Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 12:40

 

 

 

francebangui.jpg

Yayi Boni et l'ambassadeur de France Serge Mucetti sous le regard amusé de Bozizé

 

SlateAfrique 31 déc


La France semble vouloir s'impliquer vigoureusement dans le règlement de la crise centrafricaine.

 

Un jeu régional à trois. 


 Depuis des années, cette région d’Afrique est un vaste terrain de jeu pour des rébellions et contre-rébellions actionnées par les trois acteurs principaux de ce théâtre sanglant: Omar El Béchir, le président soudanais toujours accusé par la Cour Pénale Internationale de crimes contre l’humanité, Idriss Déby, le Tchadien et feu Mouammar Kadhafi.


Le Darfour a été la principale victime de ces exactions commises par les milices armées d'El Béchir mais le Tchad a subi dans un passé récent plusieurs attaques et Déby n’a dû sa survie qu’à ses qualités de chef de guerre et au soutien de l’armée française. Ce pays, considéré comme un nœud stratégique, reste pour le moment un bastion imperméable à l’expansionniste islamisme.


Kadhafi, qui jouait avec El Béchir le rôle de parrain de nombreuses rébellions, parvenait à maintenir un certain équilibre de la terreur. Sa disparition a libéré de nombreuses énergies et mis sur le marché quantité d’armes. Les rebelles de la Séléka sont ainsi équipés de lance-roquettes et de mitrailleuses anti-aériennes.


La Centrafrique, un maillon très faible.


 Son territoire a été souvent utilisé par le Soudan pour attaquer le Tchad et vice versa. Mais ses élites ont aussi grandement contribué au chaos général qui s'est concrétisé par l'existence de quatorze rébellions recensées, ce qui n'est pas loin d'être un record mondial.


C’est en Centrafrique que l’empereur Bokassa, renversé en 1979 par les militaires français de l’opération Barracuda, a exercé ses folies meurtrières. Ce pays peu peuplé (environ cinq millions d’habitants) est l’un des plus pauvres du monde. Il est classé au 179ème rang sur 187 à l’indice du développement humain. Sa population survit grâce à l’agriculture quand elle n’est pas victime de razzias de groupes armées. Ses ressources proviennent de l’exploitation du bois, du diamant et de l’or.


Son sous-sol renferme de l’uranium mais Areva, qui avait acquis la mine de Bakouma sans l'exploiter, est en train de mettre la clé sous la porte, en raison de l’insécurité régnante et aussi de la baisse du cours de l’uranium dû à l’accident nucléaire survenu à Fukushima (Japon). Le site est fermé depuis quelques semaines. Une multinationale américaine qui avait entrepris des forages pétroliers dans le nord du pays a laissé sa place à une compagnie chinoise mais les espoirs de manne pétrolière, entretenus depuis des décennies tardent à se concrétiser. Sur le plan stratégique, la Centrafrique est un no man’s land qui permet de s’enfoncer au cœur de l’Afrique en contournant le verrou tchadien.


François Bozizé l'évangéliste.


 Engagé très tôt dans l'armée, François Bozizé, 66 ans, était déjà à l'oeuvre sous Bokassa. Il aurait été l'un des principaux responsables de la sanglante répression de la manifestation des lycéens qui causa plusieurs dizaines de morts début 1979. Dès 1982, il fomente un coup d'état manqué avec Ange-Félix Patassé et part en exil au Togo. Jusqu'à l'élection présidentielle de 1992 qui permet à Patassé d'être élu président. Bozizé accède alors au poste de chef d'état major de l'armée.


En 2001, il tente un putsch contre Patassé de plus en plus contesté et protégé par des troupes libyennes. Il échoue et se réfugie au Tchad voisin jusqu'en mars 2003 où il réussit à chasser Patassé du pouvoir en promettant un retour à la démocratie. Bozizé est membre de l’Eglise du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem dont il a fondé la branche centrafricaine.


Une rébellion hétéroclite.


 La coalition Séléka, constituée par plusieurs mouvements rebelles, n’est qu’une alliance de circonstance, sans véritable chef. Elle est constituée de groupes armés issus de différents horizons.


Abdoulaye Miskine, le chef du FDPC (Front Démocratique du Peuple Centrafricain), le rallié de dernière heure, est un personnage sulfureux. Né au sud du Tchad d’un père tchadien et d’une mère centrafricaine, il a réussi à convaincre Ange-Félix Patassé, l’ancien président renversé en 2003 par Bozizé, de l’introduire dans sa garde rapprochée alors qu’il n’avait aucune formation militaire. Converti à l’islam lors d’un voyage au Nigeria dans sa jeunesse, Miskine, un nom d’emprunt, aime mettre en avant ses qualités de marabout et de guérisseur.


La CPJP (Convention des patriotes pour la justice et la paix) présidée aujourd'hui par le général Noureddine Adam était dirigée par le médecin militaire Charles Massi, plusieurs fois ministre, mort probablement sous la torture en janvier 2010, quelques semaines après avoir été arrêté à la frontière avec le Tchad et livré aux autorités centrafricaines. Son fils Eric Neris Massi tient depuis Paris le rôle de porte-parole et coordonnateur international de la Séléka.


Composant d'autres factions de ce mouvement hétéroclite, on trouve encore quelques vieux chevaux de retour qui ont en commun une profonde détestation de Bozizé: le président fondateur de la Convention patriotique du salut du Kodro (CPSK), qui s'est bombardé général major, un ancien patron de la Croix-Rouge centrafricaine et surtout Jean-Jacques Demafouth, ancien dirigeant de l'APRD (Alliance pour la Restauration de la Démocratie) officiellement dissoute début 2012.


Jusque-là resté dans l'ombre, Démafouth, ancien ministre de la Défense de Patassé, bénéficie encore d'une grande popularité dans l'armée et aussi... dans la rébellion. Il a en effet géré la manne du programme DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) qui a mis quelques milliers d'ex-rebelles dans la nature et permis leur réarmement ultérieur.


La Centrafrique comme le Mali.


 Il existe de grandes similitudes entre les situations malienne et centrafricaine: un pouvoir corrompu, des armées déliquescentes, des territoires sans grandes ressources naturelles qui n’intéressent pas les grandes puissances et sans doute une menace islamiste, qui, bien que moins évidente, est réelle en Centrafrique avec la présence dans les rangs de la rébellion de miliciens soudanais.


Comme au Mali, la France, ancienne puissance coloniale, est en première ligne... et seule. Les Américains ont fermé leur ambassade et évacué leurs ressortissants. En juin dernier, François Hollande avait dénoncé «la menace d'installation de groupes terroristes au nord-Mali. Il y a, disait-il, une intervention extérieure qui déstabilise le Mali...». On allait voir ce qu’on allait voir. Et six mois après, on a toujours rien vu, sinon un renforcement de la terreur islamiste sur le terrain.


Cette fois, la France prend les choses en main.


En Centrafrique, François Hollande, tirant les leçons maliennes, appelle «toutes les parties» en conflit à «cesser les hostilités et à dialoguer». Bozizé, qui avait en vain appelé la France à la rescousse le 27 décembre, veut rencontrer Hollande, pour «débattre des questions profondes qui intéressent la République Centrafricaine». Pour sauver sa tête. En promettant un gouvernement d'union nationale pour aller au bout de son deuxième mandat, sans en briguer un troisième.


Quelques heures plus tôt, la socialiste française Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères, l'avait traité d'«incompétent» qui ne tient pas ses promesses. «Soit il les applique, soit il doit laisser sa place».


Laisser sa place, mais à qui? A Jean-Jacques Démafouth qui, accompagné d'Eric Neris Massi, était à Paris le week-end du 29 et 30 décembre. Reste à savoir si Demafouth a suffisamment de poids pour dicter ses vues à une rébellion disparate? En s'impliquant directement dans le règlement de la crise centrafricaine, la France joue gros, mais elle n'a guère d'autres choix. La partition du Mali, provoquée au départ par quelques dizaines «fous de Dieu», est vécue dans de nombreux pays d’Afrique comme un aveu d’impuissance française.


Les gros bras de l'armée française sur place.


Hollande a de solides arguments à faire valoir à la rébellion, sous couvert de «protection» des ressortissants français. Une compagnie de 150 légionnaires parachutistes du 2ème REP est arrivée dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 décembre à Bangui à bord de deux avions en provenance de Libreville. En renfort des 200 soldats déjà déployés dans le cadre de la mission Boali en appui à la mission de la CEEAC. 150 légionnaires du 2ème REI ont été expédiés le week-end suivant dans la capitale centrafricaine. Au total, ce sont 580 militaires français qui sont désormais présents en Centrafrique.


Deux hélicoptères Puma, stationnés à N’Djamena (Tchad) sont également attendus. Paris peut aussi compter sur le dispositif Epervier en place depuis 1986 au Tchad pour «maintenir la paix dans la sous-région»: 950 hommes, 5 Mirage et une quarantaine de blindés. Sans oublier la base française de Libreville où des forces pré-positionnées sont prêtes à intervenir à tout moment. Une vraie armada pour protéger les 1.200 ressortissants français, dont beaucoup de binationaux, encore présents dans le pays.


La France peut-elle compter sur la CEEAC?


L’Afrique centrale dispose d’un organisme régional, la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) —l’équivalent de la Cédéao en Afrique de l’ouest— constituée, pour l’essentiel, d’Etats francophones dirigés par des piliers de l’ex-Françafrique dont François Hollande a annoncé la mort le 12 octobre dernier lors de son passage à Dakar. Il s’agit du Tchadien Idriss Deby, du Congolais Denis Sassou N’Guesso, du Gabonais Ali Bongo, du Congolais Joseph Kabila et du Camerounais Paul Biya.


Si Biya se désintéresse totalement de l’avenir de son voisin centrafricain, les autres se sont impliqués dans l'envoi de troupes sur place dans le cadre de la mission de la CEEAC. Mais, en se cantonnant dans une prudente expectative. A l'image de Deby qui a prestement lâché son ami Bozizé. Cent cinquante soldats tchadiens, qui étaient présents à Sibut, avant dernier verrou sur la route de Bangui, ont laissé les rebelles entrer dans la ville sans s'opposer à leur avancée. Et ce n'est pas un membre de la CEEAC qui a été envoyé auprès de Bozizé mais Boni Yayi, le chef d'Etat béninois président en exercice de l'Union Africaine. Evangéliste comme le président centrafricain, il a promptement convaincu son frère de revenir dans le droit chemin.


Philippe Duval

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Dossiers