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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 15:58

 

 

Bonne année 2012

 

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Interview au Quotidien Mutations  30 Déc 2011

 

Député, président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (Undr), il est également le chef de file de l’opposition politique tchadienne. Cet homme au verbe acerbe est sous le coup d’une plainte en diffamation assortie d’une menace de levée d’immunité parlementaire. Le député a en effet été traîné en justice par Lahr-Idi Pabamé, veuve du chef de village de Matta-Léré, Massamba Pabamé. Le défunt, lynché et incinéré avec 03 de ses notables par des villageois, était soupçonné d’enlèvement de 19 enfants. Dans ces contrées parfois laissées à leur triste sort par les autorités, la rumeur selon laquelle des chefs coutumiers sont également des promoteurs de groupes de coupeurs de route fait sont bonhomme de chemin.


Dans un rapport remis au Parlement, Saleh Kebzabo n’a pas hésité à accabler le présumé coupeur de route par personnes interposées pour ces pratiques de grand banditisme qui sèment la mort d’innocents et ruinent les populations en termes de paiement de – lourdes – rançons. Droit dans ses bottes, il persiste et signe. Il va même plus loin, accusant le pouvoir Deby, dont il a été l’un des membres, de vouloir politiser cette affaire. Au-delà de cette querelle tchado-tchadienne, et à quelques semaines des élections législatives dans son pays dont il voit l’opposition vainqueur, sauf tripatouillages comme cela est de coutume, il jette un regard plutôt pessimiste sur la gestion de la sphère politique dans la sous-région Afrique centrale.

La commission ad hoc, créée par l’Assemblée nationale afin de statuer sur la levée de votre immunité parlementaire, devait avoir achevé ses auditions samedi dernier. A quand les conclusions seront rendues publiques ?


La procédure légale de levée de l’immunité parlementaire d’un député, dans le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, prévoit la mise en place d’une commission ad hoc de 20 membres de sensibilités politiques différentes. Compte tenu du poids du parti au pouvoir, il y a 11 membres et 04 alliés, et l’opposition 05 membres. La commission a été mise en place et devait déposer ses conclusions le 27 décembre, mais je crois qu’elle accuse un léger retard et ce travail doit en tout cas être soumis à une séance plénière au plus tard le 03 janvier 2012, date de la clôture de la séance budgétaire actuelle.


Le déséquilibre de la composition de la commission ad hoc ne peut pas constituer un handicap pour nous, car il s’agit d’écouter des personnes précises, d’en faire la restitution et de tirer les conclusions dans la transparence. La vérité est claire, et on ne peut rien me reprocher s’il n’y a pas une volonté de politiser cette affaire. En effet, un député a l’impérieux devoir d’aller en urgence dans sa circonscription, s’il y a une urgence grave – ce qui était le cas – et d’en rendre compte à l’Assemblée nationale. Ce que j’ai fait par un rapport adressé au président. Je suis donc couvert par la loi, pour toute opinion orale ou écrite émise dans le cadre de mes activités parlementaires.


Vous êtes accusé de diffamation…


En ce qui concerne la diffamation, à supposer qu’il y en ait une, elle est strictement personnelle et aucun ayant droit ne peut s’en prévaloir pour engager des poursuites. Et, s’il y a malgré tout une plainte, elle doit clairement indiquer les passages considérés comme diffamatoires. Or, la plaignante s’est contentée de citer le rapport et deux articles du journal N’Djamena Hebdo, sans aucune précision. De plus, je suis considéré comme l’accusé principal alors que ne suis qu’un complice, de par la loi sur la presse au Tchad qui, par ailleurs, a dépénalisé les délits de presse au Tchad depuis 2010.


Enfin, les articles de la loi invoqués par la plaignante sont l’un relatifs à l’incitation au crime, destructions et autres, et l’autre à la possibilité d’user d’un droit de réponse comme première étape. Au regard de tout cela, cette plainte relève uniquement d’une architecture politique mal fondée et ne devrait pas prospérer auprès des députés qui seront appelés à voter en leur âme et conscience, au bulletin secret.


Cette affaire tombe au plus mal, pour un régime en proie à de multiples difficultés qui, apparemment, le dépassent. Dois-je en être l’agneau du sacrifice parce que mon statut légal de chef de l’opposition ne plaît pas ? Je suis très serein, et poursuis mes activités de chef de l’opposition en préparant les élections municipales du 22 janvier 2012 que nous comptons remporter.

Le Parlement est dominé par le parti au pouvoir. Votre sort vous inquiète-il, si vous devriez être renvoyé devant la justice ?


Le défunt chef de village Massamba Pabamé, cela est connu dans la région de Léré, était considéré comme l’un des pions du grand banditisme dans la région. Cette situation dure depuis plus de 10 ans et les paisibles citoyens, selon certaines estimations, auraient déboursé plus de 10 milliards de francs dans ces actions de coupeurs de route, braquage, enlèvements d’enfants puis d’adultes libérés contre fortes rançons… Sans oublier les crimes commis.
La région concernée borde le Cameroun, et Matta est à une dizaine de kilomètres de Figuil. Les malfrats, s’ils n’opèrent pas dans les deux pays, se servent de l’un pour leur repli. Cette situation a trop duré et les populations, excédées, ont créé des comités d’autodéfense reconnus par l’administration. Ce qui tendrait à dire que l’Etat s’est démis de ses responsabilités régaliennes. Pour ce qui me concerne, je suis prêt à affronter les tribunaux, même s’ils sont instrumentalisés. Je puis vous assurer que cette affaire ne doit pas être prise à la légère.

Certains observateurs estiment que, si le ministre de la Justice a demandé la levée de votre immunité, c’est pour vous faire payer votre demande de boycotter la prochaine consultation électorale des législatives…


Pour ma part, j’ai fait mon travail de député et rien ne m’ébranlera. Je répète que je suis victime d’une machination politique pour m’éliminer de la scène, non seulement pour les prochaines municipales où je conduis la liste de Léré, mais pour les prochaines présidentielles également. Autant dire qu’on me prépare une retraite imparable. Je suis serein, car «la vérité finit toujours par triompher», n’est ce pas ?


On vous accuse d’avoir sali la mémoire d’un chef assassiné en le traitant de «coupeur de routes» ou d’«enleveur d’enfants». Qui était ce chef ? Comment en est-on arrivé à une plainte contre vous ?

Comme je l’ai dit plus haut, des élections municipales auront lieu l’année prochaine. A la date d’aujourd’hui, 28 décembre, l’Etat ne s’est pas libéré de ses obligations financières vis-à-vis des partis politiques. Il leur doit des arriérés de subvention et des remboursements de frais de campagne. Les partis politiques de l’opposition en exigent le paiement intégral avant le début de la campagne électorale, car cette exigence fait partie de la transparence électorale. Nous savons que des dispositions sont prises pour que le parti au pouvoir soit grassement alimenté pendant que nous végétons dans la misère. Cette injustice doit être bannie. En réclamant ce que l’Etat nous doit, nous lui demandons de se mettre en règle, et cela est justice. Doit-on se taire face à l’injustice ? Nous avons tous participé aux précédentes élections législatives qui nous ont financièrement épuisés, et nous devons nous ressourcer, logiquement.


Vous auriez travaillé afin que la veuve du chef ayant déposé sa plainte contre vous la retire…


Sous nos contrées tropicales, et principalement en Afrique centrale, force est de constater que nous refusons la démocratie, ce qui bloque notre développement. La meilleure thérapie, pour nos pays, demeure incontestablement la démocratie et tous ceux qui continueront de la fouler aux pieds en paieront le prix. Au Tchad, prévaut une curieuse démocratie armée qui ne respecte pas les standards reconnus en la matière. Faut-il se taire pour faire plaisir au Prince ? Nous avons choisi de ne pas nous taire, de dénoncer, d’accuser et de citer tous les maux caractérisés par une gestion patrimoniale, hasardeuse et calamiteuse et par le pouvoir personnel, quitte à en payer le prix.


Le gouvernement tchadien vous reproche votre intransigeance, qui ne favorise pas le débat démocratique…


Mes frères camerounais, semble-t-il, font de l’entrée au gouvernement une panacée pour régler les problèmes. Un opposant entre dans un gouvernement sur la base d’une plate-forme, dans l’espoir de faire avancer les choses et non pour régler ses affaires personnelles. En tant qu’hommes politiques, nous sommes porteurs de projets de société et d’une vision pour nos pays. J’ai été deux fois au gouvernement, et deux fois j’en suis parti. Je campe résolument dans l’opposition depuis 2001 et n’en sortirai que pour prendre le pouvoir. Idriss Deby Itno le sait puisque je lui ai dit, avant la formation de son dernier gouvernement, que je n’étais pas personnellement demandeur et que l’opposition a choisi de continuer de s’opposer.


On vous dit amer depuis votre sortie du gouvernement…


Je crois en effet que notre démocratie a elle-même besoin de transparence. Il faut cesser de se réclamer de l’opposition et participer en même temps à la mangeoire. Il faut cesser de se moquer de notre peuple, qui est politiquement mûr et ne supporte plus nos singeries. Nous avons tout tenté en termes de gouvernement (transition, union, large union, ouverture, large ouverture, consensus et j’en passe). Il faut en finir, et que chacun joue son rôle.


Vous voyez que je n’éprouve aucune amertume. Je me sens bien dans ma peau d’opposant recouverte d’un manteau de chef de l’opposition. Le débat démocratique est exigeant, et nous devons en accepter les principes et la pratique. A vouloir constamment tordre le cou à la démocratie, nos gouvernants courent le risque d’y laisser leur peau. Alors je dis : en avant, démocratie toute !!!


Je vous remercie de cette opportunité de m’adresser à vos lecteurs. Je leur présente, ainsi qu’à votre équipe et à mes frères d’Afrique centrale, mes voeux pour une année 2012 de paix et de réussite.

Propos recueillis par Xavier Messè

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Centrafrique-Presse.com - dans Interview