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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 12:42

 

 

 

 

 

 

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http://www.slateafrique.com 20/09/2012

 

Un programme de démobilisation des groupes rebelles est en cours en République centrafricaine. Mais le pouvoir doit, de son côté, faire preuve d'une meilleure volonté pour mettre un terme à plusieurs années d'instabilité.

 

Le «dernier groupe rebelle de République centrafricaine désarme», titraient de nombreux journaux, en date des 25 et 26 août 2012.

 

La Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) venait en effet de signer un accord avec le pouvoir de Bangui, la capitale du pays, afin de rejoindre le processus Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) (concernant les ex-combattants du pays) et de se transformer en parti politique.

 

Au même moment, Baba Ladé (chef rebelle tchadien, général autoproclamé) annonçait le retour de son Front populaire pour le redressement (FPR) en Centrafrique pour négocier avec les autorités de Bangui (et de N’Djamena), et se rendait effectivement à la Force multinationale de l’Afrique Centrale (Fomac) quelques jours plus tard.

 

L’abandon des armes par les deux principaux groupes rebelles à avoir déstabilisé le pays au cours des derniers mois ouvre une fenêtre d’opportunité importante pour la stabilisation du pays.

 

Mais l’accalmie ainsi créée ne doit pas se transformer en une illusion sécuritaire qui conforterait le régime dans son inaction sur le plan des réformes.

 

Certes, il s'agit d'une bonne nouvelle pour les populations civiles vivant sous la menace du CPJP depuis sa création en 2008. Mais le désarmement du groupe rebelle, fut-il le dernier actif à ce jour, ne permettra néanmoins pas de pacifier définitivement la République Centrafricaine.

 

Sans une stratégie globale de réformes exhaustives adressant les causes profondes de l'insécurité, le processus de DDR en lui-même ne saurait constituer à lui seul un processus de paix efficace sur le long terme, comme nous le rappelle les cas de la République démocratique du Congo ou du delta du Niger.

 

La République Centrafricaine avait pourtant adopté un tel programme de réformes en profondeur de ses institutions à la suite de l'accord désigné sous le vocable Dialogue politique inclusif, de décembre 2008.

 

La pression internationale s'est cependant évanouie au lendemain de la signature de l'accord, permettant au président  

François Bozizé de renier un certain nombre de ses engagements, notamment ceux liés à la reconfiguration de la Commission électorale indépendante (CEI).

 

Des accords de paix, mais le feu couve encore

 

A la suite de sa réélection en 2011, ponctuée de fraudes et de nombreuses irrégularités, Bozizé abandonna purement et simplement toute réforme prévue par l'accord.

 

Le gouvernement adopta plutôt une stratégie de négociations bilatérales avec les principaux groupes rebelles.

L'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) et l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD, principale rébellion centrafricaine auto-dissoute en mai 2012) acceptèrent tour à tour de joindre le processus DDR, relancé depuis peu sous l’égide du Bureau des Nations unies pour l'Afrique centrale (UNOCA) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) après des années de blocages.

 

Mais le désarmement des principaux groupes rebelles connus jusqu’ici ne saurait suffire à assurer la stabilité et la sécurisation du pays.

 

D’une part le banditisme continue de sévir jusqu’aux portes de Bangui et les attaques contre les populations civiles sont nombreuses —certaines étant même attribuées à d’anciens groupes rebelles pourtant enrôlés dans le DDR.

Sans compter les activités de la LRA dans l’est qui, malgré quelques succès obtenus par les forces armées ougandaises (UPDF), semblent se faire un nid juste à l’ouest de la zone d’opération militaire autorisée par Bangui.

 

Le départ annoncé de la Micopax (Mission de stabilisation de la paix en Centrafrique, constituée de soldats de dix pays de la sous-région d'Afrique centrale) ne fait qu'accentuer la nécessité de s'attaquer rapidement aux racines de l'instabilité.

 

Mais surtout, bien que le désarmement, la démobilisation et la réintégration des éléments armés demeurent des éléments centraux de tout processus de paix en République centrafricaine, le DDR sans processus de paix risque de renforcer plusieurs risques politiques majeurs en voie de devenir systémiques en Centrafrique.

 

En finir avec l'impunité

 

En effet, les accords bilatéraux signés successivement avec les différents groupes rebelles, dans le cadre d'un système politique complètement fermé, érigent la rébellion armée et la violence contre les civils comme principal, voire unique, canal de revendication politique.

 

Les exactions contre la population civile deviennent non seulement un moyen d'enrichissement et d’accès aux ressources, mais un vecteur de positionnement politique.

 

L’entente cédant le contrôle sécuritaire des préfectures de Vakaga et de la Haute-Kotto dans le nord-est —et de facto de leurs ressources— à l’UFDR ne fait qu’accentuer le phénomène.

 

L'amnistie générale offerte à l'ensemble des rebelles dans le cadre des ententes bilatérales, y compris pour les atrocités commises contre des civils, renforce le sentiment d'impunité.

De ce fait, le risque et le coût de la rébellion s'en trouve grandement diminué, renforçant les conditions d'émergence de futurs mouvements rebelles.

 

Aussi longtemps que les causes structurelles ayant favorisé l'émergence des rébellions ne seront pas attaquées de front, la République centrafricaine sera condamnée à voir se perpétuer les cycles de rébellion et d'insécurité, suivant dans sa triste voie sa voisine la RDC.

 

Les réformes nécessaires et incontournables

 

La construction d'une paix durable passe donc nécessairement par une série de réformes majeures des institutions centrafricaines:

 

Une démocratisation du système politique, notamment la mise sur pied d'une commission électorale impartiale et indépendante et la tenue d'élections libre

 

Une gouvernance économique plus équitable et transparente, notamment en ce qui concerne la gestion des ressources naturelles

 

La mise en place effective de la Stratégie de réduction de la pauvreté incluse dans l'accord sur le Dialogue politique inclusif, notamment dans l’optique de mettre fin à la marginalisation des régions périphériques

 

Le développement du contrôle étatique, et notamment du monopole de l’usage de la force, sur l'ensemble du territoire

Une meilleure gouvernance politique, notamment par l'attribution des postes décisionnels sur la base de la compétence plutôt que sur l'ethnicité, les liens familiaux ou la fidélité au chef de l'Etat

 

Une réforme en profondeur de l'armée, un des rares vecteurs de promotion sociale pour la jeunesse déshéritée centrafricaine, dont le phénomène d'ethnicisation est notoirement connu

Le développement d'un Etat de droit et d’une justice digne de ce nom.

 

La mise en œuvre de l'accord issu du Dialogue politique inclusif constitue sans aucun doute le meilleur moyen pour y parvenir, jouissant d'une forte légitimité et adressant la majorité de ces questions.

 

Compter uniquement sur la bonne foi du président Bozizé serait cependant naïf. Celui-ci s'étant en revanche montré sensible aux pressions de la communauté internationale par le passé, celle-ci devrait conditionner son aide à l'application de l'accord et veiller à maintenir la pression sur le régime. Sans quoi le «dernier groupe rebelle» risque fort de ne pas être le dernier.

 

Jean-Simon Rioux (chercheur en résolutions des conflits, spécialiste de l'Afrique centrale)

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