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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 00:36

 

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Célestin Leroy Gaombalet, Président
actuel de l'Assemblée nationale


 Si beaucoup de députés prennent de temps en temps leur plume pour écrire soit des communiqués de presse pour attirer l’attention de l’opinion sur la situation de leur circonscription – c’est mon cas - soit des articles à caractère scientifique, très peu écrivent pour critiquer la gestion de leur institution, ce qui aurait pu constituer pour elle un aiguillon. C’est pourquoi j’ai décidé de meubler ce vide par la production de cet article dont je suis conscient qu’il ne manquera pas de susciter des remous, d’éveiller des aigreurs et des ressentiments dans la deuxième institution de l’Etat et peut être au-delà. Mais il faut le faire….pour l’histoire.

 

«… En ce qui me concerne, je ne ferais rien qui puisse gêner l’exécutif dans son travail ». Célestin Leroy Gaombalet, Président de l’Assemblée nationale, Bangui, le 17 juin 2005.

 

Tel est le serment sous lequel le Président de l’Assemblée nationale va placer la mission de cinq (05) an, à lui donnée par la constitution. Au nom de ce serment, tout, mais absolument tout a été dit et fait, non pas pour gêner l’exécutif, mais pour empêcher littéralement le parlement et les députés de jouer pleinement leur rôle dans l’Etat, dit de droit, qu’est le nôtre.

 

Sur ce dernier aspect des choses, un voile pudique a été jeté par tous, y compris les premières victimes que sont les députés eux-mêmes et qui, de ce fait, se rendent complices de leur propre dramatique situation.

 

Cependant, hors micro et à l’abri de regards indiscrets et jusque dans le propre camp de la majorité, les critiques et dénonciations sont particulièrement acerbes et virulentes. Plusieurs parmi ceux qui les font, finissent souvent par se demander si face à un tel état de chose, ils seront encore tentés de se représenter aux prochaines élections législatives. Car à bien y réfléchir, mus par l’ambition qu’entrant à l’Assemblée nationale ils pourraient œuvrer dans l’intérêt du Peuple centrafricain, ils se rendront très vite compte, à l’épreuve des faits, qu’ils ont opéré un mauvais choix. Cette ambition s’est évanouie, laissant place à un sentiment de perte de temps pour ceux qui, avant de faire leur entrée à l’Assemblée nationale, vaquaient à des occupations plus lucratives par ailleurs. Voilà le sentiment dominant après bientôt cinq ans de présence à l’Assemblée nationale.

 

1. Au niveau fonctionnel et politique


Le fonctionnement même de l’Assemblée nationale - ou plutôt son non fonctionnement - est la première lacune qui caractérise cette législature qui a entamé sa ligne droite.

A cet égard, le Président de l’Assemblée nationale a effectivement tout fait dans la pratique, « pour ne pas contrôler l’exécutif ».

 

L’application des dispositions du Règlement intérieur de l’Assemblée est systématiquement contrecarrée par la seule volonté de son Président de ne pas contrôler l’exécutif. Cette attitude est caractérisée par le refus absolu de faire interpeller les ministres, ce dont il a une peur bleue. Il a toujours à l’esprit le cas de l’ex ministre Michel SALLE dont le dérapage verbal a failli lui coûter son limogeage du gouvernement par la volonté des députés qu’il a réussi à liguer contre lui, séance tenante. Depuis lors et plusieurs fois, il a été retenu en concertation des députés d’interpeller un certain nombre de ministres. Hélas, on n’est pas allé plus loin que ces décisions car la deuxième personnalité de l’Etat ne se voit pas l’âme à laisser interpeller le fils du Président de la République qui est avant tout un membre du gouvernement. C’est ce qu’il avoue hors micro croit-il, pour ne pas avoir à déclencher les foudres du père, à l’instar du Président de l’Assemblée nationale du Sénégal ou de celui du Congo Démocratique.

Outre qu’il les empêche d’exercer la plénitude de leurs fonctions, le Président de l’Assemblée nationale a réussi à réduire les députés au point de les laisser ne représenter que l’ombre d’eux-mêmes, dépouillés qu’ils sont. Tout ce qui peut leur revenir de droit, soit matériellement, soit financièrement, est systématiquement contré ou traîné volontairement.

 

A contrario de la misère des députés, l’aisance insolente du Président, eu égard à la densité de son parc auto, à l’épaisseur de son porte monnaie et à l’immensité de sa nouvelle résidence, a quelque chose d’indécent pour un manager d’hommes et de femmes dont il a la responsabilité de garantir la situation, la sécurité et surtout l’honorabilité.

 

Le comble de l’indécence est atteint par le Président qui, ne prenant presque jamais part aux travaux de sa commission, perçoit sans sourciller, les frais de rapport , institués pour stimuler les députés et les rendre plus actifs dans leurs commissions respectives.

 

De même que les interpellations, le Président de l’Assemblée a une peur presque morbide des commissions d’enquête dont les députés ont pourtant, en vertu des dispositions de leur Règlement intérieur, la possibilité d’en constituer autant qu’il y a d’affaires à éclaircir. Ainsi, il a réussi la prouesse de ratatiner les commissions d’enquête sur le Guichet Unique de Douala (Unitech Benin), le contrôle interne de l’Assemblée nationale, etc. et de s’opposer à la constitution de toutes autres ultérieures.

 

Un député de la majorité, pourtant pilier de la majorité parlementaire, est diabolisé, semble-t-il, pour son « entêtement » à insister pour qu’enfin une loi de règlement pour l’exercice budgétaire de l’année précédente soit présentée par le gouvernement. Il est presque en disgrâce aujourd’hui.

 

La désignation des députés comme représentants dans les organes sous régionaux ou internationaux se fait sur la base d’un quota pour la majorité et l’opposition. Ici aussi, l’appartenance à la tribu du Président a la préférence. C’est le cas de la CEEAC où l’un des deux députés de l’opposition a été remplacé par un parent du Président, par la seule volonté de ce dernier, alors que le quota est de trois députés de la majorité et deux de l’opposition. A la fin du tripatouillage, l’opposition se retrouve avec un seul député contre quatre à la majorité.

 

L’obstacle à l’exercice du devoir parlementaire par les députés va jusqu’à toucher ce que la constitution les fait partager avec le gouvernement, l’initiative des lois. En presque cinq ans de vie parlementaire, seules deux propositions de loi d’un député ont été approuvées, non sans difficultés. Quelques autres font l’objet de pires tracasseries dans les services de l’administration parlementaire. Pour décourager les députés, le Président de l’Assemblée nationale a réussi à le faire.

 

Ces actes politiques de la plus haute et négative importance ont fait peser sur toute cette législature une chape de béton qui a complètement plombé l’Assemblée nationale qui de ce fait ne peut plus jouer son rôle de contrôle de l’exécutif. Pourtant, que de séminaires n’a-t-il pas accepter de faire organiser à l’intention de députés pour les sensibiliser sur leur rôle de super contrôleurs de l’exécutif ! Cette situation a valu aux députés de se faire traiter par un organe de la presse écrite privée nationale de « kpanda » et leur législature de « kpandature » à l’indifférence du Président. Nous ne méritons pas cela.

 

Toutes ces vexations et humiliations, les députés le vivent dans leur chair et les ruminent dans leurs coins, en se demandant bien ce qu’ils font là, leurs pouvoirs en main.

 

A l’Assemblée nationale, le temps s’est vraiment arrêté, à la satisfaction de son Président qui cultive à outrance l’immobilisme ou mieux le farniente, à l’exemple de la dernière session ordinaire actuelle où, pour donner l’impression que quelque chose a été fait pendant les trois mois qu’a duré cette session, un débat a été enfin programmé le 24 décembre et le budget le 28 décembre. En trois mois de session, avec à l’actif deux textes de loi, on ne peut pas dire que les députés ont croulé sous le poids du travail. Si on y rajoute les conférences des présidents non tenues et quoi d’autre encore, on est bien obligé de conclure que l’Assemblée nationale est en vacance permanente. L’enthousiasme et l’ardeur de ceux qui veulent encore travailler se sont complètement émoussés.

 

2. Au niveau administratif


La situation administrative de l’Assemblée nationale est caractérisée par un recrutement tribal particulièrement clanique, resserré autour de la propre famille du Président. Neveux, nièces, cousins, cousines, etc. sans que cela puisse correspondre à un besoin justifié de l’Assemblée nationale.

 

A ces parents, il faut en plus rajouter tous ceux que le système n’a pu satisfaire depuis les élections de 2005. Pour ceux-là, l’Assemblée nationale est devenue un véritable exutoire et l’on se demande pour quel travail justifient-ils leur salaire.

 

Un audit de la situation du personnel de l’Assemblée nationale a été demandé par les députés et confié à une commission interne depuis 2007. Bien qu’achevé, ses conclusions n’ont jamais été soumises aux députés, ni pour leur information, ni pour les leçons à tirer. Les indiscrets des milieux proches de la commission font état d’un véritable scandale.

 

3. Au niveau financier


Prenant prétexte du fait que le ministère des finances et le trésor public ne daignent pas lui mettre à disposition le budget de fonctionnement de l’honorable institution, plusieurs lignes de crédit et différentes sommes importantes d’argent sont utilisées, au détriment de leurs réels destinataires et bénéficiaires. A ce propos, il verrouille tout débat autour de la question et ne veut rien entendre de qui que ce soit, arguant qu’il sera le seul comptable devant la Cour des comptes. Entre lui et les services comptables, les ponts son établis directement via son neveu, à l’exclusion du 3ème Vice Président et les deux Questeurs plus qualifiés pour traiter de ces question. Beaucoup se plaignent de cette situation sans véritablement élever la voix.

 

En outre, étant bénéficiaire de plusieurs financements de la part des partenaires ou de l’Etat, pour le renforcement des capacités de l’Assemblée nationale, ces financements se gèrent d’une façon telle qu’on retrouve au finish les mêmes problèmes. C’est le cas de la climatisation de l’hémicycle où lors des débats, il préfère se munir de son ventilateur pendant que le reste de la salle est une vraie fournaise. Il s’en fout dès lors qu’il se ventile allègrement.

 

L’achat de véhicules de troisième main ; leur affectation à la tête du client ; le financement des missions à l’étranger est également le registre où il excelle, on ne sait si c’est par injustice, par méchanceté ou par malveillance, accordant aux uns ses largesses pour les missions, refusant aux autres ses bonnes grâces, même pour des missions entièrement prises en charge par les organisateurs. C’est à ne rien comprendre !

 

Intellectuel, banquier de son état, ancien Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale qui ne peut être accusé d’ignorance, sait parfaitement ce qu’il fait. C’est donc en toute connaissance de cause qu’il le fait, dans le seul dessein de bloquer, pourvu que l’on n’avance pas. Si c’est à la demande qu’il agit, il le fait ultra petita.

Mais par moment, l’attitude du Président est telle qu’on se demande si c’est par méchanceté, par égoïsme, par gourmandise ou toute autre chose qu’il le fait.

 

Une chose est sure, en tant que manager, il se dénie le droit de s’occuper des problèmes sociaux des autres, préférant résoudre les siens propres. Qu’un député marche à pieds, que les pires scandales soient commis, que les services soient bloqués, que l’hémicycle soit occupé par des activités extra parlementaires empêchant les députés de travailler, que lui-même roule dans une voiture qui fume, que l’institution soit humiliée, c’est le cadet de son souci. Elle est bien curieuse, la conception que ce patriarche a de la deuxième institution de l’Etat qu’est l’Assemblée nationale, haut lieu du pouvoir politique.

 

Malheureusement, on ne peut parler sereinement de ces problèmes sans se faire cataloguer, surtout que ces critiques proviennent d’un député qui plus est, appartient à l’opposition. Il y a tellement de choses à dire qu’on ne peut le faire en une fois. J’espère être suivi.

 

Cependant, mon initiative n’a d’autre prétention que celle de susciter un déclic, celui de faire aller les choses dans le sens des intérêts du peuple mandant. J’espère être compris de ce côté-là.

 

Conclusion


En définitive, après avoir plombé l’Assemblée nationale pendant cinq ans, humilié et fait humilier les députés, il se prépare de nouveau à se représenter comme candidat à l’élection législative avec certainement en tête, la prétention de demeurer Président. Pour quelle législature ? Certainement la même sinon la pire, pour le plus grand malheur du Peuple centrafricain.

 

 

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