Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 01:45

 

 

Boz ballon

 

 

QUAND LES « FOUS » AURONT HONTE

 

 

« Le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison », avait avisé un prestigieux sage. Un autre sage, non moins célèbre, avait prédit, lui, qu'une « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Et la ruine de l'âme, si ce n'est pas la mort, n'est rien d'autre que la folie. Ainsi, nos deux sages se rejoignent sur le thème de la folie, en empruntant des voies différentes.

 

Si dans le cas du premier, le fou a tout perdu sauf la raison dont il continue de jouir, il est un pays, pardon pour le terme, il est un « empire » où cette prescription s'entendrait mieux si dictée sous les termes suivants : «  Le fou est celui qui a tout gagné, sauf la honte. »

 

Dans cet empire, berceau de tous les paradoxes, un empire situé au cœur du continent africain, il ne faut pas être sain(t) pour tout gagner. Et tout gagner, c'est être le dernier de la classe et, par un de ces hasards qui bouleversent  à la surprise générale l'ordre établi, se voir propulser dans les hautes sphères de l'autorité.

 

Tout gagner, c'est partir de rien, sortir de la hutte de torchis parentale et se retrouver très vite propriétaire de la plus luxueuse villa du village.

 

Tout gagner c'est avoir une arme à la ceinture et ne pas être capable  de défendre sa maison, suite à la charge d'une bête sauvage, une bête qui n'est rien d'autre qu'un groupuscule de bandits étrangers et armés, venus semer la terreur dans votre propre demeure.

 

Tout gagner, c'est se contenter de voir une pauvre sœur, pour ne pas dire une pauvre mère, se faire assassiner gratuitement, pour avoir voulu prendre la route et chercher à donner à manger à sa famille, la voir perdre sa vie parce que rien n'a été fait pour anéantir les bandits qui l'ont tuée et qui rôdaient depuis quelque temps déjà dans les parages.

 

Tout gagner c'est  voir l'avenir de « l'empire », cet avenir qu'est la jeunesse, mourir inexorablement de faim et offrir au monde, les images de cadavres ambulants, sans le moindre cas de conscience.

 

Tout gagner, c'est aussi la nature qui vous surprend et vous réveille de votre sommeil,  en déversant  sur votre village, une pluie diluvienne qui emporte tous vos ponts et vous isole.

 

Tout gagner, c'est aussi se contenter du paiement d'un maigre salaire, et ne plus oser regarder le moribond qui gémit au bord de la route ou tout juste dans la maison voisine, pour la simple raison que le calvaire qu'il vit n'est pas le vôtre,  et qu'il n'y a lieu ni de compatir, ni de s'alarmer.

 

Tout gagner, c'est enfin, même si la liste est interminable, se voir pousser des ailes parce qu'un cortège de gueux et d'oiseaux intéressés vous applaudissent, et s'enthousiasment de vous voir devenir fou.

 

Et dans ce « royaume » où l'on a tout gagné, l'on a gagné l'autisme car l'on n'entend plus rien et, ne pouvant rien entendre, les reproches et les insultes dirigés contre vous ne peuvent faire naître en vous, la plus petite parcelle de honte qu'éprouverait une âme sensible.

 

L'on a gagné la cécité car,  la misère autour étant devenue invisible à tout regard,  l'on ne peut avoir honte de cette misère.

 

L'on a gagné la déraison du fait qu'on se voit investi de tous les pouvoirs, en l'occurrence celui de tout savoir, ce qui fait qu'on n'a pas honte des hallucinations qu'on peut avoir et des âneries qu'on peut pondre et étaler çà et là.

 

Et dans cet « empire » où le fou a tout gagné sauf la honte, il lui reste véritablement à tout gagner, y compris la honte. Alors, il aura effectivement tout gagné et pourra se flatter d'être un homme « normal ».

 

Car la honte, aussi péjorative qu'elle puisse paraître,  n'est pas moins un élément positif dans le comportement de l'être humain. Avoir honte, c'est prendre conscience d'un état de fait. C'est aussi juger. Et juger est un exercice de l'esprit, une preuve que cet esprit est sain et capable d'analyses et de réactions appropriées.

 

Et tout ce qu'on peut souhaiter, c'est que les princes de « l'empire » éprouvent la honte devant les images et la dure réalité de ce que vivent les enfants, les femmes, les malades et les personnes âgées, bref, les fragiles parmi les plus fragiles de ce pays qu'ils prétendent administrer.

 

La coupe de la honte étant pleine, il est temps de la vider et d'ouvrir un nouvel horizon, un horizon prometteur pour ce pays, qu'on n'aurait jamais osé qualifier de « pauvre » et qui ne mérite nullement le sort qu'on lui impose.

 

C'est dire donc que quand les fous auront honte, ils gagneront la raison qu'ils n'auraient pas dû perdre.

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Opinion