Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 02:41

 

 

 

abbe-Dongombe.JPG

 

abbe-Dongombe-et-les-membres-du-jury.JPG

 

                 l'impétrant et les membres du jury

 

UNIVERSITE  PONTIFICALE  GREGORIENNE  DE  ROME (ITALIE)


 

Une thèse de doctorat a été soutenue sur la politique coloniale française et la Mission catholique en Oubangui-Chiari

 

« La politique coloniale française et la Mission catholique en Oubangui-Chiari (l’actuelle République Centrafricaine): 1889-1960 », tel est le sujet de la thèse de doctorat soutenue avec brio à la Grégorienne, en Histoire de l’Eglise, le 21 novembre 2011, par l’abbé Célestin Doyari Dongombe, prêtre du diocèse de Bouar (République Centrafricaine). C’était devant un jury composé des professeurs Norman Tanner, sj ; Fidel Gonzalez Fernandez, mcci (directeur de thèse), Adam Wolanin, sj,  et en présence de plusieurs prêtres, religieux, religieuses et laïcs étudiants.

 

Comme le recommande la méthodologie d’un travail scientifique en histoire, le doctorant a commencé par justifier le choix de la période de sa recherche (1889-1960). Il a fait remarquer que l’année 1889 correspond à la fondation d’un poste français à Bangui, et l’an 1960 à celle de l’accession à l’indépendance de l’Oubangui-Chiari, l’actuelle République Centrafricaine. Dans cette limite chronologique, l’impétrant a étudié les circonstances historico-sociales qui ont caractérisé l’implantation française en Oubangui-Chiari (I), l’histoire de l’évangélisation de cette région (II) et le type de rapport qui a prévalu entre l’Administration coloniale et la Mission catholique (III).

 

I. Les circonstances historico-sociales de l’implantation française en Oubangui-Chiari :

 

La conquête de ce territoire s’est faite de manière progressive mais suivant une méthode brutale et inhumaine. Cela se vérifie surtout avec l’introduction des sociétés concessionnaires. En effet, des explorateurs et des voyageurs, qui ont laissé les relations de leurs expéditions, ont précédé les Français et les Belges dans cette partie de l’Afrique Centrale, mais dans la partie orientale. Le pasteur Georg Grenfell fut le premier à remonter le fleuve Oubangui, le 20 février 1884, jusqu’aux rapides de Bangui, mais ses découvertes sont tenues secrètes. Mais, dès lors que la conférence de Berlin ait reconnu l’autorité de la France sur la rive droite du Congo et de l’Oubangui, les Français ont commencé à occuper progressivement le territoire, en fondant des postes sur la rive droite du Congo et de l’Oubangui jusqu’à Bangui. Le décret qui prescrit la création de ce poste date du 10 mai 1889. Mais, le poste sera définitivement installé sur l’emplacement du Rock-Club actuel, le 15 juin de la même année, par Edmond Ponel.

 

Quant à l’introduction des sociétés concessionnaires, le doctorant souligne que très tôt cet immense territoire, dont dispose l’Etat français en Afrique centrale, commence à poser de sérieux problèmes économiques. Car, le Gouvernement français a adopté comme principe, de ne pas y dépenser de l’argent pour sa mise en valeur. Pour pallier aux difficultés, il opte, en suivant le modèle du Congo-belge, de faire recours aux grandes sociétés capitalistes, auxquelles il confie des territoires considérables à exploiter et à valoriser.

 

Sur les 115 sociétés postulantes, le Ministre des Colonies, Guillain, accorde par décret, 40 concessions au Congo français, dont 17 s’établissent en Oubangui-Chiari avec tout droit d’exploitation agricole, forestière et industrielle, pour une période de 30 ans. A propos du comportement du pouvoir colonial et des concessionnaires, il est établi que concernant le sort des indigènes, le décret de concession prévoit que leurs intérêts soient préservés au niveau des villages. Ils peuvent jouir des terres, forêts et fleuves à proximité.

 

Les compagnies s’engagent à respecter l’organisation des tribus, leur mode de vie et leur croyance, à protéger les travailleurs requis dans les villages. Mais en réalité, ces clauses sont restées des pures théories sur papier et ont été régulièrement violées. L’introduction de certaines pratiques, dans la colonie, vient empirer la condition très lamentable des indigènes. Il s’agit du partage, de l’impôt de capitation, du travail forcé, et plus tard du Chemin de Fer Congo Océan (CFCO) qu’on a appelé ‘’dévoreur d’hommes’’. Le tracé de 502 km qui relie le port de Pointe-Noire à la capitale Brazzaville a fini ses travaux en 1934, faisant, selon les estimations, entre 15 000 et 30 000 morts.

 

Face au système colonial qui réquisitionne les indigènes comme des animaux, pour effectuer des tâches très rudes, auxquelles il ya très peu de chance de survivre, il y a eu plusieurs tentatives de révolte, souvent localisées, qui sont réprimées à sang. L’insurrection la plus importante, appelée Guerre de Kongo-Wara ou « Guerre de la Manche de Houe », s’est déroulée entre 1928 et 1932. Sur le territoire oubanguien, le leader Karnu se déclare investi d’une mission divine pour libérer son peuple de la servitude et de la misère dans lesquelles l’ont placé les européens. Barthélémy Boganda, père fondateur de la nation centrafricaine, est resté très marqué par la personnalité de Karnu. Ces mouvements de libération convergent peu à peu vers une réclamation d’indépendance des colonies.

 

Une élite, issue des indigènes scolarisés et éduqués à l’occidental, refuse de plus en plus l’exploitation de leur peuple et la restriction de ses droits par le colonisateur. Ces leaders africains vont se coaliser et lutter ensemble en vue de retrouver la liberté et la dignité de l’homme et de la femme africains. Parmi les faits importants qui ont préparé le terrain à la proclamation de l’indépendance des colonies et particulièrement de la République Centrafricaine, le 1er décembre 1960, le doctorant cite: la Conférence Africaine Française de Brazzaville, l’action de l’ONU, l’Union française, la Loi-cadre et la Communauté, sans oublier la figure emblématique de Barthélémy Boganda, prêtre, député de l’Oubangui-Chiari et père fondateur de la République Centrafricaine.

 

II. L’Evangélisation de l’Oubangui-Chiari : C’est dans ce contexte colonial qu’arrivent les missionnaires de la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie pour l’évangélisation de cette région. Ce fut le 13 juin 1893 que Mgr Philippe Prosper Augouard, de la Congrégation  du Saint-Esprit, accompagné du P. Jules Rémy, arrive à Bangui en vue de chercher un lieu favorable à la fondation d’un premier poste de Mission en Haut-Oubangui. De ce point de vue, le doctorant parle de la fondation des premières missions, de la stratégie et méthode missionnaire, du rôle fondamental des catéchistes dans l’évangélisation, de la première ordination presbytérale et de l’arrivée des nouveaux ordres missionnaires. En réalité, un an plus tard, après le voyage d’exploration, c’est la fondation de la mission Saint Paul des Rapides à Bangui, le 17 avril 1894. Ce site sera désormais un centre de rayonnement missionnaire en Oubangui-Chiari et au Sud du Tchad. La deuxième station, la Sainte famille de Bessou, est fondée le 02 février 1895.


Progressivement naitront les missions suivantes : Notre Dame de Borossé en 1910, Saint Joseph de Bambari en 1912, Sainte Anne de Berberati en 1924, Sainte Jeanne d’Arc de M’baïki en 1925, Notre Dame de l’Immaculée Conception de Batangafo en 1928, Saint Pierre Claver de Bangassou en 1929, Saint Michel de Bozoum en 1929, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Doba en 1934, Saint François Xavier d’Ippy en 1938, Saint Michel de Boda en 1938, etc. Comme stratégie et méthode, les missionnaires se sont confrontés, dès le départ, à des sérieuses difficultés dans l’œuvre évangélisatrice, dues à plusieurs facteurs, notamment à l’hostilité de la population locale.

 

Ainsi, ils vont orienter leur apostolat vers l’achat ou le rachat des enfants des deux sexes qui intègrent l’internat de la mission. L’objectif est de les instruire, les christianiser et leur inculquer le goût du travail manuel. Ils sont aidés, pour cette œuvre par les organismes humanitaires telle que la Société antiesclavagiste, née en France en 1888. Ils vont créer des ‘’villages de liberté ‘’ qui accueillent les jeunes ressortissants de l’internat, les esclaves rachetés, les réfugiés. Parfois, ces jeunes accompagnent les Pères dans les tournées pastorales. Par ailleurs, les catéchistes ont joué un rôle très important dans l’évangélisation de l’Oubangui-Chiari. Ils sont comme les seconds des missionnaires dans l’apostolat.

 

On compte beaucoup sur eux pour compenser le manque de personnels dans ces vastes territoires de Mission. Mais, la place donnée à leur formation reste très insuffisante. Cette participation des catéchistes à la mission évangélisatrice a sûrement suscité quelques vocations sacerdotales en Oubangui-Chiari. Pour illustration, note le doctorant, la première ordination presbytérale est celle de l’abbé Barthélémy Boganda, premier prêtre oubanguien, ordonné le 27 mars 1938, en présence d’environ 3.000 fidèles indigènes et 150 européens. Pour commémorer cet événement, un calvaire monumental a été élevé, près du presbytère, dans la cour de la cathédrale. Le second prêtre est l’abbé Théodore Dobozendji, ordonné le 07 aout 1955.

 

Devant l’immensité du travail, due au nombre toujours croissant des chrétiens et des missions naissantes, le Vicaire Apostolique fait appel à des renforts. On voit arrivés les capucins de la Province de Toulouse, de Gênes, de Savoie et de Lyon, puis les spiritains de la Province hollandaise. Pour une meilleure répartition du champ d’apostolat entre ces différents ordres religieux, la Congrégation de la Propaganda Fide crée l’archidiocèse de Bangui, confié aux spiritains de la Province française ; le diocèse de Berberati, aux capucins de Savoie, la préfecture apostolique du Tchad, aux capucins de Toulouse ; la préfecture apostolique de Bangassou, aux spiritains de la Province hollandaise; la préfecture apostolique de Bossangoa, aux capucins de Lyon et de Gênes.


III. Le rapport entre l’Administration coloniale et la Mission catholique en Oubangui-Chiari :


En rapport à ces dates qui marquent le début de l’implantation française et de l’évangélisation de l’Oubangui-Chiari, en France, le Gouvernement  emploie une politique anticléricale violente qui se trouve entremêlée d’un antichristianisme et particulièrement d’un anticatholicisme. Sa lutte pour anéantir l’Eglise a abouti à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, adoptée à l’initiative du député socialiste Aristide Briand. Cette loi met fin au Concordat de 1817 qui régit la relation entre le Gouvernement français et l’Eglise catholique. Comment imaginer alors le rapport entre l’Administration coloniale et la Mission catholique en Oubangui-Chiari ? Le sentiment anticatholique a-t-il été exporté aux colonies ?

 

En parcourant plusieurs documents de l’époque, le doctorant a noté  que la situation est totalement différente dans les colonies. Les deux institutions collaborent et s’entraident mutuellement, même si certains administrateurs ont rendu, par moment, la vie difficile à certains missionnaires. Voici à cet effet, écrit l’impétrant, un témoignage de Mgr Augouard : « L’anticléricalisme n’étant pas un article d’exportation, je dois dire que j’ai trouvé un bienveillant accueil auprès de l’administration française ; souvent, volontiers, nous avons eu l’occasion de lui rendre service. Jusqu’à présent, nos rapports ont même été empreints de la plus grande cordialité, mais le diable va-t-il chercher à reprendre son empire sur ces contrées où nous le pourchassons vigoureusement » ? (P. –P. Augouard, 28 Années au Congo, II, 103-104).


En guise de conclusion à la présentation de sa thèse, le doctorant s’est estimé à la fois heureux d’une contribution partielle à l’histoire de l’Oubangui-Chiari, l’actuelle République Centrafricaine, et insatisfait de n’avoir pas pu approfondir davantage certains aspects de cette histoire. Toutefois, a-t-il reconnu, il ne lui appartient pas de mettre un terme définitif à la reconstruction d’un événement aussi important que celui qu’il a étudié. C’est dire que le champ d’investigation demeure ouvert aux passionnés de l’histoire. En outre, a renchérit le doctorant, il est indispensable que les centrafricains se mettent à étudier leur histoire et leur culture. Etant entendu que l’expérience du passé permet d’éviter certaines erreurs dans le présent, pour mieux orienter le futur. En  112 ans d'évangélisation, la République Centrafricaine (Superficie 620.000 Km2, population 4.500.000 habitants) compte près de 75 % de chrétiens dont 45 % professent la foi catholique.

 

Le clergé national centrafricain est estimé aujourd’hui à environ 300 prêtres, pour 9 diocèses (5 sont dirigés par des évêques religieux européens, 1 par un évêque centrafricain, 3 par des administrateurs apostoliques centrafricains). La thèse de l’impétrant est la première en histoire de l’Eglise sur l’évangélisation de l’Oubangui-Chiari. A ce titre, elle a mérité les éloges du jury qui, reconnaissant sa pertinence, l’a jugée digne d’être publiée en intégralité. De ce fait, tout joyeux, les invités du nouveau docteur, témoins de l’évènement, ont entonné un cantique d’action de grâces au Seigneur, en langue sango, pour la croissance du nombre de prêtres chercheurs de l’Eglise de la Sous-région d’Afrique Centrale. Comme trait d’union de l’utile à l’agréable, et sur initiative de sa famille, c’est au Collège Pontifical Missionnaire Saint Paul de Rome que l’abbé docteur Célestin Doyari Dongonbe a présidé une célébration eucharistique, suivie d’un repas copieux à l’africaine.

 

 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Annonces et divers