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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 23:50

 

 

 

 

 

un journaliste centrafricain en formation de linstitut pano

 

 

 

http://www.grotius.fr  par Gaël Grilhot le 15 juillet 2012

Entretien avec Pascal Chirhalwirwa, responsable du bureau de l’Institut Panos Paris en Centrafrique : « les bailleurs et les opérateurs doivent harmoniser leur stratégie de coopération dans le secteur des médias »…

Gaël Grilhot : Les bailleurs de fonds privilégient plutôt le développement des radios, et notamment des radios communautaires. Comment expliquez-vous cette différence de traitement par rapport à d’autres médias, notamment la presse écrite ?

Pascal Chirhalwirwa : Il est vrai qu’il y a un sérieux problème en matière d’appuis à la presse centrafricaine. C’est un secteur qui  n’attire pas du tout les bailleurs. Je pense que ceux qui s’y sont essayé n’ont pas eu les résultats attendus et se sont découragés. Les opérateurs ont finalement tourné leur intérêt vers la radio, en tenant compte de son impact rapide, de son contact direct avec la population. La presse écrite, en outre est plus centrée à Bangui, et n’a donc pas un impact visible au niveau national. C’est une presse qui s’appuie généralement sur des questions politiques, une presse d’opinion qui n’attire pas l’intérêt des bailleurs. Ils ne la considèrent pas comme un vrai acteur de  développement. Leur intérêt est en effet de voir quelles sont les initiatives qui peuvent permettre au pays de démarrer le développement le plus rapidement possible, de contribuer à la culture de la paix etc. Or pour ces bailleurs, la presse écrite n’offre pas encore toutes ces garanties. Il s’agit encore d’un secteur peu ou pas structuré. Les radios sont fragiles, elles aussi, mais elles ont l’avantage d’être plus proches de la population, dans un pays qui a un taux d’analphabétisme très élevé. C’est surtout là où se fait la différence  pour les bailleurs.

G.G : Que devrait faire les bailleurs pour renforcer les capacités des médias ?

P-C.C : Je crois qu’il là y a une petite hypocrisie de la part des différents acteurs. Beaucoup ont développé des programmes de soutien aux radios communautaires par exemple, mais sans penser à mieux structurer et organiser le secteur des médias. Or c’est avant tout dans ce domaine qu’il faudrait que la priorité soit mise, avant d’exiger que les médias ne deviennent un acteur réel au service du développement. Le travail effectué par Panos aujourd’hui se situe d’ailleurs dans cette optique. Tous nos partenaires, l’Union européenne, Cordaid, l’ambassade de France sont des bailleurs qui ont compris cette nécessité. Bien évidemment, il faut travailler sur tous les fronts : structuration, renforcement des compétences des journalistes, traiter les questions liées au développement ou aux droits  de l’Homme, au VIH/SIDA, à la corruption etc. Mais il faut que les bailleurs et les opérateurs harmonisent leur stratégie de coopération et mettent en place un plan  bien défini.

G.G : Quel bilan dresser du Projet de formation pratique sur le journalisme sensible aux droits de l’homme (ProPraj DH) ?

P-C.C : Le projet ProPraj est un petit projet mais qui a vite eu un impact . Il répondait à un réel besoin dans ce pays. Le département de journalisme de l’Université de Bangui a été lancé en 2009, mais il a eu du mal à démarrer, surtout sur le plan de la formation pratique. L’UNESCO, qui avait contribué au lancement, avait des difficultés financières pour continuer dans toutes les dimensions de l’enseignement. Et donc le projet PROPRAJ, qui a rapidement été connu sous le nom du journal des droits de l’Homme Kôngô Ti Doli, est venu à point nommé, pour donner une dimension pratique. Néanmoins, le projet est aujourd’hui dans sa dernière phase, alors que l’Université a un caractère permanent. Donc si ce département doit continuer, il faut pouvoir envisager de le pérenniser. Panos a installé tous les dispositifs de base, en équipant notamment le studio radio, qui est désormais opérationnel. Lors de la dernière session, nous avons également lancé un programme de web journalisme pour sensibiliser les stagiaires à ce nouveau type de médias. Nous avons recruté le chargé de suivi, légalement pris en charge, par l’Université, qui a toutes les capacités à continuer ce programme. Si l’Université lui alloue les moyens nécessaires, il sera en mesure de le piloter.

G.G : Quel a été l’impact de Kôngô Ti Doli ?

P-C.C : Il ne se limite pas seulement au niveau pédagogique pour le petit groupe de stagiaires formés, mais s’étend au niveau du public, parce que c’est un produit qui a apporté une certaine nouveauté dans le paysage médiatique centrafricain, au niveau de la forme comme au niveau du contenu. La version papier a en effet été encartée dans les principaux titres de la presse centrafricaine, ce qui a permis aux lecteurs, mais aussi aux journalistes des différentes rédactions de se familiariser avec une autre façon – non partisane – d’aborder l’information liée aux droits de l’Homme. Nous avons reçu aussi les responsables des médias qui ont participé à ce programme, et tous nous ont confirmé que les journalistes qui y avaient participé, ont apporté pas mal de changement dans leur manière de traiter les informations au niveau de leur rédaction. Et ça, je crois que le public en avait besoin, nous avons d’ailleurs reçu de nombreux témoignages en ce sens. De la même manière, l’émission radio créée en parallèle au journal de presse écrite est passée en boucle sur Radio Ndeke Luka, et nous avons reçu de nombreux échos positifs.

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