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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 17:21

 

 

 

rebelles de Séléka sur le terrain

  

 

L'effrayante Séléka ! 

 

L’improbable coalition de groupes armés nommée Séléka, (alliance en Sango) – notre belle langue nationale –, dont les unités avancés sont signalés aux portes de Bangui, a parfois hélas le don de se faire détester. En effet Séléka, avec un s comme sottise et comme secte n’en finit pas avec ses incohérences notoires, ses divisions affichées et ses divergences mortelles.

 

Triple erreur, triple faute. Après s’être révélée depuis son avènement début décembre 2012 en dépit de ses prétentions, plus comme une force d’occupation que de libération, pillant et détruisant à tout-va, la rébellion a achevé de nous convaincre ces derniers jours de son caractère nuisible et destructeur. Or, la vraie justice nous impose plutôt de protéger les faibles des seigneurs de guerre, mais aussi de nous indigner face aux mœurs les plus sauvages de certains. Après les exactions commises contre la population, notamment à Bambari et à Mobaye, après les attaques et la destruction des édifices religieux essentiellement catholiques si l’on s’en réfère aux nombreux témoignages de prélats, Séléka fait désormais supporter son effort de guerre aux voyageurs qui, pour le coup, ne lui avaient rien demandé du tout. C’est ce qui est insupportable et qui nous fait sortir de notre réserve. En atteste ce récit rapporté par une dépêche du Réseau des journalistes centrafricains des droits de l’homme et repris par Centrafrique-Presse : « Quand nous étions arrivés à Damara, les rebelles nous ont demandé de descendre tous les bagages du véhicule. Ils ont exigé à tout le monde de verser chacun une somme de 5000 FCFA. Ceux qui n’ont rien versé, ont été battus surtout les hommes ».

 

Qu’ont donc fait ces pauvres Centrafricains pour mériter un tel traitement ? Qu’ont-ils osé contre Séléka ? S’étaient-ils concertés pour solliciter de Séléka de lancer ses attaques contre le régime de Bangui ? Auraient-ils quelque chose à voir dans les divergences apparues au sein du mouvement rebelle ? Rien de tout cela : ces gens de peu ne doivent pas continuer à faire les frais d’une rébellion qui se soucie très peu de leurs nombreuses souffrances et désolations.

 

Y voir clair, comprendre où l’on entend nous mener, voilà l’urgence.

 

En s’attaquant à la population civile réputée protestante ou catholique, en détruisant des édifices religieux à l’exception des mosquées comme cela a été rapporté maintes et maintes fois, Séléka accrédite à son corps défendant les allégations des tenants du régime de François Bozizé qui affirmaient au plus fort de la crise que la coalition est composée pour l'essentiel de marchands de la mort qui rêvent s’emparer du pouvoir de l’État, faisant au passage d'innombrables victimes passées par pertes et profits. En tout cas pour le pouvoir, les chefs de la rébellion s’étaient mis en tête, à défaut d’instaurer une théocratie en République Centrafricaine, de jouer les rôles de premier plan au sein de l’appareil administratif ! Autrement dit, au-delà de leurs multiples et insaisissables revendications, leur objectif inavoué était l’édification d’une république dans laquelle la charia serait appliquée.

 

Or, les populations civiles ne sont pas des ennemies, elles ne constituent aucun danger, si ce n’est leur farouche volonté de vivre décemment sur la terre de leurs pères. S’en prendre à ces innocentes victimes, c’est prendre le risque de faire l’unanimité contre soi et de se sentir choir dans le vide, faute de soutien populaire. Surtout dans un pays comme la Centrafrique où la guerre a transformé l’ersatz d’État en un vaste territoire livré à toutes les formes de violences, d'insécurité et de prédation, conduit à la manière d'un butin de guerre disputé par près d’une centaine de partis politiques alimentaires, c’est-à-dire sans véritable idéologie, sans conviction et adeptes de la transhumance politique.

 

De sorte qu’aujourd’hui, après deux décennies d’instabilité chronique, l’État, ou ce qui en reste, replié sur la seule ville de Bangui, a renoncé à étendre son autorité à l’ensemble de son territoire souverain : inaugurant ainsi l’ère de la prospérité des seigneurs de guerres qui ont tôt fait d’imposer leur loi dans tout le pays depuis des années. La poussée vertigineuse de ces seigneurs de guerres a depuis longtemps consacré la perte d'une part notable de la souveraineté territoriale du pays et a convaincu le peuple centrafricain, plongé dans le désarroi, a s'en remettre à la protection divine, après avoir désespéré d'une classe politique qui n'a cessé de l'accabler de ses démissions, de ses renoncements, de son incurie et de sa félonie.

 

Incohérence. De Bangui, capitale fantôme et symbole du pouvoir central à Damara, ville martyre décrétée « ligne rouge » à ne pas franchir par les belligérants, il n’y a peut être pas la même distance que du Paradis à l’enfer. Autrement dit entre le pouvoir et la rébellion, il n y a vraisemblablement aucune différence notable dans la conception de la méritocratie républicaine. Et de ce point de vue, aucun des protagonistes  n’est meilleur : Séléka a reproduit à quelques détails près, les mêmes dérives qu’elle reprochait au régime de François Bozizé, notamment sur son caractère clanique et tribale. À preuve, quatre des cinq ministres représentant la rébellion au sein du gouvernement d’union nationale sont issus de la même région ou presque et sont tous musulmans, à l’exception du ministre de la communication. Quand on y réfléchit sérieusement, on ne peut qu’être saisi par le vertige, tant les conséquences sur les chances d’ancrage à la marche de la planète de notre pays, déjà très marginalisé paraissent minces, pour ne pas dire nulles si de tels agissements se poursuivent. 

 

À cela, il faut bien sûr ajouter la cacophonie au sein de la coalition qui peine à s’aligner derrière un chef charismatique. Et c’est là, probablement, que se situe le péril. Que la rébellion refuse de trancher en son sein le débat de fond, notamment sur sa participation ou non au gouvernement d’union nationale pour se contenter de dire des sornettes par la voix d’obscurs porte-paroles aussi inconnus à l’intérieur du pays que peu crédibles à l’extérieur ne peut-être une excuse. Etre membre du gouvernement, c’est appartenir à une équipe, c’est accepter la discipline du groupe et respecter la hiérarchie. Dès lors, Séléka ne peut plus continuer à contester l’autorité du gouvernement d’union nationale en s’en prenant à son Premier ministre, à moins de retirer ses ministres. Ses attaques contre les nouvelles localités sont tout autant scandaleuses. Les revendications de la Séléka, notamment l’épineuse question de la libération des prisonniers politiques ainsi que le départ des troupes étrangères, devaient désormais être faites dans le cadre républicain du conseil des ministres. Il ne peut plus y avoir une Séléka de la brousse et une autre en ville entretenue par la République. À moins d’estimer que les ministres issus de la rébellion n’ont rien à faire au gouvernement d’union nationale et qu’ils doivent regagner le maquis sans délai. Ce serait plus cohérent. Parce que, l’on commence à être fatigué par les tergiversations et les louvoiement de ces hommes enturbannés. 

 

Démission collective. La Centrafrique s’est métamorphosée, inexorablement, en un effrayant concentré de toutes les impostures internationales qui a laissé s’installer un État fantomatique tourné vers des commanditaires extérieurs. Une bonne partie du territoire centrafricain est livré au pillage organisé des ressources minières y compris par des multinationales, sous le regard complaisant des puissances occidentales. Le drame est gigantesque, à l’image de la désespérance des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Dans un tel contexte, il est même exagéré de continuer de parler d’un État.

 

Tout cela n’a été possible que grâce à la démission et à l’irresponsabilité d’une élite centrafricaine davantage préoccupée par ses intérêts de courte vue que par l’avenir du pays. D’autant que les nombreux groupes rebelles qui essaiment le territoire national prospèrent justement sur l’anémie de la conscience d’une classe politique quasiment démissionnaire. À preuve, depuis le début de cette dernière crise, les partis politiques centrafricains sont aussi souples avec les rebelles que tatillons à l’égard du pouvoir, de sorte que ces hors la loi se croient tout permis.  Pourquoi n’entend-on pas les partis politiques ayant des représentants au sein du gouvernement d’union nationale hurler contre les exactions de Séléka, dénoncer ses attaques contre les nouvelles villes et exiger de toutes les parties au conflit, majorité présidentielle comprise, la stricte application des accords de Libreville ?  

 

Reste plus que la guerre. Plus nombreux et de toutes les couches de la société d’ailleurs, nous sommes enclins à penser que la solution du « ni vainqueur ni vaincus »  dans laquelle se sont enfermés les acteurs politiques centrafricains ne saurait régler la crise actuelle. Ce résultat n’est envisageable que dans un environnement où les acteurs se plient volontiers au principe du compromis, donc l’insatisfaction mutuelle et acceptent de se faire confiance. Or, le manque de confiance entre les acteurs politiques centrafricains est si patent qu’il serait illusoire de tabler sur leur réelle volonté de faire la paix. Dès lors, la violence peut, paraître, ici, un rempart : elle permettra aux vainqueurs d’imposer leurs diktats et aux vaincus de débarrasser le plancher pour laisser place à la paix et la quiétude. 

 

 

Adrien POUSSOU

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion