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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 02:00

 

 

 

 

Alain Lamessi 

 

«Que si le sang doit couler, que ce soit dans l’utilité définitive, et que les survivants observent à jamais le devoir de mémoire ».

                                          Juliette ABANDOKWE, journaliste.

 

Dans une tribune, L’Afrique suicidaire, parue dans « Le Monde » du 18 mai 2002, J.-P. NGOUPANDE, soutient avec beaucoup de verve: « Le basculement de nos pays dans la violence, le laxisme dans la gestion des affaires publiques, la prédation sur une vaste échelle, le refus de nous accepter entre ethnies et régions, tout cela a une cause principalement endogène. L’admettre sera le début de la prise de conscience, et donc de la sagesse ». Cette auto critique lucide de la part d’un intellectuel africain, dans le cas de la République centrafricaine, trouve quelques éléments d’explication dans des faits historiques précis.

Si la mauvaise gouvernance est le trait dominant de tous les régimes qui se sont succédé à la tête de l’Etat, la violence semble être le mode privilégié de conquête et de conservation de pouvoir en Centrafrique. En effet, en seulement cinquante années d’indépendance, nous avons connu cinq coups d’Etat, cinq constitutions, trois tentatives de coup d’Etat, une guerre civile, quatre mutineries, des dizaines de rébellions armées. A y voir de près,  le nombre des officiers, sous-officiers, hommes de rang et des civils centrafricains sommairement exécutés par des centrafricains pendant ce laps de temps serait probablement de loin supérieur au nombre des oubanguiens morts pendant les première et deuxième guerres mondiales. Nous avons, nous-mêmes, brûlé des villages entiers des centrafricains, les contraignant à vivre prostrés dans la brousse, mangeant des racines et des lézards. Nous avons, nous-mêmes, détruit des maisons et des biens des centrafricains, richesses de toute une vie partie en fumée en un clin d’œil. Beaucoup ne s’en seront plus jamais relevés et d’autres en seront morts. Nous avons, nous-mêmes, mis le feu dans des bâtiments administratifs, saccagé des biens de l’Etat, détruit des entreprises entières, pourvoyeuses d’emplois et de richesse, vandalisé des véhicules, pillé des magasins et brandissant fièrement les objets volés, baptisés « Grâce à Dacko ». Avec la voracité des rapaces et la férocité des  prédateurs nous avons volé l’argent du peuple déjà si pauvre et l’avons dépouillé de tous ses maigrichons biens meubles et immeubles, réduisant le peuple centrafricain  naguère si fier en une armée de zombies mendiant le pain à longueur de journée pour tromper la faim qui ne le quitte plus, buvant de l’eau boueuse pour satisfaire une soif inaltérable, se livrant à tous les charlatans pour soigner son paludisme chronique, s’éclairant avec de l’huile de palme et se lavant avec les feuilles de papayer comme au temps des ancêtres. Des centrafricains ont pourchassé ou pourchassent encore d’autres centrafricains pour les égorger ou les décapiter comme les chasseurs pourchassent des gibiers dans la brousse.

Cette liste de nos propres turpitudes n’est pas exhaustive. Le président André KOLINGBA avait remarqué à juste titre que « nous avons perdu beaucoup de sang, de temps, d’argent et de larmes ». Cinquante ans de mort et de misère, ça suffit ! Nous avons fait plus de mal à notre peuple en cinquante années d’indépendance que les colons en soixante ans de domination. La République centrafricaine est aujourd’hui un pays esquinté, défiguré et cabossé à cause des coups à elle portés par ses propres fils.

Dans ces ténèbres où les forces du mal semblent provisoirement triompher, quelques lumières s’allument pour éclairer nos sentiers. Si c’était pendant la deuxième guerre mondiale qu’il a sauvé des juifs comme il l’a fait aujourd’hui pour des centrafricains, Maître Nicolas T. serait sans nul doute honoré comme un « juste parmi les nations » et son nom serait gravé sur le « Mur d’Honneur », dans le jardin des justes, à Yade Vashem, à Jérusalem. Il a pris un risque certain pour nous cacher chez lui 30 jours durant et de manière désintéressée.

Savoir prendre des risques pour sauver des amis

Lorsque l’ancien président avait fini de revendiquer la tentative du coup d’Etat, la riposte des militaires loyalistes et des miliciens fut d’une extrême violence. Des coups de feu éclataient partout, des militaires et des miliciens armés jusqu’aux dents, paradaient avec fière allure, armes aux poings, la gâchette facile. Des barricades étaient érigées sur toutes les artères par des militants ivres de rage et de haine. Il fallait décliner son identité ethnique avant de passer ou s’arrêter. Pas un seul chat dehors. Le ciel s’est assombri. La peur s’est emparée de tout le monde.

A ce moment j’ai pensé que des amis qui travaillent au cabinet du président de la République AFP pouvaient envoyer des militaires me protéger. J’ai appelé Prosper N., ancien camarade de l’UNECA, conseillé spécial et porte-parole du président de la République mais son téléphone ne répond pas. J’ai appelé, mon ami et collègue, Marcel L., secrétaire général à la présidence et membre influent du parti au pouvoir, il n’y a toujours pas de réseau. Et si j’allais tout simplement chez Marcel L. Il habite à moins d’un kilomètre de chez moi. Mais comment sortir et par où passer ?

 Il faut coûte que coûte partir. Il faut traverser le fleuve Oubangui pour retrouver la liberté de l’autre côté du Congo. J’ai envoyé un éclaireur (un frère en Christ, ancien de la G.P. renvoyé par le colonel M. pour cause d’indiscipline) pour prendre des contacts, évaluer les risques et trouver un piroguier qui accepterait de me prendre et à quel coût. Il revient le soir, vers dix-sept heures, suant à grosses gouttes, l’air accablé.

-          Frère, tu ne peux pas passer par le fleuve, s’ils t’attrapent tu es mort.

-          Mais pourquoi donc ? Lui demandais-je.

-          Tu es « yakoma » et en plus tu travailles comme conseiller du président Apollinaire D.K. Certains mutins te considèrent comme un traitre et un espion à la solde d’AFP. S’ils t’attrapent ils te tuent sans discussion. Seuls, le colonel K et le capitaine S. qui te connaissent bien, ont tenté de te défendre. Mais tu sais, ils ne sont que deux. D’ailleurs le colonel K. m’a chargé de te dire de ne pas bouger de là où tu es.

A peine son message délivré, l’ancien GP tourna le talon et s’en alla. Je ne l’ai plus jamais revu jusqu’à ce jour. Je compris la gravité de ma situation. D’un côté, parce que « yakoma » les loyalistes me considèrent comme un intellectuel proche du président général A.K., donc un ennemi à abattre et de  l’autre les mutins me considèrent comme un traitre-espion à la solde du président AFP qu’il faut éliminer. Des faucons extrémistes et des Ayatollah intégristes, il y en a dans tous les bords mais il faut que les colombes se lèvent et brandissent les rameaux d’oliviers pour proclamer la paix, encore la paix, toujours la paix et l’unité nationale en République Centrafricaine.

Que faire ? Où aller ? D’où me viendra le secours ? C’est à ce moment-là que j’entends mon portail grincer. Et je vois venir mon ami de toujours, Maître Nicolas T, habillé en short et T-shirt, sandales aux pieds, avec un poste radio collé à l’oreille, écoutant le RFI. Mon chien, Rocky, le connaissant bien, n’a pas aboyé.

-          Alain, je viens te chercher, tu vas te mettre à l’abri chez moi, dit Maître N.T. S’ils veulent te tuer, qu’ils me tuent d’abord, ensuite ma famille et toi à la fin. D’ailleurs le grand frère Jérôme A. est déjà chez moi à la maison.

-          Maître, c’est vraiment gentil. On connaît les vrais amis dans des moments difficiles.

Aussitôt, j’ai rassemblé mon épouse, mes cinq enfants ainsi que ma sœur cadette venue de Bangassou à qui j’ai présenté la situation. Tous sont d’accord avec la proposition. Et mon épouse, visiblement soulagée, d’ajouter en bonne diaconesse, « Gloire à Dieu ! C’est Dieu qui envoyé Nicolas. Je t’avais dit que Dieu fera un miracle. Il a écouté notre prière et a envoyé un ange….».  

Rassuré, je suis rentré chercher quelques effets personnels et nous voila partis. Nous n’avions  qu’à traverser  l’Avenue des Martyrs et à parcourir 200 mètres tout au plus.  Quelle joie de retrouver mon compagnon d’infortune, Jérôme A. !

Deux jours après, la mère de Maître Nicolas T. vint nous rendre visite. Il faut dire qu’elle a mal aux pieds et ne peut se déplacer facilement. Néanmoins, elle a quitté le quartier Boy-rabe jusqu’au quartier Foûh, juste pour nous rendre visite, bravant la peur et les balles perdues. Elle nous a rassurés qu’il ne nous arrivera rien, parce qu’elle avait beaucoup prié pour nous. En repartant elle nous dit : « Je n’ai plus la force de préparer à manger. Mais je vous ai amené des arachides et du maïs frais. Votre femme Monique va les préparer pour vous». Merci maman ! Et paix à ton âme !

Dans la même semaine, l’oncle de Maître Nicolas T. vient nous voir. Il travaille dans la plantation de Maître N., au PK 28, sur la route de Damara. J’ai déjà eu l’occasion de le rencontrer une ou deux fois. Il me prend à côté et me tend quelque chose.

-          Alain, je t’ai apporté quelque chose que tu vas aimer.

-          C’est quoi ?

-          C’est pour les hommes mais je ne l’ai pas apporté pour toi mais pour ma belle-fille qui est restée à la maison.

-          Mais oncle, là où je suis, je n’ai même pas faim, je n’ai même pas soif, je ne dors pas. J’ai vraiment peur pour ma vie. Je ne pense pas du tout à la chose dont tu parles.

-          Alain, tu sais que la guerre ne dure pas éternellement. Quand elle va finir, il faut bien vivre. Il y a un temps pour tout.

 J’aime le pragmatisme de cet oncle paysan pour qui la vie doit triompher de la mort. Et puis on ne donne jamais que ce qu’on a. J’ai pris la fameuse écorce de l’oncle pour lui faire plaisir. Je ne sais pas si je l’avais mâchée ou l’avais jetée quelque part. Je ne m’en rappelle plus. Toujours est-il que mon épouse a accouché neuf mois plus tard d’une jolie petite fille. Celle qui a l’habitude d’appeler Nicolas T. papa et non tonton comme les autres.

Dans notre refuge chez Nicolas T., nous n’avons manqué de rien. Nous avons mangé à notre faim, bu à notre soif et dormi sur de bons lits. Il délaissait souvent sa chambre et venait rester avec nous pour bavarder jusqu’aux premières heures du matin. Parce tous chrétiens, nous passions beaucoup de temps à prier et à lire la Bible. Irène qui était aussi réfugiée chez Maître Nicolas T, priait beaucoup. Elle sortait souvent dans le quartier. Elle nous ramenait  des mangues et de précieuses informations. Mais les nouvelles qui nous parvenaient n’étaient pas bonnes : Tel intellectuel est assassiné, tel haut cadre exécuté, tel autre tué, tel officier décapité, telles personnes enlevées. Beaucoup de nos frères ont traversé au Congo et d’autres sont partis à pieds sur la route de MBAIKI. Et nous ne pensions qu’aux amis qui n’ont pas eu notre chance d’être en sécurité. Que sont-ils devenus Dieudonné W., Jean-de-Dieu G. et Maître Z.A. sur l’Avenue des Martyrs, Grez Sur la route de l’aéroport, Patrick D. et Jean G. aux 200 Villas ? Que sont-ils devenus, mon Dieu ? Sont-ils encore seulement en vie ?

Nicolas T. a dû dépenser une fortune à ce moment-là pour les frais de téléphone. Il appelait partout en Afrique, en Europe, en Amérique pour alerter  l’opinion internationale. « On ne va quand même pas massacrer tous les cadres Yakoma parce qu’il y a eu une tentative de coup d’Etat », tempêta-t-il. Il accordait des interviews à toutes les radios internationales pour sensibiliser le monde entier sur la gravité de la situation en Centrafrique. Dans la semaine et à sa demande la FIDH a envoyé une délégation à Bangui pour venir s’enquérir de la situation.

Des moments de joie succédaient aux moments d’abattement. Jérôme A, en plus d’être notre conseiller spirituel, il était aussi le meilleur compagnon d’infortune qu’on puisse avoir. Toujours de bonne humeur, il a des tonnes d’histoires drolatiques à raconter. Il pouvait nous faire rire toute la nuit avec ses aventures et mésaventures truculentes.  Très souvent on avait vraiment peur avec tous ces coups de feu qui n’en finissaient plus. Les miliciens qui étaient juste à côté, voulaient certainement nous intimider et nous faire comprendre qu’ils savaient que nous étions là, à la portée de leurs kalachnikovs, et qu’ils étaient prêts à en découdre. Et ce chat qui s’amusait à nous faire peur aussi en grattant à la fenêtre, toujours à la même heure, vers minuit ou une heure du matin.

Nous recevions beaucoup de visites des amis : Dr YANGUE, feu Dr DOFARA,  Dr NDOYO, Pr SY, Pr Isaac BENGUEMALE, Maître GOUNGAYE, le ministre Jacob MBAITADJIM, etc. Dans ce moment de disette, certains trouvaient le moyen de nous donner quelques billets de francs CFA. La solidarité, ainsi manifestée, fait chaud au cœur et contredit totalement le tribalisme monté en épingle, par les uns et les autres, pour le besoin de la cause.

Un citoyen américain est venu nous rendre visite. Nous avons discuté sur la situation nationale et échangé nos analyses sur les assassinats. A la fin, il me demanda : « Je sens que tu es fatigué mon frère centrafricain. Veux-tu aller te reposer un peu aux Etats-Unis? Si tu veux devenir américain, je peux t’aider ». J’ai répondu oui, sans trop y croire. Un mois après, lorsqu’un calme relatif était revenu, l’Ambassade des Etats-Unis m’a effectivement offert un billet d’avion, un visa et une bourse pour effectuer un voyage d’étude aux Etats-Unis.

Nicolas T. : Un démocrate sincère

Après « le discours de La Beaule », les démocrates africains en général et centrafricains en particulier ont pris du poil de la bête. La tendance modale était la conférence nationale souveraine. Le CCCCN avait le vent en poupe. Et Maître Nicolas T. vint me voir dans mon bureau, à l’Assemblée nationale, au bord du fleuve Oubangui et me demanda de signer une pétition. J’ai lu la pétition et vu la signature des camarades Clément B., Simone B., Aristide S., Didier W., Jackson M., Denis K.B., etc. Cela aurait pu me convaincre mais je lui dis que je ne signe pas cette pétition pour deux raisons : je suis solidaire de la position de mon parti, le RDC, qui a opté pour le grand débat national au lieu de la conférence nationale souveraine, ensuite je suis loyal au Président André Ko. Il était visiblement déçu de ma réaction mais il me dit simplement, je respecte ton choix. Et cette divergence n’a jamais eu la moindre incidence sur nos relations.

Après l’élection présidentielle de 1999, les contradictions internes au parti RDC étaient exacerbées et les querelles de personnes s’étaient substituées aux débats d’idées.  Je ne m’y retrouvais plus. Je vais voir le Président Louis-Pierre GAMBA à qui je remets ma lettre de démission. Il me dit, je ne suis pas d’accord que tu démissionnes, je te connais, tu as toute ta place dans le parti. Si nous t’avions écouté avec Jean-Eudes T. au congrès de Berberati peut-être que nous n’en serions pas là aujourd’hui.  Souviens-toi de ce que tu disais : « Pourquoi voulez-vous conduire le Président K dans une voie sans issue en refusant le multipartisme. C’est maintenant qu’il faut aller au multipartisme. Demain ce sera trop tard pour le RDC  car nous ne contrôlerons plus rien. Ne prenons pas le risque d’aller à contre-courant de l’histoire». Quelle mémoire éléphantesque pour ce grand frère éternellement jeune que Jérôme TABANGUE (mort en exil comme beaucoup d’autres frères) appelait affectueusement « notre dinosaure » ou « le baobab » !!! Moi-même je ne me rappelais plus de ce que j’avais dit tellement la salle du congrès était chauffée à blanc et la tension vive car l’opposition entre les deux courants était frontale et le débat très passionné. Ultra minoritaire, notre position était battue à plate-couture mais j’eus la consolation d’être élu, par les congressistes, au comité directeur.

Le soir, je vais voir mon ami Nicolas T. à qui je fais part de ma décision de démissionner du RDC. Là encore, j’essuie un refus catégorique. Non il ne faut pas démissionner car on va vite oublier  tout ce que tu as fait mais on va seulement retenir que tu pars maintenant du RDC parce que le Président K. a perdu le pouvoir même si c’est six ans après. Personne ne prendra la peine de dire que c’est pour cause de divergence politique. Et puis il faut que les meilleurs restent dans leur parti comme ça le débat démocratique gagnera en lisibilité  et s’enracinera dans le pays!

Je croyais qu’il allait sauter de joie en apprenant que je pars du RDC. Mais non ! Comment celui qui a toujours pourfendu les positions du RDC soit contre ma démission? Mais cette fois, ma décision étant prise et je n’ai pas écouté le conseil de mon ami. En fait je traversais, au plan personnel, une crise existentielle car je ne croyais plus aux partis politiques et ne voulais surtout plus faire de la politique.

Tout juste un dernier détail pour la route

 Lorsque le général F.B. était ramené manu militari de son exil de Cotonou et jeté en prison à Bangui, le 3 octobre 1989, j’ai vu Maître Nicolas T. rugir comme un lion. « Ils vont le tuer !! Mais cela ne se passera pas comme ça. Le général B. ne mérite pas le sort qu’on veut lui réserver. On ne doit pas le traiter comme un vulgaire objet. C’est un officier général centrafricain. Il mérite respect». Il a remué ciel et terre, cogné à la porte de toutes les chancelleries, activé tout son réseau pour sauver le général. Il a accepté  de le défendre à son procès. Il l’a fait avec beaucoup de passion et de conviction. Le général F.B. sera acquitté par une décision  courageuse de la Haute cour de justice présidée par le vice-président feu Jérôme ZILO. Mais l’ordonnance de sa libération définitive ne sera signée que bien plus tard grâce à l’intrépide juge d’instructions Jacques FRAMANZI et au très respectable Albert KOUDA de la Cour suprême. C’est le lieu et le moment de rendre hommage à ces magistrats intègres qui ont fait honneur à la justice centrafricaine. Si c’était à refaire, j’ai l’intime conviction que Maître Nicolas T., grand combattant de la liberté, le referait sans regret.

Nul n’est prophète chez lui, dit-on. Pourtant, Nicolas T a fortement marqué l’histoire récente de la République centrafricaine de son empreinte. Il a beaucoup fait pour  la promotion et la défense des droits de l’homme ainsi que pour l’instauration et la consolidation de la démocratie en République centrafricaine. Voix des sans voix, bête noire de tous les régimes qui se sont succédé, son combat a toujours été non pas un combat de personnes mais un combat d’idées, un combat pour des principes et des valeurs. C’est ce qui explique qu’il soit parfaitement à l’aise aussi bien de collaborer avec le Président PATASSE dans l’opposition, dans le cadre du FARE 2011, alors qu’il l’avait combattu au point de soutenir le général BOZIZE à sa prise de pouvoir que de s’opposer aujourd’hui avec véhémence au régime du président BOZIZE lorsqu’il estime que la liberté du peuple est bafouée. Comment peut-il en être autrement pour ce chrétien évangélique baptisé, dans le fleuve Oubangui, par feu pasteur Nicolas NGARASSO pour qui il voue une profonde admiration?

Le bilan des combats successifs de Maître N.T. sera fait par l’histoire le moment venu. J’écris ces lignes pour rendre hommage de son vivant à un digne fils de Centrafrique, à un frère, à un ami et à un camarade, que j’ai connu pour la première fois en 1980 dans le mouvement étudiant centrafricain en France (UNECA). Je le fais en reconnaissance de la main qu’il nous a tendue alors que tout vacillait autour de nous et que la mort avec arrogance nous toisait déjà du regard.

Comme Nicolas T., de nombreux centrafricains n’ont pas cédé à la facilité. N’écoutant que leur courage et mus par le noble sentiment d’amour du prochain, ils ont pris le risque de cacher des centrafricains pour les protéger de la folie meurtrière d’autres centrafricains, de leur donner à manger et à boire. Certains l’ont  fait au péril de leur vie. Ils l’ont fait sans rien attendre en retour. Dans l’anonymat le plus total, ils n’auront ni récompense, ni décoration. Ils ne seront même pas comptés parmi les héros de la République pourtant ils ont sauvé tant de vies précieuses.

 Maître Nicolas T. aurait pu être héritier politique du Professeur Abel GOUMBA. Comme lui, il est un « lion indomptable ». Mais Charles-Maurice de TALLEYRAND, homme politique français du XIXe siècle et fin stratège, brossant son auto portrait, n’a-t-il pas admis avec sincérité : « Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour celle du renard » ?  Puisse l’engagement de Maître Nicolas T. à côté du peuple servir de modèle à la jeunesse centrafricaine. 

                                                                                                 Alain LAMESSI

                                                                                                 Docteur en psychopathologie-CAFDES

                                                                                                 Directeur MAS

 

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