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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 00:57


Mamadou-T.jpg


(Le Pays 11/02/2010)



Les propositions du médiateur nigérian, le général Abdulsalami Abubacar, pourraient entériner le statu quo du régime de Mamadou Tandja. Si la tendance se confirme, l’opposition pourrait en effet se trouver à la tête du gouvernement, le Président Tandja demeurant toujours chef de l’Etat.

Une formule qui semble de plus en plus être privilégiée par ceux qui interviennent pour mettre fin aux crises multiformes qui ruinent les espoirs du continent. Suite aux pressions de la communauté internationale, on se rappelle que les dirigeants de Niamey avaient dû lâcher du lest pour entamer le dialogue avec une opposition tenace, convaincue de son bon droit et surtout soucieuse du respect des principes républicains les plus élémentaires.

Aujourd’hui, le scénario le plus probable pour une sortie de crise semble privilégier le maintien en selle de Mamadou Tandja. Ce dernier, qui a torpillé les textes, renié ses engagements et tourné résolument le dos à la communauté internationale, pourrait donc se voir réhabilité d’une manière ou d’une autre à la fin de la médiation en cours.

Tandja, le « jusqu’au-boutiste » est donc en passe de s’en tirer encore une fois. Cela n’augure rien de bon. Le risque est en effet grand de voir le chef de l’Etat nigérien, spécialiste du coup d’Etat institutionnel, faire des émules sur le continent. A plusieurs reprises, le dialogue entre pouvoir et opposition s’était enlisé dans les dunes du sahel nigérien. En décembre, la médiation dépêchée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est également trouvée dans l’impasse.

Il aura fallu des efforts colossaux de la part de l’ancien dirigeant nigérian Abdulsalami Abubacar pour parvenir à réunir les protagonistes autour de la table de négociation. Après les tiraillements en rapport avec le choix du lieu des échanges, les protagonistes nigériens doivent à présent tabler sur les propositions du médiateur de la CEDEAO qui voudra certainement présenter une image positive des pourparlers au prochain sommet d’Abuja.

La communauté internationale qui a exigé la reprise du dialogue politique inter-nigérien, accorde ses faveurs à une solution consensuelle de sortie de crise. Des pressions multiformes ont été exercées. Par exemple, l’Union européenne a suspendu sa coopération avec Niamey, à l’exception de l’aide humanitaire et des programmes bénéficiant directement aux populations et à la société civile. Un contact étroit existe entre la CEDEAO et l’Union européenne qui voudraient bien voir la médiation menée par le général Abdulsalami Abubacar déboucher sur du concret.

En tout cas, un certain flou transparaît quant à la durée probable de la transition. Combien de temps durera-t-elle ? Prendra-t-elle en compte la durée du mandat que le chef de l’Etat nigérien s’est lui-même octroyée au mépris des textes, du bon sens et des objections de la communauté internationale ? Observer une transition de plus d’un an signifierait pourtant avaliser le coup d’Etat de Mamadou Tandja. On devrait pourtant se garder d’accompagner cet homme dans sa forfaiture, laquelle est dans les faits un véritable coup d’Etat constitutionnel ! Car, si le calendrier reste problématique, le fond du problème lui, demeure le même.

Jusque-là, l’opinion africaine avait cru dans la CEDEAO qui avait donné le ton quant au respect des textes et au refus des coups d’Etat militaires ou constitutionnels. Par conséquent, l’on était en droit de voir l’organisation éconduire Tandja. Quel rapport la médiation livrera-t-elle donc au prochain Sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO à Abuja ? Dans la phase actuelle, l’on semble s’acheminer progressivement vers la reconnaissance du fait accompli. Selon toute vraisemblance, les propositions en provenance de la médiation sont peu audacieuses. Elles pourraient épargner l’actuel chef de l’Etat du Niger. Certes, il ne s’agit pour l’instant que des premières propositions du médiateur. Mais la vigilance exige que les choses soient scrutées à la loupe. Or, les propositions du médiateur nigérian inquiètent sérieusement.

De quelles marges de manœuvre disposera-t-on par exemple, pour faire échec à Tandja si celui-ci cherche à se prévaloir des nouveaux textes pour se succéder à lui-même ? Ce serait un précédent grave et un recul de la démocratie sur le continent que d’abdiquer devant un homme qui aura impunément choisi de nier l’évidence, de renier les textes sacrés et de trahir les siens. Une véritable insulte à l’opinion africaine pour qui, l’ère des coups d’Etat constitutionnels ou militaires semblait pourtant révolue.

Quelle pourrait donc être la position de l’opposition si Tandja devait être ménagé par la médiation ? Que pourrait-elle faire en réalité ? Et si Tandja qui a la boulimie du pouvoir décide de se succéder à lui-même après la période de transition ardemment négociée ? Tandja qui sait à quoi s’attendre par rapport à son opposition, va sans doute geler les choses autant qu’il peut et dans son seul intérêt. Il s’organisera sûrement de manière à la rendre suffisamment atone et aphone pour régner comme il l’entend sur le Niger. Avec même la complicité de certains ténors de la communauté internationale. Que pourront donc les opposants si la CEDEAO et l’U.A. choisissent de tolérer Tandja comme c’est le cas jusque-là ? Que feront-ils si la communauté internationale vient à s’aligner derrière le médiateur venu du pays voisin, le grand Nigeria ? Lui qui est un officier supérieur de son pays, comme Tandja !

Sans doute l’opposition nigérienne n’abdiquera-t-elle pas aussi facilement devant les propositions de la médiation. Accepter de gouverner avec Tandja en lui laissant des prérogatives dignes d’un monarque absolutiste, reviendra certainement à renoncer à la lutte et à ses acquis, à oublier l’énormité des sacrifices consentis.

Au pouvoir au-delà de deux mandats consécutifs, et en violation flagrante de la Constitution de son pays, Tandja pourrait donc dormir les poings fermés. Un véritable triomphe du chef de l’Etat auto-reconduit du Niger, mais surtout un échec cinglant de la CEDEAO. L’organisation démontrerait alors que les coups d’Etat sont toujours du domaine du possible.


"Le Pays"

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