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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:40





 

03 Octobre 2009 Par Blandine Flipo Mediapart

 

Quand début septembre, depuis le Brésil, où il était en déplacement, le président de la République a officiellement félicité Ali Bongo pour sa victoire à l'élection présidentielle gabonaise, organisée  le 30 août, la déclaration a jeté un trouble. D'autant plus que Robert Bourgi, officieux conseiller africain auprès de l'Elysée, héritier auto-proclamé de la Françafrique, a une nouvelle fois évoqué son rôle d'intermédiaire de l'ombre entre Paris et quelques capitales africaines. Faut-il croire que la Françafrique, cette hydre diabolique, a-t-elle une fois de plus prévalue sur la «nouvelle» diplomatie française? Pas sûr. Contrairement aux apparences, l’épisode gabonais inaugure une nouvelle ère.

 Robert Bourgi le sait bien. L’homme au verbe truculent (il est avocat), grand admirateur de Jacques Foccart, le monsieur Afrique du gaullisme, a perdu avec Omar Bongo un de ses meilleur relais. Mediapart avait rencontré Robert Bourgi en juin 2008. A l’époque, il venait de défrayer la chronique (il a récemment réitiré au micro de RTL) pour avoir dévoilé les secrets d’alcôve de son client et ami Omar, qui avait obtenu la tête de Jean-Marie Bockel. Le secrétaire d’Etat à la francophonie et au développement avait osé proclamer la mort de la Françafrique. Selon Robert Bourgi, Omar Bongo en avait pris ombrage et réclamé la destitution de l’imprudent. Une requête que Nicolas Sarkozy s’était empressé de satisfaire. Belle histoire, n’est-ce pas? Excellent conteur, Robert Bourgi avait su captiver son audience. Il s’était fait un plaisir d’évoquer ses souvenirs. Ceux qui réclamaient la mort de la Françafrique avait trouvé là une cible, un nom. Et la preuve de la permanente collusion d’intérêt entre la France et ses anciennes colonies.

 Aussi fascinant et médiatique qu’il soit, Robert Bourgi ne saurait représenter la Françafrique. Bien que proche de Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, il n’a en fait pas survécu à l’arrivée du sarkozysme. Trop bavard, trop proche de Dominique de Villepin, même s’il dit avoir «rompu» avec lui. Sa place n’est pas  restée vide pour autant. Patrick Balkany s’y est vite intéressé. Le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) s’est illustré dans quelques «coups» typiques de la méthode «françafricaine». Il a notamment mis sur orbite Areva en République démocratique du Congo, grâce à l’aide du businessman belgo-congolais Georges Forrest. Mais il est plus exact de dire que Georges Forrest s’est servi de Patrick Balkany pour rendre service à Joseph Kabila, le président congolais, emmenant Areva dans son sillage. Ce petit jeu à trois bandes, mêlant intérêts politiques, économiques et discussion feutrée a lancé Patrick Balkany sur les traces de ses illustres prédécesseurs, Foccart et compagnie.

Les nouveaux «messieurs Afrique»

 Cependant, le contrat d’Areva en République démocratique du Congo ne saurait se réduire aux manoeuvres de la paire Balkany-Forrest. L’entreprise d’Anne Lauvergeon n’a besoin d’aucun émissaire pour faire valoir ses intérêts auprès de la France. La compagnie française a pu en effet bénéficier de bons coups de pouce de la part du pouvoir. Ces derniers mois, la France s’est particulièrement illustrée par son silence quant aux écarts démocratiques du président nigérien Mamadou Tanja, notamment quand celui-ci a organisé le 4 août un référendum lui garantissant un mandat à vie. Francafrique ou realpolitik? Il en va avec le Niger comme avec la Chine: quand les affaires sont en jeu, la France de Nicolas Sarkozy sait se faire discrète sur les entorses à la démocratie.

 

Si Areva semble jouir de sa position d’entreprise stratégique pour la France, il n’en va pas de même pour d’autres compagnies, qui ont pourtant par le passé jouit des privilèges du lien entre l’Afrique et la France. On connait beaucoup de choses des pratiques de Vincent Bolloré, entre autres sa façon d''utiliser ses media au service de ses intérêts sur le continent noir. Les critiques semblent avoir éclaboussée l’entrepreneur breton. On peut se demander si ce n’est pas ce vent-là qui a poussé Michel Roussin, le monsieur Afrique du Medef, à quitter le navire Bolloré. Selon les rumeurs, l'ex-lieutenant de Jacques Chirac ne s’entendait plus avec Dominique Lafont, directeur général de la division Afrique du groupe, qui lui disputait des prérogatives trop proches. Quoi qu’il en soit, Michel Roussin officie désormais chez Veolia, sous la houlette d’Henri Proglio (parti tout récemment à EDF).

 Spécialisée en informations exclusives franco-africaines (d’aucuns dirait Françafrique), la Lettre du Continent s’est amusée, dans son édition du 14 mai, à faire le tour des nouveaux «messieurs Afrique » en poste dans les grandes entreprises françaises. Outre Michel Roussin, le journaliste Antoine Glaser évoque Claude de Peyron, 84 ans, qui officie pour Thalès International depuis 1979. En voilà un qui ne dépareille pas avec le mythe «françafricain». Dans cette liste, on croise aussi Jacques Marraud des Grottes, 56 ans, qui a démarré sa carrière au Gabon, et fut Président d’Elf Gabon ou Philippe Bohn chez EADS. Les autres sont parfois des novices du secteur.

 En tout, ils sont une dizaine d’habitués des raouts «Afrique» organisés par le Medef. A noter que pour les entreprises familiales, présentes sur le continent africain depuis plusieurs générations, les patrons traitent leurs affaires eux-mêmes avec le pouvoir africain. Tel est le cas d’Alexandre Villegrain, de Somdiaa (agroalimentaire), ou de Francis Rougier pour le groupe éponyme (bois tropicaux et exotiques).

L'Afrique n'est plus un continent à part

 Mais le plus intéressant dans l’enquête de la Lettre du Continent, c’est que la plupart des autres «monsieurs Afrique» des grandes entreprises françaises sont désormais des Africains. La Lettre du Continent cite les noms d’Amadou Kane (BNP-Paribas), Zephirin Diabré (Areva) et Mahamadou Sako (Deloitte France). Ce changement illustre parfaitement l’évolution en cours dans les relations franco-africaines. Courtisés de toutes parts, en proie à des jeux politiques de plus en plus complexes, les chefs d’Etats africains deviennent des partenaires moins accessibles pour les entreprises françaises. Celles-ci s’étaient habitués, par le passé, à se nourrir des liens privilégiés que la France entretenait avec ses anciennes colonies. Petit à petit, ce lien s’est distendu et ne subsiste que la realpolitik. Jusqu’à présent, le cas gabonais faisait mentir sérieusement ce constat.

 Il reste encore quelques pays où les émissaires de l’ombre peuvent encore agir directement, comme au Cameroun ou en Guinée-Equatoriale. Cependant, là aussi, il demeure de plus en plus difficile de faire fonctionner le téléphone rouge et de se passer des intermédiaires locaux. La Françafrique n’est donc pas morte avec Omar Bongo. Mais il n'est pas certain qu'elle survive à l'accession au pouvoir d'Ali Bongo.

 

 

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