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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 02:02

 

 

 

afrique

 

 


(Mutations 27/04/2011)


Après la guerre contre l’Irak, les évènements en Côte-d’Ivoire, en Centrafrique, au Tchad et les orientations quasi-colonialistes et hégémonistes de la Francophonie et des autres pays du Nord, les Pays du Sud doivent un peu revisiter le sens du mot coopération et de l’expression d’« Ingérence Humanitaire».

La coopération, telle que conçue et exécutée par les pays du Nord, portaient déjà en elle depuis le premier jour, les germes de contradiction, de contestation et de controverses futures. Fille de l’impérialisme et de la colonisation, elle ne pouvait être que le fruit d-une double malédiction. C’est pourquoi elle a fatalement évolué vers de nombreux dérives, au demeurant inéluctables. Nous n’examinerons pas toutes ces dérives dont la plupart, déjà largement débattues, ne sont aujourd’hui que des lieux communs.

Notre propos ne présentera que l’une d’elles, la plus raffinée, la plus pernicieuse, la plus subtile mais aussi la dévastatrice : l’ingérence humanitaire. Il s’agit de la dimension la plus poussée et la plus hardie de l’action humanitaire, cette autre forme de coopération qui fait appel à la nécessité de venir en aide aux victimes des conflits armés et de catastrophes naturelles et industrielles. L’action humanitaire, dont le droit à l’assistance est reconnue et consacrée par le Droit International Humanitaire, tire ses fondements juridiques des Conventions de Genève de 1949 et de leurs Protocoles additionnels de 1979.

Elle est attendue comme l’acte qui vise à soulager partout la misère et la souffrance des hommes. Elle met en avant l’Homme en que sujet, heurtant ainsi de front le sacro-saint principe de souveraineté et de non-ingérence qui régit les relations entre Etats et que proclament encore le Droit International, les résolutions des Nations Unies et le Conseil de Sécurité. Mais que faire pour aider les hommes en détresse, si un Etat refuse d’ouvrir ses frontières à l’aide humanitaire ? Doit-on offrir des milliers ou des milliers d’hommes en holocaustes sur l’autel des caprices d’un dictateur, d’un mégalomane ou d’un maniaque ? Voilà des questions qui poussent l’action humanitaire vers l’ingérence, c’est-à-dire une nouvelle conception de la souveraineté des Etats. Celle-ci doit s’assouplir et se remodeler quand la souffrance humaine lance un cri de détresse.

Mais, aujourd’hui, force est de constater que ce grand élan d’amour, de générosité et de solidarité issue de la grandeur de c?ur des hommes à l’écoute des autres hommes s’est pervertie et transporte désormais avec elles des arrière-pensées, des non-dits, des égoïsmes, bref, des motivations inavouées et inavouables. Cela s’est traduit, comme un lapsus, par la kyrielle de mots et de combinaisons qui expriment aujourd’hui l’ingérence humanitaire et qui cachent mal ses intentions profondes. D’une part, nous avons les mots droit, devoir, obligation et d’autre part, assistance, intervention, qui peuvent se combiner en un florilège d’expressions auxquelles il faut adjoindre le qualificatif humanitaire ; droit d’assistance, d’intervention ou d’ingérence humanitaire ; devoir d’assistance, d’intervention, ou d’ingérence humanitaire, etc.

Critères

Si les mots droit et devoir s’échinent à souligner respectivement la licéité ou l’obligation morale de l’assistance, de l’intervention ou de l’ingérence d’une part et la sollicitation de l’avis et du consentement du bénéficiaire d’autre part, force est de relever que les mots intervention et ingérence, face au droit international, renferment en revanche une dose de violence et d’agressivité nocives à la vocation et à l’essence non-violentes de l’action humanitaire.
Une action de secours imposée par les forces armées à des belligérants ou à d’autres bénéficiaires, il faut bien le marteler, ne relève plus du Droit International Humanitaire, mais du «jus ad bellum» (droit de la guerre) et même le fait d’user des armes pour protéger le personnel et les biens participant d’une opération humanitaire contre d’éventuels pillards ne doit être ni porteur d’idéologie, ni un prétexte pour envahir, déstabiliser des états et mettre à leur tête des hommes-lige afin de les recoloniser, comme tel est presque toujours le cas de nos jours.
Les pays qui apportaient l’aide humanitaire, dans le cadre et l’esprit des conventions susmentionnées, doivent être :

_ Neutres : ils doivent s’abstenir de prendre parti, de juger des circonstances de la naissance du conflit ;

_ Impartiaux : ils doivent secourir les individus à la mesure de la souffrance de ceux-ci et sans discrimination ;

_ Indépendants : ils doivent agir de leur propre initiative, sans dépendre des autres acteurs.

Regardez autour de vous et dites-moi quel est celle des composantes de la soi-disant communauté internationale qui répond aux critères sus-évoqués? La thérapie de l’ingérence ne doit être ni invalidante, ni incapacitante, ni fatale pour le supposé malade.
Le principe d’humanité, doit couronner ces fondamentaux de l’action humanitaire : ils doivent prévenir et alléger les souffrances des hommes, protéger la vie et la santé et faire respecter la personne humaine. C’est ce qu’enseigne le Comité International de la Croix et du Croissant Rouge (CICR) mandaté par la Communauté International pour promouvoir le Droit International Humanitaire.

L’action humanitaire, nous l’avons dit, fait appel à la nécessité de venir en aide aux victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles et industrielles. Les esprits belliqueux, nous le savons, sont très ingénieux, et aucun prétexte n’est trop gros pour le rayonnement de leur amour-propre.
Certains Etats ne vont-ils pas mettre dans l’expression « catastrophes naturelles » tout ce qui les arrange pour satisfaire leur arrogance et leur cupidité ? En d’autres termes, la faim, la pauvreté, les épidémies ou les pandémies, le sous-développement, la dictature, les violences des droits de l’homme, l’absence de démocratie, etc., ne sont-ils pas autant « de catastrophes naturelles »susceptibles de motiver une ou des Puissances intéressées à engager l’action humanitaire ? Voilà que la coopération, avec le droit-devoir d’ingérence a ouvert la boîte de Pandore. Serons-nous capables, nous du Sud, de maîtriser les monstres qui vont en sortir ?

Chaque jour, nous apprenons que sous le couvert de l’intervention d’humanité, des Etats interviennent ou sont intervenus chez leurs voisins ou ailleurs pour défendre leurs propres ressortissants ou certaines catégories de personnes « supposées opprimées » partageant avec eux des valeurs communes. Ce n’est pas la France qui nous démentirait avec son activisme atavique en Côte d’ivoire, en Centrafrique ou ailleurs. Pour « sauver » le Congo de la guerre civile et du désordre, la France a fait partir M. LISSOUBA, président démocratiquement élu, pour le remplacer avec la force des armes par un SASSOU NGUESSO vomi par les urnes, mais plus conciliant avec ses intérêts au mépris de ceux de son propre pays.
Pour « débarrasser » les Afghans des Talibans et de Ben Laden, les USA ont détruit l’Afghanistan, imposé un nouveau gouvernement à leur solde et gagné tous les marchés pour sa reconstruction.

Pourtant, auparavant, ils s’étaient sagement tus quand ils détruisaient les Bouddha déclarés par l’UNESCO patrimoine de l’humanité, ou devant leurs autres massacres et exactions. Il a fallu attendre les évènements douloureux du 11 septembre afin que les Américains, pour calmer leurs populations et venger leurs morts, choisissent l’Afghanistan et les Talibans comme boucs-émissaires, quitte à se cacher derrière le bouclier imparable de l’intervention humanitaire et de la lutte contre le terrorisme pour justifier aux yeux du monde cette odieuse agression. Car à ce que nous sachions, ce n’est pas à la suite d’un référendum que Ben Laden avait trouvé asile en Afghanistan. Ce pays, aujourd’hui détruit, est entré dans un cycle de violences sans fin, alors que Ben Laden, invisible des yeux des satellites américains court toujours et ne rate plus la moindre occasion pour les narguer et les ridiculiser.

Prétextes

La destruction de l’Afghanistan et ses dizaines de milliers de morts n’étaient pas suffisants pour venger les quelques trois mille victimes du 11 septembre. Le repos de leurs âmes demandait encore plus de sang que les Américains ont décidé, malgré les protestations de la Communauté Internationale, d’aller chercher en Irak ! Les motifs officiels sont toujours d’ordre humanitaire : prévenir et empêcher la destruction du monde par les armes de destruction massive de Saddam Hussein et débarrasser les Irakiens d’un dictateur mégalomane et sanguinaire ! Mais combien de dizaines de milliers d’innocents Afghans et Irakiens sont aujourd’hui ensevelis sous les décombres de leurs maisons et villes bombardées ? Pouvons-nous maintenant juger que les survivants ne regrettent pas l’époque de Saddam ou des Talibans.

Avec l’Irak s’est inauguré le concept de « frappes ou de guerres préventives », une abominable juridique. Demain, il suffira d’un seul soupçon, d’une manipulation, d’une cupidité à étancher et n’importe quel pays sera détruit, avec l’aval intéressé des autres pays que le manichéisme, la corruption, ou la toute-puissance Yankee auront convaincus, car quelque fallacieux que soit le prétexte d’une agression, il se trouvera toujours quelque part dans le monde une Grande Bretagne et un Tony Blair pour apporter son soutien indéfectible et fanatique.

Aujourd’hui, l’Irak est complètement détruit, Saddam, arrêté, attend son jugement, les soldats américains sont dans la tourmente, et le terrorisme, en revanche, ne cesse de gagner du terrain. Le monde est dans l’impasse et n’a jamais été aussi incertain ! Et il nous prend de regretter les beaux jours de la Guerre Froide où l’Equilibre de la Terreur maintenant la paix, tempérait l’arrogance en dévitalisant l’unilatéralisme !

Israël peut, quand il veut, commettre un génocide à Ramallah, en Cisjordanie, ou à Gaza. Son armée peut mettre Yasser Arafat en résidence surveillée, l’empêcher d’aller se faire soigner jusqu’à ce que mort s’en suive. A la Chambre de Sécurité des Nations Unies, le veto américain, sans état d’âme, empêchera toute condamnation, toute enquête. Ne pensez pas au droit/devoir d’intervention humanitaire. Il est à tête chercheuse et se fait à la tête du client. Les Grandes Puissances, très regardantes sur la démocratie chez leurs frères de sang, peuvent faire annuler ou imposer un second tour d’élections en Ukraine ou ailleurs chez eux.

Mais quand il s’agira du Togo, du Cameroun ou d’autres pays du Sud sans grands intérêts ou ressources stratégiques, elles choisiront d’avance leur champion et lui enverront leurs félicitations « pour sa brillante élection » avant même que ne débute le décompte des voix !
La coopération, dans son acception originelle, signifiait collaboration, entraide entre deux ou plusieurs Etats. Cette signification faisait automatiquement appel à l’interdépendance, à l’égalité, à la réciprocité, au respect mutuel, au partenariat. On prenait en compte le savoir, le savoir-faire, les connaissances, les compétences et les aptitudes des uns et des autres pour une mise en commun dans la tâche à accomplir.

Ainsi compris, coopérer c’était travailler ensemble, côte, sans un chef sur l’estrade qui donne des ordres à des ouvriers qui exécutent comme des automates ce qu’il leur demande de faire. C’est exactement ce que traduit le verbe allemand « zusammenarbeiten » qui signifie coopérer. Avec la colonisation et l’impérialisme français, coopérer a connu un glissement de sens que le dictionnaire LOGOS rend admirablement : « Coopération : aide financière ou technique apportée par la France aux anciennes colonies et dépendances qui ont signé certains accords spéciaux » .Avec une telle définition on peut à juste titre se demander si la coopération n’est possible qu’avec la France.

Quoi qu’il en soit, la coopération n’est plus collaboration, elle n ‘est plus que l’expression de la magnanimité très intéressée de la France pour les anciennes colonies, rapports entre maîtres et esclaves. Et comme ce sont les intérêts et non les sentiments qui gouvernent les relations entre Etats, cette aide devient conditionnée. Pour en bénéficier, il faut avoir souscrit à une certaine allégeance et à certaines compromissions pudiquement appelées «accords spéciaux» ou conditionnalités.

La coopération devient assistance, objet de chantage, d’asservissement, d’abêtissement, prolongement éhonté de l’impérialisme et de la colonisation. Comme la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit, la main des pays du sud doit tout le temps s’ajuster pour ne pas laisser choir l’aide. Et à force de s’ajuster, les pays du sud deviennent les girouettes, des marionnettes ! La coopération, en évoluant, a accouché de beaucoup de monstres mais avec le droit devoir d’ingérence humanitaire qui peut désormais justifier toute sorte d’agressions, elle vient de mettre au monde une hydre à mille têtes.

Si la souveraineté des Etats doit maintenant s’effacer devant l’homme en détresse ou la cupidité des puissants, c’est que les frontières des Etats se sont effondrées et restent à être redéfinies. Avec ce que nous avons vu en Afghanistan et en Irak, le devoir d’ingérence humanitaire se résume en un cycle de destructions et de reconstructions pour donner du travail aux entreprises américaines et alliées aux détriments des ressources de ces pays agonisants. Le sud, région de tous les maux, de toutes les souffrances et de toutes les souffrances et de toutes les catastrophes est aujourd’hui, plus que jamais, la cible privilégiée de toutes les agressions que le droit-devoir d’ingérence ou d’intervention humanitaire (ou démocratique) viendra facilement avaliser.

Le devoir d’ingérence, quand il est vraiment nécessaire doit être fortement réglementé au risque de devenir une porte pseudo-légale ouverte à tous les excès, à toutes les extravagances, et à la loi de la jungle. Mais si les U.S.A, Israël ou autres tout-puissants peuvent, quand ils le veulent, se passer de l’O.N.U et avoir tous les va-t-en guerre avec eux, qui ; en dehors de cette Organisation Mondiale, aura suffisamment d’autorité pour réglementer le devoir d’ingérence ? Nous voilà en plein dans l’impasse ! Mais il faudra tout de même qu’un jour les Grandes puissances comprennent que «sans maîtrise, la puissance n’est rien». Ce n’est qu’à ce prix et à ce prix seulement que la paix et l’humanité auront une chance d’être sauvées. Cet espoir est bien mince mais il faut quand même s’y accrocher !


Par Jean Takougang*

* Enseignant et homme politique

© Copyright Mutations

 

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