Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 18:57

 

 

 

 

Polisse-Bebe-copie-1.JPG

 

 

 

En écoutant dernièrement les divers témoignages concordants de Monseigneur Albert VANBUEL et d’autres concitoyens concernant l’intervention militaire conjointe tchado-centrafricaine menée contre les troupes rebelles du FPR (Front Populaire pour le Redressement) dirigé par le sulfureux Baba LADE implantés tous illégalement dans la localité de Kaga-Bandoro, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur la nécessité de cette opération, non pas qu’il ne fallait pas que les autorités centrafricaines agissent pour défendre l’intégrité du territoire national outrageusement violé par cette rébellion d’origine étrangère (notamment tchadienne) depuis maintenant plusieurs mois, mais sur l’opportunité de mener la dite opération avec l’appui de l’armée tchadienne.

En effet, nul n’est sans savoir que l’armée tchadienne est connue pour sa brutalité, sa violence aveugle, son indiscipline caractérisée et surtout son manque de culture dans le cadre du respect des conventions internationales en matière de guerre. Elle s’était déjà illustrée plusieurs fois de façon très négative dans la plupart des conflits politico-militaires qui ont marqué l’histoire politique de la République centrafricaine, sans que chacun garde d’elle de souvenirs très agréables. En guise d’exemple, tout Centrafricain ayant vécu dans notre pays les soubresauts politiques de 1997 qui provoquèrent (à la demande du feu Président Ange Félix PATASSE) l’intervention de ladite armée, se souvient encore aujourd’hui du fameux cri de furie « djibâ chargeur » signifiant littéralement, dans la compréhension sangophonique, « vider le chargeur », et qui consista alors à tirer sur tout ce qui bouge. De cette intervention, notre pays eut dénombré de milliers de victimes abattues froidement et sans discernement par cette cohorte de « killers » qui eurent manifestement la gâchette facile et semblèrent visiblement perdre toute humanité.

C’est en effet ce comportement belliqueux extrêmement virulent qui se reproduit depuis peu dans notre pays à travers la répression sanglante tout azimut exercée par cette soi-disant armée tchadienne sur les habitants de Kaga-Bandoro, au prétexte de traquer les rebelles tchadiens pourtant tous déguisés en civil, et qui a déjà occasionné (selon de nombreux témoins) des centaines de milliers de victimes civiles innocentes.

A vrai dire, s’il n’y a aucune contestation possible pour une armée, telle l’armée centrafricaine, de jouer le rôle qui lui est dévolu, celui de la défense du territoire national, il est cependant pathétique de savoir que, parce qu’elle n’a pas les moyens de sa mission et surtout de son autonomie, elle peut insidieusement faire l’objet d’une aliénation par des autorités sans scrupules qui n’ont qu’une seule préoccupation : la mettre à contribution sous de prétextes fallacieux pour défendre la dictature  voire la « démocrature » dans un pays voisin.  C’est exactement ce que fait le gouvernement centrafricain qui, au motif de combattre la rébellion tchadienne, contribue en réalité à défendre le régime impopulaire et antidémocratique du Président tchadien Idriss DEBY ITNO qui use ostensiblement de son influence sur le pouvoir de Bangui pour se débarrasser de la menace qui pèse sur son régime à travers ce mouvement armé du FPR.

En principe, une opération militaire (même conjointe) contre les forces non conventionnelles sur le sol d’un Etat souverain devrait être menée en toute souveraineté et en toute indépendance par l’Armée nationale  avec l’appui possible d’une ou plusieurs force(s) régulière(s) étrangère(s), et non l’inverse, sous peine de faire passer cet Etat pour un protectorat. Car la souveraineté, telle que définie par Louis Le FUR, est « la capacité de l’Etat de n’être obligé ou déterminé que par sa propre volonté (…) conformément au but collectif qu’il est appelé à réaliser». Autrement dit, l’Etat souverain n’agit que par sa propre détermination, en fonction de ses propres intérêts dans les domaines qui caractérisent son autodétermination et qui sont ceux de la diplomatie, la justice, la sécurité intérieure, la défense nationale.

Or, à la lumière des différents témoignages de ce qui se passe encore aujourd’hui à Kaga-Bandoro, c’est l’Armée tchadienne qui dispose du commandement des opérations (en dictant sa volonté), et qui les mène en totale violation des conventions internationales en matières de guerre, pillant, tuant, volant et violant les populations civiles innocentes abandonnées à elles-mêmes, sans aucune possibilité de se défendre contre ces « fous de kalachnikovs » réputés pour leurs multiples bavures à l’aveuglette. Pour tout centrafricain patriote, il est inadmissible que des tchadiens (rebelles et armée régulière) viennent se livrer une guerre totale sur notre sol avec les conséquences dramatiques que cette aventure belliqueuse peut avoir sur nos concitoyens.

Cette guerre tchado-tchadienne sur le sol centrafricain, qui a déjà subi autant de dégâts humains et matériels, est la conséquence logique soit de la naïveté des autorités centrafricaines qui n’ont certainement pas mesuré les retombées de ce déchainement de violence sur les habitants de la localité, soit du cynisme qui les caractérise, et qui semble les amener à s’en foutre éperdument de la perte en vies humaines et en matériels d’une partie de leur peuple.

Pourtant, deux possibilités s’offraient aux autorités centrafricaines, pour peu qu’elles fassent preuve de perspicacité et de sagesse :

L’Armée centrafricaine dispose des moyens de sa mission et, dans ce cas, mène l’offensive toute seule pour mettre hors d’état de nuire les rebelles tchadiens implantés illégalement par effraction sur notre sol ;

L’Armée ne dispose pas des moyens de sa mission (ce qui est probablement le cas aujourd’hui), alors dans ce cas, le gouvernement centrafricain active les leviers de la diplomatie pour convaincre les partenaires internationaux (hormis le Tchad qui est, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans ce conflit) à agir en appui des opérations éventuelles à mener pour libérer les territoires sous contrôle. Ce qui malheureusement n’a pas été fait.

Cela dit, vu la confusion qui règne sur le terrain et qui soumet nos concitoyens de Kaga-Bandoro à des exactions effroyables, j’invite les autorités de Bangui à prendre des mesures qui suivent pour arrêter le massacre :

Demander l’arrêt des combats et le retrait immédiat de l’Armée tchadienne de cette zone sinistrée;

Déployer les éléments des FACA (Forces Armées Centrafricaines) dans les secteurs touchés par les combats pour protéger et rassurer les populations civiles en proie à la maltraitance et à la fureur de l’armée hyper vindicative du Tchad;

Mettre un terme aux arrestations arbitraires et aux exécutions sommaires, à l’exemple du ressortissant peul abattu froidement en plein centre de la capitale Bangui sur la base d’un simple soupçon;

Sécuriser les frontières avec le Tchad et le Soudan pour prévenir d’autres incursions sauvages sur le territoire national ; car les frontières avec nos voisins sont  devenues une véritable passoire où tout le monde y passe comme dans un moulin, sans absolument aucun contrôle (à l’exemple non seulement des éléments du FPR, mais également ceux de LRA du sanguinaire Joseph KONY tous confortablement installés en Centrafrique);

Doter l’Armée centrafricaine des moyens nécessaires (matériels et humains) pour œuvrer efficacement en faveur de la défense de l’intégrité du territoire ;

Arrêter la tribalisation et la politisation de l’Armée nationale par une vraie réforme de structure susceptible de rendre les FACA plus professionnelles, plus capables de répondre dorénavant aux agressions de toutes sortes, diverses et variées provenant du Tchad (rébellion ou pas) ou d’autres pays voisins ;

Relancer le programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) mis à mal par l’arrestation de Jean-Jacques DEMAFOUTH ;

Dialoguer avec l’opposition politique et la société civile pour trouver des solutions pérennes à la pacification du pays suite aux frustrations générées par le holdup électoral des élections du 23/01/2011.

Par ailleurs, je condamne, de la manière la plus forte, aussi bien la violation de l’intégrité territoriale de la république centrafricaine par les groupes rebelles étrangers que l’interventionnisme effréné et incessant du gouvernement tchadien qui se complait de sa relation plus ou moins paternaliste avec les autorités centrafricaines en décidant de tout, en agissant partout, en faisant tout ce qu’il veut dans notre pays, sans qu’il lui soit opposé un refus catégorique.

J’exhorte donc le Président François BOZIZE à faire preuve d’un minimum de caractère et d’autorité (au nom du peuple centrafricain qu’il représente) vis-à-vis de son homologue tchadien Idriss DEBY ITNO qui s’autorise plus fréquemment à prendre notre pays pour une « sous-préfecture » du Tchad où il peut renverser ou installer au pouvoir qui il veut, quand il veut, y déployer ses troupes en toute liberté et les retirer quand bon lui semble. Cette politique diplomatique à relent « impérialiste » du gouvernement tchadien envers un Etat souverain voisin est tout simplement inadmissible et peut être considérée à l’échelle nationale comme un manque de respect cinglant voire une offense à l’égard du peuple centrafricain tout entier. Quoiqu’il ait joué un rôle crucial dans l’accession au pouvoir du régime actuel du Général François BOZIZE, cela ne lui donne pas le droit d’étendre une certaine hégémonie sur notre chère patrie la république centrafricaine.

Paris, le 05/02/2012

Médard POLISSE BEBE

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Dossiers