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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 18:11

 

 

Bozizé et ses partisans

 

http://www.slateafrique.com 08/02/2013

 

Né de l'accord de Libreville de janvier 2013, le fragile processus de paix en Centrafrique entre la rébellion Séléka et François Bozizé est mis en péril par l'attitude du camp présidentiel, selon le journaliste sénégalais Assane Diop pour SlateAfrique.

 

Le 11 janvier 2013, l’armée française opérait ses premières frappes aériennes dans le centre du Mali pour stopper le raid éclair des groupes djihadistes vers Bamako. Le même jour, on signait à Libreville au Gabon, les accords sur la Centrafrique.


Le succès de la médiation du président congolais, Denis Sassou Nguesso mandaté par la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) en présence de ses homologues gabonais Ali Bongo et tchadien Idriss Deby, a été voilé dans les médias par les feux de la guerre dans les sables maliens.


Aujourd’hui, le pacte de Libreville est menacé par l’une des principales parties prenantes. Le Président François Bozizé est ouvertement accusé dans une déclaration du 6 février de la rébellion de la Séléka datée de ne pas respecter «l’esprit de la lettre des accords de Libreville».


En vertu du pacte, on sait que le général président centrafricain s’est engagé à ne pas briguer un troisième mandat à l’échéance de son deuxième mandat et 2016 et a accepté la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition ainsi que des élections législatives anticipées dans un délai de 12 mois.


Mais, sous les cendres des accords de Libreville couve le feu d’une reprise des hostilités en Centrafrique. La Séléka et l’opposition démocratique centrafricaine reprochent en chœur au Président Bozizé de tenter de se dérober à ses engagements.


«Le reniement de la parole donnée est une seconde nature chez Bozizé» lui décoche aussi un de ses anciens ministres.


Il rappelle que «certaines factions de la Séléka ont repris les armes contre lui récemment car il avait trahi les précédents accords de Libreville en 2008» sous les auspices de l’ancien Président gabonais Omar Bongo.


Un pacte, auquel se réfère largement dans son introduction le document du nouvel accord de paix acté dans la capitale gabonaise, le 11 janvier 2013.


Bozizé a constamment menti à l'ONU


Autre signe de la précarité de la situation en Centrafrique: le mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans le pays a été prolongée d’un an, le 24 janvier 2013, par le Conseil de sécurité. Dans la foulée le Conseil a pressé les signataires des récents accords de Libreville «de s'acquitter de bonne foi de leurs obligations».


«Le message est à d’abord l’intention de François Bozizé, car il a constamment menti aux représentants de l’ONU qui se sont succédés à Bangui pendant ses dix ans de règne», précise un diplomate ouest africain qui a travaillé avec l’organisation sur le dossier centrafricain.


Les premières lignes de fractures qui menacent les accords sont apparues lors des tractations sur la formation du gouvernement d’union nationale. Il a fallu en effet attendre le 3 février pour qu’il soit enfin mis en place.


Car «le gouvernement patiemment formé par le Premier ministre Nicolas Tiangaye (issu de l’opposition démocratique) a été remanié par François Bozizé tout seul avant de signer. Les postes devaient faire l’objet d’un consensus, ce qui n’est pas le cas» déplore Martin Ziguélé, le chef du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC).


Les nouvelles élections seront un double test


Dans son communiqué du 6 février, la Séléka reproche au camp présidentiel les mêmes «violations répétées des accords» tout en faisant de la propagande «sur les ondes de la radio nationale».


Si le président Bozizé a finalement été contraint de céder sous la pression des ministères de ses partisans au sein du gouvernement d’union nationale, ses adversaires redoutent ses volte-faces. D’autant plus que la principale tâche politique du cabinet sera de préparer et d’organiser les prochaines élections législatives anticipées. Or, la hantise du chef de l’Etat est de perdre le futur scrutin alors que son parti avait raflé la totalité des élections contestées de 2011.


Les nouvelles élections seront un double test. Elles permettront de cerner l’influence des principales forces politiques centrafricaines et de mesurer la volonté des dirigeants politiques centrafricains face à la communauté internationale et en particulier à la médiation de la CEEAC.


Il conviendra d’être d’autant plus vigilant que le camp du président Bozizé garde la main sur le ministère de l'Intérieur qui a été scindé en deux dans le gouvernement d’union nationale. D’une part le ministère de la Sécurité Publique qui revient au camp présidentiel, d’autre part le Ministère de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation attribué à une personnalité de la société civile «mais qui est un proche de Bozizé» d’après un dirigeant de l’opposition démocratique. 


Or c’est ce dernier ministère qui est chargé à niveau administratif de la gestion des élections en coordination avec l'Autorité nationale des Elections, une instance indépendante.


Puisque le mandat du Bureau de l’ONU a été prolongé d’une année, il pourrait concentrer ses activités à la préparation et au bon déroulement de ces élections en liaison avec les autorités centrafricaines et la médiation de la CEEAC. Mais, le but est encore très loin d’être atteint. Rien que le nombre pléthorique de 33 ministres dans le gouvernement d’union laisse augurer le pire. En vérité, on est moins face à un gouvernement d’union qu‘à un gouvernement de cohabitation et marchandages.


L'opposant Martin Ziguélé songe déjà à 2016


D’après nos informations, de nombreux portefeuilles ont fait l’objet d’âpres négociations. La concession de taille du président Bozizé a été de voir nommer un ministre proche de la Séléka au ministère des Mines. Rien ne justifie non plus à nos yeux que le ministère chargé de la gestion des principales ressources économiques du pays soit attribué au camp de la rébellion.


Plus pittoresque, le MLPC présenté comme la principale force de l’opposition démocratique, n’a hérité que du ministère de l’Education nationale. Il est vrai que son leader, Martin Ziguélé, songe déjà à la présidentielle de 2016 à laquelle ne pourront pas se présenter les membres de la présidence et du gouvernement de la transition.


Enfin, une autre menace continue à peser sur le fragile processus de paix centrafricain. Et elle est très inquiétante. Le désarmement et la mobilisation des troupes de la Séléka stationnées à plus d’une centaine de kilomètres de Bangui depuis les dernières fêtes de Nouvel an et la dissolution des «milices pro-Bozizé» formées notamment de jeunes désœuvrés particulièrement agressifs, n’ont toujours pas commencé. Dans son propre camp, la Séléka a aussi reconnu la présence «d’éléments incontrôlés».


Par ailleurs, pour tenir les élections, «la sécurisation et le rétablissement d’une administration digne de ce nom sur toute l’étendue du territoire demanderont encore plus de temps», admet Martin Ziguélé tout en disant que «c’est à l’opposition démocratique de demeurer lucide pour mener le combat démocratique devant déboucher sur l’alternance tant attendue par le peuple centrafricain».


Autant dire, que Denis Sassou Nguesso et ses homologues gabonais et tchadien qui ont parrainé les accords de Libreville sur la Centrafrique, le 11 janvier dernier, ont encore du pain sur la planche pour sortir la Centrafrique du trou noir politique dans lequel elle est enlisée depuis son indépendance.


Assane Diop

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