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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 02:20


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Formé par Pasqua, le Foccart de Levallois-Perret s’est lancé à l’assaut du continent, de ses chefs d’Etat et de ses matières premières

Il débarque à Bangui pour parler uranium. Joue les humanitaires en Centrafrique et les touristes au Katanga. Reçoit des militaires guinéens à Paris. Accompagne Sarko en Libye. Mi-Foccart, mi-Livingstone, Patrick Balkany est-il le nouveau « Monsieur Afrique » de l’Elysée ? Cette question plonge dans une fureur noire certains conseillers du président. « Balkany n’a aucun mandat pour représenter la France, fulmine l’un d’eux. Il n’est pas qualifié pour cela et le signalons fréquemment aux  responsables africains qu’il rencontre. Possible. En attendant, Sarko, lui, ne dit pas un mot pour freiner cette diplomatie parallèle.

Pas  facile, il est vrai, de s’y retrouver parmi tous les représentants officiels et autres « sorciers blancs » qui sillonnent le continent en se recommandant de Paris. Il y a les émissaires authentiques, envoyés par Claude Guéant ou par la cellule africaine de l’Elysée. Il y a ceux de l’équipe Kouchner. Et ceux de Joyandet. Autant d’ « éminences » qui se tirent joyeusement dans les pattes. Sans oublier les conseillers de l’ombre, et particulièrement de Sarko, comme Robert Bourgi, les débris des réseaux Pasqua, les restes de ceux de Chirac, les délégués du Medef, de la Francophonie, des grands groupes français, les affairistes multicartes.

C’est pourtant Balkany qui, ces derniers temps, a tenu la vedette dans la presse africaine. Selon certains confrères, il est au cœur de la négociation qui réunit Areva, numéro mondial de l’exploitation des mines d’uranium, et l’Etat centrafricain. Il y a deux ans, Areva a racheté le gisement de Bakouma et concédé quelques miettes aux indigènes : 12% des bénéfices de l’exploitation, laquelle doit commencer cette année ou l’an prochain.

Le Katanga en joli jet privé

Sans revenir sur ce généreux accord, le gouvernement du président François Bozizé tente d’obtenir une rallonge, sous forme de taxes diverses. Sa méthode : inspirer quelques articles mettant en cause Balkany, tout en s’interrogeant sur les manigances de l’intime de Sarko avec l’homme d’affaires belge George Forrest.

« Balkany s’est poussé du col, explique-t-on à la direction d’Areva. Pas besoin de lui pour faire notre travail. En revanche, nous avons discuté avec Forrest qui possédait des permis d’extraction autour de Bakouma. » Ce même Forrest a aidé le groupe nucléaire à négocier, avec le président de la République Démocratique du Congo, une autorisation d’exploration et d’exploitation de l’uranium valable sur son immense territoire. Là encore, Balkany, sans jouer de rôle majeur, s’est débrouillé pour être sur la photo : il accompagnait Sarko, en mars 2009, à Kinshasa, lors de la signature de cet accord.

Richissime entrepreneur implanté en République démocratique du Congo (mines, cimenteries, travaux publics et…munitions), Forrest est, depuis trois ans, un poisson pilote de choix pour Balkany. « C’est un ami, confie l’homme d’affaires belge au « Canard ».

J’ai mis mon avion à sa disposition depuis Paris pour circuler en Afrique, mais je ne lui ai pas demandé ce qu’il voulait y faire. Je ne suis pas son associé. » Geste désintéressé, bien sûr : grâce à ce coucou de luxe (un Falcon), le globe-trotter de Levallois-Perret a visité l’Afrique centrale et élargi le cercle de ses relations, de Bangui (où il a rencontré en tête à tête le président Bozizé) à Lubumbashi (Katanga).

En réalité, Patrick Balkany n’est pas un blanc-bec sur le continent. Ses premiers contacts remontent aux années 90, lorsque Charles Pasqua, patron des Hauts de Seine  y entretenait des réseaux d’affaires à dominante corse. En 1992, il accompagne le boss sur l’île de Sao Tomé, au large du Gabon, pour une étonnante aventure : Charly voulait transformer ce petit Etat en zone franche (à la fiscalité très libérale), histoire d’y commercer plus tranquillement avec l’Afrique. Une mesquine intervention de la Banque mondiale contrariera ce projet humanitaire.

Deux ans plus tard, lorsque la candidature présidentielle de Balladur se précise, Balkany, là encore adoubé par Pasqua, se découvre une vocation d’ambassadeur. Il rend visite au président camerounais, Paul Biya, et à celui du Gabon, Omar Bongo. Puis, avec l’avion de ce dernier, s’en va saluer une autre grande conscience de la région : Mobutu. A cette époque, Balkany fréquente aussi deux chefs d’Etat qui doivent tout à la France : le Centrafricain Ange-Félix Patassé et le Tchadien Idriss Déby.

Nos amis les putschistes

Battu à Levallois, condamné pour avoir confondu employés municipaux et personnel de maison, celui qui se définit alors comme « l’homme le plus honnête du monde » choisit l’oubli des tropiques et se met au vert à Saint-Martin. Mais l’élection de son ami de quarante ans réveille son goût pour l’Afrique. Particulièrement pour ses régimes démocratiques, tels le mali, le Ghana, le Bénin, etc ? Non, plutôt la Libye – où l’emmène Sarko après la libération des infirmières bulgares -, le Gabon, la Centrafrique, les deux Congos, le Tchad. Des Etats qui présentent deux particularités : un sous-sol regorgeant des richesses et un régime allant de l’autoritaire au dictatorial.

Balkany, qui a écouté les discours du candidat Sarko promettant d’en finir avec les réseaux affairistes, va-t-il s’emparer de cette juste cause ? En septembre 2007, il participe à une mission parlementaire dressant le bilant de la politique africaine de la France. Selon son collègue UMP Jean-Louis Christ, « Balkany n’a pas été présent à la moindre audition ».

A la même période, notre africaniste à gros cigare rencontre un « communicant », Laurent Taïeb, directeur de la revue « L’Essentiel des relations internationales », qui édite de luxueux « numéros spéciaux » à la gloire des régimes africains. Taïeb le présente à George Forrest et à quelques autres experts (banquiers, notamment) du continent. Et il enrôle Renaud Guillot-Corail, conseiller de Balkany (voir ci-contre), dans sa revue. Cette amitié ne le dessert pas : en 2008, l’agence de Taïeb Prestige Communication est chargée par la télé publique France 24 de lui apporter des publicités africaines.

Excès d’enthousiasme ? Le griot de Levallois franchit parfois la ligne blanche. Par exemple en défendant ostensiblement les putschistes mauritaniens (qui viennent de renverser un régime pluraliste). Ou, le 17 septembre dernier, en déclarant à des représentants du président guinéen Camara (auteur, lui aussi, d’un coup d’Etat) : « Le Quai d’Orsay est à côté de la plaque (…), la candidature de Moussa Dadis Camara (à la prochaine présidentielle) ne pose pas de problème (…), les problèmes de l’Afrique ne se posent pas en termes d’élections. »

Manque de bol, onze jours plus tard, le gentil Camara fait tirer à Conakry sur la foule désarmée, tuant plus de 150 manifestants. Cette fois, devant les hurlements de Kouchner, le Président a passé un savon à Balkany. Des propos à l’emporte-pièce comme ceux du 17 septembre peuvent faire perdre beaucoup de crédit à la France. Et peut-être encore plus de contrats.

Jean-François Julliard et Hervé Liffran

 

Le quai d’Orsay de Levallois

Depuis l’élection de Sarko, des émissaires venus de la « Françafrique » se pressent à la mairie de Levallois-Perret. Le bureau de Patrick Balkany et celui de son conseiller Renaud Guillot-Corail ne désemplissent pas. « Je reçois tous les jours des Africains qui viennent passer des messages car ils savent que le maire a l’oreille de Nicolas Sarkozy », avoue ce dernier au « Canard ».

Fabien Singaye, le conseiller du président centrafricain, François Bozizé, a ainsi pris ses habitudes dans cette mairie de banlieue. Au point de demander un jour à Balkany de lui attribuer un HLM municipal pour lui servir de pied-à-terre parisien. Les représentants du président tchadien, le fervent démocrate Idriss Déby, sont eux aussi accueillis à bras ouverts. Toujours prévenant, Balkany a mis des bureaux municipaux à leur disposition pour y déménager l’ambassade du Tchad en cours de rénovation. Ces bureaux, propriété de la Semarelp (société d’économie mixte de Levallois-Perret), accueillent également Tonic Company, une boîte de parfumerie dirigée par Vanessa Balkany, fille de son père. Et aussi India Trade centre, une société présidée par Dan Oiknine, l’époux de Vanessa.

Des hommes d’affaires implantés en Afrique ont pris, eux aussi, les quartiers à l’hôtel de ville. Georges Forrest, pédégé du groupe belge du même nom et ami très cher de Balkany, compte ainsi parmi les visiteurs réguliers.

Tout ce ballet diplomatico-affairiste est censé rester clandestin. A la mairie, Renaud Guillot-Corail, supposé se consacrer exclusivement à Levallois, est toujours entre deux avions : Bangui, N’djaména, Kinshasa et Brazzaville figurent parmi ses destinations favorites.

Ce brave garçon exerce aussi ses talents dans le secteur des…farces et attrapes. Sa société Wordex International, basée à Hong-Kong et à Saint-Domingue, commercialise des gadgets fabriqués en Asie. Mais ce Talleyrand de carnaval compte peut-être fourguer en Afrique ses stocks de poudre à éternuer, de confettis et de langues de belle-mère…

Source : Le Canard enchaîné mercredi 3 février 2010

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