpabilité dont les conséquences pourraient s’étendre à d’autres ministères également truffés de fonctionnaires incompétents mais dont la seule qualité est d’appartenir à la même ethnie que le président Bozizé et Ndoutingaï.

 

Par ailleurs les revendications visant l’amélioration de la vie sociale des étudiants ainsi que celles d’ordre salarial des enseignants se heurtent aussi à des difficultés dues à la vacuité des caisses du trésor national dont ce n’est plus un secret pour personne que plus de 49 milliards de F CFA, comme l’a récemment révélé une mission du FMI, y ont été évaporés à la suite des pratiques prédatrices auxquelles le pouvoir bozizéen nous a habituées.

 

C’est donc face à une telle impasse que le Pr Gaston Mandata Nguérékata qui a eu par le passé à enseigner et diriger au plus haut niveau cette même Université, n’a pu rester insensible, alors qu’il aurait pu tranquillement se contenter de sa plus que confortable situation actuelle d’enseignant chercheur aux USA, et afficher comme certains, une indifférence totale.

 

Il a plutôt choisi  de lancer un véritable cri de détresse et avec une touchante humilité et beaucoup de sagesse tirées de sa longue et grande expérience, un appel patriotique aux autorités centrafricaines dont l’indifférence coupable à l’égard des problèmes de l’université n’est plus à démontrer, pour qu’elles mettent fin à certains gaspillages et qu’elles fassent un réel effort pour réaliser des économies budgétaires sur certaines dépenses non prioritaires voire non indispensables. On ne peut que s’en réjouir et le féliciter pour son comportement si patriotique. Puissent les autorités qu’il interpelle ainsi saisir la portée nationaliste de son message et daigner y répondre favorablement.

 

Rédaction C.A.P  

 

 

 

 

 Gaston-Nguerekata.jpg

 

 

 

L’Université de Bangui traverse une de ses plus graves crises depuis une décennie. L’Institution n’affiche plus aucune activité académique depuis bientôt 3 semaines. La raison ? Les Enseignants réclament l’application d'un décret Présidentiel de 2005 qui vise à revaloriser leurs fonctions et leur rémunération. Parce que ce décret n'est pas appliqué, les professeurs  boycottent les amphithéâtres. Les étudiants quant à eux demandent plus de transparence et d'équité  dans l’attribution des bourses nationales, et leur gestion. Ces revendications sont  légitimes. Elles méritent la plus grande attention.

                                                           

En face, le gouvernement  clame à qui veut l’entendre que les caisses de l’Etat sont vides. Et d’adopter une attitude intransigeante, une réponse musclée, qui rappelle d’autres époques pourtant combattues victorieusement par la jeunesse et la population Centrafricaines.

 

L’Université de Bangui, faut-il le rappeler, est le seul centre d'excellence national d'enseignement  qui produit des cadres pour l’ensemble du pays. En effet elle forme un très large spectre de cadres moyens et supérieurs: infirmiers, médecins, ingénieurs, juristes, économistes, enseignants,…, qui servent dans tous les  domaines de l’activité nationale. Avec des moyens dérisoires. Formateurs des cadres supérieurs et formateurs des formateurs de la nation, les enseignants de notre Université ont cependant les salaires les moins élevés et les conditions de travail les moins enviées de toute l’Afrique Centrale. Comment ne pas comprendre que beaucoup quittent l’Université pour des postes plus rémunérateurs dans l’administration et le gouvernement, si ce n’est l’exil vers des pays où ils peuvent mettre leurs talents au service de la communauté dans de bien meilleures conditions académiques, matérielles, et de rémunération?

 

Cet exode  des cerveaux, s'il n'est pas freiné par l'amélioration des conditions de travail,  deviendra un handicap qui affectera durablement le développement du pays. Il faut donc rendre hommage à ceux  qui ont fait le noble choix et le sacrifice de rester à Bangui et de servir la nation dans des conditions proches de la misère. Ce sont de vrais patriotes. En retour, la Nation et le Gouvernement doit prendre les mesures nécessaires aux niveaux académique, matériel, et de rémunération, pour  susciter des vocations d'enseignants,  retenir au pays ceux qui y sont, et   inciter ceux qui sont à l'extérieur à rentrer, à l’exemple de celles édictées par David Dacko en 1979-80, et qui avaient vu revenir au bercail de nombreux cadres formés à l’étranger, tel que moi-même.

 

Nous ne pouvons-nous permettre de répliquer les erreurs du passé. Fini kodé. Procédons autrement. Une année blanche à l’Université de Bangui serait dramatique pour la jeunesse, et pour la nation. C'est pourquoi j’invite le gouvernement à plus de modération, de sagesse, et à la pratique constante du dialogue. Je suis persuadé qu’en réduisant le train de vie de l’Etat (moins de voyages officiels à l'extérieur; Gouvernement plus ramassé avec moins de Ministères; moins de fonds politiques, d’achats d’armes de guerre, et  une meilleure gestion de l’argent public), nous pourrions aisément satisfaire les revendications légitimes des enseignants et des étudiants, et bâtir une Université digne de ce nom, où il fait bon étudier; et qui supporte la comparaison avec les universités étrangères.

 

P.S : J’invite les membres du gouvernement et autres décideurs nationaux à lire ma contribution sur l’Enseignement Supérieur en RCA. C’est un chapitre de  l’encyclopédie publiée par  Boston College sous le titre «  African Higher Education, An International Reference Hand-book, Indiana University Press, 2003, ISBN 0-253-34186-6 ».   Il contient de nombreuses mentions sur l’historique de l’enseignement supérieur en RCA et un diagnostic,  non complaisant dois-je l’avouer, de son état au début des années 2000 (qui n’a guère changé depuis), et bien sur des recommandations.

 

 

Baltimore le 13 Août 2011

 

Gaston Mandata N’Guérékata

 

Professeur titulaire et Ancien Recteur a.i. de l’Université de Bangui

Professeur des Universités et Membre de l’Académie Africaine des Sciences

Morgan State University

Baltimore, Maryland, Etats-Unis d’Amérique

 

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