Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 00:08

 

 

El-Bashir.jpg

 

 

 

Le Monde.fr | 26.04.10 | 18h45

A peine réélu, le président soudanais Omar Al-Bachir peut-il s'estimer satisfait ? Arrivé au pouvoir en 1989 grâce à un coup d'Etat dont il n'était pas l'instigateur, mais plutôt l'exécutant dirigé par les cerveaux du mouvement islamiste, il avait eu le plus grand mal à s'imposer à la tête du Soudan.

Au fil des années, il s'est défait de certains responsables puissants, comme son ex-éminence grise, Hassan Al Turabi ou l'ex-patron des services de renseignement, Salah Gosh, pour raffermir un pouvoir dont il espère renforcer la légitimité par cette élection.

La question n'est pas seulement liée à la place du Soudan sur la scène internationale – le pays a quasiment fait figure de paria dans les années 1990 –, mais aussi à la construction de la ligne de défense du président soudanais contre les poursuites de la Cour pénale internationale (CPI). Omar Al-Bachir est le premier chef d'Etat en exercice au monde à faire l'objet d'un mandat d'arrêt émis par la juridiction internationale, qui a engagé contre lui des poursuites pour crimes de guerres et crimes contre l'humanité commis au Darfour.

Dans cette région de l'ouest du Soudan, grande comme la France, l'apparition de mouvements rebelles en 2003 a entraîné une campagne contre-insurrectionnelle d'une grande violence, menée par l'état avec le soutien de forces paramilitaires, les janjawids, recrutés parmi les tribus dites arabes. Environ 300 000 personnes sont mortes au Darfour dans les violences ou faute de soins, de médicaments, de nourriture. Des méthodes similaires avaient été employées par le pouvoir soudanais lors de la guerre civile contre le Sud (1983-2005), au cours de laquelle deux millions de personnes sont mortes.

Pour tenter de paralyser les poursuites de la CPI, Omar Al-Bachir dispose de plusieurs alliés, à commencer par les chefs d'état de l'Union africaine. Ils ont manifesté leur hostilité à la décision de la Cour, qu'ils accusent de faire preuve d'acharnement à l'encontre des responsables africains, et décidé de cesser toute forme de coopération avec la juridiction.

Pour conforter les tentatives de l'organisation panafricaine de pousser le Conseil de sécurité des Nations unies à faire appel à l'article 16 du statut de Rome, qui permettrait un gel des poursuites, Omar Al-Bachir avait besoin d'être élu dans le cadre d'un processus reconnu par la communauté internationale.

LE SUD-SOUDAN, UNE MENACE SÉRIEUSE

Par deux fois, il avait déjà été élu, lors de scrutins sans enjeux ni candidats, dans l'indifférence générale. Cette fois, les élections générales du 11 avril sont loin d'avoir été parfaites. Omar Al-Bachir n'avait en face aucun adversaire de poids après le retrait du candidat de l'ex-rébellion sudiste, le Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLM).

Mais au moins le scrutin – trop rapidement qualifié d'historique –, a-t-il été organisé dans le cadre d'une période de transition prévue par la signature d'un accord de paix signé sous supervision internationale entre le pouvoir du Nord et l'ex-rébellion sudiste. Les élections générales, de taille démesurée, dans la mesure où 16 millions d'électeurs étaient appelés à voter pour élire à la fois leurs représentants nationaux, régionaux et locaux, cumulant jusque à douze bulletins dans le Sud, ont été conçues à la fois pour donner au Soudan de nouvelles fondations, mais aussi pour servir de base pour le moment-clé du pays, le référendum d'autodétermination de janvier 2011. Administré comme une région semi-autonome depuis la mise en application du plan de paix après 2005, le Sud devrait voter en faveur de la sécession.

Pour le pouvoir de Khartoum, traditionnellement accaparé par les membres d'une poignée de tribus originaires des environs de la capitale, la perspective de voir la partie Sud du pays (8,5 millions d'habitants mais l'essentiel des ressources pétrolières) représente une menace sérieuse. Dans l'immédiat, Omar Al-Bachir, sa victoire à peine annoncée par la commission électorale, a promis lors d'une allocution à la télévision : "Je confirme que nous allons mettre en œuvre le référendum au Sud Soudan à la date précise et que nous allons continuer à œuvrer pour la paix au Darfour."

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont fait état de leurs réserves face aux irrégularités du scrutin. Listes mal établies, bourrages d'urnes (un exemple a même été filmé), intimidations d'électeurs et de candidats, les irrégularités auront été nombreuses, même si les élections se sont déroulées dans une paix relative. L'annonce des résultats locaux, notamment dans le cadre des élections de gouverneurs d'Etat, peut encore déclencher des contestations violentes. Mais pour Omar Al-Bachir, la véritable bataille commence maintenant. Celle qu'il a engagée avec l'appui de l'Union africaine contre la CPI.

Jean-Philippe Rémy

 

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans AFRIQUE