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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 01:02

 

 

RCA

 

Source: Aide Médicale Internationale (AMI)

Date: 21 Feb 2011


Jens Schumacher, d'origine allemande, est chef de mission pour A.M.I. en République centrafricaine. Depuis la base de coordination installée à Bangui, la capitale, il coordonne et supervise les activités réalisées au sein des programmes sur deux zones d'intervention, la préfecture de Bamingui-Bangoran et la sous-préfecture de M'Brés. Jens se rend régulièrement sur le terrain afin d'assurer le suivi des projets en cours ainsi que des équipes nationales et expatriées.

« Cette expérience directe m'a aidé à mieux comprendre les conditions difficiles dans lesquelles les équipes de terrain mènent leurs activités chaque jour : c'est tout d'abord une sécurité volatile due à la présence de braconniers, de coupeurs de routes et de groupes rebelles centrafricains et étrangers qui caractérisent entre autres le contexte de la République centrafricaine. Au-delà de cet aspect, le pays n'est toujours pas en capacité d'améliorer ses infrastructures, ce qui a un impact direct sur notre travail. Lorsqu'on travaille dans une zone enclavée comme la sous-préfecture de M'Brés, qui n'est pas desservie par les vols PAM (Programme Alimentaire Mondial), tout mouvement est effectué en voiture (4x4) sur des pistes en très mauvais état.

En effet, l'Etat n'est toujours pas en mesure de fournir des services de base de qualité à la population. Prenons par exemple le secteur de la santé publique, il est dysfonctionnel et défaillant. Il manque des cadres qualifiés qui ont les compétences pour bien gérer les structures sanitaires, mais aussi de l'équipement et des médicaments essentiels. Avec un indice de développement humain parmi les pires du monde : 172ème sur 179 pays (PNUD 2008) la RCA est frappée par un taux de mortalité qui, au lieu de s'améliorer, ne fait que s'aggraver d'année en année (taux de mortalité maternelle (1 355 pour 100 000 naissances vivantes en 2006), et infantile (176 pour 1 000) d'après les données de l'enquête MICS III réalisée en 2006 par l'UNICEF).

Il en est de même du contexte sécuritaire, surtout à la frontière du nord et du nord-est avec la rébellion centrafricaine (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix –CPJP) et étrangère (Front Démocratique du Peuple Centrafricain – FDPC sous l'égide de l'ancien général tchadien Abdoulaye Miskine) ou il y a régulièrement des accrochages entre ces groupes et les forces armées centrafricaines (FACA), mais aussi du sud-est du pays où les rebelles de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA) s'attaquent à la population centrafricaine.

Cependant, cette complexité inhérente au contexte d'intervention constitue pour moi un vrai défi : développement, urgence, post-urgence se mêlent au sein du même pays. J'apprécie particulièrement l'approche d'A.M.I. et je partage la stratégie d'intervention adoptée. Celle-ci repose sur un support direct aux structures sanitaires existantes et sur le renforcement des compétences des acteurs locaux. Elle rentre dans le cadre de la pérennisation des actions et de l'autonomisation du secteur de santé conformément à l'Initiative de Bamako. De plus, les équipes d'A.M.I. travaillent quotidiennement avec le personnel médical des structures sanitaires et les représentants des communautés selon une approche participative que j'estime réellement efficace. En effet, cette démarche a permis d'obtenir des résultats très positifs dans l'amélioration et, finalement, dans la pérennisation du système sanitaire de la sous-préfecture de M'Brés.

Ce projet sera bientôt clôturé et, par conséquent, nous avons entamé une période de transition de 4 mois avec pour objectif la prise en charge complète et autonome de toutes nos activités menées dans cette zone depuis plus de 3 ans par les acteurs de santé locaux. La stratégie employée par A.M.I. repose sur l'augmentation progressive de la tarification des soins et sur la fin de la gratuité des médicaments. De cette manière, les structures sanitaires concernées deviennent de plus en plus autonomes puisqu'elles sont capables de couvrir leurs dépenses, de les gérer, de payer leur personnel, d'offrir des soins de qualité et de garantir l'approvisionnement en médicaments essentiels de façon pérenne. Cela permet ainsi d'assurer une continuité dans le fonctionnement du système sanitaire une fois qu'AMI sera partie et donc un meilleur impact sur le long terme.

Enfin, dans le courant du mois de mars une mission d'évaluation d'un mois sera effectuée pour évaluer l'impact des activités réalisées dans la sous-préfecture de M'Brés durant les trois dernières années. Malheureusement, ce modèle de succès ne s'applique pas de la même façon dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, donc sur la base de N'Délé, ouverte en 2007, au nord-est du pays. Dans cette zone, A.M.I. a rencontré plusieurs obstacles au bon déroulement de ses activités notamment à cause d'un contexte sécuritaire très instable et de structures sanitaires moins performantes.

Aujourd'hui, l'un des objectifs à atteindre est la redynamisation du programme en suivant l'exemple de la méthode utilisée pour M'Brés. A N'Délé, nous travaillons actuellement sur trois des cinq axes routiers principaux initialement appuyés par AMI et qui se situent dans les plus grandes agglomérations. En effet, au delà des agglomérats urbains, c'est ici que se concentre la majeure partie de la population. Les équipes d'A.M.I. apportent un soutien à 2 centres de santé et à 5 postes de santé périphériques. Les trois axes présentent des situations très différentes où des contextes de post-conflit, d'urgence et de développement se mêlent. Depuis la dernière attaque de N'Délé par la CPJP en avril 2010, nous avons entamé une collaboration avec l'association Médecins Sans Frontières (Section Espagne), plus à même d'intervenir dans un contexte d'urgence. Cependant, nous avons mis en place une clinique mobile dans l'axe qui relie N'Délé au village de Krakoma. Celui-ci se trouve dans un contexte qui se caractérise actuellement par une crise humanitaire.

Depuis plus de 8 mois, la population est complètement coupée de tout appui par les acteurs humanitaires internationaux. Le village est proche d'une des bases des éléments de la CPJP. Le poste de santé sous responsabilité d'AMI a été pillé en juillet et n'est pas opérationnel. Cette clinique mobile représente, à mon avis, un point de départ pour développer une expertise dans le domaine des interventions sanitaires d'urgence. Personnellement, je pense que les perspectives d'A.M.I. dans ce pays reposent aujourd'hui sur la nécessité de poursuivre des activités à N'Délé, d'ouvrir de nouvelles bases opérationnelles, et de rechercher des nouveaux financements pour le développement de la mission. »

 

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