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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 22:33

Mabanckou-Alain.jpg

 

Par Laurent Martinet, publié le 10/12/2009 à 12:31 - mis à jour le 10/12/2009 à 17:29

 

Alain Mabanckou et Léonora Miano, écrivains d'expression française et d'origine étrangère, nous confient leur sentiment sur "l'identité nationale" française.


Que vous inspire le débat actuel sur l'identité nationale?

Alain Mabanckou: J'ai presque envie de dire que le gouvernement pratique la politique de la diversion au moment où les grandes questions sont celles de l'emploi, du logement, de la crise économique, de la pauvreté, des sans-abris, bref de ce qui préoccupe directement chaque Français, de ce qui rend délicate la vie quotidienne. Je ne pense pas que la France est actuellement en pleine guerre civile pour agiter la question de "l'identité" - terme très prisé par les nationalistes et souvent utilisé par les régimes totalitaires qui conduit le monde dans des aventures sinistres. Parler de l'identité nationale au moment où il faudrait prôner l'ouverture au monde relève de l'idéologie, et ma pratique du marxisme léninisme me fait dire que pour mieux analyser une société il vaut mieux se fonder sur l'infrastructure (économie, moyen de production etc.) et non la superstructure (l'idéologie - donc la question de l'identité nationale).

En somme le gouvernement semble gouverner par la superstructure afin de camoufler les urgences de l'infrastructure. Les dérapages d'un élu de L'UMP - qui a prétendu qu'il y avait trop d'immigrés, que les Français allaient etre avalés - montrent que ce débat a réveillé ce que nous repoussons par le sens de la courtoisie et de l'échange : la haine, la suspicion, la xénophobie.

Léonora Miano: Il me dérange, comme d'ailleurs, le concept de nation, avec lequel je compose parce que je n'ai pas vraiment le choix. Je ne crois pas aux identités nationales. L'identité n'est pas un domaine administrable comme la santé ou l'éducation, qui peuvent, elles, être régies par des ministères.

Les individus sont le fruit d'éléments divers, n'ayant pas nécessairement à voir avec l'histoire d'un seul territoire. Ils sont, surtout à notre époque, attachés à des cultures et à des lieux différents. Je parle de mon identité comme frontalière, et définis la frontière comme le lieu où les mondes se touchent sans cesse.

Y voyez-vous des résonnances avec vos thèmes favoris?

Alain Mabanckou: J'ai critiqué dans mon roman Black Bazar plusieurs travers de ces idéologies par le biais de l'ironie. Mon personnage qui s'appelle Hippocrate est sans doute celui qui colle à la réalité actuelle : il prêche l'intolérance, écarte l'Autre et agite le spectre de la xénophobie. Je ne pensais pas que ce que j'avais écrit aurait eu un tel écho dans la réalité... Je continuerai à traquer ces idées, à leur mener une guerre sans merci car j'attends de la France qu'elle reconnaissance qu'une identité est mobile, indéfinissable et qu'elle est la somme des éléments les plus disparates de notre humanité.

Léonora Miano: Aucunement. Ce débat vise à évoquer l'immigration récente, subsaharienne et maghrébine, par des voies détournées. Il s'agit d'un procédé bassement électoraliste. Ma démarche est plus profonde, plus sérieuse. Mon roman, Tels des astres éteints (Plon 2008), était dédié aux "identités frontalières". Il s'agissait pour moi de réfléchir, à travers des personnages subsahariens et afro-descendants enfermés dans une vision close de l'identité, à la possibilité d'habiter sereinement la frontière. C'est ce que je fais. Mon pays est avant tout intérieur.

Alain Mabanckou est né à Pointe-Noire, en République du Congo, en 1966.  Il a obtenu en 2006 le Prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic. Il vient de publier Black Bazar (Seuil).

Léonora Miano est née à Douala, au Cameroun, en 1973. Son premier livre, L'intérieur de la nuit, a été choisi comme meilleur roman français de l'année 2005 par Lire. Elle vient de publier Les Aubes écarlates (Plon).

 

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