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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 01:23

 

 

 

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J’avais sincèrement voulu me rendre au pays pour les obsèques du Président Ange-Félix Patassé afin de pouvoir lui rendre un dernier hommage en m’inclinant sur sa dépouille avant qu’il ne soit porté en terre mais j’ai renoncé et les événements ultérieurs m’ont donné raison. C’est la perspective d’obsèques officielles qui m’a dissuadé de faire le déplacement de Bangui. En vérité, tous ceux qui ont étroitement travaillé avec lui, à divers titres et moments de sa présence de deux mandats durant à la tête du pays, peuvent et ont certainement beaucoup de choses à dire sur lui, en bien ou en mal, tant l’homme était complexe.

Pour ma part, durant tout l’exercice de mes fonctions à ses côtés, j’ai toujours été en première ligne, prenant les risques les plus insensés pendant que certains qui se disaient pourtant de son régime étaient lâchement à l’abri. J’ai été d’une grande fidélité à Ange-Félix Patassé, ce que beaucoup qui prétendent aujourd’hui l’avoir bien connu ne peuvent décemment revendiquer. Certains amis et parents m’ont même reproché cette fidélité car cela était allé au-delà du raisonnable selon eux, y compris après son renversement du pouvoir où quasiment tout le monde l’avait abandonné ou pris ses distances avec lui, jusqu’ à ce jour du 7 novembre 2008 où lui-même, a choisi de se séparer de moi pour des raisons que je n’ai jamais pu lui demander et qu’il n’a pas eu l’occasion lui non plus de me fournir avant sa mort. 

Ayant été son Conseiller spécial et Porte-Parole, donc un de ses plus proches collaborateurs, dois-je rappeler que pour et à cause de lui, j’avais failli perdre ma vie en 2002, kidnappé et séquestré plus d’un mois durant par ceux-là mêmes aujourd’hui au pouvoir et dont  le seul regret est de ne m’avoir point exécuter. Mais je m’estime heureux par rapport à d’autres fils du pays qui eux, sont réellement tombés pour ou à cause de Patassé. J’ai pris des coups durs et avalé des couleuvres quand certains profitaient allégrement de son régime mais je ne le regrette point.

Pendant les moments les plus difficiles qu’il a connus, tant au pouvoir que durant l’exil post coup d’Etat, j’ai quasiment toujours été présent à ses côtés. J’étais par exemple avec lui dans l’avion qui le ramenait de Niamey et ai pu gérer avec lui les premiers moments de ce coup d’Etat qui l’a renversé ce 15 mars 2003 et qui nous a fait échouer dans un célèbre hôtel de Yaoundé. J’ai aussi partagé avec lui les premiers et pénibles mois du second exil togolais. Il m’ordonna de regagner Paris et d’y demeurer pour une plus grande efficacité de la lutte qu’il voulait continuer à mener pour la cause de la démocratie centrafricaine. Avec une telle proximité, comment aurais-je pu manquer de l’accompagner  à sa dernière demeure.

Beaucoup de compatriotes aussi bien du pays que de la diaspora, y compris même et à ma grande surprise certains Chefs d’Etat africains, se sont interrogés à juste raison sur mon absence à la cérémonie de ses obsèques. J’ai été très sensible à cette marque de sympathie. C’est pourquoi, je dois en retour, fournir quelques explications sur mon absence volontaire qui a été beaucoup remarquée voire déplorée, car certains pourraient ne pas la comprendre.

N’étant pas hypocrite, je ne me voyais pas vraiment en train de côtoyer à cette douloureuse occasion, ceux-là mêmes que je considère qu’ils portent, malgré leurs dénégations, une large part de responsabilité dans la triste fin du « Barbu national » mais qui, pour tenter de se dédouaner, seraient là pour verser des larmes de crocodile. Le sort a voulu que celui-là même qui a grandement contribué à la détérioration à tout point de vue de l’état du Président Patassé, puisse réussir, avec la complicité de quelques-uns, à imposer des funérailles officielles qui lui ont permis de faire un parfait mais vain numéro d’hypocrisie. Je ne pouvais décemment supporter une telle infamie.

Il y a en effet plusieurs façons de tuer quelqu’un. Ce qui est pudiquement présenté à l’opinion depuis 2003 comme étant un « sursaut patriotique » ou un « changement » et une « libération », a été a contrario pour le Président Patassé, synonyme d’humiliation de toutes sortes, de privations et frustrations diverses, un second exil à l’étranger qu’il a vécu comme sept interminables années au cours desquelles il a même perdu son épouse, bref d’un véritable univers cauchemardesque qui ont miné et tué l’homme à petit feu. Ces années de plomb lui ont occasionné un tel choc psychologique qu’il ne s’en est en réalité jamais remis, malgré certaines apparences trompeuses.

Ange-Félix Patassé est tombé sous l’effet conjugué de la suite du complot ourdi contre lui par ses mêmes ennemis d’hier et de ceux très intéressés d’aujourd’hui qui ont réussi à prendre possession de son mental pour ne pas dire de sa psychè et qui ont fait à dessein un grand vide autour de lui, l’empêchant même jusqu’à son dernier souffle pour des raisons inavouables et mesquines, de voir ses propres enfants après son retour au bercail en octobre 2009. Il est hélas déjà parti. Plus rien ne le ressuscitera mais tous ceux qui ont contribué à mettre fin à sa vie sur terre se reconnaîtront et en porteront la lourde charge sur la conscience. Patassé n’est plus mais là d’où il est maintenant, il sait parfaitement qui de tous ceux qu’il a élevés, a fait quoi ? Pour ma part, c’est cette justice immanente que j’attends.

Président, repose enfin en paix !

                                                       Paris, 31 mai 2011

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                                                        Prosper N’DOUBA

 

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