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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 22:47

 

 

Crépin Mboli Goumba

 

Maître Crépin MBOLI-GOUMBA, Président du Patrie

 

Vice-Président de la CEI, l'auteur de cette réflexion a dû claquer la porte avec fracas de cette même CEI dont la responsabilité personnelle et les dérives inadmissibles de son président dans la gestion de cette structure et dans le mauvais déroulement des opérations électorales et les fraudes à grande échelle par la suite qui ont été sévèrement pointés dans l'explosif rapport de l'UE sur les élections groupées du 23 janvier dernier. Crépin Mboli-Goumba a dit l'avoir fait "pour servir d'électrochoc" à ses autres camarades représentants des partis de l'opposition qui siégeaient avec lui au sein de cette commission électorale mais ceux-ci ne l'ont pas suivi et sont demeurés en  fonctions jusqu'au dernier moment contre toute évidence et lucidité politique, avalant couleuvre après couleuvre, attitude que beaucoup leur reprochent aujourd'hui et qui a quelque peu entamé la crédibilité de l'opposition et fait  douter d'aucuns de la détermination de certains de ses leaders.

Rédaction C.A.P

 

Ces temps derniers, je m’étais éloigné des rivages du débat corrupteur, pour faire le bilan de plus d’une année de lutte unitaire. C’est établi, face à l’obstacle, les visages s’éclairent pour autrui. J’ai donc pu observer les visages d’hommes « en situation », essayant, autant que possible,  de palper leur vérité profonde. Je dois l’avouer,  ce que j’y ai découvert ne m’a pas rassuré pour l’avenir.

Homme libre, insensible à la tyrannie de la pensée unique, d’où qu’elle vienne, n’aspirant à aucun entrisme et exclusivement préoccupé par notre commune destinée, je me devais de rappeler certaines choses essentielles.

D’abord, toutes affaires  cessantes, que cela soit dit : la Commission électorale indépendante de 2011 a organisé les élections les plus calamiteuses de toute l’histoire de notre pays.  Aujourd’hui, à l’heure du bilan, nous ne pouvons que constater l’immense champ de ruines de nos illusions. Cela ne contribuera pas à améliorer notre réputation nationale, c’est-à-dire ce qui n’est pas quantifiable et constitue l’âme d’un peuple.

Mais c’était fort prévisible. Nous avions vu le code électoral se dévider de l’essentiel de ses dispositions et avons accepté de participer au scrutin. En tant que membre d’un parti politique qui a participé aux différentes réunions de l’opposition, je n’ai aucune peine à assumer cette part de responsabilité devant l’histoire. Même si chacun sait en son for intérieur ce qu’il en est réellement. A quelques jours des élections générales, tous les partis politiques constituant le Collectif des Forces du Changement (C.F.C), avaient décidé de retirer leurs représentants au sein de la commission électorale indépendante. Tous les partis, sauf, un, certainement le plus important de l’opposition, lequel nous avait affirmé que pareille décision relevait du Congrès. Les documents étaient préparés, distribués !

Il parait qu’il fallait aller aux élections, pour toucher du doigt certaines irrégularités. Je voudrais objecter, sans malice aucune, qu’on n’a certainement pas besoin de boire la ciguë pour savoir qu’elle tue !  Cette attitude nous prive de l’acte de contrition nécessaire, l’humilité de reconnaitre que nous avons manqué de stratégie, et, au fond, de caractère. Si nous n’assenons que des certitudes, où serait la part du doute, de l’interrogation ?

Si nous sommes incapables de faire notre mue, alors, il faut en tirer les conséquences. Nous ne devons pas nous précipiter pour créer des structures, sans lever des équivoques. La peur de rater l’événement, le désir, légitime, de peser sur la marche des choses nous poussent parfois à faire des erreurs. Un homme avançant à hauteur d’histoire ne devrait pas avoir peur de se retrouver temporairement seul, tant il est vrai que la traversée du désert précède le triomphe. C’est le chemin, difficile, de ceux qui n’ont pas choisi la complaisance vis-à-vis d’eux-mêmes. 

Il est des questions qui sont essentielles, qui conditionnent le futur de notre pays et constituent désormais le préalable à l’action unitaire, au nombre desquelles la place de notre pays dans la sous-région. Je le dis en connaissance de cause. A titre d’illustration, lorsque l’armée tchadienne a pénétré sur le sol national, sacré pour ceux qui aiment leur pays, en appoint à l’armée nationale, sans débat préalable à l’assemblée nationale, sans consensus, pas le moindre petit communiqué de l’opposition ! Quelque fut la justification de cette intervention, nous avons évité d’intervenir, parce qu’une telle initiative eut été porteuse de l’aliénation d’un soutien précieux de quelques pays de la sous-région, dans cet affligeant chemin de Damas qui est le cimetière de notre ambition nationale. 

J’estime pour ma part que le palais de la renaissance, sans les armoiries nationales, ce n’est pas la peine. Je ne suis pas prêt à m’associer avec n’importe qui, même le diable, pour arriver au pouvoir, et régner, même sur des cadavres. Si la politique n’offrait que cette unique perspective, alors, il ne me resterait plus qu’à me retirer sur mes terres, pour écouter le champ des oiseaux et la mélodie éternelle de la rivière Nzagarou.

Se pose ici une question philosophique : l’homme politique, aspirant conquérir la machine d’Etat pour transformer la société, peut-il considérer qu’il a échoué s’il n’y parvient pas?

Je n’ai pas de réponse définitive à cette question. J’ai pourtant le sentiment que tout est relatif. L’homme politique étant d’abord une force de propositions, donc des idées, s’il ne parvient pas au pouvoir, mais que ces idées y parviennent, n’aura pas perdu son temps, car les grandes nations tirent leur force dans les repères de l’histoire.

Au fond, nous avons avancé sur des malentendus. Nous avons été incapables de signer le moindre petit accord électoral, de sorte qu’une victoire de l’opposition eut été simplement celle d’un parti politique membre de cette opposition. Lequel parti politique n’aurait pas été obligé de partager le pouvoir avec les autres, en toute légalité !

En y réfléchissant, l’opposition a perdu les élections  à trois reprises avant le 23 janvier 2011 : lorsqu’elle a renoncé à l’exigence du départ de Binguimale, lorsqu’elle a accepté les listes manuelles, et le jour mémorable où elle a déclaré solennellement ne pas exiger un gouvernement d’union nationale, après la prorogation irrégulière, du mandat des députés et du Président de la République. Il ne s’agissait pas d’aller au gouvernement pour occuper des postes, mais plutôt pour exiger un droit de regard sur l’organisation des élections.

Le coup de grâce a été donné à notre crédibilité lorsque les candidats à l’élection présidentielle ont écrit au Secrétaire Général des Nations Unies, à cinq jours du scrutin, pour menacer de boycotter les élections, si certaines exigences n’étaient pas satisfaites. Le jour de l’ouverture de la campagne, j’ai allumé mon transistor, pour me rendre compte, malgré la non satisfaction de ces exigences, que tous les candidats, sans exception, avaient décidé d’y aller. Cela m’a arraché un sourire triste.

Et maintenant vient le temps de l’anathème, de la dictature de la pensée unique ! Ceux qui hier voulaient un congrès pour retirer leurs représentants à la CEI se posent en donneurs de leçons, et exigent des choses, distribuent des bons et mauvais points ! C’est la faute à l’ADP, la faute à la communauté internationale. Certains ont même considéré ma démission de la CEI comme relevant de l’immaturité et n’ont pas hésité à se comparer à des ânes en quête de foin ! C’est confondant de sincérité ! Face à un tel autoportrait, que leur répondre, sinon souhaiter que le foin fût savoureux.

L’ADP avait parfaitement le droit de refuser de retirer à la vingt- cinquième heure ses représentants de la CEI, puisqu’au moment opportun, quand elle était prête les autres se sont défilés !

Quant à la communauté internationale, nous lui avons accordé une importance trop grande, la faisant sortir de son rôle. J’ai bien vu avec quelle délectation nous faisions valider la moindre initiative par elle, y laissant du coup toute notre autonomie. Cette communauté internationale est composée de Diplomates, dont la mission n’est pas de se substituer à l’opposition centrafricaine. Si nous avons manqué de caractère, en acceptant certaines pressions légitimes, nous n’avons aucune fierté à nous en plaindre. 

D’ailleurs, il convient de nuancer. La communauté internationale n’est pas un bloc monolithique. On ne peut pas ne pas saluer le rôle de l’union européenne dans le processus électoral.

Certains préalables devront être levés, parce que des occasions de transversalité se présenteront. Mais nous ne devons pas nous comporter comme s’il ne s’était jamais rien passé.

Dans l’intervalle, chacun cultivera son jardin comme bon lui semble, sans arrière-pensée, sans faux-semblant.  Je suis persuadé que d’autres initiatives de regroupement verront le jour. Dans cette diversité, chaque groupe devra agir en fonction de l’intérêt supérieur de la nation. Dans cette perspective, le Patrie, résolument dans l’opposition, prendra attache avec tous ceux qui sont intéressés par l’action pour une modernisation de la vie politique dans notre pays.

Une image, pour finir : les travaux de réhabilitation de l’hôpital général de Bangui, si gracieusement financés par le royaume chérifien. C’est certainement une très bonne nouvelle pour les Centrafricains. Mais quelle symbolique ! Nous cherchons à rattraper la position qui était la nôtre il y a plus de trente ans !

Voilà pourquoi, nous n’avons pas le droit de nous contenter de pis-aller.

 

Bangui, 27 mars 2011

 

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion