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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 22:15

 

 

 

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Martin Ziguélé, les élections, Patassé et la RCA

Par Luidor NONO, Fleury Koursany - 13/05/2011 JDB

L’homme politique centrafricain a travaillé pour et avec le défunt Ange-Félix Patassé. Il a repris les rênes du mouvement et anime la vie politique. Entretien!

 

L’actualité est le décès de celui que l’on appelle votre mentor, quel est le souvenir que vous gardez de lui?

Moi je connais le président Patassé depuis ma plus tendre enfance. Nous sommes nés lui et moi dans la même ville, nous avons des liens de famille et moi depuis l’âge de neuf ans, c’était en 1966, j’ai toujours entendu parler de lui, il était venu comme ministre du Développement rural du gouvernement du président Bokassa, pour une visite mi-privée, mi-officielle à Paoua. C’était la première fois que je le voyais physiquement et je l’ai revu pour la seconde fois et cette fois-ci définitivement en 1979, quand il est rentré après la chute de l’empereur Bokassa. C’est à cette époque que moi aussi, j’ai adhérer au MLPC. Je l’ai connu pour ne plus pratiquement le quitter jusqu’à son décès, sauf certains intermèdes. En 1982, lorsqu’il a été accusé de coup d’Etat avec les généraux Mbaïkoua et Bozizé il est allé au Togo, et six ans après le sort à voulu que j’intègre l'organisme de réassurance CICA-RE à Lomé au Togo. Nous nous sommes retrouvés, nous avons travaillé ensemble, j’étais pratiquement son secrétaire, jusqu’à ce que 4 ans plus tard, il rentre à Bangui pour se présenter aux élections qu’il a gagné. Nous sommes restés en contact étroit, moi j’ai souhaité resté à Lomé pour continuer cette carrière professionnelle, mais sur son insistance, je suis rentré en 2000 et il m’a nommé Directeur nationale de la Banque centrale. Dès ma prise de fonction, le gouvernement était en crise et contre ma volonté, il m’a désigné Premier ministre. Nous avons travaillé ensemble, jusqu’à son départ.

Le premier souvenir que je retiens de lui, c’est déjà sa ténacité. Je pense que très peu de gens ont évalué la ténacité du président Patassé. Ce n’est pas un homme velléitaire. Il est entier. Naturellement, cette ténacité a des revers. Ces adversaires politiques prennent cela pour de l’entêtement ou du fanatisme et … il a des certitudes. Il n’a jamais douté un seul instant, pendant toute la période de 79 jusqu’à son élection qu’il serait Président de la République. Même dans le désespoir, il était convaincu qu’il serait président. Cette ténacité fait qu’à un moment donné, on est porté par des idéaux qui ne sont pas facilement perçus par la majorité. Donc il y a un décalage entre l’idéal que porte le chef et la réalité que vivent les citoyens. C’est ce divorce qui a fait qu’à un certain moment les Centrafricains estimaient qu’il n’était pas au fait des réalités vécus ou bien qu’il fût très intransigeant ou bien il était provocateur à l’égard des pays plus puissant. Mais c’est parce que lui, il vivait sont idéal.

Dites-nous comment et pourquoi la réconciliation avec le feu président, comment avez-vous vécu cette situation?

Cette réconciliation est arrivée à point nommé parce que ça s’est passé exactement et jour pour jour deux mois avant son décès puisque nous nous sommes réconciliés le 4 février et il est mort le 5 avril. Je crois que cela nous a soulagés. Ça permet de vérifier l’adage qui dit que seules les montagnes ne se rencontrent pas et que tout est à une affaire de volonté. Si on a la bonne volonté, on peut taire les divergences, se retrouver, se pardonner, décider d’avancer ensemble comme on a décidé d’avancer ensemble dans le FARE jusqu’à son départ. Mon souhait le plus ardent, c’est que nous nous retrouvions tous ensemble très rapidement pour nous réunir dans la grande famille, ce que d’aucuns parmi nous appellent Maison mère. Je pense que c’est le plus grand hommage que nous puissions lui rendre. Lui, ayant déjà tracé la voie de la réconciliation, que nous continuons dans cette voie là pour parvenir à l’unité. Mais je le dis et le repère aujourd’hui, j’appelle de mes vœux, la politique de la réconciliation comme le Président Patassé l’a voulu lui-même.

Il s’avère que vous faites partie tant de sa famille politique que biologique comment est-ce que vous gérez ce deuil?

Lorsque le Président Patassé était décédé, sa coordination m’a fait l’honneur de m’informer aussitôt puisque le décès est survenu au Cameroun. Je leur ai toute de suite exprimé mes condoléances à sa famille d’origine et politique. Je fais partie des deux et donc je leur ai dit toute ma disponibilité ainsi que celle du MLPC, de tous ses organes à prendre part aux préparatifs de ces obsèques. Le président Patassé est entré dans l’histoire, c’est lui qui a présidé le parti de ses fonds baptismaux jusqu’à l’arrivée au pouvoir et c’est lui qui a géré le pays au nom du MLPC et nous ne pouvons que lui rendre hommage. Les jugements sur les actes et les actions des uns et des autres, nous les laissons au peuple centrafricain qui l’a choisi pour le diriger, qui a le dernier mot et qui jugera chacun d’entre nous. Laissons le dernier mot à l’histoire. Je suis donc en contact avec les différentes parties pour tout ce que nous pouvons faire au nom du MLPC pour lui rendre vraiment un hommage digne de ce qu’il a fait.

Comment justifiez-vous le fait que tous nos anciens Chefs d’Etat à part Bokassa, tous nos cadres soient obligés de décéder à l’étranger?

Mais, c’est la preuve que nous tous, nous sommes collectivement responsables de l’état d’arriération de notre pays. Pourquoi, nos anciens Chefs d’Etat vont à l’étranger? C’est pour aller dans les structures de soins adaptées à leurs situations parce que de telles structures n’existent pas ici en RCA. Ça nous rappelle que dans ce domaine comme dans d’autres aussi, nous avons de la marge, des choses à faire. Lorsque nous épuisons nos forces dans les querelles politiciennes, lorsque nous épuisons les ressources de notre pays pour tenter de ramener la paix en achetant les armes, les munitions etc., alors que cet argent aurait pu servir à financer le développement économique et social, les résultats sont ceux-là.

 Dans le domaine de la santé, nous n’avons aucun hôpital de référence, nous n’avons pas les structures de soins spécialisés. Dans le domaine de l’Education, je peux vous donner mille exemples. Même dans le domaine de l’alimentation quotidienne des Centrafricains, dans le domaine de l’agriculture, notre agriculture n’existe que de nom. L’état des routes! Quand vous prenez chaque domaine de la vie socio-économique de notre pays, il y a les répercussions de cette mauvaise gouvernance. Donc en conséquence, n’ayant pas les structures de soins adaptés, nous sommes obligés de les envoyer dans les formations sanitaires à l’extérieur. Parce qu’il faut dire qu’il y a beaucoup de centrafricains qui sont dans cette situation mais qui, pour diverses raisons comme vous connaissez ne peuvent pas aller à l’extérieur. Donc ceux qui peuvent y aller notamment les Chefs d’Etat, les anciens présidents vont dans ces structures de soins. Comme vous l’avez si bien dit, ça fait déjà trois chefs d’Etat que nous perdons dans les formations sanitaires à l’étranger, ça doit nous interpeller.

Après la promulgation des résultats des élections à l’Assemblée nationale, quel est l’avenir du mouvement que vous aviez mis en place avec l’ancien président?


En 2005, je suis allé aux élections, il n’y a personne qui m’a demandé de reconnaître les résultats de ses élections. A l’époque, je n’étais pas le président du MLPC mais son candidat. Le bureau politique s’est réuni et j’ai dit que je reconnaitrais les résultats des élections contre l’avis de certains membres du bureau. Quand on m’a demandé pourquoi, j’ai dit que selon l’analyse que j’ai faite du déroulement des scrutins, nous ne pouvons pas gagner. J’ai appelé le président Bozizé moi-même pour le féliciter. Et lui ai demandé désormais d’être le président de tous les Centrafricains. Pourquoi en 2011, la même chose ne s’est pas faite? Parce que depuis la période préélectorale, nous avons compris que nous ne sommes pas dans un même schéma. L’instrumentalisation de la CEI par le pouvoir, c’est un fait incontestable. Depuis le déroulement des opérations électorales dans un pays comme la RCA où on a commencé à faire les votes depuis 1991, même la population ne s’est pas reconnue dedans. Et d’ailleurs, c’est la première fois dans ce pays où on a vu dans des villes de l’intérieur du pays, des Centrafricains marcher pour dire que les résultats publiés ne correspondent pas à ce que nous avons fait. C’est la première fois dans l’histoire de la RCA qu’on voit ça. C’est pour ça que l’opposition a refusé de cautionner la fausseté et le mensonge et a décidé de se retirer du processus. Nous ne reconnaitrons pas les résultats des élections. Les scores qui ont été donnés là, ne reflètent rien sur le plan politique pour nous et par conséquent, toute la suite ne nous concerne pas. C’est pour ça que nous n’avons pas participé au deuxième tour des législatives. Donc, le MLPC ne se sent pas concerné par une Assemblée qu’elle soit 100%, 200% ou 300% KNK, ce n’est pas notre problème. Notre problème, c’est l’annulation et la reprise des élections. La reprise du processus électoral de manière équitable, conforme à la Constitution et au Code électoral.

Mais il ya quand même eu 35 députés élus dès le premier tour dont un du MLPC?

 Oui, vous savez, dans sa circonscription électorale, il y a quatre bureaux de vote et il a pris toutes les dispositions pour que dans ces bureaux de vote, qu’il y ait des témoins qui soient là 24 H/24. Vous conviendrez avec moi que c’est très facile de surveiller quatre bureaux de vote que 200. Et malgré ça, il a eu beaucoup de menaces mais il a tenu et il a été élu.

Il est à l’Assemblée?

Il n’ira pas à l’Assemblée parce que la décision du bureau politique du MLPC, c’est qu’il n’y aille pas. Parce que c’est le processus entier que nous récusons. Donc, nous en récusons tous les résultats qu’ils soient du premier, du deuxième… tour!

Quelle est la force du FARE pour atteindre ses objectifs?

La force du FARE, c’est comme la force de la religion chrétienne, c’est-à-dire la solidité du message chrétien. La force du FARE, c’est la justesse de nos revendications. Lorsque le 25 février, nous nous sommes réunis en conférence de presse pour dire que nous récusons d’avance les résultats des élections parce qu’il y avait trop de fraudes, tout le monde nous a dit voilà, l’Opposition, ils sont encore en train de chercher des prétextes. Nous avons eu le communiqué de l’OIF qui n’est pas qu’une organisation internationale qui ne regroupe que des opposants. Vous avez aussi suivi le communiqué de l’EISA et puis, vous avez le rapport de l’Union Européenne. C’est ce que nous avons repris dans nos plaintes et les recours que nous avions déposés à la Cour constitutionnelle. Nous avons amplement communiqué là-dessus puisque nous avons fait un tableau des irrégularités par circonscriptions.

Pensez-vous que la communauté internationale est encore prête à aider le pays à organiser des élections?

La communauté internationale a payé 200 milliards FCFA pour organiser les élections en Côte d’Ivoire.

Mais les enjeux ne sont pas les mêmes?

Les enjeux doivent être les mêmes puisqu’il s’agit de la vie d’êtres humains. Je lisais dans la presse qu’un missile Tomawak coute 1 millions d’euros soit 650 millions FCFA. Mais les pays qui lancent 100 à 120 missiles Tomawak dans une soirée, peuvent bien financer les élections pour permettre à un pays de sortir de sa situation post-conflit et se stabiliser.

 

 

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