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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 20:52

 

 

 

 

Mgr-Nzapalainga.jpg

 

http://www.la-croix.com  21/6/12 - 17 H 00

Nommé administrateur apostolique du diocèse de Bangui en 2009, Mgr Dieudonné Nzapalainga a vécu au plus près la grave crise qui a affecté l’Église de Centrafrique.

Le 22 juillet, il sera ordonné archevêque de Bangui, en même temps que les trois autres évêques nommés par Benoît XVI en mai, après trois ans de vacance épiscopale. 

Il explique la méthode employée pour restaurer l’unité au sein d’un clergé déchiré et frappé par de nombreux scandales, moraux et financiers.

 En 2009, une grave crise secoue l’Église de la République centrafricaine : démission de trois évêques, grève des curés en signe de protestation, lettres envoyées par des prêtres diocésains pour dénoncer les agissements de religieux. Comment avez-vous envisagé votre mission lorsque vous avez été nommé administrateur apostolique du diocèse de Bangui ?  

La crise de 2009 a révélé les faiblesses de notre institution. Même si beaucoup de catholiques sont engagés sur de nombreux plans (politique, culturel, économique), notre Église est encore jeune : elle a fêté son centenaire en 1994. Il faut du temps pour constituer un corps solide… 

À l’époque, Rome a voulu signifier que nous n’honorions pas les exigences auxquelles nous sommes appelés. Or, lorsqu’on met le doigt sur la plaie, cela fait très mal. Aujourd’hui, je peux dire qu’il s’agit d’une crise passagère. Nous avons essayé d’en tirer les leçons. 

Certains prêtres se sont désistés d’eux-mêmes, d’autres ont été priés de quitter le sacerdoce, des séminaristes ont abandonné la voie de la prêtrise. Cela a suscité une remise en cause. Les prêtres ont retrouvé le zèle apostolique, le sens de l’engagement pastoral, fidèles à leur promesse.

 Comment en est-on arrivé là ?  

J’ai vite perçu que notre diocèse souffrait de nombreuses blessures. Certains prêtres diocésains reprochaient à leurs confrères issus de congrégations religieuses leur situation sociale, symbolisée par la voiture et le carburant. « Nous, nous n’avons rien, nous sommes des prêtres de seconde zone, qui ne peuvent pas compter sur le soutien d’une communauté installée en Europe. Nous sommes livrés à nous-mêmes »,  disaient-ils. Tout était réuni pour que la bombe explose. 

À cette jalousie est venue se greffer la question des mœurs et des manquements aux exigences du célibat. « Les religieux, aussi, commettent des fautes. Personne ne leur dit rien alors que l’on nous accable, nous les prêtres diocésains, parce que nous sommes pauvres »,  ajoutaient-ils. Des lettres de dénonciation ont été diffusées à grande échelle. 

Après avoir lu ces courriers et analysé la situation, j’ai décidé de rencontrer chaque prêtre. J’ai senti que certains regrettaient des paroles déplacées, des positions extrêmes.

 Qu’avez-vous dit aux prêtres ?  

Après les avoir écoutés personnellement, je les ai rassemblés pour leur présenter les grands défis de l’archidiocèse. En premier lieu, reconstituer le presbyterium, ce qui signifie que nous devons apprendre à aimer notre confrère. 

Pendant ces trois ans, j’ai découvert que le peuple de Dieu a besoin de pasteurs fidèles, qui aiment annoncer la Parole et sont prêts à donner une nourriture spirituelle à travers les sacrements. J’ai tenu aux prêtres un langage de vérité. La cohérence entre leurs discours et leurs actes est essentielle.

 Quels moyens avez-vous utilisés pour éviter les entorses au célibat ?  

Nous avons adressé une consigne très claire au clergé : aucun prêtre ne doit plus vivre seul, il doit appartenir à une communauté ! « Le Christ les envoyait deux par deux »,  rappelle l’Évangile. La vie communautaire n’est pas réservée aux religieux. Le prêtre qui n’a pas vu son frère doit s’inquiéter. Que devient-il ? Pourquoi n’est-il pas revenu ? 

Aujourd’hui, les chrétiens nous disent qu’ils trouvent un prêtre quand ils viennent au presbytère. C’est bon signe. Lorsque vous avez d’autres obligations, vous êtes tentés de vous éparpiller…

 Comment avez-vous remédié aux malversations financières qui constituaient l’un des autres volets de la crise de 2009 ?  

Le diocèse de Bangui détient plusieurs unités de production (menuiserie, imprimerie, garage). Il nous faut tout faire pour qu’elles génèrent des bénéfices. Elles ont recommencé à fonctionner. Depuis trois ans, nous travaillons dans la clarté et la transparence. L’argent dont dispose le diocèse ne nous appartient pas. C’est l’argent de l’Église et j’ai le devoir de rendre des comptes.

 Pourquoi a-t-il fallu trois ans pour trouver de nouveaux évêques ?  

Nous sortons d’une crise difficile, qui a remué jusqu’aux entrailles de l’Église. Rome se devait de prendre son temps pour discerner, chercher des candidats. Plusieurs enquêtes ont été menées durant ces trois ans, beaucoup de questionnaires ont circulé dans les diocèses jusqu’au moment où le Vatican a envoyé un signal fort.

RECUEILLI PAR BRUNO BOUVET

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