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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 16:23

 

 

 

Il y a quelques jours, la chasse à l’éléphant du roi Juan Carlos d’Espagne dans un pays africain en l’occurrence le Botswana a défrayé la chronique obligeant le souverain à présenter même ses plates excuses et sa promesse de ne plus recommencer au peuple espagnol. Comme le Botswana, la République centrafricaine, dans sa partie septentrionale, regorge aussi d’une abondante variété d’espèces animalières très prisées des amateurs de safari chasse telles que les buffles, les bubales, élans de Derby, éléphants, les lions, les hippopotames et autres.

Faut-il rappeler les parties de chasse qui conduisirent naguère le président Valéry Giscard d’Estaing à effectuer de fréquents séjours en Centrafrique ? Le récit qui suit raconte une partie de chasse au lion très mouvementée en Centrafrique comme en témoignent les photos qui l’accompagnent. Blessé par un premier tir, il a fallu traquer plusieurs jours durant le fauve avant de le retrouver et lui donner le coup de grâce.

Malheureusement, les autorités actuelles de Bangui ne font rien pour que ces potentialités que recèle le pays ne puissent lui profiter véritablement.

Rédaction C.A.P     

 

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Source : http://www.africahunting.com/content/2-turbulent-lion-hunt-central-african-republic-344/

C'est mon cinquième safari de la saison et mon chasseur, un américain Hamp W., arrive à Sangba sur notre territoire de chasse en fin de matinée par l'avion charter. Le camp n'étant qu'à 12 kilomètres de la piste d'aviation, il est vite installé dans son boukarou. Nous faisons connaissance et il me confirme l'objectif essentiel de son safari: approcher et tirer un lion, malgré des difficultés pour marcher (il boîte après une opération du genou). Nous avons 18 jours de chasse devant nous.

Son séjour était prévu dans la zone nord (zone cynégétique de Bahr Aouk-Ouandja-Vakaga) où la densité des lions est forte. Les évènements et l'insécurité de la région nous imposent de chasser sur la zone du centre (zone cynégétique d'Idongo-Ba-Bangoran) riche en buffles, élands de Derby, bongos, mais où la population des lions semblait assez faible. Mais nous sommes confiants car durant la saison j'ai relevé plusieurs indices de présence et quelques jours avant l'arrivée de Hamp, un beau lion a été rencontré par un autre guide et son chasseur. Le challenge est donc intéressant, le moral au beau fixe et cette chasse me fascine particulièrement.

Les méthodes de chasse sont classiques : à la rencontre, à l'affût sur des appâts, au pistage et à l'appel, les pisteurs centrafricains étant très forts dans cette dernière technique (ils amplifient les sons à l'aide d'une "corne métallique").

Après le déjeuner et la sieste de rigueur, nous allons vérifier le réglage de sa carabine sur cible et faire un tour dans la plaine sur les bords de la rivière Bangoran, histoire de se mettre dans "l'ambiance de la brousse", de se familiariser avec les paysages et la végétation, d'approcher les premiers animaux (Hamp tire un beau phacochère), mais déjà le chant des oiseaux, les bruits de la brousse s'atténuent, le crépuscule n'est pas loin, il est temps de faire le premier appel (des sons gutturaux, tout en nuances qui simulent le rugissement du lion partant en chasse) mais, le roi des animaux n'est pas au rendez-vous ce jour-là.

Les jours suivants, Hamp va tirer un vieux buffle solitaire, un bubale et une superbe antilope roanne. Je constate que mon chasseur tire bien, il est rapide et précis et toute l'équipe à confiance en lui. Ceci est important mais il devra aussi contrôler ses émotions au moment du contact avec son premier lion. Nous en parlons calmement. L'expérience me prouve que sans cela l'animal n'est souvent que blessé. Mais la recherche des lions reste sans succès, les affûts sur les carcasses du buffle et du phacochère, le pistage d'une trace fraîche, les appels ne donnent rien… Pourtant, la 4ème nuit les pisteurs nous réveillent "Patron les lions sont là…", leur rugissement dans la nuit est impressionnant. L'espoir renaît. Le lendemain matin, les pisteurs retrouvent la carcasse d'un potamochère fraîchement tué, mais l'affût et les appels de mon pisteur Démé sont encore sans succès, les félins ne viendront pas. Le doute recommence à s'installer.

Ce n'est que quelques jours plus tard que nous allons voir nos premiers lions, une femelle et son jeune sur la grande plaine de Ndiri, puis deux superbes lionnes, approchées à 35 mètres, sur un appât. Elles nous sentent et disparaissent silencieusement dans les pailles. Un pistage à partir de traces repérées sur une piste nous permet, une heure plus tard, dans des pailles, de tomber brusquement sur une femelle et son petit. La charge d'intimidation de la mère nous fait reculer avec beaucoup de précautions, le cœur battant la chamade. Et puis, la pluie par tornades se met de la partie. Les appâts pourrissent, les animaux se cachent, même les hyènes ne rodent plus et nous ne trouvons plus d'indices. Il semble que la brousse se soit vidée. Ce sont les aléas de la chasse. Il faut pourtant garder espoir.

Le quatorzième jour, tôt le matin, nous sommes sur la plaine de Ndiri. Un vol de plusieurs dizaines de vautours tourne et attire notre attention. Nous décidons d'effectuer l'approche. Les carabines sont chargées. Démé est au côté de Hamp avec la canne de tir, Hassan, et son coup d'œil exceptionnel, est à mes côtés. Nous nous déplaçons lentement, scrutant les pailles et les buissons, l'oreille aux aguets. Mais, déjà, les vautours se sont posés et s'agitent sur une carcasse toute fraîche. Il s'agit d'une hyène tuée en fin de nuit par les lions, près d'une mare. L'animal a été vidé de ses viscères. Les traces indiquent une femelle et un gros mâle (sa trace mesure 17 cm de long). L'émotion est forte car ils ne sont sans doute pas très loin. Ont-ils été dérangés dans leur festin ? Reviendront-ils plus tard?

Après discussion, nous décidons de ne pas suivre les traces mais de mettre en appât la chèvre vivante que nous transportons et de monter un affût sommaire à environ 50 mètres. Nous nous retirons silencieusement et, à 16 heures 30, nous sommes de retour dans l'affût, tous plein d'espoir et très concentrés. Une heure passe et soudainement je vois la chèvre immobile, tendue et nerveuse regardant dans la direction opposée à l’affût. Dans un nuage de poussière, sans aucun bruit, en un clin d’œil la lionne saute sur la chèvre la tuant sur le coup, la traîne dans les pailles quelques mètres plus loin et tranquillement, sans s'occuper de nous, se met à table. Quel spectacle ! Mais déjà, le jour décroît et le lion n'est toujours pas sorti, pourtant, nous savons qu'il est là, pas loin... La femelle s'est éclipsée. Je demande à Démé de faire l'appel, pour une dernière chance avant la tombée de la nuit. Et, soudain, il est là, je l'entends boire. Je me lève pour mieux observer. Il lape, allongé sur le sol, les épaules ressorties, fauve dans les derniers rayons du jour. La tête, énorme, se relève, les yeux en direction de l'affût. Hamp épaule mais ne peut viser correctement car les pailles le gênent. Nous sortons de l'affût, le lion s'est relevé et se déplace de quelques mètres rejoints par la femelle. Le mâle s'arrête en "plein travers", majestueux, énorme, il semble nous regarder fixement. Hamp tire à bras franc, le lion fait un bond énorme en se pliant en deux et en rugissant, il disparaît dans la paille, la femelle a suivi. Il est touché mais la balle est-elle bonne ? Hamp a-t-il subi l'extraordinaire tension qui s'insinue dans le chasseur au moment du tir de son premier fauve ? Immédiatement nous trouvons le sang mais les pailles sont très serrées et maintenant il fait déjà sombre, le pistage est trop dangereux.

Le cœur encore emballé nous devons rentrer au camp avec l'amertume du travail inachevé. Après le récit de la chasse Matthieu, le directeur du campement, réussit à nous convaincre d'y retourner en pleine nuit avec un projecteur, car un animal blessé est très dangereux mais par contre s'il meurt dans la nuit, les hyènes risquent de le dévorer. Notre expédition nocturne, en se donnant du courage, va rester infructueuse et le reste de la nuit, allongé sur le lit de camp, le sommeil est agité, mille questions se bousculent dans ma tête et l'une revient sans cesse: est-il bien touché et va-t-on le retrouver?

Le lendemain matin, très tôt, avec Matthieu et toute l'équipe nous revenons au point de tir et nous suivons facilement la piste de sang du grand mâle jusqu'à l'endroit où il s'est couché pendant la nuit et où la femelle l'a rejoint. Le lion n'est que blessé et la trace de sa patte avant gauche qui traîne au sol, montre qu'elle est cassée, mais progressivement les gouttes de sang s'espacent et finissent par disparaître. Notre tâche de recherche s'annonce difficile: une traque de deux longues journées venait de commencer! Les pisteurs font un travail remarquable et nous suivons le couple jusqu'à un bako (forêt galerie très dense) où ils se sont réfugiés. Nous nous séparons pour remonter le bako par les côtés et difficilement je fraie mon chemin au centre. Il est 10 heures du matin et depuis plusieurs heures nous progressons lentement mais la trace est perdue...! Pourtant, nous insistons encore et l'un des pisteurs la retrouve, les lions sont sortis du bako en déjouant notre vigilance. Nous reprenons la formation de pistage et au bout de 2 kilomètres environ ils rentrent dans un autre bako. Nous savons qu'ils sont dedans et nous approchons lentement, scrutant le moindre mouvement, écoutant le moindre bruit. A dix mètres de la lisère ils sont là, grognent, rugissent mais impossible de distinguer le blessé. Je me déplace pour trouver un angle qui me permettrait de mieux voir, rien n'y fait ils se sont enfoncés dans la végétation, comme des ombres. Nous essayons plusieurs manoeuvres autour du bako qui fait 1 kilomètre 500 de long sur 300 mètres de large, sans succès. Je tente de reprendre les traces avec mon pisteur mais les feuilles mortes les masquent et font beaucoup trop de bruit.

Je sais que tant que nous serons là ils resteront tapis dans ce bako impénétrable, le blessé ne peut pas aller loin, sa patte le fait souffrir, il s'est arrêté très souvent et la fièvre l'oblige à rester près de l'eau, la femelle le guide et le soutient sans doute. Je pense qu'il faut que je rentre dans ce bako pour refaire le contact car de toute façon il ne peut plus s'alimenter et bientôt la femelle va l'abandonner, il est condamné. Nous rentrons au camp en fin d'après-midi épuisés et déçus et personne ne parle. Quand la pluie se met à tomber, un grand désespoir s'empare de toute l'équipe. Tout le monde pense "c'est fini". Après le dîner plus calme que d'habitude Hamp me dit: "que fait-on demain, nous n'avons plus aucune chance". J'ai répondu "on verra demain". Ces deux mots "aucune chance" m'ont interpelé tellement fort que j'ai réfléchi toute la nuit, essayant de trouver les ressources mentales pour comprendre le comportement de l'animal blessé tout en gardant ma concentration et ma lucidité. La nuit a été très courte, 2 heures de sommeil seulement car les nerfs sont à vifs.

Je réveille Hamp de bonne heure et lui dit simplement: "allons-y, on va le trouver ton lion". Nous rejoignons le bord du bako et marchons plusieurs heures sur la terre encore humide de la pluie tombée la veille, mais vierge de toute trace. Je mène la traque suivant mon but, vérifiant chaque buisson et tentant de recouper les traces. Brusquement Hassan qui ferme la marche m'appelle "Patron, le lion"! C'est la trace de la femelle. A partir de ce moment-là j'ai la ferme intuition que nous allons retrouver le blessé. Nous suivons la trace de la lionne, elle rejoint celle du mâle, c'est bien lui ! Il s'arrête sur une mare formée par la pluie, il a bu et s'est couché à l'ombre, puis il est reparti en direction du grand bako. Les traces sont maintenant faciles à suivre, elles pénètrent dans un gros buisson dont je fais le tour. Il est là et démarre devant moi à une quinzaine de mètres et disparaît de nouveau sans que je puisse tirer. Il est rentré dans le bako, je le suis et perd la trace. Hamp avec les pisteurs marchent sur la lisière. 40 minutes à le suivre et je ne vois plus rien, le feuillage, les lianes, les troncs, le bois mort limitent mon champ de vision qui ne dépasse pas 5 à 6 mètres. Epuisé je fais demi-tour quand, par hasard, je le relève mais il disparaît de nouveau comme un véritable fantôme.

A ce moment-là "je sais" qu'il ne m'attaquera pas mais je comprends aussi que seul dans le bako ma mission est vouée à l'échec. Nous décidons d'aller chercher de l'aide. Matthieu et son équipe, François, nous donnerons main forte. Matthieu avec ses deux pisteurs suivent la trace, Hamp accompagné de Démé se place le long du bako et François du côté opposé. Je rentre dans le bako avec Hassan pour rejoindre Matthieu. La progression est lente et difficile, je suis souvent accroupi ou à quatre pattes, la visibilité presque nulle mais une intime conviction m'habite. C'est Matthieu qui m'appelle, il a entendu un léger bruit, notre communion est totale. C'est bien notre fantôme, je ne vais plus le lâcher. J'établis un premier contact à 6 mètres environ mais le coup de ma 458 Lott est stoppé par un arbuste. Je reprends ma progression, le deuxième contact est identique au premier, je sens ses mouvements et je me rapproche encore. Trois heures déjà que nous évoluons dans ce bako. Les crampes me gênent, les mellipones tournent autour de ma tête et envahissent mes yeux à chaque arrêt, je transpire à grosses gouttes. Il s'est encore défilé. Au troisième contact ma balle est encore bloquée par la végétation mais le lion sort du bako en rugissant sans que personne ne puisse l'atteindre et s'enfonce dans les pailles. Mais l'animal est fatigué, peut-être résigné, et s'arrête rapidement au bout de 200 mètres. Je devine sa silhouette dans la végétation, sur mon coup de carabine il tombe, roule mais s'enfonce à nouveau dans les pailles en rugissant. J'essaie de le contourner pas la gauche pensant qu'il ferait face aux autres chasseurs mais il m'attend les yeux dans les yeux, je fais quelques pas pour assurer mon tir et à 15 mètres environ la mire de mon arme est entre ses yeux jaunes qui me fixent une dernière fois. Le grand lion tombe et ne se relèvera plus. « Bamara akwe awe patron ». « le lion est déjà mort patron » Une longue traque pleine de suspens et d'émotions venait de s'achever. Elle a resserré les liens de notre équipe.

Hamp et Démé arrivent tout sourire. Accroupi près de son lion, la main sur sa tête Hamp s'exclame "oh my God", qu'il est beau (3 mètres pour 200 kilogrammes), il remercie chaleureusement toute l'équipe dans un silence religieux.

Sur le chemin du retour nous rencontrons trois troupeaux de buffles dans la plaine de Ndiri, ils resteront sans bouger, comme pour saluer une dernière fois le Maître de la plaine.

 

 

Photos de quelques espèces présentes de la faune centrafricaine.

 Source :  www.marceltiran-ph.com/centrafrique.html

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