Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 22:39

 

 

 

 

Marylin-Mouliom-Roosalem.jpg

 

Le Centrafricain ne sait plus à quel saint se vouer. Avec les salaires qui sont bloqués depuis plus de trois décennies et les prix des produits de première nécessité (huile de palme et d’arachide, savon, oignon, sucre, tomate, farine de blé, boîte d’allumettes, …) qui ont été multipliés par trois voire quatre, la vie est devenue invivable pour les ménages. Le Centrafricain ne mange plus qu’une seule fois par jour. Se procurer les produits de première nécessité relève du miracle. Des produits qui proviennent pour l’essentiel de l’extérieur : le savon, la bière, le sucre, la farine de blé, l’oignon,  le poisson de mer et le poulet congelés proviennent du Cameroun, l’huile de graine de coton, le poisson fumé et l’oignon  du Tchad et l’huile de palme de la RDC. Et ce sont les commerçants libanais qui sont les seuls  transporteurs, et vendeurs grossistes.

Suite à des voix qui commencent à s’élever dans la rue, la ministre du commerce a pris dans la précipitation un arrêté pour encadrer les prix de certains produits de première nécessité dans les villes de Bangui, Bimbo et Begoua  tout en alléguant que le gouvernement ne fait que de la surveillance des prix.

Un régime affaibli, corrompu qui a démontré son inaptitude à gouverner le pays plongé dans la crise ne peut faire respecter une décision gouvernementale et de surcroît un arrêté ministériel. La ministre a pris une décision populiste et très simpliste sans prendre en compte tous les paramètres qui concourent à la fixation du prix de vente au consommateur. Et pourtant, la ministre avait à son service un cabinet composé de techniciens qui disposent  des éléments d’aide à la décision. Ce sont les consommateurs qui payent chers cet amateurisme.

Nous ne prendrons que le cas pathétique du poisson frais congelé, importé du Cameroun, en  l’occurrence le chinchard, très prisé par les Centrafricains. Le prix du kg avant l’arrêté ministériel était à 1400 F cfa et il  a été administrativement ramené à 1000 F cfa le prix de gros. Avec une baisse de presque 1/3 du prix de vente, les consommateurs ont cru faire une bonne affaire et se sont rués sur le produit jusqu’à épuisement des stocks dans les poissonneries de la place. A l’heure actuelle, il n’existe pas sur le marché de Bangui ce poisson importé et bon marché pour la plupart des banguissois.  

Il faut regarder le spectacle affligeant des femmes, mères de famille avec des bébés sur le dos assises à même le sol devant les poissonneries des libanais en ville attendant une hypothétique livraison de cartons de chinchard pour alimenter leur petit commerce de vente de poisson grillé.

Tout cela, était sans doute prévisible car la ministre étale au grand jour son ignorance de la réalité centrafricaine. Aujourd’hui, le produit comme le « chinchard » est exclusivement distribué aux détaillants centrafricains par cinq grossistes libanais : Corail, Rayan etc… Ce produit occupe dorénavant une place de choix dans la structure de consommation des Centrafricains. Le chinchard remplace la viande qui est non seulement devenue  un aliment rare mais également hors de portée de la bourse du commun des Centrafricains. Ce poisson de mer, préparé avec les feuilles de manioc ou « ngoundja », est un mets très prisé lors des places mortuaires et les cérémonies officielles de certains partis politiques. Les commerçantes vendent également  un petit morceau frit à 50 F CFA que le consommateur peut manger avec du chikouangue. Le méchoui ou « souya » de cabris ou de viande de bœuf qui se vend à 500 F CFA (5 petits morceaux) est devenu un plat de luxe. Les grossistes libanais ont répercuté  sur les prix de vente, les coûts supplémentaires engendrés par :

- l’insuffisance de la fourniture de l’électricité qui a conduit les commerçants à utiliser des ventilateurs qui brassent de l’air chaud et des groupes électrogènes ruineux en carburant pour éviter les ruptures de la chaîne de froid. Il y a inévitablement un vrai problème de santé publique  dans un pays où le gouvernement n’a pas la volonté et les moyens de contrôler le respect de la température normale pour conserver les produits frais (poisson, moutarde, poulets, viande, mayonnaise…) ;

- les tracasseries fiscalo – administratives avec le fléau des barrières illégales dressées par les forces de l’ordre et certaines structures administratives comme les Eaux et forêts et les transports avec le pont-bascule du PK 12. De Bangui à Bossemptélé soit environ 300 Kms, il y a plus de 16 barrières routières ou mobiles. A chacune d’elle, le commerçant est tenu de verser 10 000 à 20 000 F CFA et le tarif du pont-bascule qui est de 50 000 F CFA par passage qu’il y est dépassement ou pas.

- la dégradation avancée des pistes rurales et des routes nationales rallongent le délai d’approvisionnement en produits frais. En saison des pluies, un véhicule mettrait  7 jours pour rallier Douala à Bangui. Sur la route nationale n°1, le tronçon Bossembélé à  Yaloké pourtant bitumé, s’est énormément dégradé et est devenu impraticable. Il faut plus de 2 heures pour parcourir les 60 kms. De même, il faut 3 heures pour parcourir les 60 kms de Bouar à  Baoro ;

- enfin la persistance de l’insécurité dans presque toutes les localités poussent certains commerçants à se payer des agents de sécurité, charge qui vient accroître leurs coûts de revient. La hausse des prix de vente de l’huile s’explique également par le refus des Soudanais de venir jusqu’à Bambari pour vendre de l’huile et en retour repartir avec du café comme ils le faisaient naguère. Cette déconvenue crée non seulement une pénurie d’huile mais également un manque à gagner pour les finances publiques.

Le populisme recherché par la ministre et l’ignorance de la réalité locale et des règles élémentaires de fonctionnement d’une économie, ne peuvent que conduire à une situation désastreuse pour la population. Et en économie, l’erreur se payant cash, nous nous retrouvons donc dans une situation plus compliquée que celle de départ. Comment peut-on prendre une décision d’administrer les prix dans un pays où le commerce est libéralisé depuis longtemps ? Pourquoi donner l’impression que la ministre n’a aucune compréhension du fonctionnement des fondamentaux de l’économie ?  Est- il sorcier de comprendre que le prix, dans un régime libéral est la résultante de l’équilibre entre l’offre et la demande ? Ce prix ne peut être  administré, au besoin, il ne peut qu’être qu’encadré où orienté par des mesures incitatives.

Le gouvernement est l’art du réel.

Jean Claude GBAGUENE

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Opinion