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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 18:49

 

 

 

Bangui arc de triomphe

 

Le pays que dirige François Bozizé devrait revenir aux rêves de ses fondateurs

 

Depuis cinquante-deux ans, une gabegie et une instabilité chroniques ont délabré la Centrafrique et réduit à néant les espoirs suscités par Barthélemy Boganda (président du Conseil du gouvernement de 1958 à 1959), père fondateur de la République.


Ce tribun visionnaire avait lancé le projet des «Etats-Unis de l’Afrique Latine». Le Gabon, ayant peur de perdre le contrôle de ses matières premières, fit capoter cette vision panafricaniste, qui devait voir surgir l’unité des Etats  de l’ancienne Afrique équatoriale française (AEF).


L’union faisant la force, elle aurait pu générer un poids économique et politique trop important. En Afrique de l’Ouest, Kwamè Nkrumah (Premier ministre du Ghana de 1957 à 1960, puis président de 1960 à 1966) avait la même vision du panafricanisme que Boganda.


Si leurs deux projets avaient abouti, l'Afrique n’en serait pas là où elle en est aujourd’hui: vaut mieux, pour les prédateurs étrangers, que le continent noir demeure morcelé, figé à l’intérieur des frontières insensées tracées par les pays colonisateurs, découpé comme une galette des rois dont on se dispute  la fève à coups de canon!

 

Une mine de richesse


On ne le rappellera jamais assez: le malheur de l’Afrique vient d’abord du fait qu’elle constitue le réservoir des matières premières dont l’Occident a besoin pour entretenir sa course folle vers le «toujours plus»…


La République centrafricaine en particulier, grâce à son uranium, a contribué à la mise au point de la première bombe thermonucléaire de la France.


Ce sont les mines de Bakouma, dans l’est du pays qui ont fourni les minerais au temps de la COGEMA (Compagnie générale des matières nucléaires, Ndlr). Sans oublier les diamants et l’or qui ont fait le bonheur des étrangers —et le malheur des Centrafricains.


Car, pendant ce temps, le peuple a dû survivre, comme frappé par un mal venu de la nuit des temps, «ce quelque chose d’indicible qui caractérise les amputés et les infirmes» (Claude Simon).


Les habitants de ce pays sont devenus des hères sur leur propre terre. Dépouillés, niés dans leur existence, bâillonnés, les voilà, désormais, citoyens sans voix.


Quel paradoxe dans un pays comme la République centrafricaine, que l’on peut considérer comme bénie des dieux! Située sur l’Equateur, c’est une terre où tout pousse. Arrosée par des fleuves nombreux et des rivières abondantes, couverte de forêts giboyeuses, cette terre généreuse a toujours permis au pays d’être auto-suffisant en alimentation.


L’hôpital central de Bangui était un centre hospitalier moderne et performant. Les ressortissants des pays voisins venaient s’y faire soigner. Aujourd’hui, la durée de vie en Centrafrique est de quarante ans…

 

Revenir à l'idée d'une République centrafricaine sociale


Cette déchéance est l’œuvre des gouvernants successifs, qui ont confondu les caisses de l’Etat et leur propre cassette.


La situation chaotique qui prévaut en République centrafricaine était prévisible, comme le rappelle le philosophe John Locke, dans son essai sur les Deux Traités du Gouvernement civil: 


«Aucun homme ne peut attendre indéfiniment, dans la tanière du monstre comme Ulysse, d’être dévoré. Il tentera le tout pour le tout pour s’en échapper.»


Mais il y a peut-être place pour l’espoir? Si les dirigeants actuels, au lieu de s’accrocher à leurs débris de pouvoir comme des moules sur un rocher, saisissaient l’occasion pour revenir aux principes énoncés par Barthélemy Boganda, d’une République centrafricaine sociale, personne ne serait laissé au bord du chemin de la prospérité…


Mais, en attendant, des questions cruciales se posent: qui sont, réellement, ces rebelles capables de contredire leur porte-parole? D’où tirent-ils leurs moyens militaires et leur puissance de communication?

  

Les rares images que l’on voit des éléments de la rébellion, nous montrent des individus en guenilles, mal équipés. Comment se fait-il que ces gens, qui ressemblent à des coupeurs de routes (c’est-à-dire des brigands), aient pu occuper aussi facilement des grandes cités du nord et du centre du pays? (Rappelons qu’il s’agit de villes de garnisons, de centres stratégiques).


A Bambari, certains témoins parlent de «pillages sélectifs»: les boutiques des commerçants musulmans seraient épargnées. Mais il faut être vigilant dans la véracité des faits: on a facilement tendance à voir des djihadistes partout.

 

«Bâtir, vêtir, nourrir»


Comment se fait-il encore que le président Bozizé fasse appel à la Force multinationale de l’Afrique centrale (Fomac) qui ressemble fort à une force d’occupation venue sauver un président centrafricain aux abois? Quelle est la durée du mandat de ces forces en Centrafrique?


Pourquoi la France a-t-elle adopté un comportement des plus ambigus sur la situation explosive qui prévaut actuellement?  


Certes, personne ne réclame une intervention française: l’Afrique de papa, c’est terminé! Mais on aurait préféré, tout simplement, une attitude claire à l’égard d’un pays ami en difficulté. N’oublions pas que les Oubanguiens ont participé aux deux guerres mondiales aux côtés de la France.

Sous nos yeux, est peut-être en train de se mettre en place une partition rampante de la R.C.A. (Boganda doit s’en retourner dans sa tombe…) 

 

Mais on peut éviter d’en arriver là, car les rebelles, même si personne ne sait exactement ce qu’ils sont, ni ce qu’ils comptent faire, ont néanmoins déclenché un processus qui devrait permettre aux Centrafricains de se ressaisir et de fixer un nouveau cap  à leur pays sans l’intrusion intempestive de pays étrangers.

Une conférence nationale doit être organisée à Bangui même —et non ailleurs. Tous les Centrafricains doivent y être associés, afin de revenir aux préceptes de Boganda, en premier lieu: «bâtir, vêtir, nourrir».

Il faut promouvoir le dialogue inter-centrafricain. Eviter le choix des armes qui ne feraient qu’aggraver les souffrances du peuple —elles n’ont déjà, que trop duré. On apprend, aujourd’hui, que des enfants sont enrôlés. Au syndrome malien de la partition, n’ajoutons pas le syndrome libérien des enfants-soldats…

Le seul slogan de tous les Centrafricains doit être: «Centrafrique Na Ndôuzôu! (Debout, la République centrafricaine!)»


Kitiki Akouissonne est un journaliste franco-centrafricain

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion