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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:03

 

 

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Nzapalainga, Mgr Mathos et Mgr Vanbuel

En Centrafrique la population souffre de la pauvreté et des violences répétées

Source : Caritas.org 18 mai 2010

La République Centrafricaine figure parmi les pays les plus pauvres du monde. Mgr. Edouard Mathos, Président de la Conférence Episcopale de Centrafrique, son Vice-président Mgr. Albert Vanbuel, et Dieudonné Nzapalainga, responsable des activités de Caritas sur place, nous ont expliqué pourquoi leur pays continue d’être ravagé par des rébellions.

Caritas : Actuellement, quels sont les principaux problèmes en Centrafrique ?

Mgr. Mathos : Le pays est très riche en ressources naturelles et en terre fertile. Il y a beaucoup de forêts, de l’eau, de l’or, de l’uranium et des diamants. Pourtant, les gens vivent pauvrement et n’arrivent pas à se soigner ou à envoyer leurs enfants à l’école.

Mgr. Vanbuel : La population ne bénéficie pas de ces ressources. Elles ne profitent qu’à quelques personnes. Il y a beaucoup de corruption. La grande majorité de la population essaie de survivre en travaillant dans l’agriculture. Mais le taux de malnutrition est élevé et l’industrie pratiquement inexistante.

P. Nzapalainga : Beaucoup de parents n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école et sont obligés de les faire travailler dans les champs. Donc vous voyez, un enfant qui travaille, reste dans l’analphabétisme et l’ignorance du monde qui l’entoure, c’est un rebelle potentiel.

Mgr. Vanbuel : Depuis des années, on connaît des coups d’Etat, des rébellions et des guerres, la population en souffre. Dans mon diocèse Kaga Bandoro, au nord du pays à la frontière avec le Tchad, l’année dernière, il y avait 10 000 personnes déplacées, qui manquaient de nourriture et de médicaments.

Caritas : Les violences continuent ?

Mgr. Vanbuel : Il y a eu un accord de paix entre le gouvernement et des mouvements d’opposition en décembre 2008. Mais on n’arrive pas encore à l’appliquer. Même les rebelles qui veulent arrêter et s’intégrer dans la société restent souvent armés puisqu’on ne peut pas leur offrir d’avenir, une formation par exemple. A côté, il y a d’autres rébellions qui se sont ajoutées, par exemple chez moi, il y a plus de mille Tchadiens qui ne parlent même pas de démobilisation. Il n’y a pas de vraie paix. C’est pour cela que les élections présidentielles qui devaient avoir lieu en mai ont été reportées. En général, c’est la pauvreté qui pousse les gens à devenir rebelles. Cette pauvreté fait de sorte qu’on n’arrive pas à vivre ensemble. Donc, si on ne peut pas résoudre le problème de la pauvreté, la rébellion reviendra toujours.


Caritas : Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour vraiment améliorer la situation de la population ?

P. Nzapalainga : Aider un maximum d’enfants à aller à l’école. La société de demain en sera renforcée et nous aurons des élites qui pourront aider le pays à se développer. Il faut également renforcer le rôle des femmes. Beaucoup de femmes n’ont même pas d’acte de naissance et ne peuvent pas voter. Les parents préfèrent les garçons. Il doit y avoir un changement de mentalité pour que les gens considèrent qu’une fille doit avoir toute sa place dans la société et qu’elle peut réussir aussi.

Mgr. Vanbuel :
Notre pays est très vaste. Il est plus grand que la France pour seulement quatre millions d’habitants. Il y a des terrains, la possibilité de faire de l’agriculture. Le manioc, les arachides, les carottes, le riz, toutes sortes de cultures sont possibles. Mais les gens doivent réapprendre à travailler. Dans le pays, on ne trouve presque pas de formations professionnelles. Dans mon diocèse, trois fois la taille de la Belgique, il n’y a rien.

Mgr. Mathos : La valeur que nous voudrions transmettre, c’est que les gens doivent se prendre en charge. Et qu’ils ne restent pas là à attendre seulement l’aide étrangère. C’est à eux de s’y mettre, ensemble avec les partenaires étrangers.

Caritas : Quel type d’actions est-ce que Caritas mène en Centrafrique ?

P. Nzapalainga: Nous travaillons dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et du rapprochement entre communautés. Nous aidons des femmes séropositives par un soutien moral et des activités génératrices de revenus. Nous payons également la scolarité des orphelins du sida pour leur donner un avenir.

Caritas soutient également l’agriculture dans les villages pauvres. Les villageois ont souvent la volonté de changer leur situation, mais le niveau de vie étant tellement faible, ils n’ont pas les moyens de s’en sortir. Caritas les aide par l’achat de matériel et de semences. On sait aussi que, quand il y a un repas à partager, quand il y a de la solidarité, c’est déjà le début de la paix. Caritas donne également des compléments de nourriture aux enfants malnutris, leur permettant ainsi de se développer pleinement et d’aller à l’école.

Caritas : La Centrafrique reçoit par ailleurs de l’aide de différentes ONG et d’organismes internationaux. Comment jugez-vous l’impact de l’aide étrangère ?

Mgr. Mathos : Certaines ONG et institutions arrivent dans le pays avec beaucoup d’idées préconçues. Ils viennent dire par exemple qu’il manque une école dans tel village. Ils vont la construire mais ne se soucient pas qui va y enseigner. Ensuite, l’école sera remise au village, alors que les villageois n’ont pas les moyens de la maintenir en état. Et puis, la population sur place a souvent d’autres soucis. Il y a des parents qui ne croient même pas à l’école, surtout dans les villages. Mais les étrangers ne voient pas qu’il faut faire un travail de sensibilisation. L’Eglise essaie de faire évoluer les mentalités et d’inclure cet aspect dans son travail social. Des institutions comme les Nations Unies et la Banque mondiale s’adressent souvent à nous et au réseau Caritas parce qu’ils savent qu’on est au plus proche de la population et qu’on connaît bien le territoire.

 

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