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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 17:40

 

 

 

 

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Slate Afrique 19/04/2012

De Giscard d'Estaing à Juan Carlos, l’Afrique enivre les puissants d’Europe, mais se révèle épine dans leur pied.

C’est bien connu, la torpeur africaine fait perdre tout sens commun. Un décalage horaire, une bouffée de chaleur, une insolation, un dos joliment cambré… on se déboutonne et l’on se retrouve avec une hanche fracturée ou une réputation brisée.

Pour avoir voulu taquiner le pachyderme, un dinosaure du gotha espagnol se retrouve sous les feux de la rampe. Déjà, en 2006, le roi Juan Carlos, posait devant le cadavre d’un éléphant botswanais.

Lui qui se voulait monarque moderne au train de vie moins dispendieux que son homologue d’Angleterre, il incarnait soudain l’anachronique majesté en plein fantasme postcolonial. Pas de remous, à l’époque, mais la récidive lui coûtera un scandale...

En 2012, âgé de 74 ans, Juan Carlos, lors d'une expédition de chasse à l'éléphant, trébuche sur une marche, se fracture la hanche, est rapatrié d’urgence et finit sur des béquilles. Il reçoit une volée de bois vert.

Dans une lettre ouverte, publiée le 16 avril dernier, la fondation Brigitte Bardot dénonce la virée du chasseur espagnol déjà «féru des corridas», rappelant que «l'éléphant d'Afrique, partout, est victime du braconnage, mais que l'urgence de préserver la biodiversité» n'est «pas la préoccupation première de la famille royale d'Espagne.»

Le souverain n’aura pas à supporter que les séquelles physiques de sa nouvelle prothèse et les cris d’orfraie de sa collègue de béquilles.

Traité de «riches oisifs» par “BB” (Brigitte Bardot), le souverain se voit attaqué par toute la presse espagnole. Incriminé: le coût de son séjour africain. Dans une péninsule ibérique qui ne cesse de se serrer la ceinture depuis les soubresauts de la crise économique, le quotidien El Mundo évoque une facture de la fracture royale d’un montant de 30.000 euros.

Le voyage africain est qualifié d’irresponsable et la maison royale, déjà ébranlée par l'inculpation du gendre de Juan Carlos, tremble sur ses bases.

Le 18 avril, contrit, Juan Carlos présente ses excuses devant les caméras espagnoles, pensant sans doute qu’il aurait mieux fait de se fouler la cheville à Madrid plutôt que d’aller se fracturer la hanche en Afrique.

L’Afrique est présentée comme un lupanar pour dépravés bling-bling

Le roi aurait dû savoir que le cocktail “politique / chasse africaine” donne parfois la gueule de bois. Juste avant d’être élu président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing était allé chasser trois fois dans une concession du nord de la Centrafrique.

A l’une de ces occasions, en avril 1973, Jean-Bedel Bokassa, chef de l'État centrafricain, avait remis au ministre des Finances de Georges Pompidou des fruits d'ébène et une plaquette de diamants africains. C’est le 10 octobre 1979, au renversement de Bokassa, que l’hebdomadaire Le Canard enchaîné fera exploser «L'affaire des diamants» qui polluera la deuxième campagne présidentielle de Giscard. En 1981, le chasseur de Centrafrique sera battu par le socialiste François Mitterrand

Lorsque les politiciens européens ne sont pas férus d’armes à feu, c’est parfois une proie moins animale qu’ils viennent traquer en Afrique. Le safari consiste alors à chasser la “gazelle” dans les riads marocains ou les villas tunisiennes.

Au Caire, à Djerba ou à Marrakech, les mœurs sont, en principe, protégées par les services bienveillants des dirigeants locaux. Discrétion assurée… jusqu’à ce qu’un scandale new-yorkais ne mette la puce à l’oreille de journalistes “affamés”.

Jusqu’à ce qu’un ancien membre du gouvernement français comme Luc Ferry affirme, sans ambages, qu'un ancien ministre s'était «fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons».

Jusqu’à ce qu’une rumeur prétende qu’un autre ancien ministre aurait saccagé sa chambre dans un grand hôtel marocain, après une dispute avec sa compagne.

Les parties fines africaines sont à double tranchant. Mieux vaut ne pas se faire prendre le doigt dans le pot de confiture…

Lorsque ce ne sont pas les virées de chasseur ou de dragueurs qui deviennent des épines dans le pied, ce sont les campagnes africaines de “recouvrement”. En novembre 2011, dans l’ouvrage Le scandale des biens mal acquis de Xavier Harel et Thomas Hofnung, un conseiller personnel d'Omar Bongo affirme que le défunt président gabonais a «contribué au financement de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy».

Ses déclarations, même différentes sur bien des points, vont dans le sens de la thèse des mallettes et des djembés de Robert Bourgiqui affirmait avoir été lui-même porteur de valises pour la classe politique française.

Une fois encore, dans les médias, l’Afrique apparaît comme un lupanar pour dépravés bling-bling, le lieu le plus infréquentable de la planète où se mêleraient sexe immoral, financements occultes et parfums de mort, celle d’animaux rares où de victimes de guerres civiles.

Faut-il se plaindre de la médiatisation réductrice de ces affaires? Faut-il espérer, au contraire, qu’elle décourage ceux qui viennent souiller le continent noir?

De la petite erreur touristique aux scandales politico-financiers à relents de vente d’armes, en passant par l’assouvissement de fantasmes sexuels de grosses légumes, les systèmes les plus rodés n’échappent pas aux dérapages incontrôlés. À l’ère du tout communicationnel, les escapades inavouables évitent de moins en moins les fuites qui résistent de moins en moins à la rumeur, au buzz et au journalisme d’investigation qui flirte de plus en plus volontiers avec le graveleux et le people.

Politiciens qui planifiez une longue carrière politique, préférez la chasse au cafard dans la cuisine insalubre de votre beau-frère aux safaris luxueux dans un ranch d’Afrique australe; privilégiez les câlins conjugaux, même routiniers, plutôt que les étreintes coupables dans un palace maghrébin; oubliez les pétrodollars du continent noir et réapprenez la campagne électorale de proximité au carburant sudoripare.

Damien Glez

Damien Glez est un dessinateur burkinabé. Il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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