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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 01:20

 

 

 

affaires perso abandonnées par Boz

 

 

Henry De Montherlant a eu l’idée d’affirmer que « c’est le jour des révolutions que les choses rentre dans l’ordre ».  Malheureusement quelle amertume lorsque l’ordre, au pluriel depuis plus d’un demi siècle peine à s’instaurer en République centrafricaine ! Quelle amertume lorsque trouver un « quoi vivre ensemble » a du mal à s’établir en République centrafricaine !  Quelle amertume lorsque « l’union sur fond de division » est quasiment impossible dans un pays où l’une des composante de la devise nationale est « Unité » - Dignité – Travail.


En effet pas plus que quatre seulement après l’indépendance, un désordre, au pluriel, s’est instauré en République centrafricaine. Du coup le langage des armes y a élu domicile. Le plus fort en République centrafricaine est celui qui est capable de ramasser les armes et renverser les détenteurs du pouvoir. Ce qui fait que la vieillesse des rancunes entre les leaders politiques centrafricains n’a pas altéré la quête obsessionnelle du pouvoir. La population a toujours été otage des rancunes au niveau politique.  D’une part chaque leader, une fois arrivé au pouvoir, se fabrique son bouc émissaire. Ce qui implique rancœur, haine, brimades, tracasserie et vengeance pour le mal qu’ils se sont faits réciproquement. Maurice Kamto, dans son Pouvoir et droit  en Afrique : Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les Etats d’Afrique noirs francophones,  affirme que « En République centrafricaine il n’y a que des personnalités politiques revanchardes » (p.368). Ainsi dès les premiers instants de l’indépendance Abel Goumba était l’ennemi de David Dacko à cause d’une mission non autorisée que celui-là a effectué à Brazzaville. Dacko lui en voulait à vie (Lire Mémoires d’Abel Goumba, p.23 et sss) et c’est à l’occasion de la clôture du Dialogue national de 2003 qu’ils se sont pardonnés officiellement. Quelques mois plus tard Dacko allait être rappelé au ciel. David Dacko était l’ennemi juré de Jean Bedel Bokassa. « La plus grosse erreur de ma vie était de laisser Dako en vie » dixit Bokassa. André Kolingba, au pouvoir pendant 12 ans, traitait Ange Félix Patassé et Abel Goumba de « Assoiffés et aigris du pouvoir ».  Ange Félix Patassé, une fois arrivé au pouvoir, considérait André Kolingba et Abel Goumba de « Ratés de pouvoir ». François Bozizé, au pouvoir pendant dix ans, appelaient ses opposants Martin Ziguélé, Nicolas Tiangaye et Henri Pouzère de « sorciers et vampires » de son pouvoir. Aujourd’hui Michel Djotodjia et Nicolas Tinagaye tiennent à  leur les rênes du pouvoir centrafricain, comment vont-ils traiter leurs opposants ? On verra bien lorsque les réalités du pouvoir centrafricain se feront sentir avec les revendications de  tous ordres.


D’autre part chaque fois que la République centrafricaine veut développer et consolider la démocratie assortie de l’Etat de droit, l’armée est là pour se comporter en « gendarme » de la vie politique centrafricaine. Au fait avec le coup d’Etat du dimanche 24 mars 2013 conduit par une rébellion de la Séléka depuis le 10 décembre 2012, ayant évincé un régime prétendu démocratique du général François Bozizé, la République centrafricain en est à son vingt-troisième soulèvement militaire. Le coup d’Etat du 31 décembre 1964 organisé par Jean-Bedel Bokassa, plus que connu sous le nom de « coup d’Etat de la Saint Sylvestre » a inauguré une crise militaro-politique interminable en République centrafricaine.  En 1968 une tentative de coup d’Etat contre  Bokassa s’est soldée par l’exécution Banza et  Kallot.  Une année plus tard, une autre tentative, toujours contre Bokasse, va être sanctionnée par l’exécution de Mbongo, Kolignako et Mandé. En 1976, quand Bokassa allait ériger la République centrafricaine en Empire centrafricaine une autre tentative de coup d’Etat contre ce projet,  sera étouffée par l’exécution systématique  du comandant Obrou, Zoukongo et leurs complices. Le 28 septembre 1979, protégé par des parachutistes français, David Dacko renverse la monarchie constitutionnelle de Bokassa. C’est l’opération « Baracuda ». Deux ans plus tard les élections controversées de 1981 vont favoriser l’irruption du Général d’armée Andrée Kolingba au pouvoir à son corps défendant le 1er septembre 1981.

 

Ce dernier n’a même pas passé une année quand les généraux François Bozizé et M’baïkoa ont envisagé de le renverser en 1982. L’échec s’est suivi de l’exil de François Bozize à Cotonou au Bénin et le Nord de la République centrafricaine était abandonné à son triste sort par le pouvoir central qui siège à Bangui la capitale.  En 1993, une mutinerie de la garde présidentielle revendiquant les arriérés de solde, va vaciller le pouvoir du Général André Kolingba qui a été sequestré pendant 10 heures par les mutins. Dans la même année, une mutinerie sanglante des RDOT et du RMI réclamant aussi les arriérés de solde vont entrainer la mort d’une femme enceinte. Les élections controversées de 1993 se sont soldées par un coup de feu à l’occasion duquel un garçon a trouvé la mort à Berbérati.  Deux ans seulement après l’élection démocratique d’Ange Félix Patassé, il y eut une mutinerie le 18 avril 1996. Les mutins Parfait M’Baye et Annicet Saulet revendiquaient les arriérés de leurs soldes. Un mois plus tard le 18 mai 1996 une deuxième mutinerie sera déclenchée pour exiger l’application des accords d’avril et qui, après une semaine, s’est transformée en tentative de coup d’Etat. La France a dû intervenir pour sauver le pouvoir d’Ange Félix Patassé avec l’opération Amaldin 1.  Dans la même année 1996, au mois d’août une autre mutinerie a eu lieu pour protester contre la décision d’Ange Félix Patassé de transférer les régiments à Bouar. Le 3 novembre  1996 une mutinerie des éléments du RDOT et du RMI exige la démission du Président Patassé.

 

Celui-ci a été sauvé grâce à la France qui a envoyé l’opération Amaldin 2. Le 16ème soulèvement militaire en République centrafricaine est le coup d’Etat manqué du 28 mai 2011. La décision de poursuivre le Chef d’Etat major des armées centrafricaines, François Bozizé, par Ange Félix Patassé va diviser l’armée en septembre 2011. Le 25 octobre 2002, François Bozizé lanec une offensive rebelle (18). Le 15 mars 2003 il renverse finalement le pouvoir que détient Ange Félix Patassé.  Au lendemain des élections de 2005, les perdants vont ramasser les armes au Nord de la République centrafricaine. Il s’agit de Jean Jacques Démafouth et Abdoulaye Miskine. En 2010 une coalition de la séléka va hanter tout le nord ouest de la République centrafricaine. Le 10 décembre 2012 elle lance une offensive vers Bangui. Le pouvoir de François Bozizé a été sauvé grâce aux forces africaines de la Micopax. Finalement le 24 mars 2013, François Bozizé  est évincé par Michel Djotodja.

 

Un rapide décompte statistique  révèle que, en 53 ans d’indépendance, l’armée a tenu les rênes du pouvoir pendant 39 ans, et elle les tient encore, excepté la gouvernance d’Ange Félix Patassé et de David Dacko.  L’activisme des militaires s’est traduit par l’occupation des institutions de l’Etat. Avec l’accession des militaires au pouvoir, la République centrafricaine pouvait bien espérer d’une restauration de l’ordre car les militaires  sont techniquement et matériellement outillés dans ce domaine. Hélas !  La lutte contre le désordre en République centrafricaine est une entreprise périlleuse, non pas dans les moyens à mettre en œuvre, mais dans les stratégies à adopter. La défaillance  de l’Etat   en matière d’ordre s’est manifestée par la déliquescence de l’armée centrafricaine (I) incapable de sécuriser les frontières de l’Etat (II).

 

I/ Un désordre  lié à la déliquescence de  l’armée centrafricaine

 

L’armée a toujours été un facteur d’insécurité en République centrafricaine. Pour des raisons historiques et extra juridiques, l’armée se trouve le  plus  souvent au cœur des problèmes de la construction de  l’Etat souvent dans des formes institutionnelles dont il faut apprendre à lire les significations cachées. La réalité est plus complexe dans la mesure où en République centrafricaine la Présidence a été plusieurs fois investie par un militaire qui se dotait en outre du Ministère de la défense. Le pouvoir politique est à plusieurs reprises animé par des militaires habillés en civil occupant les appareils clé de l’Etat.


Aujourd’hui, l’armée centrafricaine est caractérisée par un conglomérat hétéroclite, sans cohésion, ni discipline, composé des  ex loyalistes,  des ex  mutins, des ex libérateurs, des patriotes et des rebelles. L’effectif global ne répond pas aux exigences des missions. Les soldats restent huit à dix mois sans relève faute de remplaçants. Il  y a un vieillissement évident des personnels des armées centrafricaines. Cet aspect du problème représente un handicap majeur : certains personnels sont hors limite d’âge depuis plus de dix ans. Un rapport constate qu’au moins 700 personnes tout grade confondu devraient faire valoir leur droit à la retraite. Or, leur présence empêche de facto toutes procédures de recrutements et d’avancements. Dès lors,  les capacités opérationnelles des forces armées centrafricaines sont réduites.


Le recrutement anarchique fondé sur le tribalisme, le clanisme et le régionalisme,  ne répond à aucun des critères de moralité, de motivation, d’aptitudes physiques et intellectuelles. La politique de nomination est faite au mépris des dispositions statutaires. Elle ne tient plus compte de critères de compétence, de qualification, de formation, de la durée de service. En conséquence, les compétences disponibles sont mal utilisées, la pyramide des grades est perturbée engendrant une absence de correspondance entre les aptitudes reconnues et les missions confiées.


Sur le plan matériel, des insuffisances sont aussi criantes. Il en va ainsi, du logement dans les casernes. Aussi, bon nombre de militaires résident en dehors des casernes et à leurs frais. Ces militaires éprouvent d’énormes difficultés pour se rendre à leur lieu de travail et la solde perçue ne leur permet pas de supporter leur frais de déplacement et d’assurer les dépenses d’un ménage. Les différentes crises ont conduit les autorités politiques centrafricaines à faire appel à des forces étrangères pour suppléer l’armée centrafricaine.


Cette désorganisation tant matérielle que sur le plan de la gestion des ressources humaines, aboutit à une situation totalement incontrôlable. La misère de ces militaires les amène à racketter voire à braquer des civils, et donc à créer une plus grande insécurité. Il en résulte une dénaturation des forces armées. La hiérarchie, la discipline, la cohésion d’ensemble,  symboles de l’institution militaire n’existent plus. Ils sont remplacés par des liens d’allégeance au pouvoir. Non seulement l’armée n’est plus soudée, mais elle obéit le plus souvent à des critères sans rapport  avec l’efficacité militaire.


Sur le plan éthique, les notions de sacrifice, familières de l’institution militaire résonnent comme des mots creux. Les généraux proches du pouvoir doivent plus leurs galons à leurs relations privées avec le Chef de l’Etat qu’à leur aptitude au combat. A l’opposé, des officiers réputés pour le sérieux de leur formation et pour leurs compétences, mais originaires d’autres provinces que celle du président, se trouvent victimes de mesures d’éloignement et  de purges.


 La perte du sens   patriotique et la disparition de l’« esprit de corps » ont grandement  porté préjudice à la dignité et à la crédibilité du soldat centrafricain.  C’est vraiment un processus de désintégration qui conduit,  à terme,  au malheur  des armées devenues « sans cœur,  ni âme ».


En somme, l’armée centrafricaine est peu performante, modeste, parfois  tout juste de parade, incapable de mener à terme un combat. Le militaire centrafricain reste sous équipé. Tous les matériels ne relèvent que des dons des pays amis souvent très insuffisants,  parfois de vieux matériels rénovés. La précarité est permanente.  L’organisation de l’institution militaire est un chantier abandonné, ne pouvant que déboucher sur l’inaction des forces militaires.


 II/ Un désordre né de la porosité des frontières


Le contrôle des frontières est un attribut de la souveraineté et l’avenir de l’Etat en dépend entièrement. Pour autant la délimitation des frontières de l’Etat n’a suscité aucune réaction particulière du peuple centrafricain et n’a soulevé aucune polémique des politiques. Le territoire centrafricain est le résultat d’une négociation entre Britanniques, Allemands et les agents de l’Etat du roi belge. Ces frontières, ainsi délimitées, sont restées presque immuables. La conquête des frontières n’a pas été un enjeu central en République centrafricaine.


Les frontières en Afrique centrale ont fait l'objet de la Convention germano-britannique du 14 août 1893. La frontière entre le Soudan et la RCA a été fixée par un Accord du 14 juin 1898 passé entre l’Angleterre et l’Egypte. La France l’a accepté le 10 janvier 1924 ; le Soudan et la RCA ont signé le 25 mai 1966 un communiqué conjoint qui accepte cette frontière. La frontière entre le Cameroun et la RCA a été fixée par Convention du 15 mars 1874 signée entre la France et l’Allemagne. La frontière entre le Tchad et la RCA a été unilatéralement fixée par la France le 8 avril 1858. Il n’y a pas d’accord sur la frontière entre la République du Congo (Brazzaville) et la RCA. Toutefois, la France s’en charge. La frontière entre la République Démocratique du Congo (ex Zaïre) et la RCA a été fixée par la Conférence de Berlin de 1885. Avec le nouveau Soudan du Sud, les autorités centrafricaines ont gardé une position mitigée.


Mais,  au de-là de ce constat, force est de constater que  l’exercice du pouvoir n’a pas vraiment contribué à la stabilisation politique et territoriale en République centrafricaine. Sous l’effet des flux des marchandises et des personnes, la question du respect des frontières connaît une nouvelle actualité. Car dans quelques régions frontalières de la République centrafricaine, des bandes armées transmigrantes n’ont cessé  de se former et sont en quête d’opportunité et de prédation. Traversant des frontières libres de surveillance, elles s’agrègent et se reforment sans cesse en fonction des circonstances tactiques et perdurent grâce à la libre circulation qui caractérise les zones grises du pays. Ainsi, la  Lord Resistance Army (LRA), de l’Ouganda, a traversé tout le Sud-Soudan pour s’infiltrer dans l’Ouest de la République centrafricaine. Le lien direct entre absence de contrôle frontalier sur les personnes et guerre est bien réel.  La République centrafricaine n’a aucun contrôle sur ses frontières. Les conflits sont nés des fractures du système local où le territoire et les frontières de l’Etat sont les plus fragiles. En conséquence, l’extrême porosité des frontières autorise un approvisionnement continu des belligérants  en armes et permet aux milices de demeurer pleinement opérationnelles.


Dans leur ensemble, les frontières de la République centrafricaine sont mal ou faiblement contrôlées notamment du fait du manque d’infrastructures techniques et de ressources humaines. La situation a même empiré en raison d’un appauvrissement de l’effectif des agents de la police des frontières.  A l’indigence des postes de contrôle, s’ajoute le découragement des agents des services de sécurité. Ces derniers sont généralement mal payés et se sentent isolés ou abandonnés sans moyen de travail adéquat et sans véritable protection face aux attaques des criminels et des trafiquants transfrontaliers. Les mesures de sécurité instaurées le long des frontières de la République centrafricaine sont donc à améliorer car,  en l’absence d’une présence de l’autorité  de l’Etat, les citoyens sont obligés de gérer eux-mêmes la sécurité de  leurs communautés. Le marquage matériel des frontières n’existe pratiquement plus. Par ailleurs, la zone frontalière de l’Etat centrafricain est extrêmement étendue et son contrôle coûteux.  On note aussi que ces longues frontières sont d’accès difficiles.  Une vue d’ensemble du territoire révèle des infrastructures routières totalement impraticables. Les routes bitumées sont rares et elles desservent très peu les frontières.


L’incapacité de l’Etat Centrafricain d’assurer une surveillance effective de ses frontières territoriales, aboutit à des solutions en marge de la légalité. Régions périphériques, ses zones frontalières insuffisamment contrôlées finissent par donner naissance à un monde avec ses propres règles et  ses lois. Elles ont tendance  à se transformer en zones de non-droit quand l’Etat y est absent ou insuffisamment efficace. Elles facilitent des déplacements guidés par des habitants qui connaissent les terroirs, les caches et les refuges ; les frontières deviennent ainsi un terrain idéal pour les criminels qui les passent facilement. L’instabilité politique, la misère, la mauvaise gestion et la corruption détournent les agents de l’Etat de leur mission.  Tant que séviront  ces fléaux, la République centrafricaine n’aura pas compris la nécessité d’une frontière.


Le contrôle des frontières de la République centrafricaine exige des moyens humains, matériels et financiers importants qui sont  à vrai dire hors de portée. La coopération interétatique est donc nécessaire pour la sécurisation efficace des frontières. Dans le cadre de cette coopération, deux niveaux sont possibles : d’une part, sur le plan national, la République centrafricaine devrait renforcer le contrôle  aux frontières par une présence effective  et adéquate des forces de douanes et de sécurité. D’autre part, sur le plan sous-régional, les Etats peuvent harmoniser les législations en ce qui concerne le contrôle des zones frontalières et la punition des infractions douanières et transfrontalières. La sécurisation frontalière  implique donc un renforcement du contrôle  des mouvements de marchandises et surtout des personnes. Ainsi, la réforme du secteur de la sécurité demeure embryonnaire, il est nécessaire que les nouvelles autorités de la République centrafricaine enclenchent un processus de consolidation.

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Centrafrique-Presse.com - dans Opinion