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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 12:44

 

 

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01 Mars 2011 Par Carine Fouteau Mediapart

De peur d'être pris pour des mercenaires à la solde du pouvoir de Mouammar Kadhafi, les migrants subsahariens vivant en Libye se cachent depuis le début de la répression sanglante, au risque de se retrouver oubliés dans ce pays qu'ils veulent quitter. Alors que les Égyptiens et les Tunisiens fuient en masse, eux, présents par dizaines de milliers, sont bloqués à l'intérieur.

Les expatriés occidentaux, Américains, Italiens et Français notamment, ont été évacués les premiers, sans trop de difficultés vu les moyens mis à leur disposition par leurs États. Les Chinois ont été «exfiltrés» par bateau au départ de Benghazi en Libye ou par bus en direction de Djerba en Tunisie.

L'aéroport de Tripoli étant impraticable, des milliers d'Égyptiens ont fui et continuent de fuir par la porte de sortie la plus proche de la capitale, à l'ouest, tout comme les Tunisiens, arrivés eux aussi par milliers en voiture à la frontière pour rentrer chez eux. Avec les départs à l'est par l'Égypte, plus de 100.000 personnes seraient déjà parties bagages au bras, selon les estimations de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a repéré de ce côté-là plusieurs centaines de Bangladeshi, en plus des Égyptiens. 

En revanche, les migrants originaires du sud du Sahara, pourtant nombreux à travailler en Libye, se font rares. Il semble que l'enfer libyen soit en train de se refermer sur eux, dans l'indifférence de la communauté internationale. Regroupés par nationalité dans certains quartiers des grandes villes, ils appellent au secours, sans être entendus. «Les Subsahariens ont peur. D'après les informations que nous font parvenir des Maliens, ils se rassemblent autant que possible, à 10, 20 ou 30. Ils ne sortent pas, ils vivent terrés. Tous ceux qui sont noirs de peau se cachent car certains auraient subi des violences», témoigne Alassane Dicko, l'un des responsables de l'association malienne des expulsés (AME), située à Bamako.

«Ils nous appellent pour savoir comment sortir de ce chaos. Beaucoup ont le souci d'être rapatriés. On essaie de les calmer, mais c'est très difficile. Le gouvernement malien est conscient de la situation, mais il se trouve confronté à des problèmes importants de logistique», estime-t-il, ajoutant: «On ne sait pas comment ils font pour manger. Il y en a un qui sort, qui ramène des choses pour tout le monde. Il faut qu'ils soient courageux.»

Courageux, sans aucun doute, car ces migrants, régulièrement victimes de racisme, comme en 2000 lors d'émeutes dirigées contre eux, sont en outre «confondus» actuellement avec les combattants étrangers recrutés par le colonel Kadhafi au Tchad, au Soudan, au Niger ou en Éthiopie pour mater les opposants au régime. «Ils doivent faire face non seulement à une forme quotidienne de mépris et de haine, mais aussi à l'amalgame avec les mercenaires», insiste Alassane Dicko.

«Nous déplorons un mort à Benghazi et six blessés»

«Ceux qui n'ont pas de papiers sont littéralement coincés là-bas. Or, ils sont nombreux parmi les Maliens, les Guinéens, les Burkinabés, les Nigériens, les Nigérians, les Togolais, les Béninois, etc. Sans passeport, il est improbable qu'ils soient autorisés à sortir. Leur situation est particulièrement préoccupante», indique Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'OIM, qui évalue à 1,5 million le nombre d'étrangers installés en Libye avant la révolte.

Au ministère des Maliens de l'extérieur, le secrétaire général Mamady Traoré estime qu'entre 9.000 et 12.000 Maliens y vivraient, avec ou sans papiers. «Nous déplorons un mort à Benghazi et six blessés», dit-il. Refusant d'apparaître débordé, il reconnaît que ses compatriotes sont «un peu paniqués». «C'est vrai, on entend par-ci par-là que certains veulent être rapatriés», ajoute-t-il, avant de répéter le message qui leur est adressé: «rester chez eux en attendant que ça passe».

Signe d'un désarroi croissant, l'OIM indique recevoir des brassées de mails et des coups de téléphone «désespérés» de «migrants subsahariens enfermés en Libye». «Nous nous inquiétons pour les plus pauvres, ceux qui n'ont pas les moyens de venir en voiture à la frontière et qui ne sont pas soutenus par leurs États», précise Jemini Pandya, autre porte-parole.

Même tonalité du côté du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). «Nous avons reçu des appels téléphoniques de réfugiés irakiens, camerounais, originaires de la RDC, somaliens et érythréens. Les réfugiés ont fait part de leur crainte de violences ciblées en tant qu'étrangers. Les réfugiés originaires de l'Afrique subsaharienne ont exprimé une crainte particulière car ils sont soupçonnés d'être des mercenaires. De nombreux réfugiés nous ont indiqué qu'ils n'ont plus de nourriture mais qu'ils ont peur de subir des attaques s'ils sortent de chez eux», a fait savoir Melissa Fleming, porte-parole de l'organisation onusienne.

Employés à bas prix dans la construction, la restauration ou l'agriculture, ces migrants viennent quelques mois ou quelques années, le temps de gagner suffisamment d'argent, avant de repartir dans leur pays d'origine. L'immense majorité d'entre eux n'a aucune intention de traverser la mer Méditerranée pour s'installer en Europe. Ils travaillent dans des conditions d'autant plus dures qu'ils sont en situation irrégulière. Parfois maltraités par leurs employeurs, ils sont aussi la cible des policiers, qui, en fonction des injonctions de Mouammar Kadhafi, les arrêtent et les placent dans des prisons pour étrangers où ils sont traités de manière indigne. À la merci du racket de leurs geôliers, ils peuvent rester là pendant des mois, voire des années, enfermés à même le sol dans des cellules collectives, sans voir ni juge, ni avocat, ni association

5 milliards pour éviter une «Europe noire»

Non signataire de la convention de Genève sur les réfugiés, la Libye ne respecte pas les droits élémentaires des étrangers. Pourtant, c'est à ce pays que l'Union européenne confie une partie de sa «gestion» en amont des migrations africaines en raison de sa fonction de zone d'embarquement vers l'Europe (Malte, Lampedusa en Italie) via ses 1770 kilomètres de côtes. Quand les États membres se montrent «bienveillants», en versant de l'argent par exemple, le dictateur verrouille ses frontières maritimes, avec le soutien direct de l'Italie, et procède à des arrestations dans les rues. Quand les Vingt-Sept se montrent critiques, le «Guide» menace de cesser sa «coopération», comme il l'a fait le 17 février 2011. L'immigration servant de monnaie d'échange, il leur avait déjà prédit, en août 2010, une «Europe noire» si les 5 milliards d'euros qu'il réclame lui étaient refusés.

Pour l'instant, les mouvements de réfugiés sont pris en charge par les autorités locales, avec, en Tunisie, le soutien des Comités de la révolution, ainsi que par des organisations internationales comme l'OIM, le HCR et le Croissant-Rouge. Du côté de la Tunisie, la frontière est saturée. Des milliers d'Égyptiens sont évacués par avion et par bateau pour être ramenés dans leur pays d'origine. Dans un communiqué paru mardi 1er mars, l'OIM, qui dépend des subsides des États, se préoccupe du sort de groupes importants de Bangladeshi et de Vietnamiens, mais aussi de Népalais, de Ghanéens et de Nigérians.

Près de 200 Maliens ont pu être rapatriés. Côté égyptien, des vols sont prévus vers Accra au Ghana et Dacca au Bangladesh. Des arrivées sont espérées par le sud, au Niger à Dirkou, ce qui suppose que les migrants parcourent des centaines de kilomètres en zone désertique pour se sauver. Aussi terrible soit-il, leur sort apparaît pourtant plus enviable que celui des sans-papiers détenus dans les prisons libyennes, pour lesquels les organisations internationales ne disposent d'aucune information.

 

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