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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 17:08

 

 

 

Suite à l'article publié dans CAP intitulé "Démissions en cascade au CNRC-FB", nous publions également ci-dessous la réaction du compatriote MANDEKOUZOU MONDJO sous forme de soutien au Pr Gaston NGUEREKATA 

 

 

 

 

 

Mandekouzou-Mondjo.JPG

 

Mon cher Ami,


C’est mon air badin qui me renvoya, lorsque je lus le mot « cascade » dans une actualité te concernant, au souvenir de cette randonnée bucolique qui nous porta des pieds de la Soufrière et des « bains chauds » vers la Cascade des Ecrevisses. Nous avions, au passage, délivré un couple embourbé pour n’avoir pas vu que le Saut de la Lézarde qui dévoilait devant nous  un bel horizon  n’en recelait pas moins des ornières et des pièges.


La Cascade aux Ecrevisses concluait notre sortie en achevant de nous convaincre que la Guadeloupe était paradisiaque.


Mais pourquoi ce souvenir-ci plutôt que cet autre apparemment plus approprié : notre voyage à Marie-Galante ? La mer, très mauvaise, offrait un spectacle proche des  tourmentes que tu traverses et qui n’ont rien d’un long fleuve tranquille.


Egoïstement la « consolation » est pour moi retrouvant avec bonheur ces mots de Lucrèce :

 

« Il est doux, quand la vaste mer est bouleversée par les vents,

d’assister du rivage aux rudes épreuves subies par un autre que nous ;

non pas qu’on trouve une jouissance dans les souffrances d’autrui ;

mais c’est une douceur de voir les maux dont on est exempt.

Il est doux encore de contempler les luttes terribles de la guerre

et les armées rangées dans la plaine, sans prendre part au danger.» (2)

 

Je te rassure : la consolation existe aussi pour toi, mais, dirait Pascal, « elle est d’un autre ordre ». C’est celle qui nous offre la distance qu’évoque Lucrèce et qui permet de porter un regard serein, -pour le déplorer-, sur ce qui est, en toute évidence, un prurit du changement. Notre vie politique ou tout simplement le mouvement des idées, à travers le spectacle des transhumances sans fin, semblent pris dans un tourbillon infernal et toujours fatal.

 

Rien de ce qui commence n’est parfait…


Mais encore faudrait-il, pour tout ce que nous entreprenons, nous armer de la patience indispensable qui accueillera alors la perfection comme la synthèse de contributions surement inégales pour tenir compte des « facultés » respectives des partenaires ; et nécessairement divergentes dans un premier temps pour mieux faire apprécier le bonheur du consensus auquel nous pouvons enfin être parvenus.

 

Rien de ce qui commence n’est parfait…


Mais encore faudrait-il, pour tout ce que nous entreprenons, savoir éviter les écueils de la  diversion et toujours revenir à l’essentiel. Le juge était bien en peine pour « débrouiller » les deux affaires que lui avait soumises le marchand Guillaume poursuivant à la fois Maître Pathelin pour le drap acheté à vil prix et le berger Thibault pour le vol de ses moutons.


Quel procès recevable peuvent te faire ceux qui, apparemment, ont été appelés pour bâtir avec toi un projet politique ? Il y a de la précipitation –en termes de logique- et du procès d’intention –en termes de justice- à vouloir condamner ce qui n’existe pas encore. Et de surcroît en nom et place d’un être de raison et sous le prétexte de ce qu’il n’est pas.

 

Je pense proposer un jour une réflexion sur « Phénoménologie et Politique » : la réduction eidétique se situerait comme le temps de la synthèse de toutes les contributions ou du consensus réalisé autour du projet politique. Ce sera aussi le moment où s’apprécieront avec pertinence et en toute vérité les procès en sorcellerie et condamnations diverses pour infidélité ou trahison. Le temps des débats ouverts ne me paraît donc pas justifier le tintamarre des psychodrames que nous fait vivre la « cascade des démissions » moins porteur de rêves que la Cascade aux écrevisses.


Il y a « du refus à l’invocation » en pensant à Gabriel Marcel.


Mon Curé ajouterait que ce monde, sans capacité d’écoute, n’entend se placer sous aucune autorité et ne se reconnaît aucun maître.

 

Lucrèce poursuit :

 

 « Rien n’est plus agréable que d’occuper les citadelles élevées par la science, asile inexpugnable des sages, d’où l’on peut voir sous ses pieds les autres hommes errant à l’aventure, tandis qu’ils cherchent au hasard le vrai chemin de la vie, rivalisant de génie,

faisant valoir leurs ancêtres, s’efforçant nuit et jour, par des efforts surhumains,

 d’atteindre au faîte de la fortune et de la puissance » (3)

 

Voilà pour toi, cher Professeur, une petite Consolation dans tes épreuves.


Avec le talent de François de Malherbe en moins parce que tu n’es pas M. Du Perrier

 

Notes


 (1)   Dans le présent recours on voudra bien ne retenir du mot que le contenu, qui est ici une complainte ou une consolation, mais moins la forme tout à fait libre.

 

(2) Suave, mari magno turbantibus aequora ventis

e terra magnum alterius spectare laborem;

non quia vexari quemquam sit jucunda voluptas,

sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.

Suave etiam belli certamina magna tueri

per campos instructa tua sine parte pericli…

Lucrèce, De la nature. Livre II, v. 1 à 6. Traduction L. Crouslé, 1997

 

(3)  Sed nihil dulcius est, bene quam munita tenere

edita doctrina sapientum templa serena,

despicere unde queas alios passimque videre

errare atque viam palantis quaerere vitae,

 certare ingenio, contendere nobilitate,

 noctes atque dies niti praestante labore

ad summas emergere opes rerumque potiri.

Lucrèce, ibid. Livre II, v. 7 à 13

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