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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 18:22


Ibni-Oumar-Mahamat-Saleh.jpg

 

(Libération 27/03/2010)


C'est une démarche peu banale. Jeudi, les députés français ont adopté à l'unanimité une proposition de résolution pour inciter Paris à faire pression sur le gouvernement tchadien afin que soit révélé le sort réservé à l'opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh. Cet homme très respecté dans son pays, mathématicien de formation, a été enlevé le 3 février 2008 à son domicile par des militaires tchadiens, après une attaque avortée de la rébellion sur N'Djamena. Depuis, il est porté disparu. Mais cette résolution non contraignante a, hélas, peu de chances d'aider à la manifestation de la vérité, au vu des déclarations du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.

Pour l'auteur de cette résolution, le député socialiste Gaëtan Gorce, la France a une responsabilité particulière dans cette affaire. En février 2008, elle avait aidé, de manière discrète mais très efficace le président Idriss Déby à repousser les assauts des rebelles. Paris lui avait fourni des munitions et des renseignements, et sécurisé l'aéroport d'où décollaient les hélicoptères qui ont bombardé les rebelles. Assiégé dans son palais, le chef de l'Etat rétablissait de manière spectaculaire la situation, avant de mettre en déroute ses assaillants. Dans la foulée, une chasse aux sorcières était déclenchée dans la capitale tchadienne, dont Ibni Oumar mahamat Saleh a probablement payé le prix fort.

Du fait de son implication dans ces événements, Paris s'était ensuite senti obligé de faire pression sur le régime de Déby pour faire la lumière sur les violations des droits de l'Homme commises à cette époque. Une Commission d'enquête internationale avait été mise en place. En septembre 2008, contre toute attente, elle livrait un rapport plutôt percutant. Sur la disparition de l'opposant, elle concluait qu'il avait été enlevé par «sept à dix militaires, de l'ethnie Zaghawa», dont est issu le président Déby. Ne pouvant résulter «d'une initiative personnelle d'un quelconque militaire subalterne», la Commission assurait que l'escadron agissait sur «ordre de sa hiérarchie ou des instances supérieures de l'État».

Pour Gaëtan Gorce, il ne fait aucun doute que la France sait ce qui s'est passé. Elle disposait alors de conseillers militaires, et l'un d'entre eux, membre de la DGSE, était au Palais présidentiel lors de l'attaque rebelle sur N'djaména. «Nous ne pouvons nous résigner à ce que, dans un pays où la France exerce une telle influence, un homme tel que M. Saleh ait pu disparaître au nez et à la barbe des autorités diplomatiques et militaires françaises», a lancé jeudi Gaëtan Gorce. Et de réclamer une présence internationale au sein du «Comité restreint de suivi», comme le recommandait, à l'automne 2008, la Commission d'enquête.

Bernard Kouchner a paru gêné aux entournures. A l'Assemblée, il a écarté l'idée que Paris pourrait faire quoi que ce soit: «Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour faire aboutir l'enquête sur les événements de 2008». On a connu l'ancien French doctor plus pugnace...«Je partage ce souci de vérité qui vous anime», a-t-il encore dit, avant d'estimer: «Il ne faudrait pas que, sous couvert d'excellents sentiments, nous en arrivions à galvauder les progrès accomplis dans ce pays» qui «consolide son Etat de droit». Pour faire bonne mesure, Kouchner a martelé: «Il serait absurde d'interférer sur le cours de la justice d'un Etat indépendant». Il fut un temps où Bernard Kouchner, plein «d'excellents sentiments», se faisait le champion du droit d'ingérence. C'était il y a une éternité, semble-t-il.


Par Thomas Hofnung

© Copyright Liberation

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