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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 03:44




Voici un remarquable billet, tel que seul Me Zarambaud en a le secret, publié dans les colonnes du quotidien Le Citoyen de Bangui n° 3230 du 19 octobre 2009. Nous n’avons pas résisté à la tentation et au plaisir de le partager avec nos internautes tellement il dégouline de saveur et de vérité. En un mot, il est tout simplement excellent ! L’ancien bâtonnier y dépeint magistralement les tares et les vices congénitaux du régime dictatorial du général président et non moins faux pasteur François Bozizé, qui n’en a absolument rien à cirer des indescriptibles conditions de vie de ses concitoyens. Pendant que des centaines de milliers d’enfants meurent de faim dans le Sud-Ouest du pays et que d’autres sont à la limite de la survie, la célébration de son 63ème anniversaire le 14 octobre courant a donné lieu à d’hallucinantes louanges dithyrambiques radiodiffusées concoctées par ses thuriféraires de la presse présidentielle aux connaissances bibliques douteuses et approximatives, ce que Me Zarambaud relève avec une ironie suave. Les indécentes festivités de cet anniversaire présidentiel au sein du Palais présidentiel de Bangui ont fourni le prétexte à une distribution à la volée de nombreux billets de banque tout neufs à quelques enfants de la rue et autres handicapés attirés et réunis par l’insolite événement. Contrairement au bâtonnier, nous souhaitons au niveau de la rédaction de Centrafrique-Presse que pour son prochain anniversaire du 14 octobre 2010, Bozizé ne soit plus à la tête du pays afin qu’il ne puisse plus le célébrer au sein du Palais de la Renaissance.         

Rédaction C.A.P

 

            Le journaliste français François de Closet à publié un livre intitulé «toujours plus» pour railler ceux qui, voulant faire toujours plus, font malheureusement toujours moins.

            C'est le cas du Directeur de la j presse présidentielle; n s'est emparé de sa brosse à reluire pour souhaiter un bon anniversaire au Président de la République, en commençant par rappeler que le Président de la République est né le 14 octobre 1946 à Mouila au Gabon, mais il s’est ensuite égaré dans des digressions sujettes à caution.

            Il n'a évidemment pas manqué de claironner que, sous la clairvoyante direction du Président de la République, la République centrafricaine s'est résolument engagée sur la voie du développement, et qu'elle a, d’ores et déjà, remporté des succès éclatants, laissant déduire qu'en conséquence le Peuple centrafricain baigne dans le bonheur comme un beignet dans l’huile. Les Centrafricains seraient-ils des gens heureux qui s'ignorent? Dieu merci, le Président de la République l'a lui-même sèchement démenti le même jour, en avouant dans son discours de revue du DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) que «les Centrafricains souffrent».

            Le contraste était saisissant et révoltant entre les vieux retraités affamés et malades qui manifestaient, couchés dans la rue, les chemises relevées et frappant leurs ventres flasques, d'un côté, et les hordes du Président de la République sillonnant la ville et jetant à la volée des milliers de billets de banque neufs et craquants à des foules médusées, de l'autre.

            A un fonctionnaire qui a saisi le Conseil d’Etat d'une demande de dommages intérêts contre l'Etat parce qu'il n'a pas reçu ses salaires et n'a donc pas remboursé .un crédit bancaire, le Conseil d'Etat a répondu par arrêt du 18 mai .2009, «que le non paiement des salaires est dû à une situation de déconfiture générale de l'économie du pays; que l'intéressé n'est pas un cas isolé. Ainsi la déconfiture générale de l'économie du pays est une vérité judiciaire passée en force de la chose jugée.

            Le Directeur de la presse présidentielle a bien évidemment passé sous silence les faits suivants:

            - Depuis 2006, les rébellions de Centrafricains ont fleuri comme des champignons sur du fumier après la pluie et certaines parties du pays sont occupées par des rebelles tchadiens (à qui l'on déroule le tapis rouge), soudanais et surtout ougandais dans le Haut-Mbomou.

            - Des filles impubères du Haut-Mbomou ont été enlevées et emportées pour servir d'esclaves sexuelles; des hommes ont été enlevés et emportés pour servir d’esclaves porteurs de leurs propres biens pillés; des' adolescents ont été enlevés et 7 emportés pour servir de rebelles forcés.

            Tout ce monde n'est toujours pas de retour et le Haut-Mbomou demeure toujours sous une criminelle occupation étrangère, mais on ira, néanmoins, s’y empiffrer et festoyer avec orchestre; on sera bien protégé à cette occasion par des centaines de militaires qu'on a concentrés à Bangui ou qui baillent sur les innombrables barrières routières pour rançonner la population et les usagers de route, au lieu de les envoyer au front pour défendre les frontières et libérer le Pays.

            Il est vrai que les militaires soudanais et ougandais font le travail en lieu et place de nos militaires qui ne demandent pourtant pas- mieux qu'à défendre leurs compatriotes et l’honneur de la Nation.

            Bien entendu, on ramènera les militaires à Bangui quand les lampions seront éteints et l'on abandonnera les populations du Haut-Mbomou à la merci des hordes meurtrières et esclavagistes de Joseph Koni. On nous serinera néanmoins qu'on a valeureusement repoussé les hordes de Joseph Koni, comme on la serine depuis des mois.

            - Le Président de la République a fermé militairement les locaux de la Cour Constitutionnelle, en a expulsé les membres pendant 6 mois sans salaires, il a piétiné une décision de cette institution et celle-ci s'est contentée de l'«inviter» frileusement à bien vouloir se conformer à ladite décision si bon lui semble.

            - Enhardi par une décision de la Cour Constitutionnelle qui s'était déclarée incompétente pour le destituer pour avoir cumulé ses fonctions avec celle de Ministre de la Défense nationale et de dirigeant d'un groupement politique, le Président de la République a ouvertement présidé à Boali le Congrès de transformation de ce groupement en parti politique. Il s'est ensuite, rendu en Chine pour demander un jumelage de son Parti avec le Parti Communiste Chinois. Dans la même période, un Chef d'Etat africain s'est aussi rendu en Chine, mais il a traité exclusivement des besoins de son pays et a obtenu une subvention de 40 milliards de francs.

            Pastichant l’ancien Ministre français des Affaires étrangères, l'Inclassable Michel Jobert, qui se demandait si «tenter de remettre les pieds chez soi constitue forcément une agression intolérable», le Président de la République a dû se dire : «Est-ce que saupoudrer la démocratie avec une pincée de «dictamolle» constitue forcément une «dictadoure», comme diraient les Espagnols, ces maîtres de la nuance ?

            - Le Président de la République a posé la première et la dernière pierre d'innombrables projets aussi pharaoniques que chimériques, dont la fameuse et fumeuse Cité lumière.

            - Le Président de la République protège ses sbires qui violent ouvertement, massivement et constamment les droits de l'homme. Pour ne prendre qu’un seul mais édifiant exemple, un valeureux Commissaire de police a été publiquement passé à tabac jusqu'à ce que mort s'ensuive; à ce jour, nul n'a été jugé pour ce crime crapuleux. Bien au contraire, le Chef de la horde qui a ôté la vie à ce valeureux Commissaire de police est libre comme un cheval de prairie; il vient d'agresser des gendarmes qui ont eu l'outrecuidance de tenter de contrôler un de ses nombreux taxis, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes. Dans les locaux de la SRI, ce même individu a copieusement insulté et tenté d'agresser un compatriote venu de France dont il a détourné les deux véhicules, puis il a impunément, copieusement et longuement frappé les parents de ce compatriote, sous les fenêtres du Parquet qui n'a évidemment pas bronché.     

            - Le Président de la République a fait déporter à la prison de Bossembélé les personnes relaxées par le Tribunal Correctionnel de Bangui dans l'affaire Raikina et autres; ces personnes ont subi des traitements inhumains et dégradants proscrits par la Constitution, comme avant leur procès où ils avaient comparu qui avec des brûlures, qui avec un bras cassé en écharpe, sans que cela n'émeuve personne.

            - Le Président de la République n'a pratiquement nommé que des personnes d'une même ethnie aux fonctions de Directeur de Cabinet et de Directeur, notamment au Ministère de Mines et au Ministère du Développement Rural.

            - Le Ministre d'Etat aux Mines n’a toujours rien fait pour que notre pétrole soit enfin exploité, alors que tous les autres pays de la région produisent du pétrole, ce même Ministre d'Etat aux Mines a fait écumer les Préfectures diamantifères par des militaires armés jusqu'aux dents qui ont spolié les collecteurs de diamants et d'or, de sorte qu'une malnutrition officiellement reconnue décime à présent les enfants de ces Préfectures naguère prospères;

            - Le Ministre de l'Intérieur s'est intentionnellement bien gardé de réviser annuellement les listes électorales comme prescrit par le code électoral, , afin que les élections, si élections il y a, se passent dans le désordre.

            - Le Ministre des Postes et télécommunications et des nouvelles Technologies est devenu dans la pratique le Ministre de la Société SOCATEL, a dissous arbitrairement les organes statutaires de gestion de cette entreprise, a forgé un Comité illégal de gestion de ladite entreprise et s'en est autoproclamé Président, en violation du Traité de l'OHADA.

            - Les partis politiques de l’opposition sont interdits d'accès aux médias d'Etat et sont privés de subventions, en violation flagrante de la loi. Ils sont même interdits de voyages et de réunions dans l'arrière-pays, sous prétexte de campagne électorale prématurée. Pendant ce temps, l'é mission «Yé so é ingbi ti inga», l'émission de la diaspora et beaucoup d'autres émissions continuent impunément à faire urne campagne prématurée et calomnieuse au profit du Parti KNK, sans que les Partis politiques de l'opposition ne songent à saisir les Tribunaux pour imposer leurs droits.

            - L'on en passe et des pires, ou plutôt des meilleures, puisque nous sommes aux Merveilleux Pays des paradoxes et des records négatifs où ce qui était considéré comme le Bien est devenu le Mal et réciproquement. Mais comme dirait un compatriote bien avisé confortablement calfeutré en France, il ne faut surtout pas parler de toutes ces dérives; c'est de l'auto-flagellation. «Halte à l'auto-flagellation !

            - La question inscrite à l'ordre de du jour est, non pas -celle des élections présidentielle et législatives, mais plutôt celle de s'incruster au pouvoir «ad vitam aeternam» sans élections,  d'où l'instrumentalisation des Députés Dondon et Abouka, ci­devant opposants, pour tenter de proroger inconstitutionnellement les mandats du Président de la République et des Députés. On ne peut à la fois prétendre soutenir la candidature l’ex-Président Ange-Félix Patassé à l’élection présidentielle de 2010 et demander la prorogation du mandat du Président François Bozizé Yangouvonda. La surprenante initiative du député Luc Dondon Konamamabaye signifierait-elle que l’ex-Président Ange Félix Patassé ne reviendra pas au pays ... ou que le Député Dondon l'a lâché ? Seul l’avenir nous le dira.

            En tout cas, bravo pour le Président Bozizé, pour la finesse de la manoeuvre. Faire initier la proposition de loi constitutionnelle par l'opposition, il fallait une sacrée dose de maîtrise de la stratégie pour y penser. On n'est pas général pour rien.

            A propos des tentatives de prorogation des mandats du Président de la République et des Députés, cette manœuvre est constitutionnellement vouée à l'échec. En effet, la Constitution a été verrouillée, précisément en prévision de telles manoeuvres et la clef a été jetée dans l’Oubangui. Le vote d'une loi constitutionnelle est inopérant pour modifier la durée du mandat du Président de la République, en vertu de l'article 108 de la Constitution qui dispose:

« Sont expressément exclus de la révision:

 - la forme républicaine et laïque de l’Etat

- le nombre et la durée des mandats présidentiels

- les conditions d'éligibilité

- les incompatibilités aux fonctions de Chef de l'Etat

- les droits fondamentaux du citoyen».

 

            En ce qui concerne les mandats des Députés, le vote d'une loi constitutionnelle peut en modifier la durée, mais ce sera très difficile, à moins que l’opposition ne se saborde comme à l'expiration du mandat du Président Kolingba, en vertu des articles 106 et 107 de la Constitution qui disposent:

Article 106: L'initiative de la révision appartient concurremment au Président de ta République et a l'Assemblée Nationale statuant à la majorité des deux tiers des membres qui la composent».

Article 107: «La révision intervient lorsque le projet présenté en l'état a été voté par l'Assemblée Nationale à la majorité des trois quarts (3/4) des membres qui la composent ou a été adopté par référendum.

            Ces deux articles signifient que la proposition de loi constitutionnelle doit être signée par les deux tiers des Députés soit par 73 Députés, et que ladite proposition doit avoir été votée par les trois quarts (3/4) des députés, soit par 82 Députés.

            Tant qu'à consulter le peuple, autant le faire pour les élections au lieu de le faire pour un référendum, au demeurant inconstitutionnel en ce qui concerne le mandat du Président de la République. Quel Pays, fût-il ami, se permettrait-il d'utiliser les impôts de ses citoyennes et citoyens pour un tel gâchis?

            La Côte d'ivoire n'est qu'à moins d'un mois des élections, mais elle- continue à se battre pour remplir  les conditions nécessaires à cet effet, alors que nous, qui sommes à au r moins trois mois des élections, nous nous battons pour éviter les élections ! Encore un record négatif battu au forceps, et bravo !  

            La seule solution du problème consisterait à supprimer le problème, comme au Niger, en supprimant l'actuelle Constitution et en proposant une nouvelle Constitution. A Dieu ne plaise !

            Sous la Transition où j'avais eu l'insigne honneur de défendre la Constitution et les textes du processus électoral et référendaire devant le Conseil National de Transition et la Communauté Internationale, je m'étais battu pour que les mandats du Président de la République et des Députés soit n'aient pas la même durée, soit ne se terminent pas en· même temps, pour éviter tout risque de vacance simultanée des deux Pouvoirs. Je n'avais pas été, entendu et ce que je craignais risque hélas d'arriver.

            Revenons à notre Directeur de la presse présidentielle.

            Emporté par· son enthousiasme, il a cru devoir ajouter que le Président de la République est né le 14 Octobre 1946, en pleine guerre mondiale, alors que la deuxième guerre mondiale avait pris fin le 8 Mai 1945 par la signature de l'armistice. De même, il a cru devoir se référer à la Bible et parler de la marche du Peuple d'Israël vers Canaan, alors que Moise qui conduisait ce Peuple n'est jamais arrivé à Canaan. Lui seul sait ce qu'il a voulu sous-entendre par là.

            Ce n'est en tout cas pas de bon augure; certains avaient cru devoir comparer l'ex-Président Ange Félix Patassé à Moïse. On sait ce qui arriva à l'infortuné Président Patassé, qui crut devoir n'écouter que les flagorneurs et embastiller tous ceux qui faisaient des critiques objectives. Il n'empêche! Le Président de le République étant le Président de la République et l'auteur de ces lignes ayant été son Ministre, le citoyen Zarambaud lui a souhaité un bon anniversaire.

 

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