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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 22:12


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 Les prochaines élections en République Centrafricaine sont présentées par certains observateurs comme des élections de tous les dangers. D’une part le péril de ces consultations réside dans leur enjeu puisque l’impopularité du président candidat sortant, François Bozizé, offre l’occasion à ses principaux challengers de l’opposition de pouvoir l’éjecter pacifiquement du fauteuil présidentiel par la voie des urnes.


D’autre part, il résulte aussi de la volonté farouche de celui qui a pris le pouvoir par les armes le 15 mars 2003 de demeurer coûte que coûte au pouvoir. N’ayant pas un bilan reluisant à présenter au peuple après avoir passé sept ans à la tête du pays, il mise essentiellement sur la fortune colossale qu’il a en revanche rapidement amassée pour acheter les consciences de ses pauvres compatriotes qu’il a tenus des années durant dans la pauvreté et la misère - situation qui pourrait contraindre certains à vendre leur âme -  et l’arsenal d’armes de guerre qu’il n’a eu de cesse d’accumuler pour le cas échéant, mâter toute éventualité ou velléité de contestation post électorale.

La période pré-électorale qui a démarré en fait depuis bien longtemps, est caractérisée par une grande polarisation de la vie politique nationale. Le clan de Bozizé au pouvoir qui s’était déjà illustré lors de la mascarade électorale de 2005 par la terreur armée, comptent réitérer sa pratique qui lui avait si bien réussi puisqu’elle a permis le hold-up électoral de leur vedette. A l’époque, des énergumènes tels que l’ex-« libérateur » et défunt lieutenant Célestin Dogo et d’autres anciens compagnons de rébellion de Bozizé, armés jusqu’aux dents, s’étaient répandus dans la capitale les jours de scrutin, allant de bureau de vote en bureau de vote pour menacer et intimider les citoyens afin d’influencer leur vote. Leur slogan était : « sengué kouè é mou, na ngangou kouè é mou… » Traduction : « pacifiquement nous gagnons, par la force aussi nous gagnons».  

Bozizé, son clan et sa soldatesque se plaisent à répandre l’effroi dans le pays, plus particulièrement dans la capitale Bangui où la violence a atteint son paroxysme. Une psychose de peur s’est installée sur la capitale. Cherchent-t-ils à créer à dessein une atmosphère de crainte, une ambiance de surchauffe afin d’intimider et influencer à leur faveur les citoyens électeurs le moment du vote ?

Outrageusement avantagé par les milliards de ses différents trafics mafieux et autres pots de vin qu’il a engrangés dans ses comptes bancaires domiciliés dans les paradis fiscaux des Iles Vierges aux Caraïbes, étant en plus au pouvoir, le président Bozizé dispose de tous les moyens de l’État dont il use à satiété. En comparaison des maigres moyens de ses adversaires déjà déclarés ou en voie de l’être, il s’agit d’un combat à armes inégales. Mais la cause de Bozizé n’est pas juste. Son bilan à la tête du pays est extrêmement désastreux, surtout en matière de droits de l’homme. La liste des assassinats de certains fils du pays, commis dans la ville de Bangui par ses anciens compagnons de rébellion qui demeurent à ce jour impunis, est scandaleusement longue. Plusieurs familles qui ont perdu des êtres chers sont toujours meurtries et la plupart d’entre elles n’osent même pas saisir la justice de peur de représailles.

Dans la nuit du mercredi 15 octobre 2008, le Commissaire Hervy Trépassé est froidement abattu par une rafale de Kalachnikov par un commando de tueurs venus jusqu’à son domicile à moto dont tout indique qu’il était commandité. Alors que le Procureur de la République avait promis informer l’opinion de l’évolution de l’enquête prétendument ouverte, plus d’un an après, plus personne ne parle de ce mystérieux assassinat.

Le 06 Mars 2009, le Commissaire de Police Daniel Sama est publiquement passé à tabac en plein jour jusqu’à ce que mort s’en suive par le lieutenant Olivier Koudémon alias Gbangouma et sa bande.  Cet ex –« libérateur » qui s’est rendu coupable de plusieurs crimes, circule jusqu’à présent librement dans la ville de Bangui et nargue tout le monde comme s’il était au-dessus de la loi, parce que protégé par Bozizé.

Quant aux braquages et autres menaces et intimidations diverses de certaines personnalités, ils sont légion.  

Dans la nuit du 10 juin 2009, Mme Marie-Reine Hassen, pourtant alors Ministre déléguée à la Présidence de la République chargée du Développement Régional, est la cible d’un commando armé. Le portail d’entrée et la façade de son domicile sont criblés de balles tirées avec des fusils d’assaut Kalachnikov. Les assaillants laissent sur les lieux des tracts où on peut lire «... Voilà le sort que nous réservons aux amis de l’Occident, de la France et de la Libye. Ceci tient lieu de mise en garde pour la France qui n’a pas tenu compte de l’avertissement déjà lancé en février 2009… ». Lors de la manifestation anti-libyenne et anti-française organisée à Bangui en mars 2009 par une coordination prétendant être le "représentant la Jeunesse centrafricaine", des slogans et mot d’ordre sont lancés appelant à la vigilance  "afin de barrer la route aux ennemis de la nation, assoiffés du pouvoir qui se laissent instrumentaliser par les forces du mal et les mains invisibles contre le peuple centrafricain."

Une autre personnalité, Eloi Anguimaté, candidat aux prochaines élections présidentielles,   reçoit le 21 janvier 2010 d’abord nuitamment puis dans l’après-midi, la visite d’un commando d’hommes en uniforme et en armes, visiblement en service commandé pour enlever le propriétaire des lieux. 

Le jeudi 18 février à Paoua, sur un ton belliqueux, Bozizé s’en prend ouvertement et publiquement au président de l’APRD, vice président du comité de pilotage du DDR, Jean Jacques Demafouth ainsi qu’à son ministre d’Etat Cyriaque Gonda, chargé de la communication et réconciliation, président du PNCN. Ils ont tous deux la charge du pilotage du programme du désarmement, démobilisation et réinsertion des ex rebelles. Bozizé les accuse d’avoir détourné les fonds destinés au DDR afin d’acheter des armes pour le renverser. Il lance un avertissement à tous ceux qui voudront faire un coup d’Etat.

En août 2009, de retour d’un déplacement en France, le candidat du MLPC Martin Ziguélé est subitement convoqué par le Premier Ministre Faustin Touadéra. Il se retrouve en présence du général Bernard Ouandé qui sort de sa poche et lui donne lecture d’une prétendue fiche de renseignement qui l’accuse de vouloir préparer un coup d’Etat parce qu’on l’aurait vu à Paris flanqué d’un homme blanc avec qui il serait en train de comploter avec la bénédiction des autorités françaises. avait également été accusé récemment de chercher à renverser le régime de Bangui avec l’aide de la France.

En proie a la paranoïa des coups d’Etat, Bozizé et son clan sont en train de déploiyer une stratégie pour confisquer le pouvoir à l’issue des prochains scrutins. Dans sa panoplie, on trouve des décrets anticonstitutionnels, la corruption des citoyens, les menaces, la délation et les intimidations de toutes sortes contre ceux qui peuvent constituer un quelconque obstacle à un nouveau mandat de Bozizé à la tête du pays. Les accusations et la confusion au sein des forces armées centrafricaines font inévitablement de ces élections, des élections réellement périlleuses.

Le 13 mars 2010, le ministre de la sécurité publique Jules Bernard Ouandé, annonce à la radio nationale avoir déjoué un projet de coup d'Etat dont il tente maladroitement d’en faire porter le chapeau à l'ex-président Ange Félix Patassé tout en promettant de « faire son affaire des officiers et sous-officiers » dont il aussi refusé de donner les noms et qui seraient selon lui, impliqués dans cette affaire qui de toute évidence, paraît montée de toute pièce.

Le 19 mars 2010, l'épouse de son ex-ministre d’Etat devenu chef rebelle, Charles Massi, décède à Paris des suites d'un "hématome cérébral", minée qu’elle était par une crise d’angoisse aiguë dont elle était l’objet depuis la disparition de son mari, sans doute décédé à l’issue des abominables tortures que la soldatesque de Bozizé lui a infligées. Denise Massi qui luttait pour faire la lumière sur le sort de son mari a fini par succomber elle-même de torture morale, Bozizé l’ayant expulsée manu militari de la RCA qui est aussi pourtant, son pays.

Dans le pays où l’insécurité demeure endémique et préoccupante, la situation est électrique et les prochaines élections seront des plus périlleuses dans l’histoire de la RCA. La tension est à son comble et un rien peut remettre le feu aux poudres. La RCA est plongée dans la sauvagerie et la barbarie.

Pour Navy Pillay Haut commissaire aux droits de l’Homme des nations Unies qui visité récemment le pays, la violation criarde et presque officielle des droits de l’Homme en RCA, participe à l’érosion du tissu social. «L’impunité et les violations des droits de l’Homme constituent toujours un des plus grands défis de la République centrafricaine. » avait elle laissé tombé à l’issue de son séjour centrafricain. Et d’ajouter comme un véritable réquisitoire contre le régime de Bozizé : « Les exécutions sommaires, les disparitions forcées, les arrestations et détentions arbitraires sont des problèmes liés aux institutions étatiques de sécurité et de défense, et des efforts considérables devront être faits pour mettre fin à ces abus de pouvoir extrêmement graves ». Avec un tel tableau, on comprend difficilement que Bozizé ose demander le suffrage de ses concitoyens.

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Centrafrique-Presse.com - dans Politique