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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 03:55

 

 

 

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Le Monde.fr | 04.05.2012 à 09h10 • Mis à jour le 04.05.2012 à 10h54

Par Yves Charles Zarka, philosophe, professeur à la Sorbonne, Université Paris Descartes

On a souvent reproché, ces derniers temps, aux intellectuels d'avoir été assez discrets pendant la campagne électorale pourtant décisive que nous traversons, et qui va s'acheverdans quelques jours par l'élection d'un nouveau président de la République. Cette discrétion me paraît pourtant plutôt positive. Il n'appartient pas à l'intellectuel, s'il entend conserver sa liberté, de prendre publiquement parti pour un camp ou pour un autre. Ce type d'adhésion ne peut en effet manquer de conduire rapidement soit à la désillusion, soit à la servilité à l'égard d'un pouvoir qui sait récompenser ceux qui le servent. Or, la servilité à l'égard du pouvoir est antinomique avec la liberté intellectuelle. La seule fonction de l'intellectuel à l'égard du pouvoir doit être la critique, en particulier le rappel de ses engagements, la remise en cause de ses abus, la déconstruction de ses idéologies périlleuses.

Revenons à la campagne électorale. Nicolas Sarkozy va perdre les élections présidentielles. L'affaire est entendue depuis longtemps. Il y a en effet un moment où l'opinion bascule, et lorsqu'elle bascule en défaveur d'un chef d'Etat, il est pratiquement impossible de remonter le courant. Or, l'opinion a basculé contre Nicolas Sarkozy depuis plusieurs mois, voire années. On ne saurait donc expliquer sa défaite, comme le font la plupart des analystes politiques, simplement par la droitisation radicale de sa campagne, il y a bien d'autres choses qui entrent en jeu. Certes, cette droitisation du discours politique par emprunt explicite à des thèmes et des propositions de l'extrême droite est une erreur majeure. Moins d'ailleurs parce qu'elle permettrait d'expliquer sa défaite que parce qu'elle a contribué à républicaniser les thèses de l'extrême droite sur la sécurité en péril, le danger de l'immigration, l'hostilité à l'égard des élites, la transformation de l'Europe en bouc émissaire de tous les maux nationaux. La droite républicaine payera pendant des années, voire des décennies, cette erreur de jugement politique qui, sous le motif de vider l'extrême droite de ses thèmes et de ses électeurs, a fait perdre à la droite républicaine son âme.

Nicolas Sarkozy s'en défend évidemment, mais d'une manière qui aggrave encore son cas : il double son erreur politique d'une erreur philosophique. Dire en effet que les propositions politiques de Marine Le Pen peuvent être comparées à des propositions de fait telles que "Il pleut", "il fait beau", "la lumière est plus lumineuse que l'obscurité", c'est faire passer les options politiques de l'extrême droite pour des vérités de fait, c'est donc accréditer la vérité du discours du Front national d'une manière sans doute inespérée pour Marine Le Pen, qui s'en est d'ailleurs parfaitement rendu compte. Les politiques doivent savoir qu'il n'est pas possible de tout dire, au sens de dire n'importe quoi, pour atteindre son but. Tous les discours ne sont pas justifiables par une fin que l'on croit bonne, au contraire ils compromettent cette fin.

Mais la droitisation du discours de sa campagne n'est pas la seule faute de Nicolas Sarkozy, il y en eut bien d'autres antérieurement. Prenons quelques exemples.

Il n'a pas su faire la distinction entre la sacralisation du pouvoir et la dignité de l'Etat. Il a voulu désacraliser le pouvoir, ce qui est une bonne chose, mais en réalité il a compromis la dignité de l'Etat. Ce qui est condamnable. La désacralisation du détenteur du pouvoir, de son lieu et de ses actes, consiste en particulier en France à remettre en cause ce qu'il reste de monarchique dans l'exercice du pouvoir, et il reste beaucoup à faire en ce domaine. Mais la dignité est tout autre chose. Elle consiste dans le maintien de l'Etat dans la dimension de l'universel et dans la seule sphère politique. En revanche, ramener l'Etat au niveau des conflits entre particuliers, le faire sortir de la sphère politique pour entrer dans celle du religieux, servir des intérêts particuliers par des nominations ou des attributions, c'est le faire déchoir de sa dignité. Nicolas Sarkozy a rabaissé l'Etat tant par certains de ses discours, par certains de ses comportements, mais aussi et surtout par sa conception managériale du pouvoir. L'Etat de 2007 à 2012 est devenu un Etat entrepreneurial, son chef un simple manager. Cela a été ressenti par une bonne partie des Français qui ne voyaient plus dans l'Etat un souci de l'intérêt général, du bien commun, en somme du public. La mise au premier plan de sa vie privée, l'attention portée aux attributs bling, bling, n'ont été que des effets secondaires.

En outre, Nicolas Sarkozy n'a pas mesuré à quel point sa pratique du pouvoir portait atteinte aux principes fondamentaux de la République et de la démocratie. La capacité à décider et à agir, le courage d'affronter l'opinion sont de grandes qualités d'un homme d'Etat, mais à condition qu'elles soient limitées à son domaine de compétence. Or, l'hyperprésident a perdu le sens des limites. Il a remis en cause la distinction des fonctions entre le président et le gouvernement, pis, il a remis en cause la séparation des pouvoirs. L'intervention de l'exécutif, au nom de l'efficacité, a largement empiété sur le législatif et le judiciaire. Ce sont donc les freins que les pouvoirs doivent constituer les uns pour les autres dans une démocratie qui ont été rompus. Si l'exécutif peut tout, il devient responsable de tout. On comprend donc que soit née dans l'opinion une hostilité d'autant plus exacerbée que l'incapacité de l'hyperprésident à tenir ses engagements de la campagne de 2007 en matière de chômage, de justice sociale, de précarité devenait de plus en plus flagrante.

Autre faute majeure : la justification de l'enrichissement exorbitant de certains par l'excellence. Cette idéologie a été propagée pendant toutes les années du règne de N. Sarkozy. On entendait presque tous les jours par lui-même ou les membres de son gouvernement que la remise en cause des salaires faramineux et des parachutes dorés conduirait au départ des plus beaux cerveaux, des meilleurs entrepreneurs, sous entendu, sans eux la France deviendrait un pays de pauvres. Quel scandale ! Quand on sait la manière dont les grands patrons sont nommés ou choisis et combien l'incompétence se trouve récompensée dans un certain nombre de grandes d'entreprises(il en va tout autrement des PMI). Ce mode de justification de l'enrichissement quasi-illimité et du profit, dans un pays où il y a plus de huit millions de personnes au dessous du seuil de pauvreté, où le chômage augmente, est parfaitement inacceptable, parce qu'à la fois radicalement fallacieux et insupportable pour la plus grande part de la population. Si Nicolas Sarkozy passe pour le président des riches, il en est le principal responsable avec son idéologie de la mesure l'excellence par la richesse.

Telles sont quelques-unes des raisons de la défaite de Nicolas Sarkozy : il a rompu bien des équilibres, il n'a pas compris le rejet assez général dont sa conception de l'exercice du pouvoir faisait l'objet. C'est cela qui avant autre chose explique son échec.

Mais, il ne faudrait pas croire que cette analyse soit en creux une célébration de François Hollande. Elle constitue plutôt en une mise en garde. Il pourrait lui arriver la même chose qu'à son prédécesseur et peut-être plus vite, parce que les socialistes vont disposer de tous les pouvoirs : dans les régions, au Sénat en sans doute bientôt à l'Assemblée nationale, et à la présidence de la république. Il faut que François Hollanden'oublie pas le lendemain de son élection le thème de l'Etat exemplaire qu'il a développé tout au long de sa campagne. Le respect de cet engagement va être difficile, parce qu'on connaît la tendance du parti socialiste à s'emparerde tout l'appareil d'Etat et à servir en postes ses amis et ses affidés. Il sera possible de le vérifier très rapidement. Sa capacité à réduire l'endettement de l'Etat tout en promouvant la croissance par des réformes importantes concernant l'industrialisation de la France et les échanges avec nos partenaires, et non avec des mesurettes qui auraient des simples effets de surface, pourra également être mesurée à assez brève échéance.

Sans oublier bien sûr la réduction du chômage, la correction des inégalités, le contrôle des banques, la taxation des transactions financières. Sans omettre non plus la nécessité de défaire ou de refaire autrement ce qui a été mal fait comme l'inénarrable autonomie des universités, le joyau du quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui s'est traduite par une dépendance encore plus radicale à l'égard de l'Etat. Bonne chance donc François Hollande ! Mais nous restons vigilants et espérons que nous n'aurons pas à regrettervotre prédécesseur qui avait aussi, quand même, quelques qualités.


Yves Charles Zarka est directeur de la revue Cités (PUF) dont le dernier numéro porte sur "Le populisme, contre les peuples ?".

Yves Charles Zarka, philosophe, professeur à la Sorbonne, Université Paris Descartes

 

L'état d'exception et la guerre menée par Nicolas Sarkozy

Le Monde.fr | 04.05.2012 à 14h23

Par Philippe Zarifian , professeur des universités

La campagne menée par Nicolas Sarkozy aura, dès le départ, été caractérisée par sa violence et sa brutalité, utilisant tous les moyens qui pouvaient faire mal à l'ennemi, saper son moral, le détruire. Et on ne comprend rien à cette campagne si on ne l'associe pas à un régime de guerre, volontairement instauré comme tel par le candidat-président.

C'est incontestablement le théoricien d'ultra-droite Carl Schmitt, qui aura le mieux caractérisé ce qu'est un régime de guerre, qui, pour lui, existait de façon latente derrière tout état politique "normal".

Pour comprendrel'essence du politique, disait-il, il faut toujours partir des situations exceptionnelles, des états d'exception.

Car c'est à l'occasion de ces situations (la nécessité de mener une guerre) que s'exprime de manière la plus pure et significative l'essence de la souveraineté de l'Etat : le monopole de la décision. La situation exceptionnelle, selon Schmitt, est tout autre chose qu'un chaos ou une anarchie. Elle appelle et définit un ordre, mais qui ne relève pas du droit, de l'application d'une quelconque norme juridique (qui ne peut "régler" que les situations normales, normalisables).

En situation d'exception, la décision du souverain devient absolue au sens propre du terme.
Jamais l'analyse d'un fonctionnement politico- étatique normal, régulé par des normes de droit et de démocratie, ne permettra de
comprendre ce qui se produit en situation événementielle, lorsque surgit l'exception.

Le cas normal ne prouve rien. L'exception prouve tout. Elle ne fait pas que confirmer la règle. La règle ne vit que par l'exception. Avec l'exception, le pur rapport de force brise la carapace d'une mécanique juridico-bureaucratique figée dans la répétition. La situation d'exception n'est pas un choix ou une préférence. Elle s'impose d'elle-même, et impose la prise de décision volontaire. Et tout devient application d'une volonté, volonté de mener la guerre par tous les moyens possibles, de détruire l'ennemi.

On pourra aisément remarquer que, dans le discours de Nicolas Sarkozy, il n'a jamais été question de démocratie. Quel que soit le thème abordé, l'immigration, la crise, la question du travail, la défense de la France, etc., tout a été présenté comme si nous vivions dans une situation d'urgence, un véritable état d'exception justement, avec dramatisation volontaire. Et dans cet état, on ne peut utiliser valablement que la volonté d'un leader et la conduite d'une guerre, qui n'est pas que verbale (c'est Guéant qui, depuis plusieurs mois, la mène dans la pratique, avec les pouvoirs d'un ministre de l'intérieur).

Qu'est-ce alors que la politique pour Nicolas Sarkozy ? La politique a pour caractère spécifique d'opposer ami et ennemi. C'est en cela, et en cela seulement qu'elle est politique, et se distingue de toute autre forme d'activité humaine Toutes les notions, vocables, concepts vraiment politiques convergent vers un antagonisme concret, ils sont liés à une situation dont la logique ultime est cette confrontation. On pourra voir là aussi, si on reprend chacun des thèmes mis en avant par Sarkozy, qu'il trace à chaque fois cette ligne de démarcation entre ennemis et amis. Même sur la question du travail : l'ennemi, ce sont les syndicats, les travailleurs planqués et privilégiés, tous les corps intermédiaires et tous les compromis qui ont donné figure à l'Etat-Social. Les amis, ce sont les plus démunis, ceux qui travaillent sans protection juridique ou syndicale.

Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy ne s'est jamais préoccupé du fond de ce qu'il disait. Il a d'ailleurs accumulé les positions contraires. Sa seule préoccupation, à chaque fois, à chaque conjoncture, a été : est-ce que cela me permet de porter un coup à l'ennemi et de rallierdes "amis" ? C'était sa seule véritable question. Il est devenu brusquement un ardent défenseur de la Nation, un sévère critique de l'Union Européenne, voire quelqu'un d'hostile à la mondialisation. Tout cela pour gagner les voix du FN, et plus largement de tous ceux qui pensent pâtir de l'ouverture de la France au monde qui l'entoure. Dans d'autres circonstances, il aurait tout aussi bien pu défendre une position favorable à la mondialisation. Il l'a fait par le passé...

La question est alors : est-ce que Nicolas Sarkozy n'a aucun projet, aucune conviction, ne défend aucun intérêt ? Non, bien sûr. Il défend un projet tout à fait cohérent avec la politique de la terre brulée, de la dramatisation et de la guerre. Son projet est simple : faire table rase de tout ce qui empêche les riches et les puissants de s'imposer par le pur rapport de force, en utilisant, comme simple masse de manœuvre, la plèbe, la foule des exclus et des souffrants. La force avant tout. Et une force qui, spontanément, profite aux plus puissants, à une caste minoritaire, qui sont ses " vrais amis ". Et au passage, soutenir le système économique dominant, le capitalisme sous sa forme actuelle, qui s'impose de lui-même malgré et dans sa crise.

Philippe Zarifian , professeur des universités

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